Voyage et grandes chasses en Afrique  –  Machin / Alfred  –  1913

Fiche générale

  • Numéro de film : 6240
  • Production : Pathé frères
  • Édition : Pathé frères
  • Réalisateur :Machin
    Alfred
  • Scénario :Machin
    Alfred
  • Directeur de la photographie : Machin
    Alfred
  • Chef opérateur : Doux
    Julien (aide opérateur)

Production

  • Production : Pathé frères
  • Édition : Pathé frères

Fiche artistique

  • Réalisateur :Machin
    Alfred
  • Scénario :Machin
    Alfred

Fiche technique

  • Photographie :Machin
    Alfred
  • Chef opérateur :Doux
    Julien (aide opérateur)

Résumé et notes

  • Métrage : (1525 m)
  • Code télégraphique : Sérail

RÉSUMÉ

Vous tous qui, tranquillement assis dans un fauteuil, regardez défiler devant vos yeux l’image d’un pays lointain ou les péripéties de quelques chasses émouvantes, avez vous quelque fois cherché à vous rendre compte des dangers et des fatigues par où l’on doit passer avant d’arriver à produire ce petit bout de film qui vous parait si peu de chose? Non assurément, et c’est pourquoi, puisque l’occasion s’en présente, nous allons tâcher de vous retracer sommairement les joies et les déceptions d’une de ces longues randonnées au centre de l’Afrique. Tout d’abord, voyons ce que coûte une expédition de ce genre. En général, on part de Khartoum et le voyage dure un mois ou deux. Sur un bateau loué dans cette petite ville, on emporte provisions, munitions, montures, etc, car après Khartoum, à part quelques petits postes sur lesquels il ne faut pas compter pour trouver quelques chose, c’est la brousse, la brousse nue, déserte, mystérieuse. On remonte le Nil pendant une quinzaine de jours; on campe aux endroits giboyeux et l’on y chasse. Ceci, c’est le sport dernier cri des grands de la terre qui, sans trop se fatiguer, veulent pouvoir dire qu’ils ont chassé en Afrique centrale et en ont rapporté quelques trophées. Et cette chasse de deux mois, toute sommaire et superficielle qu’elle soit, coûte en moyenne de quinze à vingt mille francs. Elle n’est pas, on le voit, à la portée de toutes les bourses. Cette durée de deux mois, cependant, ne pouvait suffire à une expédition du genre de celle organisée par la Maison Pathé. S’il est relativement facile, en effet, de chasser et de tirer un animal, il est plus compliqué de le cinématographier dans les diverses phases de sa vie. Il faut pour cela beaucoup de temps, beaucoup de patience et, cela va sans dire, beaucoup d’argent. L’expédition qui a permis d’établir le remarquable film qui porte pour titre : Voyage et Grandes Chasses en Afrique, a duré prés d’un an et n’a pas coûté moins de 125 000 francs! Sa direction avait été confiée à un homme qui, aux qualités d’un chasseur adroit et intrépide joignait celles d’un parfait cinématographiste : M. Alfred Machin. Il emmenait avec lui, sans parler d’une respectable troupe de nègres, deux compagnons de voyage qui furent souvent pour lui des collaborateurs précieux dans les circonstances périlleuses de prises de vue où l’un “tournait” tandis que l’autre faisait le coup de feu. Partis de Marseille à la fin de décembre, les explorateurs débarquaient cinq jours après àAlexandrie, gagnaient le Caire où ils demeuraient une quinzaine pour acheter les vivres nécessaires à l’expédition et, tantôt en chemin de fer, tantôt en bateau, après des haltes à Schellal et Wadi-Halfa, arrivaient à Khartoum où ils louaient les deux grandes felouques qui devaient être, pendant huit mois, leur arche de Noé. Ces felouques, minutieusement aménagées et garnies de provisions, de munitions, de mulets, de baudets, de chèvres, de pigeons, de poules et de nègres, les grandes voiles blanches, pareilles à des ailes gigantesques, étaient hissées et, mollement bercés par les barques légères, les chasseurs remontaient le Nil, faisant envoler sur leur passage de gracieuses troupes de hérons blancs. Au hasard de leurs escales, ils pouvaient étudier à loisir les moeurs et coutumes des pays traversés et cinématographier les divers artisans soudanais, aux petits métiers si originaux et si curieux. D’abord déserte et sablonneuses, les rives du fleuve sacré se couvraient peu à peu de forêts, tandis que, tels de grands radeaux jaunes portant des oiseaux comme passagers, de longs bancs de sable s’étiraient à la surface de l’eau, presque entièrement couverts parfois de pélicans, de grues, de cigognes, d’oies et de canards sauvages que le rapide glissement des felouques laissait d’ailleurs totalement indifférents. Enfin, peu de jours après, les crocodiles commençaient à apparaître. On les voyait se chauffer et dormir au soleil, semblables à de gigantesques lézards. Les fusils étaient alors sortis des gaines, un homme désigné pour monter la garde à la proue du bateau et chaque saurien signalé était salué d’une fusillade en règle. Un gibier plus intéressant, plus dangereux aussi, n’allait pas tarder à se présenter à mesure que l’on approchait de l’inextricable marais du Bahr-el-Ghazal, sous la forme d’hippopotames de belle taille, dont quelques uns atteignaient 4 mètres de longueur et pesaient jusqu’à 4 000 kilos. Gibier dangereux, avons-nous dit, et le fait n’est que trop vrai si l’on songe que, lors de l’expédition Marchand, un des formidables pachydermes déchira et faillit couler d’un seul coup de mâchoires la baleinière d’acier où le capitaine Baratier et ses tirailleurs reconnaissaient, à travers l’omm-souf et les tiges pressées des papyrus, la route de la mission. En voyant passer les felouques, les hippopotames effarouchés grognaient sinistrement, sortant de temps en temps leurs énormes têtes difformes, émergeant, replongeant, leurs dos noirs et graisseux reluisant au soleil comme ceux de monstres de bronze. Là encore, une hécatombe importante fut faite, qui devait surtout profiter aux nègres, très friands de la graisse d’hippopotame, et qui la dévorent littéralement, avec de larges sourires et des mines réjouies de gros chats gourmands. Tout en logeant leurs balles dans la dure carapace des crocodiles ou la peau épaisse des hippopotames, les chasseurs avaient atteint, au milieu de la tribu des Chillouks, le petit village célèbre de Fachoda, où ils retrouvaient vivants le souvenir de Marchand et l’amour des Français qui avaient définitivement affranchi les braves noirs des poursuites avides des marchands d’esclaves. Ils devaient arriver peu après à la région la plus mystérieuse du Nil, la région du Sud où le fleuve sacré, divisé, morcelé, éparpillé, se perd dans un dédale effrayant d’îles et d’herbes flottantes. Ce n’étaient, aussi loin que la vue pouvait se porter, que d’immenses champs de roseaux serrés les uns contre les autres et que l’on ne pouvait contempler sans songer aux innombrables voyageurs morts de faim et de fatigue au milieu de cette végétation mouvante se déplaçant au moindre caprice du vent, vous encerclant de toutes parts, vous immobilisant quelquefois pour toujours. Nos explorateurs rencontrèrent là, par bonheur, le steamer du gouvernement anglais qui, moyennant la coquette somme de 2 000 francs, consentait à ce que les felouques s’attachassent à ses flancs pour la longue traversée des régions maudites. La place nous manque, malheureusement pour parler de toutes les surprises qui attendaient, lors du débarquement, l’opérateur cinématographique. Chaque jour, s’offrait à son objectif, une faune curieuse et bigarrée où figuraient, suivant les régions, les animaux les plus divers. Ici, c’étaient des léopards que l’onphotographi ait soigneusement, et au prix de quels dangers, avant de les abattre; là, des singes, des lionceaux, des ibis au rose plumage. Plus loin, des vautours s’acharnaient sur le cadavre d’un buffle; une autruche prenait joyeusement ses ébats avec son petit; sur les arbres, des rolliers métalliques faisaient briller au soleil l’émail bleu de leur délicate parure; perchés sur leurs hautes pattes, des marabouts voûtaient leurs dos ronds avec un sérieux de vieux philosophes impassibles; des girafes au long cou, à la démarche déhanchée, s’enfuyaient d’une allure maladroite et raide, pas assez vite, malgré tout, pour éviter le coup de feu qui les renversait brusquement, les jetait dans l’herbe ensanglantée que battaient, dans un dernier sursaut de vie, leurs jambes interminables. Trop rapidement, il nous faut mentionner les haltes des explorateurs au pays des Dinkas dont un chef, cependant, avait pour les recevoir, tenu à faire appel et avec un succès que l’on devine sans peine, à toutes les séductions de la mode européenne. Trop rapidement, il nous faut glisser sur la chasse aux aigrettes, ces jolis oiseaux dont les nuées blanches, se levant ensemble dans la plaine, font songer à quelque brouillard neigeux emporté par la brise. Et, cependant, combien est fructueuse une pareille chasse, puisque les plumes de l’aigrette qui ornent les chapeaux de nos jolies contemporaines ne valent pas moins de 6 000 francs le kilo! Trop rapidement enfin, il nous faut rappeler la visite de la mission aux villages Baris avoisinant Wanbeck, poura rriver sans autre transition à la frontière abyssine, où devait avoir lieu la chasse la plus périlleuse, la plus mouvementée, celle aussi qui devait procurer aux explorateurs leurs plus violentes émotions : nous voulons parler de la chasse à l’éléphant. Ces braves pachydermes ne sont pas, en effet, au milieu de leur jungle les bêtes pacifiques que l’on se figure en les contemplant en fermés derrière les grilles de nos jardins zoologiques. Il n’est pas de plus terribles jouteurs, de plus dangereux ennemis. Plus d’une fois, les chasseurs, en lutte ouverte contre eux, crurent bien que leur dernière heure était venue et que les géants traqués allaient prendre leur revanche contre les pygmées assez hardis pour s’attaquer à eux. Nous ne rappellerons, parmi tant d’autres passages émouvants du journal de M. Machin, que celui où il nous redit très simplement la peur véritable qui s’empara de lui et de ses compagnons une nuit où, leur trace étant éventée par un troupeau de plus de deux cents têtes, ils entendirent soudain les arbres se briser autour d’eux sous le pas pesant des éléphants en furie, tandis que de terrifiants barrissements résonnaient comme un barbare hymne de mort dans l’obscurité complice… Maintenant, le voyage touchait à sa fin. Frétant une caravane, pour regagner les bords du Nil avec leur énorme butin de défenses, les explorateurs retrouvèrent, après sept mois, le chemin du retour, traînant avec eux une véritable ménagerie où vivaient en bonne intelligence deux girafes, deux lions, deux léopards, trois gazelles, une hyène, six autruches, cinq genettes, un crocodile et trois singes dont l’un, le jeune Coco, changea plus d’une fois en gaieté folle le spleen qui envahissait la petite troupe. Grâce au folâtre animal, M.Machin et ses compagnons arrivèrent sans trop d’ennui à Wadi-Halfa, où ils quittèrent les felouques pour le petit vapeur du Nil. Et, un beau matin, ils prirent enfin la route de l’Europe.

En savoir plus

Note : Ce très long documentaire est formé de la majorité des films tournés par Alfred Machin et son aide Julien Doux (tué à la guerre de 1914-1918) accompagnés par l’explorateur David de 1908 à 1911. Le texte que nous reproduisons provient d’un Programme du Théâtre Pathé à Bruxelles, n°38, agrémenté de plusieurs photos et conservé à la Cinémathèque Royale de Belgique. Gustave Babin avait déjà publié dans l’hebdomadaire L’Illustration n° 3425 du 17 Octobre 1908 un premier récit de cette expédition sous le titre : Les Grandes Chasses Africaines.

Date de la publication électronique :17 November 2009
Sources :
  • Henri Bousquet, Catalogue Pathé des années 1896 à 1914, Bures-sur-Yvette, Editions Henri Bousquet, 1994-2004