Jacquou le Croquant  –  Laurent Boutonnat  –  2007

Fiche générale

Affiche
  • Pays de production :France
  • Genre : Drame ; Aventure
  • Durée : 155 minutes
  • Producteur :Romain Le Grand
    Dominique Boutonnat
  • Production :Pathé Renn Production
    Heatcliff SA...
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Réalisateur :Laurent Boutonnat
  • Interprètes : Gaspard Ulliel (Jacquou)
    Marie-Josée Croze (la mère de Jacquou)
    Albert Dupontel (le père de Dupontel)
    Jocelyn Quivrin (le comte de Nansac)
    Tcheky Karyo (le chevalier)
    Malik Zidi (Touffu)...
  • Scénario :franck Moisnard
    Boutonnat Laurent (d'après le roman de Eugène Le Roy)
  • Directeur de la photographie : Olivier Cocaul
  • Compositeur de la musique : Laurent Boutonnat
  • Monteur : Stan Collet
  • Chef décorateur : Christian Marti
  • Costumier : Jean-Daniel Vuillermoz

Production

  • Pays de production :France
  • Producteur :Romain Le Grand
    Dominique Boutonnat
  • Production :Pathé Renn Production
    Heatcliff SA
    TF1 Films Production
    SPI
    CP Medien AG
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Avec la participation de :Canal+
    Cinécinéma
  • En association avec :Banque Populaire Images 5
  • En partenariat avec :le Conseil Général de la Dordogne

 

Fiche artistique

  • Réalisateur :Laurent Boutonnat
  • Scénario :franck Moisnard
    Boutonnat Laurent (d'après le roman de Eugène Le Roy)
  • Interprètes :Gaspard Ulliel (Jacquou)
    Marie-Josée Croze (la mère de Jacquou)
    Albert Dupontel (le père de Dupontel)
    Jocelyn Quivrin (le comte de Nansac)
    Tcheky Karyo (le chevalier)
    Malik Zidi (Touffu)
    Léo Legrand (Jacquou enfant)
    Olivier Gourmet (le curé Bonal)
    judith Davis (Lina)
    Bojana Panic (la Galiote)
    Jérôme Kircher (l'avocat)
    Gérald thomassin (le Bigleux)
    Dora Doll (Fantille)
    Pierre Aussedat (le procureur)
    Didier Bechetti (le second régisseur)
    Renan Carteaux (le baron Vallière)
    Anca Androne (la fille aînée du Comte)
    Théo Isorni (le jésuite)
    Julia Lumanare (la fille cadette du Comte)
    Virginie Bordes (la Timide)
    Sissi Du Parc (la Bertille)
    Clémence Gautier (Lina enfant)
    Vincent Valladon (Touffu enfant)
    Elliott Valence (le Bigleux enfant)

Fiche technique

  • Photographie :Olivier Cocaul
  • Compositeur de la musique :Laurent Boutonnat
  • Ingénieur du son :Jean Goudier
    François-Joseph Hors
    Eric Rophe
  • Monteur :Stan Collet
  • Chef décorateur :Christian Marti
  • Costumier :Jean-Daniel Vuillermoz
  • Maquilleur :Didier Lavergne

Résumé et notes

  • Genre : Drame ; Aventure
  • Durée : 155 minutes

RÉSUMÉ

1815. Jacquou, jeune paysan du Périgord vit heureux avec ses parents. Par la faute d’un noble cruel et arrogant, le comte de Nansac, il devient orphelin et misérable. Jurant de se venger, Jacquou va grandir et s’épanouir sous la protection du bon curé Bonal qui le recueille. Grâce à des amis sûrs et à Lina, une jeune fille patiente et lumineuse, il deviendra en quelques années un jeune homme déterminé et séduisant. Il saura transformer son désir de vengeance en un combat contre l’injustice, et prouver qu’un simple croquant n’est pas dénué de grandeur. D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

ENTRETIEN AVEC GASPARD ULLIEL, ACTEUR


Quand on vous a proposé le rôle de Jacquou le Croquant, aviez-vous déjà entendu parler du personnage ?


