La Très très grande entreprise  –  Pierre Jolivet  –  2008

Fiche générale

Affiche
  • Genre : Comédie
  • Durée : 102 minutes
  • Producteur :Charles Gassot
  • Réalisateur :Pierre Jolivet
  • Interprètes : Roschdy Zem (Zak)
    Marie Gillain (Mélanie)
    Jean-Paul Rouve (Denis)
    Adrien Jolivet (Kevin)
    Arlette Thomas (Mme de Marthod)
    Nicolas Marie (Maître Dessax)...
  • Scénario :Pierre Jolivet
    Simon Michaël
  • Dialogues :Pierre Jolivet
    Simon Michaël
  • Producteur exécutif :Jacques Hinstin
  • Directeur de production :François Hamel
  • Directeur de la photographie : Pascal Ridao (AFC)
  • Compositeur de la musique : Manu Katché
  • Monteur : Yves Deschamps
    Charlotte Theillard
  • Chef décorateur : Denis Renault (ADC)
  • Costumier : Jacqueline Bouchard

Production

  • Producteur :Charles Gassot
  • Producteur exécutif :Jacques Hinstin
  • Directeur de production :François Hamel

Fiche artistique

  • Réalisateur :Pierre Jolivet
  • Scénario :Pierre Jolivet
    Simon Michaël
  • Dialogues :Pierre Jolivet
    Simon Michaël
  • Scripte :Maggie Perlado (LSA)
  • Interprètes :Roschdy Zem (Zak)
    Marie Gillain (Mélanie)
    Jean-Paul Rouve (Denis)
    Adrien Jolivet (Kevin)
    Arlette Thomas (Mme de Marthod)
    Nicolas Marie (Maître Dessax)
    Guilaine Londez (Brigitte Lamarcq)
    Wilfried Romoli (Romolli)
    Anne Loiret (Sophie Dantec)
    Eric Prat (Boisselier)
    Vikash Dhorasoo (Sanjay)
    Cyril Couton (Pghilippe Malzieux)
    Scali Delpeyrat (Boissy d'Anglas)
    Ludovic Bergery (Philippe)
    Serge Lariviere (Mr. Andretti)
    Philippe Soutan (Mr. Godeau)
    Denis Menochet (Gilles)
    Marie-Philomène Nga (Mme. Kotto)
    David Le Rheun (Le serveur Naterris)
    Yannick Nasso (Arthur)
    Ydire Saïdi (Vigile parking)
    Hugues Boucher (Franck le fleuriste)
    David Seigneur (Sacha)

Fiche technique

  • Photographie :Pascal Ridao (AFC)
  • Compositeur de la musique :Manu Katché
  • Ingénieur du son :Pierre Excoffier
  • Monteur :Yves Deschamps
    Charlotte Theillard
  • Chef décorateur :Denis Renault (ADC)
  • Costumier :Jacqueline Bouchard
  • Monteur son :Vincent Montrobert
  • Casting :Brigitte Moidon (ARDA)
  • Assistant réalisateur :Laure Prevost
  • Mixage :William Flageollet

Résumé et notes

  • Genre : Comédie
  • Durée : 102 minutes

RÉSUMÉ

D’un côté, Naterris, très très grande multinationale d’agro-chimie, 9 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

De l’autre, Zaccharias, Mélanie, Denis et Kevin, ostréiculteur, aide-comptable, restaurateur, ouvrier… Des gens normaux, quoi.

Au milieu, un étang pollué par Naterris, dont nos gens normaux sont riverains. Après deux ans d’une âpre procédure, Naterris est condamnée à leur verser une indemnité ridicule, à eux qui ont tout perdu.

A l’inverse des autres plaignants prêts à accepter ce maigre pourboire, ces quatre-là décident de faire appel pour que justice leur soit « vraiment » rendue.

Mais pour faire appel, ils n’ont que trente jours et doivent impérativement découvrir un élément nouveau au siège de Naterris, dont l’imposant gratte-ciel domine le parvis de la Défense.

Mélanie, Zaccharias, Kevin et Denis décident donc de monter à Paris.

