Slumdog millionaire  –  Danny Boyle  –  2009

Fiche générale

Affiche
  • Genre : Comédie dramatique
  • Durée : 120 minutes
  • Producteur : Christian Colson
    Paul Ritchie (coproducteur)
  • Production : Pathe Pictures
    Celador Films...
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Réalisateur : Danny Boyle
  • Interprètes : Dev Patel (Jamal)
    Anil Kapoor (Prem)
    Irrfan Khan (L'inspecteur)
    Madhur Mittal (Salim)
    Freida Pinto (Latika)
    Saurabh Shukla (Le sergent)
  • Scénario : Simon Beaufoy
  • Adaptation : d'après le roman de Vikas Swarup "Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire" publié aux Editions Belfond
  • Producteur exécutif : Paul Smith
    Tessa Ross
    François Ivernel (coproducteur exécutif)
    Cameron McCracken (coproducteur exécutif)
  • Producteur délégué : Tabrez Noorani
  • Directeur de la photographie : Anthony Dod Mantle (BSC DFF)
  • Compositeur de la musique : A.R. Rahman
  • Monteur : Christopher Dickens
  • Chef décorateur : Mark Digby
  • Costumier : Suttirat Anne Larlarb

Production

  • Producteur : Christian Colson
    Paul Ritchie (coproducteur)
  • Production : Pathe Pictures
    Celador Films
    FilmFour
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Producteur délégué : Tabrez Noorani
  • Producteur exécutif : Paul Smith
    Tessa Ross
    François Ivernel (coproducteur exécutif)
    Cameron McCracken (coproducteur exécutif)

Fiche artistique

  • Réalisateur : Danny Boyle
  • Scénario : Simon Beaufoy
  • Adaptation : d'après le roman de Vikas Swarup "Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire" publié aux Editions Belfond
  • Interprètes : Dev Patel (Jamal)
    Anil Kapoor (Prem)
    Irrfan Khan (L'inspecteur)
    Madhur Mittal (Salim)
    Freida Pinto (Latika)
    Saurabh Shukla (Le sergent)

Fiche technique

  • Photographie : Anthony Dod Mantle (BSC DFF)
  • Compositeur de la musique : A.R. Rahman
  • Monteur : Christopher Dickens
  • Chef décorateur : Mark Digby
  • Costumier : Suttirat Anne Larlarb
  • Casting : Loveleen Tandan (directrice de casting Inde)
    Gail Stevens (directrice de casting Royaume-Uni)

Résumé et notes

  • Genre : Comédie dramatique
  • Durée : 120 minutes

RÉSUMÉ

Jamal Malik, 18 ans, orphelin vivant dans les taudis de Mumbai, est sur le point de remporter la somme colossale de 20 millions de roupies lors de la version indienne de l’émission « Qui veut gagner des millions? ». Il n’est plus qu’à une question de la victoire lorsque la police l’arrête sur un soupçon de tricherie.

Sommé de justifier ses bonnes réponses, Jamal explique d’où lui viennent ses connaissances et raconte sa vie dans la rue, ses histoires de famille et même celle de cette fille dont il est tombé amoureux et qu’il a perdue.

Mais comment ce jeune homme est-il parvenu en finale d’une émission de télévision ? La réponse ne fait pas partie du jeu, mais elle est passionnante. D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Prix et distinctions : Prix du public au Festival de Toronto ; Oscars / Academy Awards 2009 édition N°81 : Oscar du Meilleur film ; Oscar du Meilleur réalisateur ; Oscar de la Meilleure chanson ; Oscar de la Meilleure musique ; Oscar du Meilleur montage ; Oscar du Meilleur son ; Oscar de la Meilleure photographies ; Oscar du Meilleur scénario adapté ; BAFTA Awards / Orange British Academy Film Awards 2009 edition N°62 : Meilleur montage ; Meilleur film ; David Lean Award du Meilleur réalisateur ; Meilleur son ; Meilleure photographie ; Meilleur scénario adapté ; Goya 2010 edition N°24 : Goya du meilleur film européen ; Golden Globes 2009 edition N°66 : Meilleure musique ; Meilleur scénrio ; Meilleur réalisateur ; Meilleur film dramatique ; European Film Awards 2009 edition N°22 : European Film Award de la Meilleure photographie ; Writers Guild of America Awards 2009 : Meilleur scénrio adapté ; Trophées du Films français 2010 edition N°17 : Trophée du film européen ; Screen Actors Guild Awards 2009 edition N°15 : Meilleur ensemble d'acteurs ; Directors Guild of America Awards 2009 edition N°61 : Meilleur réalisateur ; Producers Guild of America Awards 2009 edition N°19 : Meilleur film.

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

  
                  

NOTES DE PRODUCTION

  
                  

« Slumdog Millionaire », dont l’action se situe au cœur des bidonvilles indiens de Mumbai (anciennement Bombay), est l’adaptation britannique d’un roman indien de Vikas Swarup, « Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire ».

  
                  

DU LIVRE AU FILM

Le roman n’était pas encore paru lorsque Tessa Ross, directrice du département films et téléfilms de Channel 4, reçut un appel de Kate Sinclair, de chez FilmFour, qui l’avait lu sur épreuves. A peine Tessa Ross eut-elle découvert le résumé qu’elle posa une option sur les droits d’adaptation. Tessa Ross: « Entre l’achat des droits et la publication du livre, j’ai organisé un dîner réunissant scénaristes, réalisateurs et producteurs. Je voulais travailler avec le scénariste Simon Beaufoy, que je connais depuis longtemps. Le projet l’a tout de suite séduit. »Le roman de Vikas Swarup explore l’Inde des bidonvilles et celle des nouveaux riches, une réalité mal connue en Occident. Simon Beaufoy : « Mumbai vit à un rythme effréné, c’est un peu le Londres de Dickens transposé au XXIe siècle. Son développement est rapide et les écarts continuent à se creuser entre riches et pauvres tandis qu’une partie de la population, prise entre ces deux extrêmes, tente d’améliorer son niveau de vie. Adapter un livre requiert une approche très différente de l’écriture d’un scénario original. La principale difficulté était de préserver l’esprit de l’œuvre originale tout en transformant les personnages littéraires en personnages cinématographiques. Le livre se présente sous la forme de douze nouvelles qui ne suivent pas le personnage de sa naissance à l’âge adulte. C’est plutôt décousu et certaines apparaissent comme de petits contes, discrets, sans aucun lien avec les personnages principaux. Il n’y a pas de fil conducteur continu dans la narration. Dans le cas d’une adaptation, on ne part pas de sa propre idée pour la développer en une histoire, on doit une certaine fidélité à l’œuvre de départ tout en la renouvelant. » Simon Beaufoy a méticuleusement tissé une trame narrative qui amène le spectateur d’un point A à un point B. « Mon travail consistait à relier les différentes nouvelles tout en permettant de revenir au thème de l’interrogatoire du jeu “Qui veut gagner des millions ?” Ce fut un véritable défi ! »Christian Colson, producteur : « L’approche originale et chaleureuse de Simon Beaufoy convient tout à fait au sujet. Il avait déjà rédigé une première ébauche quand Tessa et lui m’ont contacté. L’histoire est une comédie dans la mesure où elle décrit un mouvement qui mène du désordre à l’harmonie. Mais elle tourne parfois à la tragédie avec des scènes bouleversantes. Comme dans tous les contes de fées, il y a des moments très sombres. On passe souvent du rire aux larmes. Parfois aussi, on retient son souffle. »Simon Beaufoy : « Alterner scènes du jeu télévisé et retours sur l’enfance de Jamal facilite le mélange des genres. On peut ainsi introduire un peu de romance, de comédie ou d’action tout en gardant une unité de ton. Nous ne souhaitions pas limiter le film à un seul genre. » Au moment de proposer le projet à un réalisateur, l’équipe s’est naturellement tournée vers Danny Boyle. Christian Colson : « Il nous est apparu comme le réalisateur idéal. Nous lui avons envoyé le scénario, qu’il a lu et tout de suite accepté. » Danny Boyle s’est efforcé de suivre scrupuleusement le scénario et de respecter les dialogues. Simon Beaufoy : « Danny a le sens du rythme pour chaque scène. Tout en restant fidèle à mon travail, il parvient à faire passer sa vision très originale. Le film porte indubitablement la marque de son style, même si on y retrouve chacun des mots que j’ai pu écrire. Il me consultait dès qu’il voulait apporter un changement. »

  
                  

AU COEUR DES BIDONVILLES DE MUMBAI

En tant que production occidentale, le film porte un regard extérieur sur la société indienne dont il fait le portrait.Christian Colson : « Un réalisateur indien n’aurait peut-être pas prêté attention à certains aspects visuels ou narratifs comme a pu le faire Danny Boyle – un peu comme Sam Mendes sur la banlieue américaine dans « American beauty » ou Ang Lee sur l’Angleterre de Jane Austen dans « Raison et sentiments ». Ils apportent un regard neuf que nous perdons parfois quand il s’agit de notre propre culture. Un étranger découvre sous un autre jour des choses qui nous paraissent ordinaires et sans importance. »Si l’arrivée de l’équipe de tournage a surpris les habitants de Mumbai, cinéastes et acteurs ont été eux-mêmes très étonnés de découvrir l’énergie folle qui règne là-bas. Danny Boyle: « Mon père, envoyé en Inde pendant la guerre, m’avait beaucoup parlé de ce pays que je voulais visiter depuis longtemps. Il m’apparaissait comme un lieu extraordinaire où se côtoient les extrêmes. Les défis auxquels il faut faire face là-bas sont tout simplement inimaginables. »Habituellement, le réalisateur et son équipe exercent un certain contrôle sur leur environnement afin d’obtenir exactement la tonalité visuelle recherchée. Danny Boyle : « Appliquer ce principe en Inde aurait été de la folie. Il faut se couler dans le rythme, la vie, et se résigner à attendre de voir ce qui se passe. Certains jours, on a l’impression qu’on n’arrivera à rien mais soudain, parfois quand vous vous y attendez le moins, votre patience est récompensée. Tout prend sens. »Simon Beaufoy avait longuement voyagé en Inde à l’âge de 18 ans. En y retournant vingt ans plus tard, il a noté d’importants changements : « Tout était très différent. Pour mes recherches, j’ai d’abord pris la température des lieux, je me suis promené, à l’affût d’histoires et de faits intéressants. J’ai collecté des faits divers terribles publiés à la une des journaux avant de visiter les lieux où ils s’étaient passés pour m’imprégner de l’atmosphère et m’en servir pour tisser les histoires entre elles. Il faut parfois du recul pour qu’une chose vous paraisse extraordinaire. Les habitants de Mumbai trouvent certainement cette ville très banale. Lorsque Danny, Christian et moi l’avons découverte, nous l’avons trouvée absolument incroyable. C’est ce regard à la fois admiratif, stupéfait et intimidé que le film évoque. »

  
                  

L’équipe a commencé à tourner dans certains quartiers avant le début officiel du tournage. Pendant que les différents départements préparaient le tournage, Danny Boyle et une équipe réduite au strict minimum ont filmé quelques scènes de répétitions sur les lieux mêmes où était prévue l’action, dans l’espoir de pouvoir les introduire dans le montage final et d’optimiser les délais. Christian Colson, producteur : « C’était une excellente façon d’entrer dans le processus de réalisation. Le matériel était disponible. L’équipe était là. Nous avons commencé avec deux semaines d’avance. La production a ainsi pu régler très tôt des problèmes de logistique et le temps gagné sur le tournage principal a été utilisé pour compléter certaines scènes. Cela a aidé tout le monde. Bien souvent, c’est pendant la première semaine que chacun se met en condition – on peut parfois être un peu rouillé depuis le film précédent… Notre stratégie avait pour principal avantage de ne nous faire courir aucun risque. Si les scènes de répétition n’étaient pas bonnes, nous n’avions rien perdu, et si elles l’étaient, nous gagnions du temps. Danny Boyle a eu une excellente idée. »Cela a en outre permis à Dev Patel, l’acteur principal, de s’immerger totalement dans son personnage et de travailler davantage son accent. Dev Patel: « Je tenais à jouer une scène où je me retrouvais plongé en plein cœur du bidonville. Etre sur place m’a aidé à visualiser le milieu de mon personnage, les conditions dans lesquelles il a grandi. Un jour, alors que des enfants jouaient du tambour dans la rue pour le festival Ganesha, Danny Boyle m’a demandé, à ma grande surprise, de les rejoindre. Quelqu’un a servi de traducteur et j’ai joué avec eux pendant qu’Anthony Dod Mantle, le directeur de la photo, filmait discrètement la scène avec sa petite DigiCam. »Le réalisateur a emmené les acteurs au Tulip Star, un hôtel cinq étoiles abandonné, situé près du lieu de tournage. Danny Boyle: « Dans le scénario, il était question d’un hôtel qui tournait à plein et non d’un hôtel abandonné. Mais cela a donné aux scènes plus d’intensité et d’émotion. Nous les avons gardées, économisant ainsi deux jours sur notre calendrier. »A son arrivée à Mumbai, le cinéaste a été frappé par la façon dont pauvreté extrême et avancées technologiques se côtoient. Il se souvient : « J’avais visité des bidonvilles dans d’autres parties du monde, comme Kibera au Kenya. En Inde, ce qui surprend d’abord, c’est le mélange d’odeur d’excréments et de safran. C’est une des plus grandes puissances nucléaires mais aussi un des rares pays où on ne trouve pas de toilettes publiques… »L’équipe s’est rendue dans le plus grand bidonville indien, Dharavi, et dans l’un des plus animés, Juhu, situé à côté de l’aéroport, à l’ouest de Mumbai, visible quand on arrive en avion sur la ville. La population dans cette zone est estimée à un million de personnes. La métropole de Mumbai compte en tout 22 millions d’habitants et sa croissance démographique atteint des taux alarmants. L’équipe a tourné à l’intérieur et autour du bidonville de Dharavi ainsi que dans l’anse de Mahim, alimentée par un énorme pipeline qui traverse le bidonville. Danny Boyle : « Nous y avons filmé le plus d’habitants possible. C’est une petite métropole très vivante, en pleine expansion. L’Inde étant une démocratie, les bidonvilles surpeuplés sont devenus un énorme enjeu électoral. Beaucoup d’habitants ne veulent pas les voir disparaître. Ils s’opposent notamment au projet de raser Dharavi par peur de ce qu’ils obtiendront en échange. A cause du manque de place, ils seront probablement envoyés dans ce qu’on appelle le Nouveau Mumbai ou le Nouveau Bombay, à des kilomètres de là. Le sens de la communauté prime chez eux sur la notion de confort. Ils ont de grandes familles et préfèrent rester proches pour s’entraider. C’est très compliqué pour les hommes politiques de concilier amélioration du niveau de vie et sens de la communauté. »Les lieux de tournage, toujours très fréquentés, ont obligé Danny Boyle et son équipe à travailler avec différentes caméras et à opter pour diverses techniques de prises de vues. Ils avaient prévu d’utiliser pour certaines scènes des caméras numériques SI-2K très pointues et de réaliser le reste du tournage sur pellicule. Mais Danny Boyle a renoncé aux caméras 35 mm: moins encombrante, la technologie numérique a finalement été favorisée pour la plupart des scènes. Danny Boyle : « Nous avons commencé avec des caméras classiques mais cela ne me plaisait pas. Je voulais qu’on puisse plus facilement se fondre dans le décor. Entre deux heures et quatre heures du matin, le bidonville est désert, tout s’arrête, il n’y a plus que des chiens dans les rues. Mais le reste du temps, c’est une véritable marée humaine et je voulais que l’on puisse s’y plonger. »

  
                  

Les séquences de course-poursuite au début du film ont été réalisées de façon progressive, en filmant étape après étape, étalées dans le temps. Dès que possible, l’équipe retournait sur place et filmait une autre partie de la course. Danny Boyle : « Même équipées de gyroscopes pour les stabiliser, les SI-2K restaient assez petites pour passer partout. Anthony Dod Mantle, le directeur photo, a réussi à capter la vie qui grouillait autour de nous sans que les habitants nous remarquent. On a aussi utilisé ce que nous appelions une CanonCam, qui consistait en un appareil photo Canon capable de prendre 12 images à la seconde, car les gens ne se méfient pas d’un appareil photo. Le film est donc un mélange de différentes technologies. Anthony devait porter un disque dur sur son dos qui enregistrait les images. Ce dispositif lui donnait des airs de touriste danois bien chargé se baladant dans les rues des bidonvilles alors qu’en réalité, il était en train de filmer.» Christian Colson : « La majorité de nos lieux de tournage sont authentiques. Le scénario et son histoire complexe nous ont entraînés dans des endroits très contrastés. Comme tout conte de fées, le film mêle l’ombre et la lumière. Ainsi, nous passions du Taj Mahal, un des sites les plus merveilleux du monde, à des lieux sordides. C’était comme une odyssée. »La gare Victoria Terminus, au cœur de Mumbai, est l’une des marques les plus durables laissées par le Raj britannique (dénomination non officielle de la période de domination britannique). L’équipe y a filmé la séquence de danse qui accompagne le générique de fin. Danny Boyle: « La voie ferrée est une véritable artère en Inde. Elle est également très meurtrière. Les gens tombent des wagons surchargés ou se font faucher parce qu’ils vivent ou travaillent trop près des rails. Ils ont une façon unique de faire sécher leur linge en utilisant l’air chaud que dégage le train à son passage. »

  
                  

Le choix des lieux de tournage et l’obtention des autorisations a été un véritable défi logistique. Le soutien de certaines relations indiennes a été essentiel. Une société de production locale, India Take One, a notamment aidé l’équipe du film à planifier ses déplacements d’un lieu à l’autre car avec ses millions de voitures, de rickshaws et de taxis, l’Inde connaît de nombreux embouteillages. Christian Colson: « Une distance de quelques kilomètres sur la carte pouvait nous prendre deux bonnes heures. La circulation est vraiment très difficile. C’est un peu comme New York au plus fort des heures de pointe. »Bien qu’ayant dû faire appel à une technologie bien plus sophistiquée que prévu, la production n’a eu aucun mal à se procurer le matériel nécessaire. Christian Colson: « Mumbai est un grand centre de production cinématographique. Les équipements sont de première qualité. Les studios et leur personnel sont fantastiques. Nous avions vraiment tout ce qu’il nous fallait à disposition. Les problèmes logistiques que nous avons rencontrés venaient de notre choix de tourner principalement dans des lieux authentiques, dans les rues d’une des villes les plus densément peuplées du monde. »Simon Beaufoy avait repéré plusieurs lieux clés lors de ses visites en Inde dans lesquels il avait choisi de situer certaines scènes. Cependant, les sites choisis quelques mois plus tôt avaient tellement changé au moment du tournage qu’il a fallu en sélectionner d’autres. Le scénariste raconte : « Quand j’ai voulu les montrer à Danny, ils avaient disparu. Au Royaume-Uni, il nous est difficile de faire réparer un escalator en moins de six mois. Là-bas, c’est le temps qu’il faut pour construire toute une ville ! Nous avons attaché beaucoup d’importance à montrer l’effervescence de Mumbai, les mouvements incessants de sa population, la poussière et l’importance de l’argent. »

  
                  

AU PLUS PRES DES PERSONNAGES

Danny Boyle et Christian Colson ont cherché aux Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et en Inde des acteurs capables de jouer en anglais et correspondant aux trois âges sur lesquels l’histoire se concentre: 7, 13 et 18 ans. Ils se sont aussi adressés à une directrice de casting indienne, Loveleen Tandan. Danny Boyle : « Le rôle de Loveleen n’a cessé de croître. On lui a demandé de servir d’interprète et de diriger les enfants avec moi, en m’aidant à y voir plus clair dans les complexités culturelles de la vie dans la rue. On lui a finalement confié la direction de la deuxième équipe qui nous suivait à travers la ville. Par moments, elle a vraiment joué le rôle de coréalisatrice. Je n’aurais jamais pu faire ce film sans elle. »L’intention était de tourner en anglais, même si la langue des enfants du bidonville de Juhu à Mumbai est le Maharati, un dialecte hindi. Cependant, la plupart des jeunes acteurs parlant anglais étaient issus des classes moyennes. Leurs manières et leur manque d’aisance dans les bidonvilles ne convenaient pas. Christian Colson: « Nous avons auditionné des centaines d’enfants en anglais, mais nous étions désespérés de voir combien cela sonnait faux. Quelqu’un a suggéré de faire jouer les plus jeunes enfants dans leur langue maternelle et de réintroduire l’anglais ultérieurement, pendant la deuxième partie du film. Loveleen Tandan a préparé une rapide traduction de la scène des toilettes du début du film puis elle est allée chercher des enfants dans la rue pour qu’elle soit jouée en Hindi. Ils ont été hilarants. Les personnages ont soudain pris vie et on a continué ainsi. Cette décision prise un peu par hasard a vraiment contribué à donner au film une touche d’authenticité supplémentaire. Elle nous a aussi permis de trouver trois jeunes acteurs incroyables. »Azharuddin Mohammed Ismail et Rubina Ali, qui incarnent respectivement le jeune Salim et la jeune Latika, sont originaires des bidonvilles mais ont depuis été inscrits dans des écoles par la production. Danny Boyle : « Nous avons réussi à les placer dans des écoles où nous espérons qu’ils resteront jusqu’à l’âge de 16 ans. Ils ont commencé à apprendre un peu d’anglais. Rubina se débrouille très bien et Azza est plutôt doué pour le dessin. »

  
                  

La difficulté de Danny Boyle pour trouver l’interprète de Jamal adulte tenait surtout au physique du personnage. Bien que des auditions aient été organisées à Mumbai, Calcutta, Delhi et Chennai, aucun des candidats ne paraissait avoir l’âge et la carrure adéquats. Danny Boyle : « Ils étaient soit trop vieux, soit trop costauds. Les jeunes de Mumbai font beaucoup de musculation parce que c’est très prisé là-bas. C’est le look qu’on attend d’eux s’ils veulent faire du cinéma. Ce n’était pas du tout ce que je recherchais. Je voulais un homme ordinaire, qui n’ait pas l’air d’un héros. » C’est la fille de Danny Boyle qui a proposé le nom de Dev Patel pour le rôle de Jamal.Danny Boyle: « Caitlin est une fan de la série « Skins ». Elle a parlé de Dev Patel à sa mère, qui dirigeait le casting au Royaume-Uni. Je n’y avais pas pensé mais ce choix nous a ensuite paru évident. Cela nous a conduits à prendre des acteurs plus jeunes. Nous avions d’abord pensé faire jouer les personnages adolescents par des jeunes de 18 ans. A la fin du film, Jamal aurait dû avoir environ 25 ans, mais j’ai réalisé qu’il était important que ce soit à l’âge de 13 ans que tout lui arrive. C’est ce qui rend la situation extrême, inacceptable et très indienne. Nous avons ainsi opté pour trois âges clés : 7 ans, 13 ans et 18 ans. Ce que les personnages vivent durant ces courtes périodes est suffisant pour remplir toute une vie. » Dev Patel est l’un des rares acteurs à avoir été choisis à Londres. La plupart des autres comédiens sont originaires de Mumbai.Christian Colson: « Dev Patel paraît immédiatement sympathique. Nous ne voulions pas de Monsieur Muscle car Jamal reste doux et bon quel que soit le mal qu’on lui fait. Il a une certaine innocence et un optimisme que Dev Patel a su rendre à merveille. » Dev Patel: « J’ai passé cinq auditions et après chacune d’elles, je rentrais presque en pleurs, persuadé que je n’aurais pas le rôle. Un jour, alors que je rejoignais ma mère pour faire des courses, elle avait les larmes aux yeux quand je suis arrivé. Elle m’a dit « Tu ne croiras jamais qui vient de m’appeler… ». Elle m’a dit qu’ils m’avaient choisi! Nous étions sur un petit nuage. J’ai mis du temps à y croire. »Comme c’était son premier long métrage et qu’il avait grandi bien loin des bidonvilles, à Harrow, au nord-ouest de Londres, Dev Patel s’est senti très nerveux durant la préparation. Se plonger dans la culture des lieux et obtenir le bon accent représentait pour lui une réelle pression. Il s’est rendu en Inde un peu avant le début du tournage afin de s’imprégner de l’atmosphère, ainsi que des gestes et de l’accent des habitants de Mumbai. Dev Patel: « Je devais jouer des scènes très émouvantes et d’autres plus physiques. Cela a été un travail épuisant. Danny Boyle sait parfaitement tirer de vous l’émotion qu’il recherche. Par exemple, dans la scène où Jamal remporte l’émission, je devais repenser à Latika, dont mon personnage est amoureux. Pour m’aider, l’équipe a diffusé des images d’elle et de l’enfance de Jamal sur un écran devant moi. Se souvenir de cette époque devenait facile et le sourire que j’ai à la fin de la scène n’est pas joué. Danny Boyle encourage l’improvisation. Parfois, après une prise, bien que satisfait, il nous demande de rejouer la scène avec une perspective totalement différente. Il donne des indications comme « imagine que tu ressens cela » ou « il t’est arrivé telle chose ». L’histoire prend alors une autre tournure et on obtient quelque chose de beaucoup plus riche. Quand j’ai fait ma première audition, je n’avais qu’un court extrait du scénario. Il s’agissait d’une des scènes les plus intenses, dans laquelle mon personnage se bat contre son frère pour obtenir la main de Latika. Jamal clame alors son amour. Cette femme est son destin. C’est un moment très poignant. J’ai grandi à Londres, je suis un privilégié, je ne me suis jamais battu pour une femme. Jamais je n’ai éprouvé de tels sentiments. »

  
                  

L’immersion dans la culture indienne et la préparation du rôle ont été riches en émotion pour Dev Patel. Il était allé en Inde à l’occasion d’un mariage quelques années auparavant et avait alors beaucoup souffert des piqûres de moustiques. Il raconte : « J’avais juré ne jamais revenir, mais j’ai redécouvert ce pays sous un autre jour. C’est comme si j’avais retrouvé une partie de moi-même. Je suis d’origine indienne mais j’ai toujours vécu à Londres, et il est fascinant de renouer avec ses racines. La manière dont nous célébrons certaines fêtes indiennes, comme celle du Diwali, en Angleterre, n’a rien à voir avec ce qui se fait en Inde. J’ai beaucoup appris aux côtés d’Irrfan Khan (l’inspecteur de police) et de Saurabh Shukla (le sergent).Ce sont deux formidables acteurs, très différents l’un de l’autre. J’étais d’abord très intimidé car, avant de rencontrer Irrfan, j’avais vu sa remarquable prestation dans « Un nom pour un autre » de Mira Nair. Saurabh n’a pas arrêté de me faire rire. Il y a une scène de l’interrogatoire où il me gifle et me bat mais en improvisant quelques répliques, il a réussi à me faire rire intérieurement alors que mon personnage pleure de douleur. »

  
                  

Bien que frères, Jamal et Salim sont deux personnages très contrastés, de façon à montrer comment leurs choix les mènent dans des directions opposées. Tous deux sont exposés à la violence dès leur plus jeune âge, mais chacun a sa propre réaction face au traumatisme causé par la mort de leur mère : Jamal garde toute sa bonté, tandis que Salim s’adonne à la violence et la brutalité. Quand Danny Boyle a auditionné Madhur Mittal pour le rôle de Salim, il a reconsidéré la répartition des âges. Madhur Mittal devait à l’origine incarner Salim adolescent, mais Danny Boyle trouvait qu’il avait la maturité et la gravité du personnage adulte. Madhur Mittal : « Ce qui m’a surtout plu en Salim, c’est l’idée que cet égoïste particulièrement agressif garde en lui un peu de compassion qu’il ne dévoile qu’à la fin. On voudrait bien le détester, mais il a cette autre facette plus douce qu’il cache pour qu’on le prenne pour un dur. Sa relation avec son jeune frère est très spéciale. Bien que tout les oppose, ils restent liés. Ils s’aiment vraiment mais ne se supportent pas car la gentillesse de Jamal irrite Salim, et la dureté de celui-ci le rend en retour exécrable aux yeux de Jamal. Ils se détestent autant qu’ils s’aiment – comme beaucoup de frères. » Bien qu’adorée par Jamal, Latika partage peu de scènes avec lui. L’équipe recherchait une actrice irrésistible afin que l’on comprenne l’attachement profond que lui porte Jamal. Simon Beaufoy: « Freida Pinto est d’une grande beauté et dégage aussi une réelle tristesse. C’est exactement ce qu’il nous fallait pour le rôle. »Durant son travail de recherche, le scénariste s’est aperçu que les femmes dans les bidonvilles n’ont pas souvent leur mot à dire. Avoir un personnage passif n’était pas l’idéal en termes de narration. Il précise: « Il est difficile de mettre en scène ce type de personnage. Nous avons fait de Latika une femme un peu plus active, tout en restant à la merci des caprices d’hommes puissants, comme c’est bien souvent le cas en Inde. » C’est Loveleen Tandan, la directrice de casting et coréalisatrice en Inde, qui a contacté l’agent de Freida Pinto, qui exerce le métier de top model. Freida Pinto: « Comme je m’intéressais au métier d’actrice, mon agent m’a conseillé d’y aller. J’ai rencontré Loveleen Tandan, que j’ai immédiatement trouvée très chaleureuse. Quand j’ai appris qu’il s’agissait d’un film de Danny Boyle, j’ai été très enthousiaste car j’avais beaucoup aimé « Trainspotting ». Il était essentiel d’avoir des ressemblances physiques entre les acteurs incarnant les personnages aux différents moments de leur vie. Danny Boyle les a incités à s’observer les uns les autres pendant les répétitions et à jouer leur personnage à différents âges afin que des gestes et des mimiques se retrouvent en chacun. Danny Boyle : « Ils doivent donner le sentiment d’être une seule et même personne. Nous ne voulions pas nous en tenir à du maquillage ou des prothèses. Nous cherchions une réelle continuité. Après avoir choisi les acteurs pour la période des 18 ans, nous avons repris les auditions des plus jeunes pour voir qui leur ressemblait le plus. Bien sûr, même si on se donne beaucoup de mal, ce sont en définitive la sensibilité du public et le dynamisme de l’histoire qui font que cela fonctionne ou non. Nous avons eu beaucoup de chance avec Jamal car deux des acteurs qui l’incarnent ont les oreilles légèrement décollées. On les a souvent filmés de dos afin qu’en voyant leurs oreilles le public fasse le lien. »

  
                  

L’émission “Qui veut gagner des millions?” joue un rôle essentiel dans le film. Lancé en mai 2000, ce jeu télévisé est très populaire en Inde, où il a d’abord été présenté par une légende de Bollywood, Amitabh Bachchan, aujourd’hui remplacé par l’acteur star du box-office en Inde, Shah Rukh Khan. Le prix maximum en Inde est de 20 millions de roupies. Anil Kapoor, qui incarne Prem Kumar, le présentateur de l’émission dans le film, fait partie des grands noms de Bollywood – il joue souvent des rôles de méchant. Comme Prem Kumar, Anil Kapoor a commencé sa carrière avec de petits rôles avant d’être remarqué à Bollywood.Anil Kapoor : « Ce présentateur a vécu dans les bidonvilles. Cela ne l’a pas empêché de devenir une grande star. Son émission est la plus regardée. Il en est également producteur. C’est lui qui contrôle tout. Comme lui, j’ai commencé en bas de l’échelle et j’ai dû travailler dur pour arriver où je suis. Il était facile de m’identifier à lui, même si je ne partage pas son sens de la morale. Il ne croit plus en aucune valeur, il ne pense qu’à conserver son pouvoir. »En tant qu’Indien, Anil Kapoor a été impressionné par la vision que Danny Boyle et son équipe donnent de son pays. « Quand on les voit travailler, on a le sentiment que le sol indien, ses parfums et ses odeurs pourront être ressentis par le spectateur. Je crois qu’aucun film réalisé par des étrangers n’était encore parvenu à ce résultat. Les lieux où Danny Boyle a osé filmer ont même été très peu montrés dans les films indiens. »Anil Kapoor a trouvé enrichissant de travailler sous la direction de Danny Boyle, en dehors de l’industrie du cinéma indien. « En l’observant, j’ai appris comment mener une équipe, maintenir un sentiment de cohésion qui pousse chacun à donner le meilleur de soi. Quand je me trompais, il s’expliquait calmement alors qu’en Inde on a plutôt tendance à réagir et à s’exprimer de manière excessive. Sans jamais perdre le contrôle, il me laissait une certaine liberté, écoutait mon instinct, mes idées, mon ressenti pour chaque scène et la plupart du temps, il était étonnamment d’accord avec moi – une situation rarissime avec des réalisateurs indiens. »


  • Sortie : 14 janvier 2009


    Date de la publication électronique : 26 octobre 2011
    Sources :

    Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé