Préface et sources d'Henri Bousquet (1896-1906)

Ce volume répertorie la production Pathé des dix premières années de l’existence de la firme soit 1270 titres environ. Il comporte également 67 scénarios des années 1907 et 1908 dont je n’avais pu que donner les titres dans mon volume sur les années 1907-1908 - 1909, l’index général des 7000 films environ produits ou édités entre 1896 et 1914 ainsi que l’index général des noms. Ces années 1896 à 1906 ont déjà fait, il est vrai, l’objet d’une sortie en 1992 dans une revue en Italie. Mais l’ouvrage ne m’avait pas satisfait, j’ai continué seul, comme chacun le sait. L’accès à de nouvelles sources, en particulier plusieurs Catalogues et une nouvelle approche du sujet m’ont conduit à reprendre cet ouvrage qui sera la conclusion de ce Catalogue Pathé des années 1896 à 1914 que j’ai entrepris dès 1985. Il faut préciser ici que cet ouvrage n’est pas un Catalogue de films encore existants mais simplement une tentative de reconstitution de la production Pathé de cette époque. J’ai repris dans ce volume la présentation adoptée dans les précédents, c’est-à-dire que j’ai indiqué sous chaque titre son appartenance : comique, dramatique, etc., afin de conserver à l’ensemble des quatre volumes qui forment ce Catalogue Pathé l’unité qui m’avait été imposée dès le volume sur les années 1907-1908 -1909 par l’absence quasi complète des Catalogues à ma disposition. Cependant, j’ai conservé la disposition de ce que j’appelle les titres génériques tels qu’ils apparaissent dans les Catalogues, en les séparant des autres bandes par des motifs ou autres cul-de-lampe imités des originaux ; certains de ces titres génériques se retrouvent dans l’Index général des films pour indiquer un ensemble difficilement dissociable comme par exemple, Affaire Dreyfus ou encore Épisodes relatifs à la guerre du Transvaal. En outre, il me semble utile d’indiquer les rubriques ou séries sous lesquelles les films étaient mentionnés dans les Catalogues. Il faut noter cependant que ces dénominations ne deviendront définitives qu’à partir de 1903.

  • 11e série : Scènes de plein air (encore nommées Vues générales ou Scènes de genre)
  • 12e série : Scènes comiques
  • 13e série : Scènes à trucs (ou à transformations)
  • 14e série : Scènes de sports - acrobaties
  • 15e série : Scènes historiques, politiques et d’actualités

Scènes militaires

  • 16e série : Scènes grivoises d’un caractère piquant
  • 17e série : Scènes de danses et ballets
  • 18e série : Scènes dramatiques et réalistes
  • 19e série : Scènes de féeries et contes
  • 10e série : Scènes religieuses et bibliques
  • 11e série : Scènes ciné-phonographiques
  • 12e série : Scènes arts et industries

L’apparition dès 1960, mais plus largement au cours de ces dernières années, d’études sur le développement du spectacle cinématographique en France et dans le monde m’ont conduit à tenter une sorte d’exploration des projections des films Pathé dans les foires et autres lieux. Prenant donc appui sur des ouvrages, des thèses, des articles parus depuis une trentaine d’années et que j’ai beaucoup utilisés, dépouillant également une vingtaine de quotidiens français, j’ai pu, d’une manière encore fragmentaire et donc incomplète, donner des dates de sorties pour un grand nombre de titres. De cela, il ressort que les affirmations de Charles Pathé et de Zecca, Ferdinand sur le nombre des copies mises en circulation sont très certainement exactes. Déjà, dans le supplément d’octobre à décembre 1901 Pathé n’hésitait pas à affirmer à propos des scènes d’actualités qu’il en avait vendues une “énorme quantité”. Ce terme d’énorme quantité se retrouve dans le texte de présentation de La vie et Passion du Christ de mars 1902. Il en fut de même de la plupart des féeries ou des grandes scènes historiques ou dramatiques qui ont fait certainement l’objet de tirages importants car on les retrouve chez quasiment tous les forains ou entreprises ambulantes en France mais aussi dans le monde. Sans revenir sur l’expansion de Pathé, il est cependant nécessaire de rappeler que dès 1902 Charles Pathé engagea Sigmund Popert et l’envoya de par le monde “C’est lui, écrivait Charles, qui dès 1902 lança notre marque en Angleterre et en Allemagne. Le succès fut tel que l’année d’après, je décidai d’y installer des agences. De Berlin, Popert rayonna sur Vienne, Moscou, l’Italie, l’Espagne… En 1904, je l’envoyai aux États-Unis. Là, il se surpassa.” Quelques pages précédentes, Pathé écrivait, avec une satisfaction évidente que “le montant des recettes d’Amérique représentait, ou peu s’en faut, un bénéfice net” Et Laurent Creton dans son article “Pathé 1900-1910 finances et stratégies” (Pathé, Premier Empire du cinéma) estimait que les marchés internationaux représentaient en 1906 60% du chiffre d’affaire cinéma. Si l’on en croit également Georges Sadoul, douze à seize copies positives d’un film vendues suffisaient à amortir son coût de revient. Tout ce qui se vendait au delà de ce chiffre constituait un bénéfice net. Et Sadoul d’affirmer quelques lignes plus loin que “À Vincennes, la production de toute l’année 1905 fut amortie en douze jours de vente”. L’expansion du cinématographe en France, surtout à partir de l’année 1903, du fait des forains mais aussi des très nombreuses entreprises itinérantes confirme que les trois grands producteurs qu’étaient Méliès, Gaumont mais surtout Pathé, non seulement amortissaient leurs productions mais en tiraient également de substantiels bénéfices. Pathé surtout, qui, en intensifiant et diversifiant sa production obtenait de bien meilleurs résultats. Comme le dit Georges Berneau analysant dans son ouvrage sur Limoges la programmation de l’American Biograph et du cinématographe Juge au Café Amblard au cours de l’été 1903 : “ On trouve aussi de plus en plus de productions de la maison Pathé”. Jacques Deslandes et Jacques Richard, quant à eux, ont analysé avec une grande pertinence l’importance des forains dans l’expansion du cinématographe et démontré que le cinéma forain ne commença à décliner qu’à partir de 1910 ce que corrobore Blaise Aurora dans son livre sur le Cinéma en Lorraine. Pour ma part, en recherchant quelles furent les bandes Pathé projetées dans les métiers forains ou dans les salles de music-hall, cirques ou cafés, je fus amené à constater que la grande majorité des vues projetées dès 1903-1904 venaient de la Grande Maison ! C’est cependant à partir de 1905 que l’on peut constater le grand renom des productions de la Maison au Coq mais aussi l’énorme extension des entrepreneurs de Cinématographes que ce soit parmi les métiers forains comme le Cinématographe Grenier, le Basilo Cinématographe (“Aimez-vous le Cinématographe ? Oui ? En ce cas, courez aux Quinconces, on en a mis partout. Sans compter le Basilo,…il y a à la Foire au moins dix cinématographes” écrivait le journal La Gironde le 8 mars 1906), le Palais de l’Électricité, le Théâtre des Fantoches parisiens ou le Stinson Bio et une myriade de grosses et petites exploitations itinérantes comme le Cosmographe Faraud, l’American Vitographe du “professeur” Froissart, le Cinématographe Juge de Toulouse et j’en passe. Toutefois ce survol sur la rapide extension du cinématographe et en corollaire l’ascension et la fortune des Établissements Pathé Frères ne saurait être que modeste même si je me suis aidé, comme je le disais au début, des nombreuses études menées à ce jour sur l’importance des cinémas forains ou ambulants, cette “race de missionnaires” comme les appelle R.M. Arlaud. Sans vouloir établir de statistiques forcément fausses vu le peu de journaux inventoriés et pour en revenir sur le nombre de copies de chaque film vendues, j’ai pu constater, mais encore une fois d’une manière très fragmentaire, que quelques titres revenaient souvent dans l’énumération des programmes. Ainsi en est-il de La Poule aux œufs d’or, qu’accompagne parfois un commentaire élogieux et que Gaston Velle marque d’une croix dans sa liste, Les Sept Châteaux du Diable, qui provoque “cris d’admiration et de surprise”, L’Épopée Napoléonienne. C’est pourquoi, je me suis autorisé à indiquer au cours de mon ouvrage plusieurs sorties dans des villes et à des dates différentes. Cette assertion de centaines de copies vendues ne se comprendrait pas, évidemment, que sur le seul marché français, mais si l’on se reporte aux quelques travaux sur le phénomène forain et ambulant aussi bien en Europe que dans les deux Amériques cela peut se vérifier sans peine. En Angleterre, Pathé installé donc dès 1902 fait assez souvent l’objet dans le corporatif The Optical Lantern and Kinematograph Journal de présentations élogieuses de ses films en concurrence avec les productions anglaises. J’en cite quelques unes dans le corps du Catalogue mais, s’agissant de La Poule aux œufs d’or, la revue anglaise, dans sa livraison de décembre 1905 écrivait à son propos : “The subject is excellent and as it is appropriately tinted, the whole has a gorgeous effect. The transformation of the hen house in a splendid palace is most cleverly done.” Lorsque Dejan Kosanovic nous parle de la seule ville de Trieste, cela peut sans risques d’erreur nous parler des autres cités italiennes ; Pathé d’ailleurs ouvre sa première succursale italienne à Milan en mars 1906. Le livre de Bezerra Leite sur la ville de Fortaleza au nord du Brésil est quant à lui très instructif sur la pénétration du cinéma français dans ce pays et dans cette ville grâce à des entreprises ambulantes comme celles de Édouard Hervet, Fontenelle et Cie ou encore Victor Di Maio. Enfin, l’article de Richard Abel sur l’effort publicitaire spécial de la firme à propos de films en couleurs projetés dans des circuits aussi importants que ceux de Keith puis le phénomène des Nickelodeons tend également à prouver l’énorme quantité de films Pathé projetés aux États-Unis. Les listes hebdomadaires données dans certains journaux ou hebdomadaires spécialisés comme Le New York Clipper, Billboard ou encore The Moving Picture World et repris dans le volume de l’Americain Film Institute, 1893-1910, sont là pour confirmer les faits. Cependant, l’influence du film français et de Pathé en particulier commencera à décliner vers 1909. Pathé lui-même l’admettait :

“Le monde cinématographique entier avait les yeux fixés sur nos ateliers, nos procédés, nos appareils. Sans doute, à partir de 1910, un mouvement inverse commençait à se dessiner en Amérique et, pour un observateur averti, aucun doute ne pouvait subsister sur l’issue de la concurrence franco-américaine en matière de cinéma. Nous devions être dépassés et nous le fûmes.” Dans l’ouvrage de Bezerra Leite c’est à partir de 1908 que les produits français commencent à être concurrencés d’abord par des œuvres italiennes puis 1909 verra déferler sur le Brésil et très certainement sur toute l’Amérique latine les nouvelles productions américaines en particulier celles de la Biograph et de la Vitagraph. Il en est de même en Europe où, par exemple, The Vitagraph Co possède dès 1908 son agence à Paris et très certainement dans les autres capitales européennes.

SOURCES

Je voudrais de surplus donner quelques indications et mentionner quelques sources.1 - J’ai souvent utilisé, comme je l’indique en notes, l’Histoire Générale du Cinéma de Georges Sadoul et le fond Sadoul déposé à la CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE (Bibliothèque de l’Image et du Film). Il ressort de ce fonds que l’historien a eu à sa disposition un certain nombre de Catalogues qui n’ont pu à ce jour être retrouvés et qu’il a pu, grâce à la commission de Recherches Historiques de la Cinémathèque Française qu’Henri Langlois avait mise en place dès novembre 1943, avoir des contacts précieux avec quelques survivants de l’époque héroïque. J’ai pu moi-même utiliser plus attentivement quelques-uns parmi la centaine de dossiers, aujourd’hui conservés par la Cinémathèque française. Beaucoup de noms de réalisateurs et d’interprètes proviennent de ce fond particulièrement riche en ce qui concerne les premières années du cinéma français. J’ai donc suivi Georges Sadoul lorsqu’il écrit dans une note (page 182 du tome II “Les Pionniers du Cinéma”) “Nous pouvons considérer que les premiers films inscrits au catalogue à l’époque où Zecca prend la direction des productions à Vincennes portent les numéros suivants : 356-380 (1901), 381-399 (1902), 539-560 (1901-1902), 600-649 (1902), 670-699 (1901-1902), 818-830 (1902), 840 à 930 (1902)…” Il est bien évident que, s’agissant des toutes premières années de la production cinématographique, les dates qu’indique Sadoul et que je donne dans mon ouvrage, en dehors de sources précises, sont à prendre avec précaution. Il en est de même lorsqu’ils’est agi d’attribuer tel ou tel film à tel ou tel “metteur en scène”. J’ai donc suivi les attributions données par Georges Sadoul et par Jean Mitry.

2 - Tous les textes des sujets sont la reproduction exacte des textes parus dans les Catalogues d’origine sauf pour les scénarios provenant de la Bibliothèque de l’Arsenal à Paris, des Catalogues allemands et, bien évidemment, de ceux d’après vision.

3 - Tous les films datés de 1896 proviennent d’un Catalogue conservé à la Cinémathèque française (Collection de la Cinémathèque Française). Ce Catalogue est reproduit in extenso dans l’ouvrage Lumière et Mouvement. Laurent Mannoni le date “très vraisemblablement de 1896”. J’ai reporté scrupuleusement les vingt vues qui y figurent et j’ai également mentionné les neuf titres écrits à la main et que j’ai parfois retrouvés.

4 - La liste de Georges Brunel dont il est question provient d’un opuscule daté de 1897 (voir bibliographie). Georges Sadoul le cite déjà dans le tome I “L’invention du cinéma” de son Histoire Générale du Cinéma. Dans cette plaquette, Georges Brunel écrit : “Les Établissements Pathé fabriquent également des films et ont une grande variété de sujets tout prêts à être livrés. Nous avons vu la projection de la plupart. Les scènes les plus réussies sont : L’arrivée du Tzar à Paris, La Dame Malgache, Les Maçons à l’ouvrage, Le Déshabillé du modèle, Une Dispute, La Partie de canot, Défilé de chasseurs à cheval, Chez un barbier, Enfants courant après les dragées du baptême, Un Menuisier à son établi.

5 - Dans une des première publications patronnée ou plutôt inféodée aux Établissements Pathé Frères paraissait un “Choix de vues animées. Particulièrement destinée aux écoles et aux œuvres de jeunesse”. Ce “choix” comprenait en décembre 1899 quatorze sujets numérotés de 199 à 226. Le 1er janvier 1900 paraissait cinq Épisodes de la Guerre du Transvaal au Cinématographe. L’on retrouvera ces titres et leur numérotation dans mon ouvrage.

6 - Nombre de lecteurs m’ont posé la question sur la signification du Code Télégraphique qui apparaît très tôt et qui est noté dans mon Catalogue sous la dénomination Code tél. L’explication en est donnée dès 1902 par la Maison elle-même : “Afin de faciliter les commandes télégraphiques, nous engageons nos clients de l’Étranger à se servir du code AZ français avec les mots conventionnels dont nous accompagnons chaque sujet.” Il me semble que l’on peut difficilement se baser sur ce code pour établir une chronologie fiable. Dans ce même avertissement, Pathé indiquait également qu’il pouvait livrer “par retour du courrier en perforation Edison (4 trous par côté d’image) toutes les scènes contenues dans le Catalogue.” Mais que, par contre, elle ne pouvait livrer les films “en perforation genre Lumière (1 trou par côté d’image) que seulement dans les trois jours de la réception de commande”. Cet avertissement va perdurer jusqu’en 1905 au moins.

7 - La numérotation employée dans ce volume est celle employée dès le Catalogue 1901 que cite Sadoul mais que je n’ai pu retrouver. Cependant, outre celui de 1896, le Catalogue 1900 établi avant l’arrivée de Zecca et paru très probablement au début de 1900, possède une numérotation différente. J’ai donc eu recours pour les années 1896 à 1899 et pour la majorité des titres a une double numérotation. Le premier chiffre indique le n° du Catalogue 1900 et le deuxième le n° des Catalogues postérieurs. Ce deuxième numéro définitif est celui que l’on retrouvera de Catalogue en Catalogue. Il me faut signaler une légère anomalie : le même n°851 paraît sous le titre Quand on a travaillé qui est une scène ciné-phonographique et sous le premier tableau de Vie et Passion du Christ - La Naissance. La scène ciné-phonographique qui est la deuxième filmée avant 1900 va rapidement disparaître du catalogue.

8 - J’indique dans les sorties d’abord l’enseigne du forain ou de l’entreprise itinérante ensuite le lieu où ont eut lieu les projections soit dans une foire soit dans un lieu comme un cirque dont beaucoup de villes françaises étaient pourvues, un Music-Hall ou encore un Théâtre et enfin, la ville et la date.

9 - C’est grâce à une liste fort précieuse, écrite de la main même de Gaston Velle et qu’a bien voulu me communiquer et m’autoriser à reproduire sa petite fille, Mme Marie O’Connor le Lec, que j’ai pu ajouter quelques titres à la filmographie déjà conséquente de ce réalisateur.

10 - C’est grâce aux scénarios dits “conformes à la vue” et déposés à La Bibliothèque Nationale (Département des Arts et Spectacles - Bibliothèque de l’Arsenal) et à cinq Catalogues allemands en provenance de la Deutsche Kinematek que m’a gracieusement communiqués Mme Susan Dalton de l’American Film Institute de Washington que j’ai pu ajouter 67 sujets de films des années 1907 et 1908. Mme Joëlle Chemouny a bien voulu traduire ces derniers.

Henri BOUSQUET, 1996