Préface et sources d'Henri Bousquet (1907-1909)

UN EMPIRE COMMERCIAL

Dans ce volume qui englobe les années 1907 à 1909 , on voit apparaître les sociétés Le Film d'Art, la S.C.A.G.L. (Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres), le Film d'Arte Italiana et Le Film Russe. Je me suis longtemps interrogé s'il fallait inclure dans cette reconstitution d'un catalogue idéal de la production Pathé Frères non seulemen! les films tournés par la S.C.A.G.L. ou Le Film d' Art mais aussi les bandes réalisées en Italie, en Russie, aux Etats-Unis, en Hollande, en Belgique ... par des metteurs en scènes français, photographiées pour la plupart par des opérateurs français mais jouées par des acteurs du pays sur des scénarios du cru Comme je l'ai déjà déclaré lors du Deuxième Colloque de Domitor qui s'est tenu à Lausanne en juillet 1992, je réponds oui, tout en étant parfaitement conscient de l'arbitraire de cette décision bien qu'un certain nombre de faits plaident en faveur de ce choix. Pour ce faire j'ai donc tenté une mise au point en m'aidant le plus largement possible des écrits des historiens qui ont abordé peu ou prou ce domaine et des articles parus durant la période allant de 1908 à 1914. Je pense cependant que les films produits, coproduits ou édités par Pathé ne furent projetés, en France tout au moins, que dans les salles Pathé. À ma connaissance, les bandes tournées par exemple par la fameuse S.C.A.G.L., par la Valetta Films ne sont sortis que dans les cinémas construits ou loués par la maison. Si je cite la S.C.A.G.L. ou la Valetta Films émanations hexagonales de Pathé Frères c'est qu'ici ou là leurs Directeurs Pierre Decourcelle ou Camille de Morlhon ont voulu démontrer leur liberté. Certes, ils étaient libres, mais je suis à peu près certain que cette liberté là était une liberté sous tutelle, une liberté "étroitement surveillée" financièrement parlant. Je n'en voudrais pour preuve que ces paroles de Charles Pathé lui-même dans le chapitre lX, Nouvelles créations, de son livre De Pathé Frères à Pathé Cinéma : "Nous liquidâmes ou fîmes liquider d'abord nos agences cinématographiques de second ordre puis la S.C.A.G.L., le Film d'Arte Italiana." En ce qui concerne Le Film d' Art, la situation est plus complexe et incorporer les vingt-huit premières bandes réalisées dans le studio de Neuilly dans le Catâlogue de la Maison au Coq est certainement audacieux mais il ne faut pas oublier l'accord que signèrent Le Film d' Art et Pathé Frères; en effet dans son n° l0 du 26.4.1909 Kinéma citait une note parue dans Le Bulletin Financier: "On assure que la Société du Film d'Art est sur le point de modifier, d'une façon heureuse, son contrat avec la Compagnie Générale des Phonographes en ce sens qu'il lui serait assuré un minimum de bénéfices. La Société Pathé garantirait un minimum de fabrication hebdomadaire sans bien entendu porter atteinte à l'extension de la fabrication." Cette amélioration du contrat intervenait quelques mois après la proposition de Pathé au Film d' Art de "se charger du développement de ses négatifs et du tirage de ses positifs ainsi que de la vente et l'exploitation de ses positifs" (La France Économique et Commerciale).Dans le premier numéro du nouveau Bulletin Pathé de 1911 l'éditorial annonçait: "Les Ets Pathé Frères présentent cette semaine un programme d'une réelle valeur et qui offre sur ses devanciers (c'est moi qui souligne) l'avantage d'être beaucoup plus varié. Les Ets Pathé Freres pénétrés de la nécessité qu'il y a à apporter aux programmes une plus grande diversité viennent en effet de traiter avec plusieurs fumes nouvelles dont chacune se spécialisera dans un genre particulier. Les Ets Pathé Frères poursuivent en somme une évolution commencée il y a quelques années quand ils se firent les éditeurs de la S.C.A.G.L., de la Film d' Arte Italiana, du Film Russe etc ... A ces marques qui ont fait leur chemin s'ajoutent aujourd'hui d'autres qui, comme elles - on peut le certifier - connaîtront le plus brillant avenir. C'est ainsi que dans le programme édité cette semaine par Pathé Frères on peut voir la première production de American Kinema Les Mésaventures de Jim. On y voit également, poursuit le rédacteur de l'éditorial, les débuts d'une nouvelle firme Modern Pictures. Nizza et Comica se révèlent au public tandis que Impérium Film se spécialisera dans les vues de voyages." Un an plus tard, dans le n° 6 du 5 avril 1912 paraissait dans l'hebdomadaire Le Cinéma le premier d'une série d'articles rédactionnels et publicitaires signés V. (Armand Verhylle). Ce premier article s'intitulait L'Edition Cinématographique et débutait par ces lignes: "Nous n'étonnerons personne quand nous aurons énoncé cette indiscutable vérité : après avoir été les plus forts créateurs, Pathé Frères sont les plus forts éditeurs cinématographiques." Et V. continuait sur le même ton: "ll est d'un grand intérêt rétrospectif de marquer les étapes successives qu'ont suivies ces célèbres établissements, aujourd'hui que leur empire sur le marché du monde est tel que la plus forte coalition n'ose le leur disputer. Il faut rappeler, en effet, que pendant près de huit années la production de la maison Pathé a seule suffi pour alimenter le monde entier de films dramatiques, comiques et instructifs. Tout ce qui se faisait, tout ce qui se vendait, tout ce qui passait en faisceau lumineux sur l'écran magique, à travers la lentille de l'appareil de projection portait la marque Pathé." Pour ajouter que pour "continuer leur œuvre de novateurs, les frères Pathé comprirent qu'il n'est de succès durable que dans le renouvellement de ses éléments, et ils résolurent, sans cesser d'être les inspirateurs de la production de devenir la maison modèle d'édition cinématographique. Pour arriver à ces films, ils favorisèrent et aidèrent dans leur formation les sociétés cinématographiques dont ils se chargèrent d'éditer et d'imposer la production Indépendamment de l'appui moral de leur nom, ils les favorisèrent de l'appui effectif de leurs formidables débouchés commerciaux dans l'univers entier, leur permettant de vivre et de prospérer dans la plus complète indépendance." Ce que Jean Mitry traduisait plus explicitement par "l'industriel pensa, que pour concurrencer la production étrangère alors naissante, il était indispensable de produire sur place .. ." tandis que Francis Lacassin dans sa monographie sur Alfred Machin enfonce le clou en écrivant que cette "colonisation subtile permettait de jouer sur deux tableaux : en neutralisant toute tentative de production locale et en s'opposant du même coup à la concurrence des confrères parisiens ... ". Et Sadoul d'ajouter dans le tome II de son Histoire Générale de Cinéma: " .. financièrement le trust Pathé vise surtout à constituer désormais des sociétés annexes ou concessionnaires. Ce qui lui permet de contrôler avec des capitaux minimes, une masse d'intérêts considérables, tout en limitant les risques. La complexité de l'organisation permet toutes les manipulations, aussi les annexes, filiales ou associations vont-elles proliférer avec rapidité jusqu'en 1914 .. ." Dans ce premier article Armand Verhylle citait ces "marques les plus estimées" qui se groupèrent autour du célèbre Coq! : "Voici la S.C.A.G.L. , fondée en 1907 (En fait, la S.C.A.G.L. fut constituée le 22.6.1908) par MM. Pierre Decourcelles et Guggenheim et dont l'artistique production est sans rivale ... viennent ensuite ces marques dont le cachet personnel fait du moindre programme Pathé le plus attrayant et le plus varié des spectacles: American Kinema, spécialisé dans les scènes de la vie sauvage du Far-West et dont les films sont comme de vivantes illustrations des romans de Penimore Cooper et de Mayne Raid; Le Film Hollandais qui pou l’enchantement de nos yeux, évoque le pays néerlandais aux mœurs paisibles, au ciel gris et aux moulins tournants; le Film d' Arte Italiana qui nous a initiés aux beautés inoubliables de l'Italie et qui, dans la majesté de ses sites enchanteurs, reconstitue la vie des héros du grand Shakespeare: Shylock avec l'illustre Novelli, Roméo et Juliette etc; Britania Film dont les adaptations des chefs-d'œuvre de Dickens ont été vivement remarquées; Thanhouser Company avec ses comédies de mœurs américaines; Star-Film la marque populaire de M. Géo Méliès, un des ancêtres du cinématographe, et que d'autres ... Hepwix, Le Film Russe, Milanèse, Ibérico, Brazileira, Impérium Film. Indépendamment de sa production courante qu'elle assure avec la maestria que l'on apprécie, la maison Pathé édite les œuvres des metteurs en scène les plus renommés. Nous citerons M. Roméo Bosetti dont la marque cinématographique Comica est universellement goûtée et appréciée, Max Linder, dont les œuvres assurent à tout programme dont il est le clou la réussite la plus complète; Prince, dont chaque scène est succès de fou rire ; André Deed, Nick Winter etc etc .. " On peut voir par cette nomenclature l'amalgame que faisait Armand Verhylle en incluant les trois films que Georges Méliès dut concéder à la firme, les scènes de Max Linder, Prince, André Deed, Nick Winter. Cependant Verhylle laisse pointer le bout de l'oreille lorsqu'il ajoute tout de suite après cette liste: "D'où vient cet empressement autour de la célèbre maison d'édition; pourquoi cette confiance, cette vogue? C'est que seuls, parmi toutes les maisons concurrentes, les établissements Pathé frères ne dépendent et ne sont tributaires de qui que ce soit ... Leurs formidables usines englobent aussi bien la fabrication du support proprement dit que la préparation de qui l'émulsion du film. La perforation, la prise de vues, la révélation et le développement ne sont faits que dans leurs ateliers. Les appareils de prises de vue et de projection ne sortent que de leur main. Lorsque d’un rapide coup d'œil, on embrasse la filière de ces opérations successives, on remarquera qu'il n'y entre aucun élément étranger aux seules ressources de la maison Pathé. Cette maison se trouve être dans la situation d’un éditeur qui serait à la fois le fabricant de son papier, le fondeur de ses caractères, le constructeur de ses rotatives, l'agent de sa publicité et dont l'empire commercial serait tel, qu'il n'y aurait pas une capitale du globe sans succursale et pas une ville du monde où il ne soit représenté et où sa production ne soit mise en exploitation" Notre auteur ou plutôt devrais je dire notre agent rédactionnel vient d'employer les mots "Empire commercial' En effet, c'est bien d'un Empire qu'il s'agit, que Charles Pathé et son frère ont patiemment élaboré. Ces termes seront le titre du deuxième article d'Armand Verhylle dans le n° 9 du 26.4.1912 de Cinéma. Je vais me permettre d'en citer de larges extraits car, au travers d'une prose publicitaire rarement égalée, elle révèle peut-être la seule motivation de Charles Pathé: le commerce. Armand Verhylle fait même appel à Montesquieu en plaçant en exergue de ce monument cette phrase de l'écrivain: "L'histoire du commerce est celle de la communication des peuples" : ".. Lorsqu'il y a quinze ans, la Cinématographie en était encore aux expériences de laboratoire, les frères Pathé eurent l'idée d'industrialiser cette invention, les succès qu’ils obtinrent les forcèrent à produire - à produire sans relâche. Ils trouvèrent bientôt restreint le champ ouvert à leur dévorante activité et c'est ici qu'ils se révélèrent soudains Commerçants, au sens où l'on comprenait ce mot au moyen âge ... C'est qu'ils avaient compris, les novateurs de cette industrie nouvelle, que leur commerce, borné à l'intérieur d'un Etat si riche et si vaste soit-il ne serait jamais arrivé à ce point de prospérité qui rappelle les beaux jours de Carthage, de Rome et de l'Italie moyenâgeuse. Aussi avec quelle maîtrise portèrent-ils tous leurs efforts sur le déploiement de leur Commerce extérieur. Celui-là nécessite, exige des vues d'ensemble, des connaissances universelles et presque le génie de l'homme d'Etat. Sciences industrielles, politiques, diplomatiques, législation, tout est de son ressort. Il faut se tenir au courant de la situation des grands centres commerciaux, suivre l'essor ou la décadence des éléments financiers, prévoir les variations dans les goûts, les habitudes et les besoins des peuples, connaître leurs mœurs, être familiarisés avec les traités internationaux et les législations spéciales et calculer enfin jusqu'aux chances de paix ou de conflit ... À l'encontre des choses établies, qui veut que l'activité humaine se répartisse ainsi: produire, fabriquer, échanger - ce qui implique les trois acteurs suivants: un producteur, un consommateur, un commerçant - les frères Pathé, eux, sont à la fois industriels et commerçants. Ils produisent, fabriquent et répandent par le moyen de leur service commercial, sans le secours d'aucun autre intermédiaire, directement, de leurs usines à la salle de projection du plus petit village du monde civilisé. C'est ainsi que s'est établi en moins de 15 ans l'Empire Commercial des Frères Pathé. Leur conquête, de Paris, s'étendit à celle de la France, et de pays en pays, de capitale à capitale, le célèbre Coq vola de l'un à l'autre pôle, en vainqueur triomphant ... Il faut actuellement considérer qu'il n'est plus, dans le monde entier, une agglomération d'hommes pour qui la marque Pathé ne symbolise pas l'industrie cinématographique. Cette marque est représentée dans toutes les puissances de l'ancien et du nouveau monde. Toutes les capitales, toutes les villes sont des centre d'où rayonnent, à travers le globe, les fils d'une colossale toile d'araignée. Du Transvaal au Pérou, de Bornéo, Sumatra, Java aux confins de la Sibérie et de l'Alaska, du Canada à la Terre de Feu, de la Chine et du Japon au Groenland, il n'est pas un pouce de terrain foulé par un pied humain, où l'on ne puisse trouver un représentant de la Maison Pathé .... " Je pense cependant qu'il y a dans cette prose délirante, un certain nombre de vérités que l'on peut, que l'on doit examiner. Ainsi de ce paragraphe où il est dit "il faut se tenir au courant des grands centres commerciaux, suivre l'essor ou la décadence des éléments financiers, prévoir dans les goûts, les habitudes et les besoins des peuples, connaître leurs mœurs etc." et, plus loin ne trouve-t-on pas cette énumération orgueilleuse: "Du Transvaal au Pérou, de Bornéo, Sumatra, Java aux confins de la Sibérie et de l'Alaska ... il n'est pas un pouce de terrain ou l'on ne puisse trouver un représentant de la maison Pathé!" On pourrait penser que c'est là termes exagérés. Il n'en est rien. Reprenons deux rapports du Conseil d'Administration de la Cie Générale de Phonographes, Cinématographes et Appareils de Précisions autrement dit Pathé Frères. Le premier dont il s'agit ici date de février 1907. S'agissant de la branche Cinématographe "dont le développement marche à pas de géant" dit le rapporteur, le rapport en arrive "à la question si importante des succursales qui facilitent l'écoulement de nos produits à l'étranger" et ajoute "L'année dernière, au moment de l'assemblée générale (celle du 29 Mai 1906) nous possédions déjà des succursales à Berlin, Bruxelles, Moscou, Saint-Pétersbourg, New-York, Vienne, Amsterdam, Barcelone. Depuis lors, on a aménagé complètement celles de ces succursales qui étaient en état d'installation et on en a créé de nouvelles à Milan, Londres et Odessa:. D'autres sont en voie de formation, comme Calcutta, Stockholm et Budapest. Il faut signaler parmi toutes les succursales en activité celle de New York dont le succès est remarquable" Un an plus tard, lors du second rapport du 2 juin 1908 le rapporteur, après un long développement sur l'aspect juridique et financier des deux principales succursales Pathé à l'étranger, New- York et Moscou signalait la création de Sociétés Régionales en France liées à la décision de louer les f1lms et il ajoutait: "Mais la France ne joue qu'un rôle modeste dans les affaires en cinéma, car c'est à peine si elle compte pour un dixième dans le chiffre total, c'est l'étranger qui absorbe presque toute la production. En effet, dans les chiffres d'affaires des succursales pendant le dernier exercice, on relève New- York avec neuf millions et demi, Berlin et Moscou avec deux millions chacun, Londres et Milan un million et demi, Barcelone et Vienne un million etc ... " Pour clore ce rapport sur le cinématographe, il indiquait que des traités avaient été signés avec deux groupes importants : la Société du Film d'Art et la Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres (S.C.A.G.L.) et il terminait en indiquant que les deux Sociétés faisaient construire deux théâtres pour produire leurs œuvres, la première à Neuilly et la deuxième à Vincennes dont la maison Pathé aurait (et ceci est d'importance dans le cas qui m'occupe) "l'exploitation technique et commerciale exclusive". Enfin, pour en terminer, avec ce deuxième rapport qui permet de mieux situer le Pourquoi et le comment de la création de filiales qui ne seraient plus tout à fait des succursales mais qui ne seraient pas non plus tout à fait indépendantes, je me permets de citer telle qu'elle paraît dans le rapport "la liste des 18 succursales en exercice avec l'indication de la date de leur création : huit d'entre elles s'occupent exclusivement de cinéma, une autre exclusivement du phono et les neuf autres du cinéma et du phono en même temps: Moscou créée en février 1904, New-York en août 1904, Bruxelles en octobre 1904, Berlin en mars 1905, Vienne en juillet 1905, Saint-Pétersbourg en décembre 1905, Amsterdam en janvier 1906, Barcelone en février 1906, Milan en mai 1906, Londres en juillet 1906, Odessa en juillet 1906, Rostoff en mars 1907, Kiev en mars 1907, Budapest en juin 1907, Calcutta en juin 1907, Varsovie en juillet 1907, Singapour en août 1907". Toutes ces succursales étaient bien entendu dirigées par des français (par exemple Dreyfus à Milan) Il est même question dans ce rapport de "la formation d'une Société dénommée Pathé Phono Cinéma Chine au capital de 1.100.000 F pour l'exploitation exclusive de la Chine avec les produits de nos deux branches, Phonographes et Cinématographe" Dans ces rapports la mention Film ou Vues cinématographiques est rarement utilisée alors que les mots de ''marchandise fabriquée" reviennent fréquemment! Mais ces "marchandises" pour parler comme le rapporteur de la société il fallait qu'elles plaisent, il fallait, écrivait Verhylle "prévoir les goûts, les habitudes et les besoins des peuples, connaître leurs mœurs." Avant de transformer quelques unes de ces succursales en unités de production la firme au coq qui écoulait la majeure partie des positifs à l'étranger avait dès 1904 fabriqué des bandes aux sujets disons internationaux en donnant à ce terme un sens restrictif et sommaire. Ce n'était pas, je pense, dans le désir de conquérir le public étranger mais plutôt pour diversifier une production de plus en plus importante : ainsi un western comme Indiens et Cow-boys figure au Catalogue de 1904; au hasard, je mentionnerais ensuite quelques autres titres comme Un drame à Venise en 1906, suivi, en 1907, de Un drame à Séville, Apaches du Far-West ou encore La petite japonaise. L'année 1908 voit s'accélérer le processus: Au pays de l'or, Les brigands de la Calabre, Drame au Tyrol ou encore Vengeance sicilienne ...

C'est le 2 mars 1909 que la Film d'Arte italiana est créée.(*) Dotée d'un important capital social de 600000 lires, presque autant que l'Ambrosio de Turin (700 000 lires) et plus que la Cinés (370 000lires environ) son siège social était situé 70, via S. Nicolo’ da Tolentino, Roma. Son principal actionnaire, le franco-américain André Laffitte, apportait 200 000 lires, somme correspondant à la valeur reconnue des contrats qu'il garantissait avec la Compagnie Générale des Phonographes, Cinématographes et Appareils de Précisions et avec la société Le Film d' art Art née le 28 février 1908; la première (Pathé) assurant le développement des négatifs et leur commercialisation, la seconde (le Film d'Art) consentait l'usage de son nom, sa marque et aussi les plans et les études réalisés pour son théâtre de pose de Neuilly qui devaient servir à la construction du théâtre de prise vue de la F.A.I.. Dans cet acte constitutif les deux maisons françaises ne cachaient pas et cela était écrit en propres termes que leurs apports étaient la raison unique de la constitution de la Société car sans leur appui la Film d'Arte Italiana, ne saurait exister! Voilà donc qui est clair. Un des actionnaires n'était autre d'ailleurs que Charles Pathé avec 250 actions de 100 lires - représenté par un homme de paille. Charles Pathé qui fait partie bien évidemment du Conseil d'Administration devient dès le 18 mars Président effectif! Ce que Georges Fagot interviewant dans Ciné-Journal n° 94 du 11.6.1910 Lo Savio, administrateur, et Re Riccardi, directeur artistique de la F.A.I. de passage à Paris traduira (avec l~s mêmes termes que Verhylle !) par "le Film d'Arte Italiana s'adressa à la première marque du monde, les Etablissements Pathé frères, qui acceptèrent de l'éditer et lui fournirent leurs meilleurs metteurs en scène et opérateurs, en attendant qu'il fut à même d'en éduquer personnellement. De cette collaboration ne pouvaient naître et ne sont nées que d'excellentes bandes," Nous connaissons les noms de Louis J. Gasnier sorte de commis voyageur de la firme, des opérateurs de prises de vues comme Guichard, et Raoul Aubourdier qui signa la photo de La Dame aux camélias. Dans le n° 11 du 10 mai 1912 de Cinéma Verhylle entonnait avec les superlatifs qui lui sont propres un hommage à la Film d' Arte Italiana : "Dès sa création, ses administrateurs s'adonnèrent comme tâche d'adapter au cinématographe, les faits historiques dont la belle terre d'Italie fut le théâtre, de reconstituer, sur les lieux mêmes des événements, les fabuleux épisodes qui empreignent de leur souvenir les pierres et les paysages; et de faire revivre les grandes œuvres de Shakespeare, de Schiller, dans le cadre où ces merveilleux génies avaient rêvé de faire évoluer leurs personnages. C'est ainsi que nous eûmes ce souverain régal de voir Tarquin le Superbe et l'Enlèvement des Sabines dans ces paysages merveilleux de palais et de campagne romaine célèbre par la solennité de ses lignes, l'imposante tristesse de ses perspectives, la majesté de ses horizons. C'étai un véritable émerveillement de voir les souples draperies des vêtements flottants s 'harmoniser avec les ruines des monuments antiques," - Il oublie de mentionner La Dame aux camélias et Carmen, les deux premières bandes tournées par la firme, peu italiennes en vérité - Et d'ajouter plus loin, après avoir mentionné nombre de films " ... Toutes ces œuvres sont interprétées par une compagnie unique d'artistes choisis parmi les plus célèbres des Théâtres royaux d'Italie. Leur jeu bien personnel, empreint d'une sincérité, d'un enthousiasme et d'une fougue qui émeut et transporte les spectateurs électrisés. Leur renommée a dépassé les Alpes ... ". La même année d'après ce que l'on sait naissait la Pathé Russe qui s'intitulera dans les programmes français Le Film Russe. Pour parler de cette ''nouvelle maison de production" notre ami Verhylle est bizarrement moins prolixe, sa prose ne s'enlève pas et reste quelque peu terre à terre: "Cette jeune marque s'installa immédiatement au cœur même du gigantesque empire qui ne comprend rien moins que douze à treize nationalités différentes. Le champs d'expérience était vaste. C'est avec un entrain, une vaillance vraiment admirables que les directeurs se mirent à la besogne. Leur plan fut celui-ci: ne mettre au jour que les scènes de la vie russe, avec ses mœurs, ses types, ses coutumes. Mais il fallait pour cela faire appel aux connaissances professionnelles d'un vieux routier du cinématographe. C'est ainsi que l'on fit venir à Moscou même un des meilleurs metteurs en scène: M. Maître. (A Maurice André Maître qui en 1913 devait réaliser la dernière Vie et Passion de N.S. Jésus Christ dans les sables d'Ermenonville on adjoignit un autre régisseur le danois Kaï Hansen et deux opérateurs Georges Mundviller dit Meyer et Tapis) Sous ses conseils, sous sa direction, sous ses efforts répétés, sortirent ces scènes russes marquées au coin de la plus grande originalité. L'année 1910 vit cette scène célèbre : La Princesse Tarakanova; l'année 1911 a vu Anna Karénine, ce magnifique drame. (L'ami Verhylle est quelque peu fâché avec la chronologie. Le premier f1lm de la nouvelle compagnie fut Ouchard le marchand sorti en France en octobre 1909 suivi de Dimitry Donskoy en décembre 1909 également) L'impression qu'il dégagea fut profonde dans les masses du public ( il s'agit d'Anna Karénine), encore peu accoutumé à ces scènes russes interprétées par les premiers artistes du pays et jouées dans des sites et intérieurs exclusivement russes." Et Verhylle terminait ce raccourci historique par son leitmotiv: "C'est ainsi que, tous les jours se continue cette action de cohésion autour de la maison Pathé qui se dresse au milieu du groupe serré des firmes qu'elle édite, comme un grand arbre tutélaire qui les protège toutes de sa puissance rayonnante et à l'ombre duquel elles grandissent toutes en force et en prospérité." La troisième grande filiale ou unité de production fut celle des Btats-Unis qui s'appela American Kinema. Si l'on se reporte au rapport du 2 juin 1908, on lisait que "l'usine de Bound Brook fonctionnait très bien" et que sa "production journalière" était de 13000 mètres - de film positif - et que ce métrage atteindrait bientôt les 20.000 mètres! Mais la concurrence devenait de plus en plus sérieuse dans le pays. De nombreuses sociétés voyaient le jour, les autres intensifiaient leur production. La Biograph, la Vitagraph, Lubin, Edison etc deve¬naient des conCUlTents redoutables. Ils tournaient des sujets américains et les films français avaient certainement du mal à soutenir le choc. Alors Charles Pathé décide pour les États-Unis ce qu'il vient de réaliser en Italie et en Russie. Il transforme la succursale et lui adjoint un théâtre de prises de vues. Et il expédie là-bas notre homme à tout faire Louis J. Gasnier dont l'arrivée fut annoncée dans le Moving Picture World du 9 avril 1910 et présenté comme "stage director and photographer". Et quel fut le premier film sorti de Bound Brook? Un western bien évidemment qui avait pour titre: The Girl from Arizonasorti à New-York le 16 mai 1910 et en France en octobre 1910 sous une traduction littérale du titre. Le Bulletin Pathé pour l'Amérique du Nord présentait le fIlm en ces termes: "A sensationnal and thrilling western drama made in this country with genuine cowboys and indians. The fmal tableau is one of the most thrilling ever yet depicted"! Dans le na 10 du 3.5.1912 de Cinéma notre laudateur de service, ne restera pas en reste dans sa présentation de cette grande marque mondiale: "American Kinema apporte dans les programmes Pathé Frères l'exotique contribution de ses scènes. Il faut voir avec quel intérêt, quelle attention, les habitués des salles de spectacle suivent les émouvantes péripéties de la vie de la Prairie qui défilent sur l'écran avec une réalité stupéfiante sous l'estampille de la célèbre firme. Nous vibrons au spectacle des émouvantes luttes que les Peaux-Rouges soutiennent contre les Visages Pâles, trappeurs ou cow-boys. Nous n'ignorons plus rien des mœurs bizarres et intéressantes de ces merveilleux Indiens. Quand, terrassés par l'alcoolisme et la tuberculose, qui ravagent tous les jours leurs rangs de plus en plus clairsemés, ces races auront disparu, nous aurons grâce à American Kinema, un musée vivant et animé qui glorifiera les actes héroïques des Indiens et rappellera leurs admirables qualités d'endurance, de persévérance et de courage. Nous vivons également la rude vie des cow-boys, ces hommes admirablement trempés, qu'aucune attaque, aucune surprise ne décourage, audacieux pionniers de la civilisation qui surent rendre fertile l'immense prairie du Far-West ... American Kinema sait nous présenter, dans des cadres délicieux, des paysages charmants, ces angoissantes aventures de la Prairie ... American Kinema ne se signale pas seulement par le choix et l'exécution de ses films, d'une mise en scène soignée et exacte. Ses directeurs ont su grouper une troupe merveilleuse d'où s~ détachent des artistes hors pair qui, déjà fort célèbres en Amérique, voient, grâce aux débouchés uniques des Etablissements Pathé Frères, leur célébrité devenir mondiale ... Pour donner un caractère de vérité et d'exactitude à ses scènes indiennes, Arnerican Kinema a su s'attacher une tribu entière de ces adroits Peaux Rouges dont quelques-uns se sont révélés des artistes de talent ... " S'il était encore besoin d'identifier Pathé et son émanation américaine il suffirait de noter que la marque de fabrique" AK" fut enregistrée au Tribunal de Commerce de Paris le 20 juillet 1911 à Il h par la Cie Générale de Phonographes, Cinématographes et Appareils de Précision. Les deux autres grandes filiales furent en 1911 puis 1912 la Hollandsche Film et la Belge-Cinéma-Film dont Alfred Machin fut le créateur et le responsable jusqu'à la guerre de 1914. Malgré leur aspect par trop laudatif et publicitaire, je vais encore faire appel à ces néanmoins précieux articles que furent la série parue dans Cinéma sous la plume de A. Verhylle. Le 17.5.1912, il traitait de la firme hollandaise et la semaine suivante de la Belge-Cinéma-Film L'on peut d'ailleurs remarquer que ce n'est jamais la Grande Maison qui s'impose mais qu'au contraire elle vient en aide à ces peuples malheureux, ignorants et qui supplient. Ici c'est un groupe d'exploitants néerlandais! : "Un certain nombre d'exploitants néerlandais, ayant remarqué combien était rare, dans la composition des programmes qui leur étaient soumis, la production hollandaise, résolurent de combler cette lacune. Il était, en effet, profondément regrettable, qu'à de très rares exceptions près, le cinématographe n'ait pas encore vulgarisé dans le monde entier les mœurs, habitudes et paysages de cette Hollande d'une physionomie si typique. Aussi le groupement de ces exploitants fit-il immédiatement de bonne besogne en faisant appel à l'un des metteurs en scène les plus estimés de l'industrie cinématographique: M. Machin, et en chargeant du soin de l'édition et du lancement de la production les plus grands éditeurs du monde: les frères Pathé .... Ce fut donc sans tâtonnements, sans heurts, sans hésitations ni déboires d'aucune sorte, que la Hollandsche Film, société dernière venue dans le monde cinématographique, fit ses débuts sur le marché par un coup de maître, par L'or qui brûle, interprété par le plus célèbre des comédiens hollandais ... le fameux Bouwmeester du Théâtre Royal de Hollande. (En fait, écrit Lacassin L'or qui brûle fut non pas la première bande tournée par Machin mais bien la cinquième au moins. Mais il est exact ajoute+il qu'elle fut la première à être projetée en France.) ... Grâce à la Hollandsche Film, nous allons donc pouvoir visiter la patrie d'Brasme et de Rembrandt, cette contrée de moulins, de canaux et de prairies verdoyantes. Après les oeuvres des grands maîtres hollandais, le cinématographe évoque et fait revivre dans les plus intimes nuances de son existence ce pays de rêve et de travail, où pas un souffle de vent ne paye en passant son tribut à l'industrie et n'anime d'un mouvement gracieux et fécond les grands bras empennés des longues ailes tournantes" Pour la Belge-Cinéma-Film notre prosateur est moins dithyrambique: "Chaque jour qui vient apporte à notre belle industrie un progrès, une améli01:ation, un perfectionnement. Depuis quelque temps déjà, le public s'accoutume à applaudir sur l'écran les productions si originales d'une nouvelle marque cinématographique: la Belge-Cinéma-Film. Cette firme, une des dernières venues sur le marché, n'a pas tardé à prendre la place importante qui est toujours réservée aux efforts des intelligents et des laborieux. Ne convient-il pas, aujourd'hui que l'on annonce un petit chef-d'œuvre de cette marque universellement réputée, de faire la monographie de cette société productrice et exploitante à la fois? Spécialement fondée (en 1908) pour exploiter en Belgique et en Hollande le monopole Pathé, cette fIrme voulut à son tour produire et commença sous la marque Hollandsche Film une série de scènes ... Depuis, sous la marque Belge-Cinéma-Film, cette société continue ses productions qui l'ont placé en tête de notre belle industrie ... " À la tête de cette Belge-Cinéma dont la direction se situe au 26 et 28, rue de Malines à Bruxelles mais dont le siège social est 54, bd du Temple à Paris on trouve un nommé Georges Cerf qui auparavant était le Directeur Régional des filiales de la Société Omnia qui regroupait toutes les salles Omnia Pathé en France! Une autre de ces marques fut Impérium Films qui, basée à Londres, était spécialisée dans les sujets de plein air et de voyage. Pathé cependant ne découvrait pas le film de voyage qu'il appelle "scènes de plein air". Il avait envoyé déjà des opérateurs dans tous les coins du monde : Léo Lefebvre, Alfred Machin Jean Nedelec ou Gérard Legrand par exemple sont parmi les plus connus. Les films exotiques, la découverte d'autres pays attiraient de plus en plus les spectateurs. Cet engouement pour l'inconnu Armand Verhylle dans sa prose grandi¬loquente s'en sert pour présenter cette nouvelle société dont la marque sera déposée avec celles de la Comica, de la Nizza et de la Modern Pictures le 17 décembre 1910 à 1 h au greffe du Tribunal de Commerce de la Seine par un certain Mr Henry Danzer, très probablement un commis de Pathé: "Enfm! nos rêves d'enfance se sont réalisés au-delà de nos espérances! Vous rappelez-vous les heures tièdes, pas~ées sous la lampe familiale à lire et à relire les beaux voyages que nous racontaient les vieux livres dorés? A combien de songes heureux, à combien de lointaines envolées, le bruissement des pages tournées, n'a-t-il pas donné l'essor? Et, quand le soir, bordés par la caressante main d'une maman, nous nous endormions dans le lit blanc, vers quelles merveilleuses contrées n'étions-nous pas partis, sitôt que le sommeil avait clos les paupières lasses. Et plus tard, vous rappelez vous les feuillets arrachés du roman d'aventures, glissés dans une grammaire acariâtre ou une géométrie aride? .. Jamais le professeur au tableau n'avait pareil succès de silence et ... d'inattention!. .. n ne se doutait pas, le bonhomme, qu'à son bourdonnement continu, les mauvais élèves, les cancres, venaient d'appareiller pour un ... lointain voyage et cinglaient déjà, toutes voiles dehors, vers le pays du rêve et que l'instant d'après, ils s'enfonçaient, carabine au poing, dans l'inextricable forêt vierge ... Mais voici qu'elles nous sont rendues, ces bonnes heures, ces exquises minutes et, grâce à Impérium Fi1ms, nous pouvons, de nouveau, comme au temps de notre prime jeunesse, mettre les voiles vers les contrées inconnues, vers les pays inexplorés. Impérium Film est né, et voici que tous les explorateurs morts jeunes que nous étions tous, revivent d'une façon réelle les minutes vécues en imagination vagabonde ... Rien ne pouvait mieux personnifier, représenter Impérium Fi1m que cette Tour qui se dresse partout triomphale, ainsi qu'un gigantesque observatoire, du haut duquel nous pouvons ...contempler, admirer les merveilles amoncelé~s par la nature et le génie humain." La dernière marque dont il sera question ici est la Japanese Films qui vit le jour dès 1911 non seulement avec. des scènes de plein air mais avec des bandes comme Le Fiancé de la Geisha interprété par les artistes du Théâtre Impérial de Tokyo et qui, dit toujours l'infatigable Verhylle "fut joué dans les paysages du Japon". Mais là ou le bât blesse c'est qu'un film comme La Servante coquette sorti en 1912 est lui bel et bien joué par des acteursi européens déguisés en japonais. Les critiques de l'époque et les historiens japonais d'aujourd'hui sont très sceptiques. L'historien Hiroshi Komatsu notamment à qui j'avais demandé s'il pouvait me renseigner sur cette firme m'a répondu que pour eux ces soi-disant bandes japonaises avaient été en fait tournées à Vincennes. L'exemple de La Servante coquette et une étude attentive des décors - comme a pu le faire remarquer une participante au Colloque de Domitor- inciterait à penser de même. En conclusion, voilà une curieuse lueur projetée sur ces "grandes marques mondiales" éditées par Pathé Frères.

SOURCES Les années 1907-1909 posaient un véritable problème car, à part quatre suppléments mensuels de 1907 en provenance de la Bibliothèque Nationale de Paris et d'un catalogue anglais Pathé Catalogue - january 1909 conservé à la Librairie du British Film Institute à Londres, rien ne permettait de dater avec précision la production Pathé de ces années là. Cependant, grâce à la mention d'un "Livre Pathé" figurant dans l'ouvrage de l'historien espagnol Juan-Gabriel Tharrats sur Segundo de Chom6n, je pus, grâce à l'obligeance de la firme Pathé et surtout de la responsable de la Cinémathèque Pathé à Joinville le Pont, avoir accès à deux registres très anciens mentionnant tous les films produits, édités ou distribués par Pathé Frères de 1907 à 1926. On peut s'interroger: pourquoi ces registres ont-ils été commencés seulement à cette époque? Le premier, qui va jusqu'en 1913, mentionne quelques films antérieurs à 1907; était-ce dans le but de récapituler le stock existant en vue de la location envisagée? en existerait-il d'autres antérieurs? Cette source imprévue, d'un intérêt primordial, m'a donc permis de dater toutes les bandes mises en circulation et ce, jusqu'à la fin de 1914, objet de mon travail actuel. Cependant, si ces précieux registres nous donnent le titre, le numéro de catalogue, le code télégraphique, la longueur des bandes y compris le métrage de la couleur et le mois de parution, ils ne décrivent ni le caractère des films (s'ils sont comiques, dramatiques, de plein air etc ... ) ni, bien entendu, leurs sujets. J'ai pu, fort heureusement, avoir accès à d'autres sources qui m'ont donné soit les sujets, soit simplement l'annonce des sorties et parfois même des dates de sorties plus précises: 1 - Quatre suppléments de la Société Pathé Frères, ceux de janvier, février-mars, mai et juillet 1907 déposés à la Bibliothèque Nationale à Paris. 2 - Les listes des nouveautés avec, la plupart du temps, le scénario, publiés dans l'hebdomadaire Phono Ciné-Gazette de 1905 à 1909|http://filmographie.fondation-jeromeseydoux-pathe.com/2342-1909. 3 - Les listes des nouveautés et les programmes du cinéma Omnia Pathé à Paris publiés dans l'hebdomadaire Kinéma du 1er mars 1909 au 6 septembre 1909 et dans quelques numéros de l'hebdomadaire Filma de l'année 1908. 4 - Quelques programmes des cinémas Omnia Pathé, Artistic Cinéma et Le Cirque d' Hiver provenant soit de la collection de David Robinson, soit des archives de la Cinémathèque Française, soit enfin du fonds de la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris. 5 - Les listes, les annonces publicitaires, les scénarios et les comptes-rendus publiés dans deux revues anglaises The Kinematograph and Lantern Weekly dès le 16 mai 1907 et The Bioscope à partir du 18 septembre 1908 et dans l'hebdomadaire américain The Moving Picture World dès le 9 mars 1907 que j'ai pu consulter à la Librairie du British Film Institute à Londres. J'ai retrouvé ainsi un très grand nombre de sujets que je publie, par souci d'uniformité, dans une traduction française. 6 - Quelques scénarios ont été fournis par un recueil factice de notices concernant les bandes tirées en 28 mm pour le cinéma de salon Pathé Kok et conservés à la Bibliothèque de l'Arsenal, mais qu'il faut prendre avec précaution, certains titres ne correspondant pas du tout aux titres identiques distribués commercialement. 7 - J'ai pu, enfm, localiser un très grand nombre de dates de sorties d'abord à Lyon grâce à l'hebdomadaire Le Nouvelliste des Concerts qui indiquait les programmes assez complets de trois salles lyonnaises: le Cinéma¬Théâtre Pathé Grolée, le Scala et le Nouvel Alcazar, puis à Paris, mais d'une façon très fragmentaire dans la rubrique "Spectacles divers" du quotidien parisien Le Petit Journal et enfm, plus régulièrement dans le quotidien Comœdia qui indiquait outre les programmes de l'Omnia Pathé, ceux du Cirque d' Hiver. Ces programmes ainsi que ceux du fameux cinéma Dufayel paraissaient d'ailleurs à la rubrique "Music-Halls, Café-Concerts, Cabarets artistiques et Cirques" ! 8 - Mais surtout, j'ai pu avoir accès, grâce à l'obligeance de Mme Michelle Aubert, Directrice du Service des Archives du Film (C.N.C.) à Bois d'Arcy, et de Mme Emmanuelle Toulet, Conservateur à la Bibliothèque de l'Arsenal, département des Arts et Spectacles de la Bibliothèque Nationale, aux scénarios dactylographiés déposés systématiquement dès 1907 dans le cadre du Dépôt Légal et qui indiquaient en sus du titre : le geme, le nO du catalogue ou d'édition, le code télégraphique et parfois le scénariste ou les interprètes mais très rarement, le metteur en scène. Tous les sujets mentionnés dans ce Catalogue sans indication de sources proviennent de ces scénarios dactylographiés. À partir de l'année 1907 donc, et en l'absence de Catalogues, exceptés les quatre suppléments cités, je me suis vu dans l'obligation de modifier la présentation de mon ouvrage qui se voudrait davantage comme une Reconstitution de la production et de l'édition de la fl111le au Coq que comme un catalogue proprement dit. J'ai donc tout simplement suivi le registre de Joinville le Pont qui mentionne en marge les mois de parution. Cette mention de la parution - ou de la mise à disposition des bandes - m'est apparue au fur et à mesure de mon travail comme n'étant pas totalement fiable. En effet, grâce aux indications de sorties, j'ai pu me rendre compte que ce mois inscrit en marge devant chaque titre ne correspondait pas toujours aux dates de sorties qui étaient parfois postérieures, parfois antérieures au mois indiqué .. Avec la disparition des séries, et donc du genre, j'ai du pallier à cette absence en indiquant sous le titre la nature à laquelle le film appartenait en transcrivant simplement cette indication dans le cas des scénarios dactylographiés. soit la plupart du temps en la déduisant du sujet. La reconstitution des génériques a été beaucoup plus délicate. En ce qui concerne les attributions à tel ou tel réalisateur, scénariste, opérateur etc ... j'ai parfois suivi les indications données par mes prédécesseurs en Histoire du Cinéma, en essayant de les confronter avec d'autres sources plus ou moins fiables comme les interviews ou les "portraits" publiés, par exemple dans des hebdomadaires comme Le Cinéma, L'Image ou Cinémagazine. Pour les interprètes, la tâche fut plus aisée car dès la fin de 1908, les finnes en général, et Pathé en particulier mentionnent souvent l'interprétation comme il est dit plus haut, tout au moins pour les rôles principaux.

Henri BOUSQUET, 1993