J’avais entendu parler du feuilleton télé très vaguement par ma grand-mère. Et quand le projet m’a été proposé, mon agent m’a parlé de la série en me disant qu’elle adorait ! En revanche, autour de moi, les gens de ma génération ne connaissaient pas beaucoup. Avant le tournage, j’ai quand même acheté les DVD et j’en ai vu quelques épisodes. Juste pour avoir une idée.


Quelle a été votre réaction à la lecture du script ?


J’ai trouvé l’histoire très intéressante mais, surtout, j’ai rencontré Laurent à plusieurs reprises parce que, pour être franc, j’hésitais. (…)


Qu’est-ce qui vous a frappé chez Laurent Boutonnat tout au long de ces discussions ?


Lui ! Ce n’est pas quelqu’un de banal. C’est un vrai personnage, même dans sa façon de s’exprimer, de s’habiller, de fumer sa pipe. C’est un charmeur. Il s’exprime remarquablement bien. Ce qui est frappant aussi, c’est sa détermination, sa force de conviction, sa sincérité. Il croit vraiment à ce qu’il fait. Et puis, tout de suite, il a été très chaleureux, il a installé un rapport très amical, très facile. Tout ça donnait envie de travailler avec lui.


Une fois qu’il vous a convaincu, comment vous êtes- vous préparé à interpréter Jacquou ?


Justement avec beaucoup de préparation.


C’est-à-dire ?


Il y a eu la préparation physique, sportive presque. (…) Je suis allé courir, j’ai fait de la gym en salle, des entraînements, des montées à la corde... Deux ou trois heures, quatre fois par semaine, pendant deux mois et demi. C’était plus subtil que de la musculation pure parce que je faisais mon entraînement avec une coach (…). Ensuite, il y avait la préparation et la répétition des combats avec Mario Luraschi. C’est avec lui aussi que je devais m’entraîner à monter à cheval mais pour ça, je n’ai pas eu beaucoup de temps. (…) Mais dès que je suis monté, j’ai eu un vrai coup de foudre.


Finalement, cet aspect-là du travail, c’est quelque chose qui vous a plu ?


Oui. Déjà, c’était nouveau, différent de mes expériences précédentes. Et puis, j’ai réalisé que ce qui était agréable dans ce métier, c’était justement d’être amené à faire plein de choses qu’on ne ferait pas forcément dans la vie. C’est un vrai plus... D’ailleurs, j’ai continué à faire un peu de sport et j’ai envie de remonter à cheval le plus vite possible.


Comment définiriez-vous Jacquou ?


C’est quelqu’un qui a beaucoup souffert pendant son enfance parce que, très jeune, il a perdu ses parents. Il a appris à vivre seul, à se défendre seul. C’est quelqu’un qui maîtrise très bien la nature et la forêt, qui a réussi à se créer une place au sein de son village. Tout en étant engagé dans un combat qu’on pourrait dire «politique», il a aussi une revanche personnelle à prendre. Son désir de vengeance est un vrai moteur et c’est ça qui va le pousser à soulever les paysans pour faire fuir le comte de Nansac. C’était excitant à jouer parce que je ne suis pas vraiment comme ça dans la vie, je suis même plutôt l’inverse.


Qu’est-ce qui vous paraissait le plus difficile alors avec ce personnage ?


Je pense que le plus dur, c’était de le faire exister. Tout est dans la présence, dans le charisme. Car c’est un film très rythmé et si Jacquou est souvent là, il n’a pas forcément de longs dialogues, tout ce qui permet habituellement d’installer un personnage. C’est là où c’était intéressant d’ailleurs. (…) Là, au contraire, il faut sauter par dessus les obstacles et se dire que, même si le personnage est à l’écran une fraction de seconde, il doit alors exister pleinement. C’est un travail excitant. Il y avait un autre défi. C’était de mêler tous les différents aspects du personnage dont aucun n’est à lui seul le sujet du film mais qui, ajoutés les uns aux autres, en font sa richesse. Il y a tout ce côté un peu politique, dont on vient de parler. Il y a les scènes d’action qui me font toujours un peu peur parce que j’ai besoin qu’elles soient réalistes, crédibles. Puis, il y a le côté émotion. Même s’il concerne davantage Léo que moi, il fallait quand même retrouver chez Jacquou adulte quelque chose de cet ordre-là. Enfin, il y a les relations entre Jacquou et «ses deux femmes». C’est un aspect qui me plaisait beaucoup parce qu’il y a un trouble entre ces personnages, et aussi parce que c’est quelque chose d’assez actuel, cette relation très fusionnelle, très passionnelle avec Lina qui dure depuis l’enfance, comme une histoire d’amour rêvée, et qui, d’un coup, est confrontée à l’arrivée de la Galiote, la fille du Comte, et là, c’est vraiment le feu qui débarque ! Je trouvais belles ces confrontations. Je trouvais intéressant qu’il y ait ce désir sous-jacent au cœur de situations pas du tout propices à ce genre de sentiment...


Le fait qu’il y ait deux acteurs pour jouer le même personnage à des âges différents, est-ce que ça posait des problèmes de jeu particuliers ?


On pouvait se dire qu’il était important que le plus jeune voit comment jouait le plus vieux, ou l’inverse, pour essayer de trouver une cohérence. Mais on n’avait pas assez de temps pour faire ça. C’est Léo qui a commencé parce qu’il y a eu un pré-tournage l’hiver. (…) En même temps, je me souviens que lorsque j’ai vu les premières images de Jacquou enfant, j’ai été frappé par l’énergie, et même l’exubérance de Léo. Je craignais de ne pas en apporter autant et puis, après, je me suis rassuré en me disant que Jacquou adulte avait forcément dû canaliser son énergie et se concentrer sur sa mission. En plus, la manière dont était écrit le personnage a imposé automatiquement certains mimétismes...


Qu’est-ce qui, selon vous, faisait de Jocelyn Quivrin un bon méchant, un bon comte de Nansac ?


Jocelyn m’a vraiment épaté sur le plateau. C’est quelqu’un de très précis, qui prépare énormément. Il a vraiment réussi à donner de l’étoffe au comte de Nansac. Il a installé dès le départ un personnage solide, massif. Et il a assumé le vieillissement du personnage de façon incroyable. Il a même modifié un peu sa voix... La première scène qu’on a tournée ensemble, ce n’était pas évident. Parce qu’on a commencé par l’attaque du château qui a lieu... à la fin du film ! Et qui est donc le moment où la haine de Jacquou pour Nansac atteint son apogée. Il y a vraiment un crescendo dans le film et nous, on a commencé par le face-à-face final entre le héros et le «méchant» ! Il fallait tout de suite être au maximum. (…)


Comment définiriez-vous Laurent Boutonnat sur le tournage ?


Il est incroyablement serein. Je ne sais pas si ce n’est qu’une façade et si derrière il est angoissé, mais en tout cas on le sent assez sûr de lui. Malgré l’ampleur du film, il est toujours très disponible pour les comédiens. On a l’impression qu’on a toute la vie pour faire le film et c’est assez agréable ! (…) Enfin, c’est quelqu’un qui a l’œil partout, sur chaque poste. Il est partout, il valide tout, même pendant la préparation. Là-dessus, il me fait penser à Jean-Pierre Jeunet. (…)


Si vous ne deviez garder qu’une image, qu’un moment, de toute l’aventure de Jacquou le Croquant?


Ce qui me vient instantanément à l’esprit, c’est plus qu’une image, ce sont les deux semaines de tournage pendant lesquelles on a fait la scène de la danse... C’était éprouvant mais c’est une scène clé du film qui devrait marquer. Une scène charnière où on va comprendre les rapports des personnages les uns avec les autres et j’aimais beaucoup l’idée qu’on fasse passer ça à travers la danse. Ça me fait penser à un de mes films préférés, « Les Portes du paradis », où il y a des scènes de danse magnifiques. L’autre image que je garderai, c’est celle de la vie d’équipe. Il faut dire que de tourner à Bucarest, ville plutôt glauque et plombante, nous a soudés. On était très près les uns des autres. On avait même des rapports très fusionnels. C’était aussi une belle expérience humaine.

ENTRETIEN AVEC LEO LEGRAND, ACTEUR


Jacquou le Croquant, ce n’est pas ton premier film...


Non, c’est mon troisième. (…) Mais Jacquou le Croquant, c’est mon plus grand rôle.


As-tu déjà suivi des cours de comédie ?


Non. Mais avant le début de Jacquou le Croquant, j’ai travaillé avec un coach pendant un mois. Elle m’a surtout fait répéter mon texte.


Comment t’es-tu retrouvé à interpréter Jacquou ?


J’ai passé le casting. Il y a eu une présentation filmée, puis une rencontre. Après, ils m’ont rappelé. J’ai dû apprendre un texte et puis, ils m’ont appelé à nouveau et là, il y avait Laurent Boutonnat qui assistait au casting. J’ai joué deux scènes qui sont dans le film, une entre Jacquou et le curé, et une autre entre Jacquou et sa mère.


Qu’est-ce qui t’a frappé en voyant Laurent Boutonnat la première fois ?


Sa gentillesse. Il avait l’air gentil et effectivement, il est gentil. Sur le tournage, il était comme un papa. Et puis, c’est incroyable comme il travaille ! Franchement, je l’admire. Je ne pensais pas que les réalisateurs, ça travaillait jusqu’à minuit tous les jours...


Que t’a-t-il dit du personnage de Jacquou ?


Que c’était un enfant à qui il arrive des choses terribles mais qui ne pleurait jamais. Il est triste parce que ses parents meurent, mais c’est une tête dure. Jacquou, c’est quelqu’un qui veut prendre soin de ses parents, qui ne veut pas que son père aille en prison, que sa mère meure mais il se retrouve seul. Et pourtant, il ne craque pratiquement jamais. Il est très secret, peu bavard.


Est-ce un personnage qui est proche de ce que tu es ?


Un peu sans doute mais moi, j’aime bien dire les choses, j’aime bien discuter.


Qu’est-ce qui te faisait le plus peur dans l’aventure de Jacquou le Croquant ?


Comme c’est quand même un gros rôle, je devais tourner longtemps. Ça me faisait peur de partir longtemps tout seul en Roumanie. Mais après, je me suis habitué. Mon coach m’avait accompagné. Mes parents venaient me voir à peu près tous les quinze jours, et puis je suis revenu quelques fois en France aussi. Le plus difficile en fait, c’était de faire mes devoirs en même temps puisque le tournage s’est déroulé aussi en période scolaire. Tous les quinze jours, ma mère me rapportait une enveloppe de mon professeur et je devais rattraper tous mes cours et faire mes devoirs. Il y a quand même des jours où je rentrais tard du tournage et c’était dur d’enchaîner. Bon, il y avait les dimanches mais là, j’étais le seul à travailler !


Quel a été ton sentiment lorsque tu t’es vu pour la première fois dans le costume de Jacquou ?


Je ne me suis pas reconnu. Je me suis dit que j’avais vieilli de 200 ou 300 ans.


Il y a des scènes d’émotion dans le film - la mort de la mère de Jacquou, la mort de son père. Pour toi, était-ce facile à jouer ? Comment faisais-tu ?


Je me mettais dans l’état du personnage. Quand il était énervé, je m’énervais. Quand il était triste, j’essayais de penser à des choses pas gaies. Ce n’est pas toujours facile parce que, franchement, quand vous avez la pêche et qu’on vous demande de faire une scène où vous êtes presque en train de mourir... Il fallait changer d’attitude et de caractère tout de suite. Ce n’est pas évident. Mais Laurent était là qui m’aidait. Il venait me parler, m’expliquer tout dans le moindre détail. Et puis en fait, quand il veut quelque chose, il le veut jusqu’au bout et... il l’obtient !


Comment t’entendais-tu avec les autres jeunes acteurs qui forment la bande de Jacquou ?


Très bien. C’étaient des potes. Mais en Roumanie je ne les voyais pas souvent. Je me retrouvais donc un peu seul. Mais les grands acteurs, heureusement, étaient très sympas. Marie-Josée Croze et Albert Dupontel, qui jouent les parents de Jacquou, ils sont vraiment drôles. Albert fait toujours des têtes marrantes. A chaque fois qu’on finit une prise il dit toujours une blague, il est toujours très gai. Marie-Josée aussi. Et quand il y avait une scène d’émotion, on disait : «On y va, on déconne pas !» Olivier Gourmet, il est très sympa aussi. Franchement, il n’y avait aucun problème.


Et les scènes avec la petite amie de Jacquou, Lina, ça te plaisait ?


Oui, c’était amusant à faire. Clémence Gautier est très sympa. Je ne l’ai pas revue depuis la fête de fin de tournage. Sur le tournage, il y a plein de gens qui m’ont chambré parce qu’elle m’a fait un bisou sur la joue !


Gaspard Ulliel joue Jacquou adulte. Aviez-vous travaillé ensemble avant le tournage ?


Non, mais on a beaucoup de points communs, je trouve, au niveau physique. Et puis Jacquou reste Jacquou, avec son caractère. Il n’y a pas mille façons de le jouer.


As-tu gardé des souvenirs du tournage ?


Les sabots de Jacquou.


Quel est ton meilleur souvenir de toute l’aventure de Jacquou le Croquant?


C’est difficile. Tout était bien, toutes les scènes étaient bien. J’ai bien aimé celle où je sors de la tuilière et où tout est orange... Mais franchement, tout m’a plu.


Et ton pire souvenir?


Le pire, c’était quand je jouais dans le froid pendant le pré-tournage, en février en Roumanie. Pour la scène où mon père se fait capturer et où Laurent voulait qu’il y ait de la neige...


Aujourd’hui, avec le recul, qu’est-ce qui te touche chez Jacquou ? Qu’est-ce qui fait, par exemple, que tu aimerais bien être lui ?


C’est qu’il est super courageux. Jacquou, c’est quelqu’un que j’admire. Il ne baisse jamais la tête. Il fait des choses, il va au bout de ses envies et puis voilà, même si ses parents meurent, il arrive à s’en sortir. Jacquou, c’est vraiment quelqu’un. C’est un sacré bonhomme.

ENTRETIEN AVEC LAURENT BOUTONNAT, REALISATEUR


D’où vous est venue l’idée d’adapter Jacquou Le Croquant ? De la nostalgie du feuilleton télévisé qui avait ému la France entière à la fin des années 60 ?


Il se trouve qu’un jour, il y a quatre ou cinq ans, j’ai revu le feuilleton par hasard. Je n’en gardais qu’un vague souvenir, j’étais tout petit à l’époque. En le revoyant, j’ai été frappé par la force de l’histoire et je me suis dit qu’il y avait là matière à un beau film. Du coup, cela m’a ramené au roman d’Eugène Le Roy. Je l’ai acheté et je l’ai lu. C’est un roman très noir mais très fort...


Qu’est-ce qui, dans ce roman, vous donnait envie d’en faire un film ?


C’est un livre qui a une structure assez classique mais dont les éléments me touchent beaucoup, comme je pense qu’ils peuvent toucher tout le monde. Une enfance malheureuse marquée par la perte d’êtres chers, la solitude heureusement brisée par de belles rencontres, la promesse de vengeance, puis, à l’âge adulte, l’amour et l’amitié, la juste revanche contre l’injustice, l’accomplissement d’un destin romanesque... et aussi les champs, la campagne, la nature. (…)


Comment avez-vous commencé le casting ?


C’était un an avant le début du tournage. À l’époque, j’avais déjà mon idée de Jacquou adulte... mais la première étape a été de trouver Jacquou enfant. La directrice de casting, Françoise Ménidrey en a rencontrés entre 300 et 400, qu’elle a filmés. J’ai vu toutes les cassettes. Très vite Léo a retenu mon attention. Il était timide et se cachait derrière ses cheveux longs, mais quand il était face caméra, il se passait un truc magique. Il avait beau être mal à l’aise, je sentais quelque chose de vraiment intéressant, une blessure dans le regard et une vraie photogénie... Et en plus, il avait cette correspondance physique crédible avec l’idée que je me faisais de Jacquou adulte... Gaspard.


Qu’est-ce qui vous faisait penser que Gaspard Ulliel ferait un bon Jacquou adulte ?


C’est quelqu’un qui crève l’écran ! Il y a quelque chose qui me séduisait beaucoup chez lui. On s’est rencontrés, je lui ai donné le scénario. Il a hésité, il m’a dit oui, il m’a dit non, il m’a redit oui, il m’a redit non... Il venait de faire « Un Long dimanche de fiançailles », il craignait d’enchaîner deux «gros» films, deux films en costumes, deux films «spectaculaires» et populaires. (…) Et puis, de conversations en rencontres, il a finalement accepté ! Il semble avoir pris un grand plaisir à s’entraîner et à se battre. Et il m’a vraiment impressionné par sa maturité et son travail. (…) Là, il est plus massif - et ce n’est pas dû qu’à l’entraînement physique. Gaspard dégage quelque chose de magique. Jacquou, c’est quelqu’un qui se bat, qui se venge, mais qui, en même temps, est un peu dépassé par ce qu’il lui arrive. Ce n’est pas un super-héros. Gaspard a rendu Jacquou extrêmement touchant et ça ne tient pas qu’à l’histoire qu’on raconte mais à la bonté que Gaspard lui-même dégage, à la lumière de son regard... En plus, sur un plateau, c’est un bonheur ! (…)


N’avez-vous pas hésité à confier le rôle du «méchant», le comte de Nansac, à Jocelyn Quivrin qui devait vieillir de quasiment quinze ans entre les deux périodes du film ?


En fait, je ne le connaissais pas. C’est la directrice de casting qui m’en a parlé et m’a montré une photo de lui. Lorsque j’ai vu son visage, son allure, j’ai dit : «C’est le comte de Nansac, mais bien sûr il est trop jeune...». On était plutôt parti en effet sur l’idée d’un homme de 40 ans qui pouvait faire aussi bien 35 que 50. (…) Je ne pouvais pas m’empêcher de le voir en Nansac. Alors, on a fait des essais de vieillissement avec Didier Lavergne le maquilleur pour voir si ça fonctionnait. Ça marchait très bien. On percevait déjà tout ce que Jocelyn allait apporter, par son attitude, sa façon de bouger, sa manière de jouer... En plus, tout d’un coup, avoir ces deux jeunes comédiens, Gaspard et Jocelyn, face à face ça rendait le projet pour Pathé encore plus excitant, ça lui apportait une modernité évidente. Ils ont tout de suite accroché. Et je pense qu’on ne s’est vraiment pas trompé.


Et pour le reste du casting, ensuite, comment avez-vous procédé ?


Albert Dupontel est un ami de longue date, que j’estime et que j’aime beaucoup. Nous avions déjà travaillé ensemble. En plus d’être un très bon acteur, il a aussi un contact formidable avec les enfants. C’était essentiel pour la relation de Jacquou avec son père. Et aussi un côté très physique qui correspondait parfaitement à son rôle d’ancien officier de Napoléon. Marie-Josée Croze, je l’avais beaucoup aimée dans « Les Invasions Barbares ». Quand je l’ai rencontrée, j’ai été très frappé par le magnétisme qu’elle dégage, mais aussi par sa ressemblance étonnante avec Léo. C’était tout naturellement la mère de Jacquou. Pour Olivier Gourmet, qui joue le prêtre qui recueille Jacquou et qui l’élève, il s’est passé un peu la même chose que pour Jocelyn. On me disait qu’il était trop jeune pour le rôle. Quand je l’ai rencontré, je ne me posais vraiment plus de question. C’était évident ! Quant à Tchéky Karyo, je trouve aujourd’hui qu’il dégage quelque chose de bon et de sage qui convenait parfaitement au rôle du Chevalier. Je pourrais vous parler longtemps de chacun d’entre eux : aussi de Malik Zidi dont la présence très forte était indispensable au personnage de Touffu qui ne parle pas beaucoup, de Gérald Thomassin, Jérôme Kircher, Dora Doll, Théo Isorni...


Il y a également deux nouvelles venues, entre lesquelles le cœur de Jacquou va balancer...


Effectivement nous avons trouvé deux jeunes actrices. La première, Judith Davis, joue le rôle de Lina, l’amour de Jacquou depuis qu’ils sont enfants. Et la seconde, Bojana Panic, joue La Galiote, la fille du comte de Nansac qui doit être l’opposée de Lina. Autant l’une est lumineuse, blonde aux yeux bleus, amicale, chaleureuse, autant l’autre est brune aux yeux noirs, mystérieuse et dangereuse... Judith, je l’ai trouvée assez vite. Il y avait comme une évidence : sa beauté, sa grâce, son regard... C’était Lina. Pour le rôle de La Galiote, ça a mis plus de temps. J’ai vu beaucoup de jeunes actrices, de photos, des bouts d’essai... (…) Parmi elles, il y avait Bojana. Elle est Serbe et mannequin, mais ne parlait pas le français. J’ai demandé à Juliette qu’elle lui fasse passer des tests en anglais. Elle était très bien. J’ai vu tout de suite à la façon dont elle répondait aux directions qu’elle comprenait vite, qu’elle était plus que juste et qu’elle avait une forte présence. On l’a engagée, elle a appris le français en deux mois à raison de 4 heures par jour tous les jours. Cela lui a permis de jouer en français, de comprendre ce qui se disait et ce qui se faisait. (…)


On sait l’attention que vous portez à la lumière, aux décors et aux costumes. Vous avez pourtant choisi des collaborateurs avec lesquels vous n’aviez jamais travaillé...


Ça s’est fait comme ça. Un concours de circonstances qui fait qu’on s’est rencontrés et que j’ai eu envie de travailler avec eux. Les seules personnes avec qui j’avais déjà travaillé et que j’aime beaucoup, c’est Didier Lavergne, le chef maquilleur, et Jean Goudier, le sound designer, mais tous les autres, y compris Olivier Cocaul, le chef opérateur et Stan Collet le chef monteur, ce sont de nouveaux collaborateurs. Pour la lumière, comme pour les images, j’aime bien les choses un peu brutes, que ce soit beau mais à condition que ce soit vivant. Et pour les costumes et les décors, c’est pareil. J’aime bien les décors et les costumes «sales», dont on sent qu’ils ont vécu. Christian Marti, le chef décorateur, et Jean-Daniel Vuillermoz, le créateur des costumes ont fait un travail énorme et très cohérent. Ça a été difficile pour eux parce que nous avions peu de temps pour la mise en route des chantiers et pour la fabrication des costumes. Ensemble, on a beaucoup parlé, on s’est inspiré de tableaux et de gravures, évidemment les peintres du XIXème, Millet et les autres, mais aussi beaucoup de tableaux russes, et notamment l’œuvre d’un peintre qui s’appelle Ilia Répine dont j’aime énormément les atmosphères, même si ce sont des datchas qu’il peint et pas des maisons du Périgord ! (…)


Aviez-vous une idée précise de la musique quand vous avez commencé le tournage ?


J’ai composé pas mal de choses avant le tournage. C’est souvent chez moi lié à l’évocation des images. Quand on travaillait sur le script ou avant le tournage, j’ai composé des thèmes que m’inspiraient certaines séquences. J’engrangeais et au moment du montage, j’ai adapté ce que j’avais composé aux images. Mais le travail était loin d’être terminé ! (…)


Maintenant que le film est terminé, avec le recul, qu’est-ce qui vous touche le plus dans le personnage de Jacquou ?


Je crois que ce qui me touche le plus, c’est ce qu’il est devenu avec Gaspard et aussi Léo. Ce personnage de chair et de sang qui existe à travers eux. J’en reviens toujours à la même chose : Gaspard et Léo ont rendu Jacquou particulièrement humain.


  • Sortie : 17 janvier 2007
Date de la publication électronique :12 October 2011
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé