Eden à l'ouest  –  Costa-Gavras  –  2009

Fiche générale

Affiche
  • Pays de production :France
    Italie
    Grèce
  • Genre : Drame
  • Durée : 110 minutes
  • Producteur :Michèle Gavras
    Jérôme Seydoux
    Manos Krezias
  • Production :KG Productions
    Pathé...
  • Réalisateur :Costa-Gavras
  • Interprètes : Riccardo Scamarcio (Elias)
    Odysseas Papaspiliopoulos (Ami Elias)
    Léa Wiazemsky (Nina)
    Tess Spentzos (Amie Nina)
    Kristen Ross (Amie Nina)
    Stella-Melina Vasilaki (Hôtesse)...
  • Scénario :Costa-Gavras
    Jean-Claude Grumberg
  • Producteur délégué :Michèle Ray-Gavras
  • Directeur de production :Florence Masset
  • Directeur de la photographie : Patrick Blossier
  • Compositeur de la musique : Armand Amar
  • Monteur : Yannick Kergoat
    Yorgos Lamprinos (assistant)
  • Chef décorateur : Alexandre Bancel
    Konstantinos Papageorgiou
  • Costumier : Mathé Pontanier
    Ioulia Stavridou

Production

  • Pays de production :France
    Italie
    Grèce
  • Producteur :Michèle Gavras
    Jérôme Seydoux
    Manos Krezias
  • Production :KG Productions
    Pathé
    France 3 Cinéma
    NovoRPI
    Medusa Film
    Odeon
    Centre du Cinéma Grec
    ERT Télévision
    Nova Télévision
    East Media
    Finos Films
    Office du Tourisme Grec
  • Producteur délégué :Michèle Ray-Gavras
  • Directeur de production :Florence Masset
  • Coproduction présentée par :Michèle Gavras
    Jérôme Seydoux
    Manos Krezia
  • Avec la participation de :CANAL +
    Cinecinema
    France3
  • Avec le soutien de :la région Ile-de-France
  • Producteurs associés :Dionyssis Samiotis
    Salem Brahimi
    Léonard Glowinski
  • Production exécutive Grèce :CL Productions
    Costas Lambropoulos
    Nikos Doukas

 

Fiche artistique

  • Réalisateur :Costa-Gavras
  • Scénario :Costa-Gavras
    Jean-Claude Grumberg
  • Scripte :Angeliki Arvanitis
  • Interprètes :Riccardo Scamarcio (Elias)
    Odysseas Papaspiliopoulos (Ami Elias)
    Léa Wiazemsky (Nina)
    Tess Spentzos (Amie Nina)
    Kristen Ross (Amie Nina)
    Stella-Melina Vasilaki (Hôtesse)
    Gil Alma (Bob)
    Eric Caravaca (Jack)
    Marisha Triantafillidou (Directrice club)
    Konstantinos Markoulakis (Yvan)
    Mona Achache (Marie Lou)
    Alexandre Bancel (Bernard)
    Juliane Koehler (Christina)
    Igor Raspopov (Leonid)
    Ina Tsolakis (Sa femme)
    Vitalyk Field (Son fils)
    David Lowe (Fred l'Américain)
    Ana Paula Aurijo (Elena)
    Ulrich Tukur (Nick Nikelby)
    Dylan Talleux (Assistant Nick Nikelby)
    Nevada The Magic of Nathan Burton Las Vegas (Numéero des Toilettes de la mort)
    Arto Apartian (Commerçant bazar)
    Tasos Kostis (Chauffeur voleur)
    Dina Mihailidou (Paysanne Sofiaz)
    Manolis Psychogioudakis (Enfant Sofia)
    Konstantina Hamalaki (Enfant Sofia)
    Ieroklis Mihailidis (Le couple Mercedes)
    Annie Louolou (Le couple Mercedes)
    Florian Martens (Gunther)
    Antoine Monot (Karl)
    David Kruger (rabatteur usine)
    Bruno Paviot (rabatteur usine)
    Marcel Mankita (Contremaître)
    Ahmed El Kourachi (Ouvrier)
    Jian Zhang (Kim)
    Jean-Pierre Gos (Franz)
    Jean-Christophe Folly (Le chanteur/musicien)
    Amain Aithnard (Africain)
    Guerassim Dichliev (type douche)
    Juliette Galoisy (La cassière)
    Olivier Chenevat (Un garde)
    Sophie Parel (Jeune femme moquettes)
    Isabelle Dunatte (Dame pipi)
    Harmonie musicale de Melun (Fanfare marché)
    L'Amicale des Alsaciens et Lorrains de Rueil-Malmaison (Groupe folklorique alsacien)
    Harmonie municipale de Melun (Orchestre folklorique)
    Denis Rezard dit Bilbo (Contrebassiste orchestre)
    Costel Mirol (Chef gita)
    Justin Blankaert (Conducteur jaguar)
    François Criqui (Salem garagiste)
    Zirek Ahmet (Compatriote Elias)
    Cyrille Dobbels (Voisin asile)
    Alexandra Riegel (Dame TGV)
    Alejandra Skira (Dame TGV)
    Antoine Kakou (Jeune garçon TGV)
    Jean-Benoît Terral (Jeune garçon gare de l'Est)
    Alain Dzukam Simo (Balyeur gare)
    Djiby Badiane (Marchand objets)
    Murali Perumal (Hindou)
    Frédéric Chau (Asiatique)
    Aymen Saidi (petit basané coup de boule)
    Gilles Demurger (CRS)
    Christophe Roblin (CRS)
    Bonnafet Tarbouriech (Maître d'hôtel)
    Vincent Andrieu (Monsieur direction métro)
    Emmanuel Ambroise (Mendiant gobelet)
    Annie Duperey (Dame à la veste)
    Christophe Dru (Policier en roller)
    Bruno Lochet (SDF Yann)
    Yves Alion (SDF)
    Martine Demaret (Femme SDF)
    Xavier Maly (Policier chez SDF)
    Clara Schwartzenberg (Jeune fille métro)
    Jean-Claude Grumberg (Homme sortie du métro)
    Michel Robin (Portier Lido)
    Julie Gavras (Dame à la poussette)
    Elias Hamon (Enfant poussette)

Fiche technique

  • Photographie :Patrick Blossier
  • Compositeur de la musique :Armand Amar
  • Monteur :Yannick Kergoat
    Yorgos Lamprinos (assistant)
  • Chef décorateur :Alexandre Bancel
    Konstantinos Papageorgiou
  • Costumier :Mathé Pontanier
    Ioulia Stavridou
  • Monteur son :Thomas Desjonquières
  • Casting :Marie-France Michel (France)
    Sabine Schroth (Allemagne)
    Sotiria Marini (Grèce)
  • Assistant réalisateur :Joseph Rapp
    Dylan Talleux (deuxième assistant)
  • Steadycamer :Michael Tsimperoupoulos
  • 1er assistant caméra :Eric Blanckaert
  • Son direct :Thanassis Arvanitis
  • Création sonore :Thomas Desjonquières
  • Mixage :Thomas Gauder

 

Résumé et notes

  • Genre : Drame
  • Durée : 110 minutes

RÉSUMÉ

Comme dans l'Odyssée, c'est en mer Égée que l'aventure d'Elias, notre héros sans légende, commence.

Sur la même mer, sous le même soleil et le même ciel qu'à l'aube de la civilisation. Après bien des péripéties, dont une escale au paradis et un bref séjour en enfer, son épopée finit magiquement à Paris.

Paris, que chaque errant voit briller au plus profond de ses rêves dans son sommeil incertain.

EDEN A L'OUEST tente de faire écho au parcours, à l'errance, à l'histoire de ceux - hier ce fut nous-mêmes ou nos pères et mères - qui traversent la terre, bravent les océans et les uniformes à la recherche d'un toit.

L'histoire d'Elias n'est pas celle d'Ulysse, ni celle de jean-Claude, ni la mienne. Mais je me reconnais dans Elias, cet étranger qui ne m'est pas étranger...

Costa-Gavras

En savoir plus

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

ENTRETIEN AVEC COSTA-GAVRAS, REALISATEUR

Costa-Gavras, réalisateur français le plus primé, aborde dans son nouveau film un thème qui trouve chez lui une résonance singulière. Eden à l’Ouest ou le parcours d’un immigré, une odyssée que seul ce grec venu à Paris en 1956 pouvait signer avec autant de justesse et de recul. Rencontre.


Avec « Eden à l’ouest » où nous emmenez-vous ?


À Paris. J’ai voulu ce film comme une Odyssée. Mon personnage traverse, un peu comme Ulysse, la mer (la mienne, en l’occurrence la Méditerranée), puis les épreuves, les tempêtes. Il affronte les monstres modernes et bouscule les mythes de notre époque. À ceci près qu’Ulysse voulait retrouver son foyer et que lui, vient pour essayer d’établir le sien. Beaucoup d’hommes et de femmes sont aujourd’hui obligés de se déraciner pour aller s’enraciner ailleurs. «Partir, c’est mourir un peu» mais immigrer, c’est mourir un peu pour renaître ailleurs. C’est en cela que c’est un film sur l’enracinement ; aux antipodes d’une vision statique d’un enracinement avec l’amour de la terre, de ses montagnes, de l’odeur de l’herbe au réveil. Elias se confronte à un monde différent, inconnu et nous incite à regarder ce monde, le nôtre, avec ses yeux, un regard plus neuf, plus critique, et finalement il nous met face à nous-mêmes.


Au début du film nous sommes presque dans un documentaire ou un reportage très réaliste sur un cargo rempli d’immigrés.


Il fallait comprendre immédiatement que ce sont des immigrés - de la faim ou de la guerre, ou des deux - peu importe. Nous avons voulu avec Jean-Claude Grumberg que notre personnage soit la quintessence de tous ceux qui pour survivre sont obligés de partir. Parce qu’ils n’ont plus de quoi nourrir leur famille, parce que l’avenir dans leur pays est déprimant, parce que la police politique d’un régime veut leur peau, ou tout simplement parce qu’ils ont un rêve qui les pousse à aller ailleurs. Nous avons inventé une langue et tout fait pour que l’on ne puisse pas donner de nationalité à notre personnage. Dans la première scène ils sont des centaines d’immigrés clandestins entassés sur un cargo pourri. Leur point commun à tous : ils ont payé pour être sur ce bateau et on leur a promis l’Europe… l’Eden. Et tout d’un coup, ils sont trahis et abandonnés. Cette histoire est commune à tous les immigrés. Ensuite, c’est chacun son odyssée, selon son rêve, ses besoins ou ses capacités…


Le rêve d’Elias, votre héros, c’est Paris…


Paris n’est pas innocent pour nous. Paris - ville des lumières, de la tolérance, de la culture, de la douceur. C’est ici que je suis venu, comme sont venus, une génération avant, les parents de Jean-Claude Grumberg.


Dans cette Odyssée on croise des personnages plus ou moins tolérants, plus ou moins généreux, et l’on sent que vous avez accordé une attention particulière à les écrire.


Ils nous ressemblent tous, ils sont tous une partie de nous-mêmes, de notre société et de ses contradictions. L’immigration est un révélateur de nous-mêmes à un moment donné. La manière dont un pays accueille ou non des populations, la manière dont il les intègre ou les repousse, les artifices et les barrières qu’il met ou non en place, les a priori sur les immigrés de certains pays et pas d’autres, tout cela en dit long sur l’état d’une société. Le traitement que les Français ont réservé aux Italiens ou aux Polonais dans les années trente, puis aux Nord-Africains avant et après la guerre d’Algérie, aux Portugais à la même période, sans parler des préjugés sur les immigrés asiatiques «plus discrets, plus travailleurs, plus faciles à intégrer», tous ces clichés parlent de nous. Elias, l’immigrant, permet d’observer notre société et la manière dont elle se comporte vis-à-vis de ce «corps étranger».


Elias est toujours en fuite.


Le problème d’Elias n’est pas la difficulté de s’installer. Son problème, c’est de pouvoir se poser à un endroit sans que l’on vienne le pourchasser. Il est en permanence en fuite, traqué. Aujourd’hui l’immigré n’est pas perçu comme une chance pour un pays. Il n’est plus un besoin, même plus un problème, il est perçu comme un danger. Tel qu’il est présenté dans beaucoup de médias, directement ou indirectement, l’immigré représente un danger : un danger d’envahissement de la société. Or la société européenne comme la société française a besoin d’immigrés.


A un moment donné il a peur des pompiers…


Il a peur de l’uniforme quel qu’il soit. Dans « Les Temps modernes » Charlot est terrifié à la vue de deux matelots. Il fuit.


… ou de policiers qui encadrent simplement une traversée en rollers à Paris…


Elias a peur, mais cette fois ces policiers l’appellent «Monsieur» et le protègent car désormais il est bien habillé.


Malgré sa dureté, le film a aussi une certaine douceur et un humour qui donnent un style inattendu à ce nouveau Costa-Gavras. Ca tient à quoi ?


Sans doute parce que ce personnage me touche plus qu’un autre. La douceur, la bienveillance chez l’immigré sont dues au besoin d’être accepté, et pourquoi pas être aimé. Mais aussi à ce sentiment d’infériorité issu du paternalisme qu’il voit souvent dans nos regards ou notre comportement. J’ai un immense respect pour un homme qui immigre. Quitter son pays, aller vers l’inconnu est une épreuve terrible. Il faut un courage mental et un courage physique à toutes épreuves. Il faut beaucoup d’intelligence, d’intelligence de la vie. Il faut un sens de la débrouille mais aussi une faculté de comprendre et de s’adapter à des codes, à des modes de fonctionnement différents, sans parler de la barrière de la langue. Ce sont peut-être finalement les meilleurs qui ont ce courage et viennent à nous, dans notre «Eden». Nous avons voulu avec Jean-Claude Grumberg que le film soit un hommage à nos pères, nos grands-pères et à ceux de notre génération qui sont venus en France malgré les embûches et les tempêtes ; les voilà, nous voilà ! «We stand» comme disent les Américains. J’aime bien cette expression toute simple. Il y a de la fierté à être simplement là, debout. C’est sans doute un truc de pionnier, mais ça en dit long.


Février 2009, sortie d’« Eden à l’Ouest »… Février 1969 sortie de « Z »… Quarante ans, qu’y a-t-il de changé?


A l’époque où j’ai fait des films comme « Z », c’étaient des films d’alerte et de dénonciation, de mise en perspective dans un monde où tout semblait aller vers le «progrès», vers le «mieux». La nécessité était alors de dire que dans le «mieux» il y avait aussi du pire. Aujourd’hui le discours général est que tout va vers le pire dans tous les domaines. Et entre autres, le regard sur l’immigré est catastrophique. Nous n’avons pas voulu avec « EDEN A L’OUEST » faire un film de plus sur cette surdramatisation de l’immigré. En optant pour une certaine légèreté mêlée à une violence certaine, nous avons voulu laisser “respirer” la question de l’immigré. Aborder cet homme “à problèmes” autrement.


Anny Duperey est merveilleuse dans le film. Une seule scène mais tout est dit ! Elle croise Elias, lui donne une veste.


Elle lui dit : «Avec ça tu vas pouvoir trouver du travail et aller aux Champs-Elysées». Elle lui donne une clé, un passe. La clé, c’est un vêtement qui n’est pas simplement là pour tenir chaud mais qui lui facilite le contact avec les autres, qui fait tomber leur peur. Cette grande bourgeoise parisienne le sait. Elle lui donne la veste de son mari que l’on imagine décédé.


Elle ne le fait quand même pas entrer chez elle !


Non, elle le laisse sur le palier. Elle fait ce que nous faisons tous, aider un peu. Et si on ne peut pas «héberger toute la misère du mode», il faut se comporter avec dignité et humanité. Ce pays est fait de millions d’ex-Elias et d’Elias. Il ne faut pas que l’intégration soit une simple victoire personnelle sur l’adversité. Il faut que ce soit le projet collectif d’une société.


Parmi ces millions d’immigrés qui font la France, il y en a un qui s’appelle Costa-Gavras : né en Grèce, voilà un étranger qui s’est plus que bien intégré dans son pays d’accueil. Qu’est-ce qui dans ce film fait écho à votre histoire ? Tout. Et pourtant ce n’est pas un film autobiographique, même si j’étais, moi aussi, un immigré culturo-économique. Je crois que je suis comme des milliers d’immigrés ! Tous ne sont pas devenus metteurs en scène et avec une réussite que je continue de trouver extraordinaire ! Ce n’est pas une autobiographie, je le répète. Pourtant, j’ai puisé en moi, dans ma vie et mes expériences le personnage d’Elias. Ce film est sans doute mon film le plus personnel.


Mais vous, vous sentez-vous Français ?


Sur ce thème, je vous répondrais : «est-ce que vous, français, vous me sentez français ? Si vous me sentez français, je suis avec vous». Je suis de ce pays que j’aime, de cette culture, je suis d’ici. Mais c’est votre regard qui me le dit, pas moi. Et ce besoin ne disparaît jamais. C’est comme une histoire d’amour. Vous aimez une femme et vous lisez dans ses yeux qu’elle vous aime. Un immigré ne se sent pas français le jour où il a un toit, un travail, des papiers. Ça compte, mais ça ne suffit pas. Il est Français quand d’autres Français le regardent avec respect, chaleur, quand ils le regardent comme un des leurs.


Vous avez appris à « être Français » ?


Je n’ai pas la culture qu’ont mes enfants depuis la petite école. Quand je suis arrivé, j’ai lu les manuels scolaires pour apprendre ce qu’apprenaient les écoliers, les chansons françaises par exemple ; mais naturellement je ne les ai pas vécues, je les ai apprises tardivement, et je sais qu’elles ne sont pas totalement à moi, en moi. C’est surtout ça, être Français : avoir des copains, des petits copains français, jouer en français à l’école en ne se posant jamais la question.


Qui êtes-vous alors ? D’où êtes-vous ?


Je suis citoyen français. Je suis parisien, la ville où je vis depuis plus de 50 ans. Ma culture est française, je fais partie de ce pays en tant que citoyen français et j’essaie d’être à la hauteur de cet honneur. Je dis parfois à mes enfants : «vous, vous êtes français par hasard ; moi, je le suis par choix et par nécessité». C’est ce choix et cette nécessité qui ont fait de moi ce que je suis. (…)


L’acteur qui joue Elias, Riccardo Scamarcio, doit dire à peu près dix phrases en tout dans le film. Un personnage principal qui ne parle pratiquement pas !


Les grands acteurs du muet ne parlent pas et ils nous font tout comprendre. Elias est un immigré qui n’a pas pu apprendre le français. Mais il essaie de l’apprendre dans un vieux manuel. Quand j’entends que l’on voudrait que les immigrés apprennent le français avant de venir chez nous, c’est ahurissant. Où pourraient-ils l’apprendre ? Dans leur pays dévasté par la misère, la guerre ou les deux ?


Au début avec son compagnon d’infortune, ils parlent leur langue maternelle…


Il a fallu inventer une langue qui n’identifie pas les personnages. Nous avons inversé les mots français ! Un ami linguiste a écouté le résultat et nous a dit : «Ca ressemble à une langue sémite, mais l’architecture est française»... il nous a fait faire des corrections pour qu’elle soit plus de «là-bas»… Un là-bas lointain.


Il y a un couple de Grecs nouveaux riches qui s’engueulent dans la voiture. Je ne sais pas si ce sont des amis à vous qui vous ont inspiré, mais ils sont incroyables !


Comme chaque scène du film, celle-ci a sa signification, disons son allégorie. Le couple qui prend Elias en auto-sop est grec. Il aurait pu être italien ou espagnol. C’est une scène sur notre versatilité, nos envies d’être prévenants ou charitables tant que cela ne dérange pas notre confort, notre tranquillité. Alors notre humanisme faiblit, jusqu’à disparaître. Vous avez dit : «nouveaux riches». Ce n’est pas un cliché. Par expérience et observation, je sais qu’on trouve parmi eux plus d’indifférence qu’ailleurs.


Il y a aussi des clins d’œil à la politique française et une omniprésence des médias télé, qui sont là tout le temps, mais souvent à côté de l’action.


J’ai voulu que les «arrières-plans» racontent un peu l’histoire de notre société, pour compléter l’univers dans lequel notre personnage évolue. (…)


Il y a aussi une autre violence dans votre film, c’est la présence des flics partout. Un peu comme dans un Chaplin. Même Elias à un moment se transforme en policier, même si c’est un policier d’opérette. C’est quelque chose que vous ressentez ou c’est juste un procédé ?


Il n’y a pas de procédés dans le film. Rien n’est gratuit. Chaque scène, chaque personnage, chaque situation a un sens. Je n’utilise pas, je retranscris quelque chose qui me paraît important. Au spectateur de déchiffrer. Pour en revenir à la police, c’est vrai qu’on la voit beaucoup. Nous avons passé avec Michèle nos 40 ans de mariage en Islande. Invités par le président de la République nous sommes arrivés, nous avons sonné, on nous a ouvert, pas un policier en vue. Et sans parler de l’Islande, dans beaucoup de pays en Europe la police n’est pas aussi omniprésente qu’en France. Quand on vient de l’étranger ça saute aux yeux puis on s’habitue. Pour l’immigré, le policier est le danger absolu. Alors oui, on les voit dans le film, on les voit avec les yeux et les peurs d’Elias. (…)


Est-ce que vous pensez que la manière dont une démocratie gère le problème d’immigration peut être un baromètre, un indicateur de son état de santé ?


Aujourd’hui on ne juge plus une démocratie en se demandant si elle risque de devenir une dictature, si untel ou untel est un tyran potentiel. Refaire un « Z » aujourd’hui dans un pays d’Europe n’aurait pas de sens. Les militaires ne menacent plus, au contraire il leur arrive même de communiquer et de faire de l’humanitaire ! Pour autant, je crois que les questions demeurent. Il y a quelques années, Pierre Joxe qui était alors ministre de l’Intérieur me disait : «Mais pourquoi ne faites-vous pas un film sur la banane bleue ? La banane bleue, c’est l’Europe vue par satellite : la nuit, les villes les plus éclairées forment une sorte de banane bleue. Nous pensons que dans les toutes prochaines années entre 20 et 25 millions d’immigrés vont vouloir arriver dans cette banane bleue.» Ce n’est donc pas nouveau. Mais comment les démocraties se sont-elles comportées depuis, face à ce problème ? Quand on voit qu’une mère est menacée d’être expulsée parce que son fils vient de mourir et que, sans lui, elle perd son droit à rester en France ! Qu’il faut l’intervention personnelle d’un ministre ! On a le droit de se demander ce qui arrive à notre démocratie. Etre suspendu au bon vouloir d’un ministre ! Où est le débat ? Où est la vie démocratique quand il s’agit de l’immigré ? Quand les policiers vous disent : «Eh toi, viens ici !», c’est déjà une humiliation. Parce que je ne suis pas «toi», je suis «vous». Quand Elias regarde une vitrine alléchante et, qu’attiré irrésistiblement, il tape son front contre la vitre, le propriétaire, d’un geste lui signifie : «Fous-moi le camp de là ! Ne regarde même pas ma vitrine ! Tu n’es pas digne». C’est aussi une violence inadmissible et elle se banalise tous les jours. Une démocratie qui se respecte canalise la violence et protège les plus faibles pour qu’ils gardent leur dignité. Je ne parle pas d’égalité absolue pour tous. C’est un autre débat. Mais la démocratie, c’est refuser que des hommes perdent leur dignité. Immigrés, SDF, chômeurs, exclus, rien ne doit leur faire perde leur dignité. Et ce débat-là est loin d’être fini.


  • Sortie : 11 février 2009
Date de la publication électronique :12 October 2011
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé