Le Coût de la vie  –  Philippe Le Guay  –  2003

Fiche générale

Affiche
  • Pays de production :France
  • Genre : Comédie de moeurs
  • Durée : 110 minutes
  • Producteur :Anne-Dominique Toussaint
  • Production :Les Films des Tournelles
    Pathé Renn Production...
  • Numéro de visa : 104582
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Réalisateur :Philippe Le Guay
  • Interprètes : Vincent Lindon (Coway)
    Lorànt Deutsch (Patrick)
    Fabrice Luchini (Brett)
    Isild le Besco (Laurence)
    Géraldine Pailhas (Helena)
    Claude Rich (Nicolas de Blamond)...
  • Scénario :Philippe Le Guay
  • Adaptation :Jean-François Goyet
  • Dialogues :Jean-François Goyet
  • Producteur délégué :Anne-Dominique Toussaint
  • Directeur de production :Jean-Jacques Albert
  • Directeur de la photographie : Laurent Machuel
  • Compositeur de la musique : Philippe Rombi
  • Monteur : Martine Giordano
  • Chef décorateur : Jimmy Vansteenkiste
  • Costumier : Anne Schotte

Production

  • Pays de production :France
  • Producteur :Anne-Dominique Toussaint
  • Production :Les Films des Tournelles
    Pathé Renn Production
    M6 Films
    Gimages Films
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Producteur délégué :Anne-Dominique Toussaint
  • Directeur de production :Jean-Jacques Albert
  • Avec la participation de :Gimages 6
    Natexis Banques Populaires Images 3
    Canal+
    M6
    Ciné-Cinéma

 

Fiche artistique

  • Réalisateur :Philippe Le Guay
  • Scénario :Philippe Le Guay
  • Adaptation :Jean-François Goyet
  • Dialogues :Jean-François Goyet
  • Scripte :Sylvie Koechlin
  • Interprètes :Vincent Lindon (Coway)
    Lorànt Deutsch (Patrick)
    Fabrice Luchini (Brett)
    Isild le Besco (Laurence)
    Géraldine Pailhas (Helena)
    Claude Rich (Nicolas de Blamond)
    Camille Japy (Milène)
    Catherine Hosmalin (Karine)
    Michel Vuillermoz (le banquier)
    Bernard Bloch (l’huissier)
    Jean-Claude Le Guay (Gérard)
    Fabien Behar (le manager)
    Xavier de Guillebon (Denis)
    Daniel Martin (Eric)
    Chloé Mons (l’infirmière Martine)
    Olivier Claverie (Roberto)
    Chantal Neuwirth (Granny)
    Nils Hugon (Robin)
    Agathe Dronne (Françoise)
    Philippe Fretun (Directeur rééducation)

Fiche technique

  • Directeur de la photo :Laurent Machuel
  • Compositeur de la musique :Philippe Rombi
  • Ingénieur du son :Laurent Poirier
  • Monteur :Martine Giordano
  • Chef décorateur :Jimmy Vansteenkiste
  • Costumier :Anne Schotte
  • Son :Dolby SR / SRD
  • Monteur son :Jean Goudier
  • Maquilleur :Michelle Constantinides
  • Casting :Frédérique Moidon
  • Assistant réalisateur :Yvon Rouve
  • Procédé image :Format 1.85
  • Mixage :Dominique Hennequin
  • Coiffure :Catherine Crassac

 

Résumé et notes

  • Genre : Comédie de moeurs
  • Durée : 110 minutes

RÉSUMÉ

Un radin convulsif incapable de payer une addition... Un restaurateur trop généreux qui se ruine à force d'investir... Une femme mystérieuse résolue à faire payer les hommes... Un grand patron qui brade ses usines à la suite d'un infarctus... Une jeune héritière qui veut se faire aimer pour elle-même...

En quelques jours à Lyon, ces personnages vont se croiser : à travers ces récits entremêlés, « Le Coût de la vie » essaie d'identifier notre rapport intime à l'argent.

D'où nous vient notre rapacité ou notre désinvolture ? Pourquoi certains dépensent-ils de manière frénétique là où d'autres retiennent l'argent comme la partie la plus vitale de leur être ?

On croit parler d'argent, mais c'est d'amour dont il s'agit.

D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

ENTRETIEN AVEC PHILIPPE LE GUAY, REALISATEUR

Comment est venue l’idée d’un film sur l’argent ?

Tout est parti d'un article sur la fille d'un richissime artiste décédé. Elle racontait sa vie quotidienne : vêtue d'un jean élimé et d'un pull trop grand, elle déjeunait dans de grands restaurants avec les avocats qui géraient sa fortune. Elle prenait deux tomates et réglait des additions faramineuses. Puis rentrait dans son 300 mètres carrés sur la Seine et restait prostrée dans le noir. Ses quatre heures de psychanalyse par semaine ne résolvaient pas grand-chose. Ce portrait m'a fasciné. Pourquoi cette jeune fille refusait-elle sa fortune ? Pourquoi vivait-elle si douloureusement cet héritage ? J'ai commencé à écrire une histoire autour de cette héritière. Rapidement, j'ai découvert qu'à travers elle, ce qui m'intéressait vraiment, c'était le rapport à l'argent, et plus que tout, la culpabilité.

Ce personnage est tout de même resté dans le film.

Tout à fait, mais j'ai éprouvé le besoin de le mêler à d'autres qui avaient eux aussi une relation plus ou moins névrotique avec l'argent. Cela me permettait surtout de ne pas rester prisonnier du même ton. Avec l'héritière comme seul ressort dramatique, j'étais condamné au registre du thriller et cela me paralysait d'avance... (…)

Comment avez-vous choisi vos personnages ?

Il fallait résister à la tentation de dresser un catalogue des situations autour de l'argent. Un film de dix huit heures n'arriverait pas au bout ! J'avais déjà mon héritière, j'ai songé à quelqu'un qui pouvait représenter la Loi dans son entourage, l'héritier de la mémoire du père. Le personnage d'un oncle s'est imposé, j'imaginais qu'il était un frère complexé par le talent des affaires du disparu, mais il n'y avait pas lieu de développer cette histoire familiale.

Très vite, j'ai dessiné les deux extrêmes du comportement à l'argent, le prodigue et le radin. Je crois du reste que chacun de nous est un étrange alliage de ces deux tendances. On peut être tout à la fois follement généreux et follement pingre, tout dépend avec qui et comment... J'ai abordé le personnage de Coway dans une générosité inquiète, pas seulement positive. Et en même temps, j'ai voulu montrer la solitude du radin, cette chronique incapacité à donner.

Tous vos personnages ont une forme de complexité.

Je ne voulais pas les juger. Ce n'est pas "mal" de garder l'argent, comme ce n'est pas "bien" de le donner. Bien sûr, le personnage qui donne est plus attachant, on a davantage envie de lui ressembler. Mais, en même temps, il a un complexe d'infériorité. Dès l'instant où l'on prend l'argent comme révélateur des manques de chacun, on rentre dans l'humain.

Pourquoi avoir construit le scénario autour de tant de personnages ?

Dans la première version du scénario, il y en avait deux fois plus ! Jean-François Goyet, avec qui j'ai fait l'adaptation, m'a énormément aidé à resserrer l'histoire sur six personnages centraux. Dès qu'on rentre dans un personnage et ses motivations, on perd l'argent comme problématique. Le personnage devient plus fort que le thème, comme dans la vie. Il fallait donc plusieurs personnages, un peu comme dans « Shorts cuts » de Robert Altman, ou encore « Magnolia » de P.T. Anderson. Ce sont les rapports entre les personnages qui tissent le nœud du thème, qui lui reste en creux. Il fallait sans cesse entretenir un mouvement de balancier entre la densité charnelle des personnages et l'abstraction du thème - le rapport à l'argent.

D’où vient l’ouvrière qui se fait refuser sa carte de crédit au début du film ?

Elle est le personnage obligatoire du film. On ne devait pas rencontrer que des personnages ayant des rapports névrotiques à l'argent. Cette ouvrière licenciée éclate de rire lorsque sa carte bleue est refusée. Elle est dans la vitalité, pas dans la névrose. Dans ce sens, elle est un contrepoint important aux autres personnages. Sans elle, le film aurait manqué la dimension la plus élémentaire de l'argent, qui est tout simplement celle de la survie. Catherine Hosmalin joue ce rôle avec une tonicité formidable, cet allant des gens qui ne renoncent pas. C'est un peu un personnage à la Ken Loach, qui nourrit l'histoire par contraste...

En écrivant le scénario, pensiez-vous aux acteurs qui allaient incarner ces personnages ?

J'évite toujours de faire cela. Je n'y ai songé qu'une fois le scénario achevé. Tout de suite, Vincent Lindon et Fabrice Luchini se sont imposés à moi. Vincent a la prestance physique des généreux, du côté de Gabin. Fabrice a l'innocence douloureuse des grands phobiques. Du reste, initialement, le personnage de Fabrice était moins développé. À l'époque, je tenais à la présence d'un enfant dans le film. Je voulais suggérer que notre rapport à l'argent est lié à la transmission, à ce qui a été donné pendant l'enfance. C'est l'enfant qui souffrait de rétention anale au départ, et peu à peu j'ai déplacé cette idée vers le personnage de Brett. Cela donne au personnage du radin un ancrage organique et il traverse le film jusqu'au dénouement.

On pense beaucoup à Claude Sautet dans votre film…

C'est une référence qui ne m'embarrasse pas, bien au contraire. Sautet est un des rares cinéastes à avoir montré le rapport à l'argent, non pas de manière sociologique comme on l'a trop souvent dit, mais de façon plus obscure. L'argent est au cœur des relations entre les hommes et les femmes. C'est le cas de « Max et les ferrailleurs », où Romy Schneider est une prostituée, c'est le cas de « Mado ». Chez Sautet, il y a une angoisse masculine dans le rapport à l'argent, comme s'il y avait une indignité fondamentale pour un homme à désirer une femme. Il faut toujours qu'il y ait de l'argent quelque part, même hors des rapports de prostitution. Au début de « Nelly et Mr Arnaud », Michel Serrault donne un chèque à Emmanuelle Béart...

Comment le scénario a-t-il évolué au cours du tournage ?

L'argent est comme le sang qui coule dans nos veines, il est partout mais on ne le voit pas. J'avais le souci permanent d'incarner les choses. Par exemple, le personnage que joue Claude Rich était plus veule, plus sexuel, plus carnassier. J'envisageais une sorte d'ogre, à la Orson Welles. Comme j'aime énormément Claude Rich, je lui ai proposé le rôle, un peu par jeu. Sa présence a fait évoluer ce personnage, il en a fait un individu plus sec, avec une autorité réelle. Curieusement, on associe Claude à un personnage poétique, alors qu'il peut être cassant et nier l'autre. Ici c'est l'acteur qui a modelé le personnage...

Et les autres comédiens ?

Isild Le Besco sait faire passer le côté douloureux de son personnage, mais elle a aussi un côté Bécassine, avec un vrai potentiel comique. Elle fait peur lorsqu'elle explose à la fin, quand sa conscience de classe refait surface. La rencontre avec Lorànt Deutsch était idéale. Lui possède un côté titi parisien, en décalage complet avec Isild qui vient d'un cinéma d'auteur. Géraldine Pailhas était un contre emploi. On lui fait toujours jouer les mères dignes et courageuses alors qu'il y a en elle une zone beaucoup plus trouble ! Ici, elle incarne une call-girl de luxe. Elle a une revanche à prendre sur les hommes, mais on n'en connaîtra jamais les motivations. Elle pourrait dépouiller le malheureux Brett, au lieu de quoi elle devient pour lui une sorte de thérapeute. Elle dit "prendre son argent pour son bien", et on sent qu'elle dit vrai. Les deux névroses, du radin et de la femme vénale, vont se soigner l'une l'autre. (…)

Pourquoi avoir choisi de situer votre histoire à Lyon ?

Dans l'imaginaire français, Lyon est liée à l'argent, à la gastronomie, donc au plaisir. J'avais envie de cet enracinement dans le terroir français, dans cette culture. Presque inconsciemment, je me rends compte que le film a une identité très française, avec un ancrage catholique inconscient - il y a même une scène dans une église ! Je suis convaincu que les anglosaxons feraient un film très différent sur le rapport à l'argent, tout comme les italiens, ou les danois...

Comment s’est imposée la dernière scène du film ?

Elle est arrivée tard dans la genèse du film. Inévitablement, il fallait finir par la rencontre du généreux et de l'avare. J'ai pensé que l'avare allait donner un euro au prodigue et qu'il allait l'accepter, lui qui refuse toute aide pendant le film. J'aimais l'idée que ces deux personnages partagent un moment ensemble. Et puis chacun repart tout seul dans son coin, mais ce n'est pas amer. Il y a un ton de fatalité qui je crois me correspond. Chacun a accepté un peu de sa névrose, sans s'en délivrer tout à fait. C'est toute la question de la métamorphose des personnages au cinéma : je crois à un changement partiel, mais pas à la rédemption définitive !


  • Sortie : 30/07/2003
Date de la publication électronique :22 September 2011
Sources :

L'annuel du Cinéma 2004, Tous les films 2003, Editions Les fiches du cinéma 2004