Préface et sources d´Henri Bousquet (1923-1927)

Sous le titre de Les Affaires sont les affaires l'hebdomadaire corporatif La Cinématographie Française dans son numéro 438 du 26 mars 1927 annonçait la quasi disparition de Pathé-Cinéma: «Pathé conserve indépendante son usine de tirage de Joinville et l'exploitation de Pathé-Baby et de Pathé-Rural qui sera lancé prochainement et, sous le titre de Kodak-Pathé, une Société va être formée, qui dirigera l'usine de pellicule de Vincennes ... Dans cette Société, la participation de Kodak sera de 51 % et celle de Pathé de 49 %. Les accords seront appliqués à dater du r mai 1927. » Le 7 mai, la même revue rendait compte du banquet qu’ avait offert Charles Pathé le samedi 30 avril à l'occasion de la création de la nouvelle Société et de «l'important discours de M. Charles Pathé» qui débutait ainsi: «C'est aujourd’hui le dernier jour de mon règne. Demain, je ne serais plus le patron ... » Une dernière page étant tournée pour Charles Pathé, j’ai décidé de terminer mon travail sur la filmographie de la Maison Pathé Frères qui n'est plus l'association de deux frères mais, depuis la fin de la Grande Guerre, qu'une entreprise de distribution de films sauf peut-être avec le «sursaut» de Pathé Consortium et ses tentatives de produire quelques grandes œuvres. Les années 1923 à 1927 qui font l'objet du présent volume voient s'accentuer et concrétiser cette politique jusqu'à l'arrivée de Jean Sapène et de sa Société des Ciné-Romans. Mais ce n'est plus Pathé! On conserve bien sur le nom mais on le vide de la substance qui avait fait de la Maison au Coq l'un des premiers et plus important producteur des 15 premières années du siècle! Ainsi, si l'on excepte les Ciné-romans et autres grands films produits par la société de Sapène, rien ne diffère plus Pathé Consortium Cinéma des autres nombreux distributeurs qui se disputent le marché et importent à tour de bras la production américaine. Ainsi en 1923 les films made in USA importés par la firme sont au nombre de 64 contre 46 français dont 6 Ciné-romans, en 1924 c'est 70 films américains contre 23 français, en 1925,60 contre 17,en 1926,36 contre 10 et en 1927 20 contre 15! D'ailleurs, la plupart de ces bandes venues des États-Unis ne sont pas de grandes œuvres et l'on remarque un grand nombre de films comiques anciens, certains datant de 1918 ou 1919 et qui, très certainement, sont la queue d'accords alors que Pathé Exchange existait encore!! Le conseil d'administration de Pathé Consortium Cinéma s'en était d'ailleurs rendu parfaitement compte qui signalait en juin 1924 les «grandes difficultés d'exploitation, en raison de la nécessité où [e Conseil s'est trouvé de réaliser des contrats passés précédemment pour la création de négatifs et d'utiliser pour la location, des films en stock dont la valeur était inégale»! C'est à cette époque que se situe l'accord avec la Société des Ciné-Romans, pour une période de six années avec l'arrivée en tant que Directeur de Jean Sapène au Conseil d'Administration de Pathé Consortium Cinéma. tannée suivante lors de l'assemblée du 28 février 1925, Jean Sapène, qui vient de redresser quelque peu Pathé Consortium Cinéma, dans un très long discours aux actionnaires (1) joue les sauveurs, proclame sa certitude de sortir Pathé Consortium Cinéma de la crise dans laquelle la Société s'était enfermée et joue les prophètes avec l'accord in1plicite de Pathé Cinéma et de Charles Pathé qui étaient revenus au Conseil d'Administration en 1924. Mais hélas, ce n'était que reculer pour mieux sauter. Ceci, cependant, est une autre histoire déjà contée. Ce qui nous intéresse ici c'est de constater qu'à part quelques titres peu alléchants, la majorité des films que ce soient des Ciné-romans ou antres grosses machineries à gros budget comme par exemple Kœnigsmark sont le fait de la Société des Cinés-Romans-Films de France mais pas de Pathé Consortium Cinéma. Dès lors, mon ambition affichée de «reconstituer la production Pathé» n'a plus de sens alors que Pathé Cinéma n'est plus qu'un fabricant de pellicules et que Pathé Consortium Cinéma n'est plus, comme je le notais au début de cette préface qu’une entreprise de distribution. Jusqu’en 1926, mes sources ont été relativement aisées. J'ai utilisé de 1923 jusqu'au 1er juillet 1924 les Pathé Programmes, soit de ma collection personnelle soit en utilisant ceux conservés à la Bibliothèque de l'Arsenal dans la fameuse collection Ronde!, soit en utilisant ceux parus dans Le Film Français une publication qui du 1er juin 1923 au 15 juin 1924 donnait conjointement les programmes aussi bien de Pathé que de Gaumont puis dès ler juillet 1924 dans l'hebdomadaire Pathé Journal que publie la firme. Cette publication va perdurer jusqu'en octobre 1926 date à laquelle elle sera remplacée par un nouvel hebdomadaire Ciné de France qui se voudra beaucoup plus populaire, en ce sens que dans cet hebdomadaire paraîtront des «Interviews sur les artistes, des enquêtes, des reportages sur les studios de France et de l'Etranger, des contes inédits, des romans amusants» sans un mot sur les programmes! Et ainsi, dès cette fin 1926 jusqu’à la fin de 1927, j'ai eu beaucoup de difficultés à retrouver les programmes de la firme, en outre dès la fin de 1926 le métrage n'est plus indiqué, j'ai donc du m'en remettre à d'antres sources. Le registre Pathé qui m'avait été d'un secours inestimable jusqu'en 1926 s'arrête cette année là et les programmes du fumeux Omnia Pathé qui projette désormais d'autres œuvres que celles distribuées par Pathé Consortium Cinéma ne sont plus guère utilisables! J'ai pu cependant retrouver en grande partie cette programmation grâce aux comptes rendus parus dans des revues corporatives comme La Cinématographie Française qui met en place dès 1923 son système de fiches, Hebdo-Film ou encore Cinéa-Ciné pour tous. J'ai pu également, avec une relative facilité trouver les dates de sorties grâce à un nouvel hebdomadaire qui paraît régulièrement dès 1923 La Semaine de Paris ancêtre de nos Pariscope ou autres Officiel des Spectacles. En ce qui concerne les Pathé-Revues, le dépouillement a pu se faire très aisément jusqu’au 15 juin 1924. Au delà, ce fut plus délicat en ce sens que dans Pathé Journal leur contenu était soit inexistant soit extrêmement difficile à situer. Cependant, dès le n° 2 du 15 juillet 1924, l'apparition de photos de chaque côté des tableaux des programmes m'ont permis en les comparant aux numéros des Pathé-Revues heureusement conservés par les Archives Pathé de retrouver la plupart des 3 ou 4 séquences formant chaque Pathé-Revue hebdomadaire. Le dépouillement exhaustif de ces magazines aux Archives Pathé m'a permis en outre surtout pour les deux dernières années de retrouver leur contenu presque intégralement Comme pour les deux volumes précédents, j'ai inclus dans celui-ci nombre de critiques d'époques en les résumant bien entendu sous la notation de « notes critiques ».Au cours des deux années précédentes, Vittorio Martinelli a consacré deux ouvrages aux films allemands et aux films américains vus par la critique italienne. J'en cite quelques exemples aussi bien pour les quelques bandes réalisées outre-Rhin que pour les films « made in USA». A la fin de ce travail qui a duré une quinzaine d'années, je tiens ici à remercier tous ceux qui m'ont aidé et soutenu durant cette longue période et en particulier mon épouse et mon fils Georges, qui de plus fut le collaborateur de la première heure.

Henri BOUSQUET, 2004

(1) Hebdo-Film, n°471 du 7.3.1925