Leur mission n’est pas impossible mais s’annonce… très, très difficile ! D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

ENTRETIEN AVEC PIERRE JOLIVET, REALISATEUR

Définition :

Difficile de définir ce film. Comédie policière ? Sociale ? Socio-policière ? Il me semble que si « Ma petite entreprise » s’inspirait du cinéma anglais d’un Stephen Frears ou d’un Full Monty - comédies, certes, mais inscrites dans des milieux sociaux bien spécifiques – « La très très grande entreprise » renoue plutôt avec la comédie italienne des années 1960-1970, par ce qu’elle avait de politique. Avec insolence mais sans la noirceur de « Affreux sales et méchants », de Scola, par exemple. Par le biais de la comédie, avec Simon Michaël, nous avons essayé d’écrire un film sur l’engagement. En face de phénomènes qui nous dépassent, il est plus amusant de se battre que de s’écraser. Au départ, le combat de ces personnages est simple : « Je ne suis pas assez dédommagé, j’en veux plus. » En chemin, ils se rendent compte que le combat est ailleurs, au-delà. Le véritable enjeu devient moral et non plus uniquement financier. Voilà le cœur du film : partis à l’attaque de façon relativement poujadiste, ils vont devenir des héros emblématiques et idéalistes.


Champ de bataille : la planète.

L’idée de départ était de faire un film sur la mondialisation. Pas de dénoncer aveuglément toutes les sociétés qui gagnent de l’argent et qui, grâce à cela, font travailler du monde. Mais s’attaquer à celles qui sont prêtes absolument à tout pour avoir « une croissance à 2 chiffres » à la demande des actionnaires. Et ce qui représente le mieux ce phénomène, ce sont souvent ces multinationales inatteignables, indestructibles, ces mastodontes face auxquels le simple citoyen se sent désemparé, désarmé. En changeant de taille, l’entreprise change de nature. Amie dans « Ma petite entreprise », elle est ici l’ennemie. Mais le combat est inégal et semble désespéré. C’était ça le pari du film, mettre de l’allégresse dans une situation désespérée, faire un film engagé dont le rire est le passeport. Car faire un film militant, c’est bien, c’est courageux, mais il est rarement vu par ceux que ça concerne. Fred parlait du chômage, peu de chômeurs l’ont vu, il n’a marché que dans les centres-villes. D’où mon désir de passer par la comédie. Montesquieu soutenait : « on dit souvent en badinant des choses très sérieuses ».


Trois combattants, une mouche du coche.

Il y a souvent une raison strictement personnelle derrière un engagement. Le couple du cuisinier Denis (Jean-Paul) bat de l’aile car son compagnon s’enfonce dans la déprime. Zach (Roschdy) est en fin de couple, on sent chez lui la lassitude de celui qui vit depuis vingt-cinq ans avec quelqu’un. Mélanie est mariée avec un con ; à 30 ans, elle se dit que ça suffit. Sans le savoir, tous trois sont en quête d’autre chose, d’autres gens, d’ailleurs. L’occasion fait le larron... Ce n’est pas le cas de Kevin (Adrien). Il est sans attaches. Sa vie est encore en devenir, se déplacer est dans sa nature. Il n’est pas dans le même rythme, ni dans le même engagement. Il vit cette aventure de façon plus souple et plus ludique. Ce qui lui donne un côté voltigeur et, en même temps, mouche du coche qui va piquer à chaque fois au bon endroit et au bon moment.


Minorités.

J’ai toujours voulu que les minorités soient au cœur de la vie du cinéma sans qu’on en fasse un foin. C’est d’ailleurs avec Roschdy que j’ai commencé ce travail de fond : dans Fred, il incarnait un flic et peu importait qu’il soit beur ou pas. Et pareil pour tous les films qu’on a tournés ensemble. Si Will Smith n’avait pas été libre pour « I Am Legend », Hollywood aurait pu prendre un blanc. Ce n’est pas par leurs différences que l’on doit appréhender les gens en premier, mais par ce qu’on a en commun : leurs qualités, ou leurs défauts d’êtres humains. Le personnage que joue Jean-Paul est homo ? Tant mieux, tant pis. Il y a très longtemps, je travaillais au Club Méditerranée, c’était en Corse, une bagarre a éclaté, on est allés faire le coup de poing. Notre costumier, indéniablement homosexuel, s’est joint à nous avec une certaine efficacité. Après, quand on est allés boire un coup, il m’a dit : « Je suis pédé, mais pas manchot ! » J’ai trouvé cette phrase formidable, et je l’ai proposée à Jean-Paul Rouve pour guider son personnage.


Roschdy…

Il y a plusieurs Roschdy. Comme on se voit souvent dans la vie, je connais ces différents Roschdy. Parmi eux, il y a celui qu’il montre rarement et avec lequel je m’étais promis de faire un film. Une capacité à faire rire, à se décaler, à déconner, avec une force et un charme absolument inouïs.


Jean-Paul...

Je ne le connaissais pas mais à chaque fois que je l’apercevais dans un film, je me disais : « Qu’est-ce qu’il est bien, ce mec ! ». Dès qu’on a eu fini la première version du scénario, on a pensé à lui. Il a aimé, il a dit oui, il est reparti monter son propre film, nous avons ré-écrit en fonction de lui et de notre rencontre. Simple comme bonjour.


Marie…

J’avais rencontré d’autres comédiennes, mais je n’imaginais pas à quel point serait immédiate cette rencontre entre un personnage et une actrice. Ca a été une évidence au bout de deux pages de lecture. Elle est jolie et sensuelle, elle a tout ce qui a fait son succès, mais elle a aussi une vertu formidable : elle est Belge ! Elle a le côté sympathique des Belges. Et il fallait que Mélanie ait cette qualité-là pour pouvoir, tout en restant bonne camarade, se retrouver enfermée dans un appartement avec trois hommes qu’elle ne connaît pas, survivre à leurs sarcasmes - et à leurs désirs, pour deux d’entre eux. Marie a un côté terrien, une santé, une fermeté et une fraîcheur incontournables, qui ont nourri le personnage bien au delà du scénario.


Adrien…

J’avais gardé un excellent souvenir de notre travail ensemble sur « Zim & Co ». Pas seulement parce qu’il est mon fils, mais surtout parce qu’il est incroyablement pro. A l’anglaise. Toujours à l’heure, toujours texte su. La mondialisation est vécue douloureusement par ceux qui ont passé 35 ans et de ce fait, ont des attitudes, ou des habitudes grégaires. Nées avec Internet, l’avion, les décalages horaires, les nouvelles générations la vivent de façon beaucoup plus naturelle, avec une souplesse et une adaptabilité plus grandes. Je voulais que Kevin garde un détachement et observe avec un certain sourire le monde tel qu’il est et surtout tel qu’il n’est pas. Adrien a ça en lui.


…et les autres.

Le plaisir. De retrouver Guilaine Londez pour la 3ème fois, Nicolas Marié pour la deuxième, Arlette Thomas, ma mère, dans un rôle de composition puisque son personnage perd la mémoire. Sans oublier la découverte d’Anne Loiret et ma seconde rencontre avec Wilfried Romoli, danseur étoile à l’Opéra de Paris qui a accepté de faire avec moi ses premiers entrechats de comédien et avec quel talent. Et puis Vikash Dhorasso, vice-champion du monde de football en avocat indien ! J’ai grandi en voyant les films de Jean Renoir, de Jean Grémillon, de Julien Duvivier, de René Clair. Un cinéma français que j’adorais, où les petits rôles avaient énormément d’importance et étaient tenus par des acteurs d’exception. Le travail avec les seconds rôles m’a toujours passionné - et enrichi. Quand ils sentent qu’on consacre à leur travail le même soin et la même énergie que pour les têtes d’affiche, ils vous le rendent au centuple en essayant de trouver ce presque rien qui fait presque tout. Ils font partie intégrante de l’édifice. Si un film est une entreprise, - et, osons-le, une très, très grande mais aussi très, très rapide entreprise - elle ne tient que si l’ensemble des employés est formidable. A tous les étages...


Manu Katché.

J’écris toujours en musique et j’écoutais constamment ses albums en écrivant ce scénario. Il me paraissait normal de faire appel à lui. Dans son entretien, Manu raconte en détail tout le processus. J’ajouterai simplement ceci : cet homme est un des plus grands batteurs du monde et je m’étonne que le cinéma ne fasse pas plus souvent appel à des batteurs. La batterie, c’est du rythme, le cinéma aussi. Réécoutez la musique que Stewart Copeland a composée en 1963 pour Rusty James.


Charles Gassot.

Comment on « caste » un producteur ? Bonne question – à ceci près qu’elle ne s’est pas posée. J’étais libre, Simon Michaël a eu l’idée d’une rencontre avec Charles, ça a marché dès les cinq premières minutes. Parce que c’est un vrai producteur. Quelqu’un qui aime profondément le cinéma et qui a un point de vue sur cet art et cette industrie. Il n’a plus rien à prouver, et pourtant il fonce quand même. Il y a quelque chose d’audacieux et de vibrant dans sa façon de faire, un rapport charnel à l’œuvre et une allégresse à produire que je trouve éminemment séduisants.

ENTRETIEN AVEC CHARLES GASSOT, PRODUCTEUR


Prémisses d’une rencontre.

Ça s’est fait très vite. Je sortais d’une période où certains des films que j’avais produits me laissaient sur ma faim. J’avais envie de m’embarquer avec un réalisateur à la fois doué et bosseur. Espèce rare… Apprenant par son co-scénariste, Simon Michaël, que Pierre Jolivet était libre, je demande à le rencontrer. On se voit et il me propose un sujet dont ni lui, ni Simon n’ont écrit une ligne mais que Pierre a déjà bien en tête. Ce type me semble avoir une vision claire de son projet.


Le pitch.

En gros, ça donnait à peu près ça : « Une grosse multinationale pollue toute une région - ce qui doit arriver toutes les semaines…- Elle se fait pincer. Au bout de deux ans de tracasseries juridiques, elle présente ses excuses et « consent » à indemniser les habitants de la région : chacun se voit offrir 12.000 euros. En tout et pour tout. La plupart des plaignants accepte mais certains trouvent qu’on se fout ouvertement de leur gueule. Pour que ceux-là puissent aller en appel, il faut qu’ils trouvent un « fait nouveau ». Quatre d’entre eux se retrouvent à la Défense avec un gros problème : comment pénétrer dans le siège de la boîte, en ne sachant pas ce qu’ils cherchent et en réalisant que, même s’ils trouvent, les autres resteront les plus forts ». Voilà qui me paraissait une démarche intéressante. Comme Pierre, j’avais envie de faire un film sur les problèmes d’aujourd’hui et d’allumer un certain patronat dont le fric est la seule perspective. Et il est vrai aussi que Pierre sait mettre des pétards là où il faut : ses films le prouvent. De plus, il est persuadé qu’il vaut mieux aborder les sujets dits « difficiles » par le rire plutôt que de les affronter de face. Comme je partage totalement ce point de vue, me voilà lancé dans cette aventure.


Au boulot.

Je connaissais les films de Pierre ; je ne connaissais pas le bonhomme. Le moment clé, celui qui scelle le mariage ou qui estampille le divorce, c’est celui de l’écriture. C’est là qu’on se dévoile, qu’on voit ce que l’autre a en lui, ses aspirations, ses choix, son envie, les gens qu’il aime, ceux qu’il n’aime pas. C’est là qu’on décide si l’on a envie de continuer ensemble. L’écriture, c’est comme un flirt : on n’est pas toujours tenté d’aller plus loin et il m’est arrivé de ne pas conclure après une écriture dont l’idée s’essoufflait, lorsque l’auteur fatiguait ou ne tenait pas vraiment son sujet. Pierre tenait bien le sien. Qu’on soit d’accord ou pas, on peut discuter ; il écoute, il avance, il lit. Il est incroyablement bosseur. Lorsqu’il vous donne une première version du scénario, il est déjà sur la deuxième. Lorsqu’il vous remet cette deuxième version, celle qui vous permet de commencer à financer le film, il est sur la troisième ou la quatrième mouture.


Sur le plateau.

Pierre est un chef de bande. Un « embarqueur ». Quand il dit aux autres « Suivez-moi », ils suivent. En cela les personnages de son film lui ressemblent : ces deux types, Jean-Paul et Roschdy, qui disent « Ne nous faisons pas pigeonner par une multinationale ; montons à Paris » et qui embarquent les deux autres, ce sont des clones de Jolivet. Comme lui, tous ses acteurs sont dans une vraie connivence avec le spectateur. Ses personnages ont un formidable capital de sympathie. Il n’y a pas de prise de tête, le ton est drôle et chaleureux. Ça dit ce que ça veut dire mais ça ne donne pas de leçons. Il y a une authentique joie de vivre chez ces personnages alors qu’ils sont en train de se faire copieusement arnaquer par une énorme entreprise qui les méprise royalement.


Au final.

A sa façon, le film de Pierre renoue avec le cinéma des années 70 ; celui de d’Age et de Scarpelli, celui des comédies sociales d’Ettore Scola, Pietro Germi, Mario Monicelli ou Luigi Commencini. Il y a de « L’Argent de la vieille » dans « La Très très grande entreprise ». Alors qu’on est envahi de comédies mal fichues et racoleuses, Pierre, lui, ne fait pas la manche. J’ai la chance d’être entouré de quelques auteurs qui, chaque matin, me donnent envie de continuer mon métier. Pierre en fait désormais partie. C’est tellement vrai que nous ferons son prochain film ensemble.


  • Sortie : 05/11/2008
Date de la publication électronique :24 October 2011
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé