Préface et sources d´Henri Bousquet (1919-1922)

Richard Abel dans l'ouvrage collectif Pathé, Premier Empire du Cinéma a parfaitement éclairé la situation des Ets Pathé Frères dans son article "Survivre à un nouvel ordre mondial" et que je reprends en partie dans cette modeste préface à ce nouveau volume qui englobe les années 1919 à 1922, c'est à dire les quatre années cruciales de l'après guerre qui verront l'éclatement de la vieille société en trois entités distinctes. Ce fut tout d'abord la séparation de la branche phonographique, toujours dirigée par Émile Pathé et qui prendra le nom de compagnie des Machines Parlantes de celle du cinéma qui s'appellera désormais Pathé Cinéma. Mais Charles Pathé qui, comme je l'avais noté dans mon précédent ouvrage, est bien décidé à ne plus s'occuper de production: "parent pauvre" affine-t-il de l'industrie cinématographique, va laisser les aléas de cette branche à d'autres qu'il commanditera ou aidera, au besoin de ses propres deniers. La firme continuera d'ailleurs à acheter des bandes de toutes sortes comme l'indique le placard paru dans Ciné-Journal n° 535 du 15.11.1919 reproduit ci-après. Il crée donc, dans un premier temps, Pathé Cinéma qui ne s'occupera dans les usines de Vincennes et de Joinville que de la fabrication de pellicule vierge beaucoup plus rentable. Désormais, et jusqu'à la création de Pathé Consortium Cinéma en 1921, Pathé Cinéma va se comporter quasi uniquement en maison de distribution avec surtout, et de plus en plus, des bandes américaines produites par divers petits producteurs avec lesquels Pathé Exchange avait signé des contrats de distribution exclusives avant sa vente en 1921 à des capitaux américains. Dans un très long rapport aux actionnaires de la compagnie en septembre 1920, reproduit in extenso dans le n" 99 du 25.9.1920 de l'hebdomadaire La Cinématographie Française, et que je me permets de donner en fin de volume, Charles Pathé analysait la "faiblesse" du cinéma français et de son réseau de salles (1600 contre 30000 aux U.S.A.). Il préconisait, face à cette situation et, selon son optique, la suppression de ce qui restait de son "Empire" d'avant guerre y compris la branche américaine. Il y annonçait pour terminer que Pathé Cinéma avait "à l'étude un cinématographe populaire d'un prix minime et de dimension réduite", le fameux Pathé Baby qui verra effectivement le jour fin décembre 1922. Mais le fait le plus important dans ce "démembrement" de l'Empire Pathé fut la création de Pathé Consortium Cinéma. Cette nouvelle société "prend la suite de Pathé Cinéma pour la location ... ". Déjà, cependant, et j'en avais également fait la remarque dans la préface de mon précédent ouvrage le mot de "Consortium des Grandes Marques" avait été avancé. Il était la conséquence directe d'une décision d'un Conseil d'Administration du 16 juin 1915 (1) lequel approuvait à l'unanimité la "création d'un consortium dénommé Pathé Consortium". Cette nouvelle société est dirigée par Denis Ricaud. Cependant, ce dernier, suivi par la majeure partie de son Conseil d'Administration et, contrairement aux intentions de Charles Pathé, va se lancer dans la production et surtout dans des productions de prestige comme Les Trois Mousquetaires. Il n'est pas dans mon propos et dans le cadre de cette préface de m'étendre sur les déconvenues financières de la firme analysées par Abel dans son article. Il me faut simplement noter que les films importés des Etats- Unis surpassent durant ces quatre années les films français dans la programmation de Pathé malgré un certain redressement au cours des années 1921 et 1922. Ainsi le total des bandes produites en France est de 227 contre 245 aux films américains. Je ne compte pas dans les bandes américaines les 16 rééditions de films de Chaplin de 1914 comme je ne compte pas dans le total français l'apparition des Pathé Revue ce "magazine filmé" qui, dès la fin 1919, remplace totalement les diverses séries documentaires des années précédentes. Il semble d'ailleurs que quelques uns de ces "reportages" reprennent des vues antérieures mais avec un métrage plus court car de nombreux titres et sujets de ces numéros sont identiques à certaines de ces scènes de "plein air", "scientifiques" et autres.]e ne citerais que deux exemples ainsi une Chasse au buffle en lndo-Chine dans le n° 34 d'août 1920 reprend une bande de 1910 ou encore cette Chasse à l'hippopotame en Haute-Gambie qui reprend certainement le même sujet paru en 1918. Comme je l'avais déjà indiqué dans la préface de mon précédent ouvrage, l'apparition d'une véritable critique cinématographique dès l'année 1918 m'avait incité à en donner quelques aperçus. Les années suivantes vont voir la prolifération de rubriques cinématographiques dans plusieurs grands quotidiens, tout au moins à Paris. Par exemple sous la signature de Louis Delluc dans Paris-Midi, de Boisyvon dans l’Intransigeant, de René Jeanne dans le Petit Journal ou encore de Lucien Wahl dans l’Information. J'ai donc pu, pour nombre de films de ces quatre années, mentionner quelques unes de ces appréciations critiques. Le tout récent et excellent petit ouvrage de Vittorio Martinelli recensant quelques appréciations de la critique italienne à l'égard des films français des années 1920 (voir bibliographie) m'a également amené à en citer quelques exemples. Aux Etats Unis, la revue corporative Variety et les comptes rendus de Harrison, un critique indépendant, mont aussi permis de donner un assez grand nombre d'appréciations sur les films américains Mes sources pour ces quatre années ont été relativement simples. La majeure partie a pu être recensée grâce aux programmes édités par la firme sous le titre de Pathé-Programme et dont je possédais fort heureusement pour les années 1921 et 1922 la majeure partie, les années précédentes faisant partie de la collection Rondel conservée à la Bibliothèque de l'Arsenal à Paris. Pour quelques films, j'ai utilisé, comme pour les années précédents, les scénarios conservés à la Bibliothèque Nationale au titre du dépôt légal, ils portent la mention scénario Arsenal; pour d'autres bandes j'ai utilisé les scénarios ou comptes rendus parus dans des corporatifs comme La Cinématographie Française ou Hebdo-Film. J'ai pu également visionner quelques bandes conservées sous formes de négatifs ou de positifs soit à la Cinémathèque Française soit au Services des Archives du Film (C.N.C.). Ces bandes sont mentionnées avec l'indication Scénario d'après vision, comme ce très curieux Cueillette des nids de Salangane dans l’Île de Java. Je précise ici que la plupart des textes sont de ma plume et sont, dans la majorité des cas, un résumé des sujets repris de ces différentes origines et qui varient parfois de une à deux/trois pages. La classification par mois a été' ce volume d'après les sorties en salles.La majorité des génériques des films américains m'ont été fournis par les Catalogues établis par l'American Film Institute. J’ai retrouve grâce aux copyrights déposés à la Library of Congress à Washington DC la majeure partie des titres originaux des films de Hanry Pollard.Je dois les photocopies de ces copyrights à l'amabilité de Serge Bromberg et Éric Lange. J'ai également utilisé le Catalogue des fi1ms français de long métrage de Raymond Chirat et Roger Ikart. II me faut également remercier Zoran Sinobad de la Motion Picture Division à la Libray of Congress à Washington DC et to Berglund, ce dernier, pour nombre de films comiques, qui m'ont aidé pour la recherche des titres originaux et des génériques des films courts qui ne figurent pas dans les Catalogues de 1'A.F.I. ou dans les ouvrages cités comme ceux de Davide Turconi, Adam Reilly ou Jean-Jacques Couderc.

Henri BOUSQUET, 2001