Agathe Cléry  –  Etienne Chatiliez  –  2008

Fiche générale

  • Genre : Comédie musicale
  • Durée : 113 minutes
  • Producteur : Charles Gassot
  • Production : Produire à Paris
    Pathé Distribution
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Réalisateur : Etienne Chatiliez
  • Interprètes : Valérie Lemercier (Agathe Cléry)
    Anthony Kavanagh (Quentin Lambert)
    Dominique Lavanant (Mimie)
    Isabelle Nanty (Joëlle)
    Jacques Boudet (Roland)
    Artus de Penguern (Hervé)
    Jean Rochefort (Louis Guinard)
    Valebntine Varela (Valérie)...
  • Scénario : Laurent Chouchan
    Etienne Chatiliez
  • Dialogues : Laurent Chouchan
    Etienne Chatiliez
  • Directeur de production : Alain Centonze
  • Directeur de la photographie : Philippe Welt
  • Chef opérateur : Jean Umansky (chef opérateur son)
  • Compositeur de la musique : Matthew Herbert
    Bruno Coulais...
  • Monteur : Catherine Renault (chef monteuse)
    Myriam Touzé (réalisatrice making-of)
  • Chef décorateur : Stéphane Makedonsky
  • Costumier : Elisabeth Tavernier (créatrice de costumes)
    Camille Janbon (chef costumière)

Production

  • Producteur : Charles Gassot
  • Production : Produire à Paris
    Pathé Distribution
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Directeur de production : Alain Centonze

Fiche artistique

  • Réalisateur : Etienne Chatiliez
  • Scénario : Laurent Chouchan
    Etienne Chatiliez
  • Dialogues : Laurent Chouchan
    Etienne Chatiliez
  • Scripte : Sophie Thevenet Becker
  • Interprètes : Valérie Lemercier (Agathe Cléry)
    Anthony Kavanagh (Quentin Lambert)
    Dominique Lavanant (Mimie)
    Isabelle Nanty (Joëlle)
    Jacques Boudet (Roland)
    Artus de Penguern (Hervé)
    Jean Rochefort (Louis Guinard)
    Valebntine Varela (Valérie)
    Nadège Beausson-Diagne (Nathalie)
    Bernard Alane (Philippe Guignard)
    François Duval (Loïc Guignard)
    Elise Otzenberger (Lucie)
    Claire Pataut (Alice)
    Virginie Racosta (Delphine)
    Andy Cocq (Cédric)

Fiche technique

  • Photographie : Philippe Welt
  • Chef opérateur : Jean Umansky (chef opérateur son)
  • Compositeur de la musique : Matthew Herbert
    Bruno Coulais
    Crapou
  • Monteur : Catherine Renault (chef monteuse)
    Myriam Touzé (réalisatrice making-of)
  • Chef décorateur : Stéphane Makedonsky
  • Costumier : Elisabeth Tavernier (créatrice de costumes)
    Camille Janbon (chef costumière)
  • Maquilleur : Jean-Luc Russier
    Françoise Chapuis-Asselin
    Thomas Majorosi (chefs maquilleurs)
    Agathe Moro
    Eric Chavanon
    Pascal Ferrero (chefs coiffeurs)
  • Régisseur : Antoine Theron
  • Chef machiniste : Bruno Dubet (chef machiniste)
    Williams Gally (chef électricien)
  • Assistant réalisateur : Denis Bergonhe (1er assistant)

Résumé et notes

  • Genre : Comédie musicale
  • Durée : 113 minutes

RÉSUMÉ

Agathe Cléry est une vraie working girl du XXIe siècle. Brillante directrice du marketing d’une ligne de cosmétiques spéciale « peaux claires », elle n’est néanmoins guère appréciée de ses collègues qui la trouvent dure, hautaine et la savent raciste.

Le jour où on lui annonce qu’elle est atteinte de la maladie d’Addison, maladie rarissime qui va la faire noircir, Agathe refuse de croire à une telle malédiction. Pourtant, un beau matin, elle se retrouve aussi noire que tous ceux qu’elle détestait jusqu’à maintenant.

Commence alors pour Agathe un long parcours initiatique durant lequel elle va subir moult trahisons, perdre tout ce qui lui était le plus cher, mais toutes ces humiliations vont petit à petit métamorphoser la « dure, hautaine et raciste » qu’elle était, et lui ouvrir les portes d’une nouvelle vie… D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Plusieurs séquences du film ont été tournées à l'Instituto Marangoni, école spécialisée dans le design et la création de mode.

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé


              

ENTRETIEN AVEC ETIENNE CHATILIEZ, REALISATEUR

La maladie d’Addison qui pigmente en noir la peau d’Agathe Cléry existe vraiment. C’est ce qui vous a donné l’idée du film ?


              

C’est une idée de Yolande Zauberman qui m’avait déjà donné l’idée de Tanguy. C’est une histoire vraie, qui s’est passée en Afrique du Sud pendant l’apartheid. Une blanche avait contracté la maladie d’Addison, elle était devenue noire. À l’époque, celle de l’apartheid, sa situation était nettement moins amusante que celle du film. Cette femme était carrément passée de l’autre côté du miroir, si on peut dire. Elle devait se tenir debout dans le bus au lieu d’être assise, etc. Sa famille l’a reniée, elle a failli devenir folle. L’idée m’avait plu mais je ne savais pas bien quoi en faire. D’autant que, si le sujet fonctionnait bien dans une Afrique du Sud coupée en deux, il était moins évident de l’adapter chez nous.


              

Alors, comment le déclic vous est-il venu ?


              

Il y a longtemps que je voulais faire une comédie musicale : j’ai trouvé que la comédie musicale donnait de la légèreté au sujet et que le sujet donnait du fond à la comédie musicale. (…)


              

Vous avez donc privilégié l’entourage d’Agathe Cléry, son travail, ses relations amoureuses, familiales, sociales…


              

Et ce que représente pour elle le fait de devenir noire : en un mot, l’horreur. L’une des premières difficultés a été de définir son racisme. Tout le monde sait ce qu’est un raciste, mais il y a mille façons de l’être, il y a mille personnalités différentes à appliquer à ce mot. Nous ne voulions pas en faire une caricature (…). Ce n’était pas intéressant de parler de quelqu’un d’« irrécupérable ». Agathe est raciste comme elle respire, sans y penser. C’est quelque chose qui lui est tombé dessus. (…). Agathe a un a priori : elle est sûre que le Blanc est supérieur au Noir. Elle n’a jamais cherché à le vérifier, c’est un acquis – ce qu’est souvent le racisme. Vrai, pas vrai ? Elle s’en moque, c’est comme ça qu’elle fonctionne, elle n’aime pas les Noirs, pas les Roumains, pas les Asiatiques, pas les étrangers…


              

Et elle l’exprime…


              

Elle n’a pas peur de le dire. Elle pense qu’elle va trouver un écho chez les autres, une connivence avec un petit coup de coude du genre : « On est bien d’accord vous et moi ». (…) Elle pense que seule compte la valeur professionnelle, qu’il faut gagner de l’argent, gravir les échelons sociaux. Elle est aussi un prototype de ce que notre société demande aux femmes : réussir à tout prix. (…) Agathe a fait abstraction d’une vie personnelle, familiale, au profit d’une vie professionnelle. Elle pense que le monde est divisé en deux : ceux qui produisent et ceux qui consomment. Elle sera toujours du côté des premiers.


              

Vous avez traité d’autres thèmes dans le film, l’entreprise, le marketing, la réussite sociale…


              

J’y tenais parce que, ce qui m’intéresse toujours, c’est de parler de mon pays, et de l’époque dans laquelle on vit. Nous vivons dans un monde capitaliste où tout s’achète et se vend, où seule compte la réussite. (…)


              

La première scène musicale montre tous ces petits cols blancs danser et chanter dans une gare.


              

Ce sont des gens qui sont entraînés à voyager énormément, à supporter les décalages horaires. Leur boulot est très relationnel. Les cadres issus des écoles de commerce ont la mainmise sur le monde dans son ensemble. Ça m’amusait de dénoncer tout ça : la valeur humaine aujourd’hui est avant tout la réussite, la représentation du bonheur n’est que matérielle, elle est dans « posséder », « avoir », « porter », « montrer », mais il n’existe aucune représentation d’un bonheur idéologique ou philosophique. Agathe est formatée ainsi. Elle fonctionne en dominant tout le monde. Au bout d’un long moment, elle finit par comprendre que ce n’est pas la meilleure façon de profiter des gens. Les collègues d’Agathe sont des gens normaux comme on en rencontre aujourd’hui dans les bureaux, qui ont peut-être moins la rage de gagner qu’elle. Ils sont à priori sympathiques et agréables, et ils la jugent. Ce qu’ils voient d’elle, les dents qui rayent le parquet, ne leur plaît pas beaucoup. (…)


              

Vous aviez une obligation de réussite. Un film raté sur ce sujet-là, c’est embêtant.


              

On avait effectivement l’obligation de n’être ni démago, ni simplement choquant. Essayer de parler de ce problème grave, de façon légère, et en s’aidant de la comédie musicale. Le scénario est construit de façon classique, un peu comme une dissertation. Thèse, antithèse et synthèse. Le sujet nous y obligeait. (…) Et même à travers la comédie musicale, on fait passer des sentiments, des émotions, qui n’ont plus rien à voir avec la raison mais qui penchent du côté de l’Art. (…)


              

Agathe est donc sauvable…


              

Oui et c’était aussi la difficulté – pas seulement de ce film, mais de tous les films, toutes les pièces, tous les romans, toutes les œuvres où un personnage est donné comme insauvable. Plus il est plombé au départ, plus l’exercice est intéressant. Il fallait quand même suffisamment charger Agathe qui, lorsque le film commence, est quelqu’un qu’on n’a pas envie d’avoir chez soi, avec qui on n’a pas envie de parler, du moins si on est normal. Cependant, à travers tout ce qu’elle subit et surtout à travers ce qu’elle devient, c’est une fille pour laquelle on finit par éprouver, si ce n’est de l’admiration, du moins de la sympathie.


              

Ces ballets sont dansés par tout le monde : de jeunes et beaux danseurs et de “vrais” gens, personnes âgées, balayeurs, etc...


              

La comédie musicale est très souvent filmée en studio, dans un monde irréel. Moi, je voulais faire une comédie musicale ancrée dans la réalité, avec des décors naturels, faire surgir la fantaisie, la poésie, le rêve dans le réel. C’est pour cette raison que j’ai choisi des gens de tous âges, de toutes confessions, de tous sexes… De tout pour faire un vrai monde.


              

Comment avez vous choisi la chorégraphe et les compositeurs ?


              

Je travaille depuis 30 ans avec la chorégraphe Molly Molloy. (…) Je savais ce dont on avait besoin pour le film, et ce dont moi j’avais envie. J’ai passé énormément de temps à danser moi-même et à montrer à Molly ce que je voulais, et elle me comprenait tout de suite. Quand elle voit un poireau s’agiter dans une pièce, moi en l’occurrence, elle le comprend et elle le met en forme mais sans jamais le dévier du sens.La plus grande difficulté a été de trouver des compositeurs. Pas des musiciens ni des chanteurs mais des gens qui soient capables de composer de la musique et de se soumettre à cet exercice. C’était un slalom imposé : Laurent Chouchan et moi avions d’abord écrit les paroles des chansons. On pouvait évidemment modifier, couper, ajouter… Ce n’était pas un problème. Créer une bande son intéressante, si. J’avais déjà travaillé avec Matthew Herbert, un musicien anglais, absolument génial (…) je suis donc allé le voir. Mais dès le départ je savais aussi que je n’allais pas donner l’ensemble à une seule et même personne. Il y avait des genres différents et ce qui m’intéressait, c’était le côté hétéroclite de l’ensemble. Seul le point de vue allait lier tout ça. Je suis allé voir quelques artistes français que j’aime bien. (…) Après Matthew Herbert, Bruno Coulais a accepté et puis Crapou, mon vieux complice de Eram. Matthew a écrit l’essentiel des thèmes, Bruno a composé Raciste, le titre qui risque de marcher le mieux, et Michael Jackson. Crapou a fait des adaptations, des créations parce qu’il est tombé dans l’humour quand il était petit. Il sait très bien détourner les choses (…)


              

393 danseurs qu’il a fallu habiller, diriger…


              

Qu’il a fallu d’abord choisir selon des critères physiques et artistiques. On s’est partagé les rôles avec Molly. Certains danseurs ont eu à faire plusieurs numéros, on les a maquillés, grimés. (…) Lors d’une audition, une femme s’était mise dans la tranche des 70 à 80 ans. Puis elle est venue nous voir en nous disant : « J’ai triché », « Ah bon ? », « Oui j’ai 82 ans ! ». On lui a dit : « Mais vous êtes la bienvenue ! » (rires), c’est l’une des trois vieilles dames de la scène du marché. Tout ça c’est très long à mettre en place. La production a trouvé un local où on a pu installer deux salles de danse en même temps que tous nos bureaux, parce qu’il fallait que tout soit coordonné : les répétitions, les costumes, les perruques, les maquillages, c’était très lourd.


              

Autre choix délicat, celui des acteurs qui chantent tous vraiment.


              

On ne pouvait pas taper uniquement dans les acteurs qui savent chanter, danser et jouer la comédie car on se serait retrouvés avec peu de monde. En écrivant, j’étais très conscient que je n’allais pas avoir Ginger Rogers et Fred Astaire, alors on s’est débrouillés pour que tous les numéros musicaux ne soient pas portés uniquement par les héros, pour pouvoir faire appel à de vrais danseurs. (…) Mais les comédiens ont pris des cours de chant et au final ils chantent tous. Même Jean Rochefort.


              

Vous avez écrit le rôle titre pour Valérie Lemercier ?


              

On a écrit sans mettre de nom sur le personnage. Et puis un jour je suis allé à un concert d’Alain Chamfort, à l’Olympia, et l’idée de Valérie Lemercier m’est venue et m’a parue évidente. (…) Je l’ai contactée et comme je pourrais faire passer une audition à Dieu lui-même, je lui ai dit que j’avais besoin d’essais. Elle a joué le jeu, elle a été parfaite et je lui ai dit : « C’est toi ». Aujourd’hui encore, ça me paraît toujours évident. Pas parce qu’elle danse et qu’elle chante, mais parce qu’elle est unique par sa gestuelle, par ses déplacements, elle est rare. Valérie est un Buster Keaton. Ce qu’elle fait ne ressemble à personne. C’est une femme intelligente, brillante, elle sait ce que sont une idée, un concept, un sentiment. Elle a aimé l’histoire d’amour, qui est très importante. Ça a compté pour qu’elle ait envie de faire ce film. Elle n’a pas peur du travail, au contraire. Elle a fait 4 à 5 heures de danse par jour pendant un an, elle se débrouille incroyablement bien. Et c’est surtout une formidable comédienne, Agathe a profité de son intelligence.


              

Comment avez-vous réussi à la transformer en Noire ?


              

On a mis huit mois avant d’arriver à la bonne solution : l’Airbrush. C’est-à-dire de l’aéro avec des produits utilisés pour maquiller les prothèses dans le cinéma. On s’est évidemment posé beaucoup de questions. Est-ce qu’une peau peut supporter ça ? Est-ce que les produits supportent la chaleur ? Est-ce qu’il ne faut pas le refaire toutes les heures avec la lumière ? (…) Le plus dur a été d’arriver à une sorte de transparence. Le jour où on a eu l’impression de gagner, c’est quand on a maquillé une danseuse pour une audition. Pour tout le monde, c’était une Noire, mais quand elle a commencé à danser, le maquillage a coulé, et à la stupéfaction générale, on a découvert qu’elle était blanche. Alors on a compris que ça pouvait marcher. Seulement il a fallu sans cesse retoucher Valérie quand elle dansait. Elle a dû tourner au moins 65 jours en Noire. Il fallait à chaque fois 3 heures et demie de maquillage, et ensuite il y avait le démaquillage qui prenait au moins une heure.


              

Une des scènes les plus époustouflantes, c’est l’imitation de Michael Jackson par Valérie.


              

Dans « La vie est un long fleuve tranquille », les Le Quesnoy se sont appelés très longtemps les Le Catho. Le nom de code d’Agathe Cléry a d’abord été « Micheline Jackson ». Michael Jackson faisait partie du film. À la différence près qu’Agathe fonce alors que Michael blanchit… On l’avait fait intervenir de tas de façons différentes dans le scénario et finalement c’est cette scène-là qu’on a retenue. Elle a une force inouïe à la fois par l’interprétation de Valérie, et par ce qu’elle signifie. Agathe Cléry décide tout à coup de se battre contre ce qui lui arrive. Elle va imiter Michael Jackson, le parodier même, mais dans sa chambre et dans sa salle de bain. Encore une fois, il s’agit de l’incursion du magique dans la réalité. (…)


              

Autre scène intéressante : la parade amoureuse, racontée sous forme de flamenco.


              

Une scène de défi violent parce qu’il y a de ça dans le flamenco. C’est : « Je te fais ça, qu’est-ce que tu sais faire ? » On montre qui on est et on voit si on peut aller ensemble. A mon sens, le coup de foudre passait par ce flamenco. C’était très risqué aussi, parce que ça pouvait être niais, mièvre, crétin. J’espère que ça ne l’est pas. C’est une scène qui dure deux minutes mais qui suffit pour comprendre qu’ils sont tombés raides dingues l’un de l’autre. C’est posé, on n’en discute plus.


              

Tous les comédiens ont été choisis avec soin. Vous vous êtes fait plaisir ?


              

Isabelle Nanty est une amie. Ça m’amusait de la voir avec Valérie. Ensemble, visuellement, c’est Laurel et Hardy. Elle chante sublimement bien. (…) Et toute son interprétation est à tomber. Il y a d’autres comédiens moins connus comme Valentine Varela, la troisième copine, formidable de drôlerie. Et toute la bande de jeunes qui sont au bureau dont Andy Cocq, un garçon qui n’avait jamais tourné de sa vie. Sans oublier Jean Rochefort, leur patron dans le film, que le projet a amusé. J’ai tout fait pour le convaincre de venir avec nous et il s’est collé comme tout le monde au chant et à la danse.


              

Et Anthony Kavanagh ?


              

Là aussi c’est un miracle. (…) Alors qu’Anthony est comme beaucoup de gens qui font de la scène : c’est avant tout un comédien. Et ça a été un vrai bonheur de tourner avec lui. La difficulté aussi a été de ne pas représenter les beurs ou les noirs comme ils sont représentés habituellement. Je ne voulais pas en avoir une représentation caricaturale et trop limitée dans le temps, représentative uniquement d’une époque, celle des beurs de banlieue. Il fallait aller au-delà. L’acteur qui joue Kader est Djamel Bensalah, un metteur en scène. (…)


              

Dominique Lavanant aussi, en mère de Valérie Lemercier ?


              

Dominique est une formidable comédienne, très intéressante. C’est un caractère. Elle est capable de passer de « Papy fait de la résistance » aux films de Sautet, elle n’a absolument pas peur.


              

Il y a le père aussi : Jacques Boudet.


              

C’est le couple de parents idéaux, des parents de cinéma. Ils ne se choquent de rien, ils gardent toujours un esprit décalé… Ils sont plus fous que leur progéniture. (…) Et puis il y a toujours cette distance : celle de Jacques Boudet dans le film (…). J’aime bien ces portraits d’hommes, qui ne disent pas des choses drôles uniquement pour le plaisir mais qui arrivent à décaler la réalité et à rendre les choses plus souples et plus intelligentes peut-être. Ces parents-là sont prêts à tout. (…)


              

Tout a été tourné en décors naturels ? Même la scène de la gare du Nord ?


              

Oui et nous avons tourné la nuit, entre le dernier train du soir et le premier train du matin. C’est extrêmement complexe. On a répété cette scène par petits groupes, déjà dans nos locaux de Levallois. Ensuite nous sommes allés Porte de Versailles, dans les grands hangars du salon du prêt-à-porter. Puis on est allés répéter à la gare, la nuit, avant le tournage. On a tourné là bas quatre nuits ce qui n’est pas énorme, parce qu’on commençait à 11 h 30 du soir, et qu’il fallait plier bagage à 5 heures du matin. (…)


              

Combien de temps vous a-t-il fallu pour tourner ce film ? Et quel est son coût ?


              

On a tourné en 21 semaines, c’est énorme. On n’a pas dépassé le budget, c’est ce qui était prévu. Vous ne pouvez pas faire danser 150 personnes juste d’un coup de baguette magique. Il a coûté 21 millions d’euros, ce qui est cher mais pas catastrophique. (…) Pour rentrer dans cette enveloppe avec tout ce qu’il y a à y mettre, vous devez être extrêmement rigoureux. (…)


              

Que voudriez-vous que le spectateur retienne ?


              

Mon but est toujours le même : raconter le pays dans lequel je vis en me servant de l’humour comme d’une arme. Dire des choses graves de façon légère est une façon de les véhiculer.


              

ENTRETIEN AVEC VALERIE LEMERCIER, ACTRICE

Comment s’est passée votre rencontre avec Etienne Chatiliez ?


              

La première fois ? Mal ! (rires) (…) Je rêvais de tourner avec lui. Parce qu’il fait des comédies et que je ne me vois pas faire autre chose. Et puis c’est un de nos meilleurs réalisateurs de comédie, il fait des films à la fois très personnels et grand public, qui ne sont jamais politiquement corrects, et qui se renouvellent à chaque fois. (…)


              

Mais il vous a quand même rappelée pour jouer Agathe Cléry ?


              

Oui ! On s’est vus plusieurs fois et, tout en me disant que j’étais un peu plus âgée qu’Agathe, il a fini par me donner le scénario que j’ai adoré. Et puis il m’a fait passer des essais, une fois de plus… J’ai dû apprendre 14 scènes. (…) Il m’a rappelée le lendemain pour me dire que j’avais le rôle. Ces essais ont quand même eu du bon. Quand on a commencé à tourner, je connaissais déjà presque tous les dialogues. (…)


              

Avez-vous pensé que le sujet était “casse-gueule” ?


              

J’ai surtout pensé que c’était avant tout un film d’amour. C’est ce qu’il y a de plus inattendu et cette histoire d’amour entre Agathe et Quentin, jouée par Anthony Kavanagh, est très belle. Une scène seulement m’a paru “casse-gueule” : c’est quand Agathe pète les plombs devant ses parents et dit des Noirs : « Ils sont laids, ils sont grands, ils ont des grands nez… Ils sont vilains, ils sentent mauvais… ». Mais heureusement, quand je profère de telles horreurs, la caméra n’est pas sur moi et cette trouvaille est géniale. Etienne montre les parents estomaqués par les propos de leur fille. La mère (Dominique Lavanant) rétorque à mi-voix « Elle tient de ma mère ! ». C’est limite, mais ça reste supportable. Et puis le traitement en comédie musicale permet d’alléger le thème et les propos. (…)


              

Comment avez-vous eu envie d’aborder ce rôle ?


              

Pour moi, Agathe est la même fille, en blanche et en noire. On m’a demandé si j’avais pris un accent africain, mais non ! Le personnage change mais bien plus tard quand elle en bave. Au moment où elle devient noire, elle est encore la même. J’ai essayé d’en faire une fille sûre d’elle, de son bon droit, de son bon sang qui coule dans ses bonnes veines. Elle et ses semblables sont des gens qui ne doutent pas. (…) Quant au reste, l’aspect physique, c’était surtout des problèmes d’intendance : des heures de maquillage et de démaquillage, la peau qui fait mal…


              

Un véritable exploit, ce maquillage…


              

Je me levais à 5h du matin tous les jours et je rentrais à 10h du soir chez moi, encore noire parce qu’il en restait dans les oreilles, dans les yeux, dans le nez, dans les cheveux. D’abord c’était de l’aérographe à l’alcool, donc ça me saoulait un peu. On en mettait plusieurs couches, d’abord du orange, du marron, du noir pour faire des ombres. Tous les jours il fallait 3 heures et demie pour me maquiller et 1 heure 45 pour tout enlever, enfin presque tout, malgré la toilette au gant. Je me sentais comme un bébé. J’étais tout le temps assistée, je ne pouvais rien faire. Pas coller les jambes à la cantine parce qu’après je me retrouvais avec de grandes marques blanches. Ne pas bouger sous peine de devoir tout recommencer. Et le soir, j’étais nettoyée comme un bébé. Et après je passais encore à la douche, je me grattais, je me frottais et j’avais beau faire, il y en avait toujours…. (…)


              

Avez-vous réussi à vous habituer à ce nouveau visage ?


              

Au départ c’était drôle car je pensais que ce maquillage faisait un écran entre moi et la caméra et qu’on n’allait pas me voir jouer ! Qu’on n’allait pas voir mes sentiments, comme si j’avais un masque en plastique de farces et attrapes. (…)


              

Avez-vous beaucoup travaillé avec Elisabeth Tavernier, la costumière, pour trouver vos deux Agathe, la blanche, et la noire ?


              

On s’est surtout rendu compte que la couleur de la peau compte beaucoup quand on s’habille et qu’on ne peut pas se permettre de porter les mêmes choses. Par exemple, le blanc, c’est très dur sur une peau noire. Mes cheveux paraissent presque blonds sur mon visage noir alors que je ne les ai pas éclaircis. On met des soutiens-gorge qui ne font pas de poitrine quand on est blanche et puis quand on est noire, on met ses seins en avant, on porte des couleurs plus vives. D’une façon générale, un corps noir est plus joli qu’un corps blanc. En Agathe noire, j’aimais bien être en jupe et talons hauts, parce ça met en valeur les jambes, j’ai préféré ces tenues là, celles où on voit un peu plus le corps. Au début elle voulait me rajouter des fesses en silicone, me faire percer les oreilles pour porter des créoles, enfin on a eu plein d’idées qu’on n’a pas retenues finalement. Agathe blanche était plus classique avec ses vestes et ses tailleurs d’executive woman.


              

Quelles ont été les scènes les plus difficiles à jouer ?


              

Je n’aime pas du tout pleurer. Une fois où je devais pleurer dans un film, j’ai pensé que je pleurais dans un film…! C’est ce qui m’a fait pleurer. Je déteste pleurer à l’écran, je trouve que je ne suis pas à ma place. Je me dis que je ne suis pas là pour ça, c’est vraiment me faire Hara-kiri, j’ai du mal. Parfois quand on pleure déjà un peu à l’avance, on le sait, on se prépare et quand on vous filme, vous êtes déjà en train de pleurer. Mais là, il y a eu une scène où la caméra était face à moi, je devais commencer normalement et éclater en sanglots, tout à coup… Je n’ai pas pu…


              

Dans les scènes de comédie musicale, de ballet, y a-t-il eu une scène particulièrement difficile ?


              

C’est surtout que c’était exténuant. La scène de la boîte de nuit par exemple : ça a duré trois jours mais à la fin j’avais le sentiment d’avoir été rouée de coups pendant un combat de boxe. Et en plus après on vous frotte pour vous nettoyer ! J’avais l’impression de ne pas être une personne mais un punching-ball. Ça, c’est très fatigant, parce qu’il faut y aller, il faut danser, et ça dure toute la journée ! Et quand on transpire, ça décolle le maquillage, il faut le refaire…


              

D’autant qu’avant de commencer le film, vous aviez pratiqué la danse de façon intensive pour vous entraîner.


              

J’en ai fait quatre heures tous les matins pendant un an. C’était facile à la base parce que je suis très souple, mais je n’avais jamais fait de danse de cette façon, un peu de barre au sol, oui, mais c’était tout. En s’entraînant, on arrive à faire pas mal de choses. Et j’ai eu pour me diriger dans les chorégraphies une prof particulière que Molly Molloy avait engagée spécialement pour moi. Les ballets étaient très longs à régler. Le premier numéro par exemple a pris une semaine de tournage, toutes les nuits à la gare du Nord pour deux minutes à l’écran. (…)


              

Vous aussi avez pris des cours de chant ?


              

Oui, ce n’était pas facile à chanter. Notamment dans la scène de la salle de bain où j’imite Michael Jackson. Ça monte très très haut.


              

Anthony Kavanagh vient de la scène, comme vous. Vous le connaissiez ?


              

Je l’avais vu à la télé. Il est très bien dans le film mais il n’a pas eu à utiliser ses facettes comiques du tout. Il joue un jeune premier, c’était aussi un rôle nouveau pour lui. Quand Etienne m’a annoncé qu’il serait mon partenaire, j’ai trouvé l’idée excellente. Dans le casting il n’y a pas de chapelle, il y a un peu de tout et j’aime bien ça. Etienne adore les acteurs de théâtre donc il y a beaucoup de gens du théâtre mais les genres et les univers de chacun sont très mélangés. (…)


              

Il y a quelque chose d’improbable mais qui fonctionne très bien : c’est Dominique Lavanant qui joue votre mère.


              

Ce qui est drôle, c’est que j’ai failli jouer la sienne. Il y a très longtemps, François Leterrier qui réalisait « Imogène » pour la télé, m’avait proposé de jouer sa mère. Et j’avais 23 ans ! Physiquement, ma mère est plus âgée, mais elle n’est pas le contraire de Dominique. (…)


              

Vous avez ri en voyant le film ?


              

Je l’ai vu mais pas encore terminé. J’ai surtout été émue par l’histoire d’amour. Mais c’est impossible de se voir à l’écran, on ne peut pas tellement rire. Quand j’ai lu le scénario, ça m’a fait rire, mais se voir c’est plus compliqué. On rit devant ce qu’on n’a pas vu au tournage et pas joué. J’ai tout de même ri quand je dis aux éboueurs qui me sifflent dans la rue : « Je suis pas noire, je suis normande, je suis malade ».


              

Ce film a-t-il changé quelque chose en vous ?


              

Le dernier jour du tournage Etienne m’a offert un coffret à bijoux que j’ai changé pour une valise sur laquelle j’ai fait graver : « Etienne, j’ai changé ». Ce film m’a changée, c’est certain. Le plus nouveau pour moi c’est que c’est la première fois de ma vie que je joue un rôle aussi complet, que j’ai une histoire d’amour dans un film. C’est mon premier film de jeune fille si on peut dire… Il m’est arrivé d’être mariée, ou de vivre des histoires qui ne se passaient pas très bien, mais dans aucun film je n’ai été amoureuse. Ça, c’était très nouveau à jouer. En général je joue des personnages qui s’en sortent, ou portent beau alors que ça ne va pas. Sur scène je joue des personnages de victimes, mais qui rigolent. Là, il fallait tout le temps être triste, il fallait tout le temps avoir la tête en bas, il fallait tout le temps tomber. Ça, c’est des choses que je n’avais jamais faites non plus. Il y avait plein de choses à jouer (je ne parle même pas de danse et de chant) de registres de jeu, de domaines que je n’avais jamais explorés, de choses qu’on ne m’avait jamais demandées.


  • Sortie : 03 décembre 2008


    Date de la publication électronique : 19 octobre 2011
    Sources :

    Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé