L'Affaire Farewell   –  Christian Carion  –  2009

Fiche générale

Affiche
  • Genre : Thriller ; dramatique
  • Durée : 113 minutes
  • Producteur : Bertrand Faivre
    Philip Boëffard
  • Production : Nord-Ouest Films
    Le Bureau...
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Réalisateur : Christian Carion
  • Interprètes : Emir Kusturica (Grigoriev)
    Guillaume Canet (Pierre)
    Alexandra Maria Lara (Jessica)
    Ingeborga Dapkunaite (Natasha)
    Oleksii Gorbunov (Choukov)
    Dina Korzun (Alina)...
  • Scénario : Eric Raynaud
  • Adaptation : d'après le livre "Bonjour Farewell" de Sergei Kostine aux éditions Robert Laffont
  • Dialogues : Christian Caron
  • Producteur exécutif : Eve Machuel
  • Producteur délégué : Christophe Rossignon
  • Directeur de production : Stéphane Riga
  • Directeur de la photographie : Walther Vanden Ende (image)
  • Compositeur de la musique : Clint Mansell
  • Monteur : Andréa Sedlackova
  • Chef décorateur : Jean-Michel Simonet
  • Costumier : Corinne Jorry

Production

  • Producteur : Bertrand Faivre
    Philip Boëffard
  • Production : Nord-Ouest Films
    Le Bureau
    Pathé
    France 2 Cinéma
    Blackfeet Pictures
    Une Hirondelle Productions
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Producteur délégué : Christophe Rossignon
  • Producteur exécutif : Eve Machuel
  • Directeur de production : Stéphane Riga
  • Producteur associé : Romain Le Grand
    Léonard Glowinski
  • Avec la participation de : Canal+
    Cinécinéma
    France 2
  • Avec le soutien de : La Région Ile-de-France
  • En association avec : Cofinova 5
  • Développé avec le soutien du programme : Media de la Communauté Européenne
    Cofimage 18
    Soficapital

Fiche artistique

  • Réalisateur : Christian Carion
  • Scénario : Eric Raynaud
  • Adaptation : d'après le livre "Bonjour Farewell" de Sergei Kostine aux éditions Robert Laffont
  • Dialogues : Christian Caron
  • Scripte : Lydia Bigard
  • Interprètes : Emir Kusturica (Grigoriev)
    Guillaume Canet (Pierre)
    Alexandra Maria Lara (Jessica)
    Ingeborga Dapkunaite (Natasha)
    Oleksii Gorbunov (Choukov)
    Dina Korzun (Alina)
    Philippe Magnan (Mitterrand)
    Niels Arestrup (Vallier)
    Fred Ward (Reagan)
    David Soul (Hutton)
    Willem Dafoe (Feeney)
    Evgenie Kharlanov (Igor)
    Valentin Varetsky (Anatoly)

Fiche technique

  • Directeur de la photo : Walther Vanden Ende (image)
  • Compositeur de la musique : Clint Mansell
  • Ingénieur du son : Pierre Mertens
  • Monteur : Andréa Sedlackova
  • Chef décorateur : Jean-Michel Simonet
  • Costumier : Corinne Jorry
  • Maquilleur : Mabi Anzalone
  • Casting : Susie Figgis
    Gigi Akoka (casting France)
  • Photographe de plateau : Jean-Claude Lother
  • Régisseur : Thierry Cretagne
  • Assistant réalisateur : Thierry Verrier (1er assistant réalisateur)
  • Supervision post-production : Eric Duriez (directeur post-production)
    Julien Azoulay (directeur post-production)
  • Design sonore : Thomas Desjonquères
  • Mixage : Florent Lavallée

Résumé et notes

  • Genre : Thriller ; dramatique
  • Durée : 113 minutes

RÉSUMÉ

Moscou, au début des années 80, en pleine Guerre Froide.

Sergueï Grigoriev, colonel du KGB déçu du régime de son pays, décide de faire tomber le système. Il prend contact avec un jeune ingénieur français en poste à Moscou, Pierre Froment. Les informations extrêmement confidentielles qu’il lui remet ne tardent pas à intéresser les services secrets occidentaux.

Mitterrand lui-même est alerté et décide d’informer le président Reagan : un gigantesque réseau d’espionnage permet aux Soviétiques de tout connaître des recherches scientifiques, industrielles et militaires à l’Ouest ! Les deux hommes d’Etat décident d’exploiter ces données ultra sensibles transmises par une mystérieuse source moscovite que les Français ont baptisée : « Farewell ».

Homme sans histoires, Pierre Froment se retrouve alors précipité au cœur de l’une des affaires d’espionnage les plus stupéfiantes du XXème siècle. Une affaire qui le dépasse et qui menace bientôt sa vie et celle de sa famille…

D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

PREFACE PAR MARC FERRO (Directeur d’études à l’école des hautes études en sciences sociales – EHESS)

C’était au temps de la « Guerre Froide »…

En avril 1983, une petite bombe éclate dans la presse française : on apprend que François Mitterrand, président de la République, vient de faire expulser 47 officiers des renseignements soviétiques. L’affaire Farewell, l’une des plus stupéfiantes histoires d’espionnage de la Guerre Froide vient de trouver son épilogue. Elle va contribuer à changer les grands équilibres nés à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale. Au début des années 80, la Guerre Froide est entrée dans une nouvelle ère de glaciation qui rappelle les années 60 et la crise des missiles de Cuba. Aux États-Unis, l’élection de Reagan (en 1980) a ravivé l’animosité entre les deux superpuissances et l’Amérique ne se prive pas de démonstrations de force : son armée débarque à Grenade, île indépendante des Caraïbes, convaincue que celle-ci pourrait devenir un nouveau Cuba. En URSS, c’est le chef du KGB, Andropov, qui dirige les orientations stratégiques et prend le pas sur le vieux Brejnev, malade et affaibli. Partout en Occident, l’URSS est présentée comme une société dominée par le complexe militaro-industriel…En dévoilant aux Américains, lors d’un sommet du G7 au Canada, que Mitterrand a à sa disposition tous les secrets que le KGB a recueillis chez eux sur leur politique d’armements, il gagne dès 1981 la confiance du Président Reagan, tout en le convaincant que la présence de communistes à son gouvernement n’entrave en rien sa liberté politique ni sa fidélité envers ses amis américains.François Mitterrand doit toutes ces informations au don gracieux d’un transfuge soviétique, Vladimir Vetrov, dit Farewell. On y trouve la liste des agents dont dispose le KGB en France, aux Etats-Unis et dans d’autres pays de l’Ouest. Autre gain inestimable : la copie de toutes les informations que les Russes ont pu capter entre autres sur les nouvelles armes stratégiques en fabrication.Le choc ressenti par la CIA et par Reagan en apprenant ces fuites laisse bientôt place à un optimisme raisonné. Le fait qu’un lieutenant-colonel du KGB puisse trahir son pays témoigne des difficultés de l’URSS à protéger des informations confidentielles mais révèle également son incapacité à s’aligner sur la puissance militaire américaine. Bien décidé à donner le coup de grâce aux Soviétiques, Reagan va orchestrer un grand coup de bluff : ce sera le projet de “Guerre des étoiles” (ou Initiative de Défense Stratégique), par laquelle les Etats-Unis se rendraient invulnérables aux attaques des missiles nucléaires soviétiques. Si une telle réalisation est impossible, elle a pour Reagan le mérite de démontrer aux Russes que leur arsenal est obsolète.

  
                  

De « Farewell » au Mur de Berlin

L’affaire Farewell seule n’aurait pas suffi à abattre le régime soviétique : d’autres événements géopolitiques ont fragilisé en profondeur l’empire communiste.Les révoltes populaires de Berlin en 1953, de Budapest en 1956, et du Printemps de Prague en 1968 ont été réprimées dans le sang, mais l’esprit contestataire ne s’est jamais éteint au cœur des Démocraties Populaires. La fermeture des frontières de l’Allemagne de l’Est et la partition de Berlin ont causé d’énormes dommages au cœur de familles allemandes. Et plus récemment, la Pologne, où a émergé le syndicat libre “Solidarnosc” a fait la preuve d’une indépendance d’esprit inquiétante pour le Politburo. Coup de boutoir terrible asséné au régime, c’est Jean-Paul II, un pape polonais, qui est choisi pour régir la chrétienté ! Son premier voyage est bien entendu destiné à la Pologne, où il mobilise plusieurs milliers de catholiques fervents que le communisme n’a pas réussi à convaincre. En Russie même, au-delà des dissidents prolifiques et contestataires connus en Occident, tels que Soljenitsyne, Grigorenko, Boukovski, ou Zinoviev, un certain esprit de rébellion voit le jour. Les Russes perdent peu à peu les quelques illusions qui leurs restaient. Ils constatent que les mythes communistes du progrès et du bonheur, les Dieux qu’ils ont adorés, les ont tous mystifiés. La production ? Elle devait dépasser celle des Etats-Unis (selon les déclarations ambitieuses de Khrouchtchev en 1961) et lorsque les Russes vont faire leurs courses, tous les magasins sont vides.La grande famille des Républiques Sœurs, que la Russie devait former avec les Républiques populaires ? Si elle n’a pas encore éclaté, la révolte y couve déjà.L’armée surpuissante qui avait vaincu l’armée nazie en 44 ? Elle se décompose dans les montagnes de l’Afghanistan. La Russie des Soviets, autoproclamée première “République de l’Amour Humain” ? Son régime a produit le Goulag, puis envoyé des opposants dans les asiles psychiatriques. La Science, orgueil de l’État ? En 1986 à Tchernobyl, chacun, terrifié, a pu voir ses défaillances. “Tout est pourri”, avait dit Andropov à son disciple Gorbatchev, conscient de la fragilité du colosse aux pieds d’argile. “Il faut entièrement reconstruire le régime”. Quand il arrive au pouvoir, après l’intermède Tchernenko, Gorbatchev proclame tout de suite la “Glasnost” (la transparence). Sitôt après, il libère la parole. Les millions de “muets” se muent en millions de contestataires, de dissidents. Dans la clameur de cette perestroïka, nul n’entendit que l’un de ces dissidents, Vladimir Vetrov, alias Farewell, était mort, fusillé au Champ d’Honneur. Il est pourtant incontestable, aujourd’hui, que les informations qu’il avait fournies aux Occidentaux allaient contribuer lourdement, quelques années plus tard, à la chute du régime soviétique comme à celle du Mur de Berlin…

ENTRETIEN AVEC CHRISTIAN CARION, REALISATEUR

Comment avez-vous eu l’idée de consacrer un film à cette affaire d’espionnage méconnue du grand public ?

Le projet m’a été proposé par mon producteur Christophe Rossignon. Il avait acquis avec Bertrand Faivre les droits d’un scénario écrit par Eric Raynaud. Pour ma part, j’avais lu dans le premier volume du « Verbatim », de Jacques Attali, à quel point l’affaire Farewell avait été déterminante dans les rapports entre François Mitterrand et Ronald Reagan dès le début de leur mandat respectif. Le scénario original racontait essentiellement les péripéties de l’affaire à Moscou et au sein des services secrets. J’ai proposé à Christophe de reprendre ce travail suivant deux directions : respecter les langues des protagonistes en choisissant un casting international comme pour « Joyeux Noël », mon précédent film, et ramener la politique au cœur du projet, en étoffant le rôle des hommes d’Etat qui devenaient ainsi des personnages à part entière. Christophe en a immédiatement accepté le principe.

  
                  

Quel type de recherches avez-vous effectuées ?

J’ai commencé par tâcher d’oublier le scénario original, au demeurant très bien écrit ! J’avais besoin de m’approprier l’histoire. Eric avait enregistré des heures d’interviews avec les protagonistes de l’affaire à la DST que j’ai assimilées. J’ai lu le livre de Sergueï Kostine, « Bonjour Farewell », qui présentait notamment l’affaire du point de vue des Russes. Il existe en fait pas mal de «traces» de cette histoire dans la littérature ou l’audiovisuel. Comme l’a écrit Ronald Reagan «c’est l’une des plus importantes affaires d’espionnage du XXème siècle». Les spécialistes de la Guerre Froide estiment que trois événements ont porté un coup fatal au bloc soviétique qui s’essoufflait lentement depuis les années 70. Il y a d’abord la nomination, en 1978, du pape Jean Paul II, qui a mis la Pologne catholique en ébullition. Difficile d’imaginer la création de Solidarnosc à Gdansk, sans un pape polonais à Rome…La guerre d’Afghanistan, ensuite, fut un désastre pour Moscou, le Vietnam des Russes. C’était la première fois que l’Armée Rouge rentrait au pays, vaincue. Un mythe d’invulnérabilité s’effondrait dans l’esprit des Soviétiques…Enfin, Farewell, en révélant aux Occidentaux le mode d’emploi du KGB, a privé l’URSS de son arme absolue : le renseignement. Et a achevé de fragiliser le système.

  
                  

Quels protagonistes de l’affaire, ou témoins privilégiés, avez-vous rencontrés ?

Je n’ai pas cherché à rencontrer les gens des services secrets, notamment français. Ils s’étaient exprimés longuement dans les interviews dont je parle plus haut et j’ai pensé qu’il n’était pas dans leur nature de tenir des conférences de presse… J’ai rencontré plusieurs fois Jacques Attali, pour qu’il me parle de François Mitterrand et de Ronald Reagan. Et puis, il s’est passé une chose étrange. La nouvelle qu’un projet de cinéma se préparait sur l’affaire Farewell a commencé à circuler. Des gens m’ont alors approché pour me faire part de leurs témoignages sur cette histoire. A condition de respecter leur anonymat, ils m’ont confié leurs informations, leur vision de l’affaire. C’était passionnant.

  
                  

Après vous être imprégné des documents d’archives et des témoignages, avez-vous cherché à prendre vos distances avec ces éléments pour aller vers la fiction ?

J’avoue à un moment donné avoir été pris d’un certain vertige. Nombre de ces informations divergeaient. Il me semblait de plus en plus difficile de parvenir à une synthèse objective.Je me souviens d’un témoin me faisant remarquer, avec un sourire à peine dissimulé, que le corps de Farewell n’avait jamais été retrouvé. En effet, la famille ne dispose que d’un avis de décès du KGB…Dès lors, j’ai commencé à prendre mes distances avec les faits dont je n’étais pas en mesure de vérifier l’authenticité. En réalité, je pense que nous ne saurons jamais toute la vérité sur l’affaire Farewell, côté russe surtout. Après tout, il est normal qu’une histoire secrète ait sa part d’ombre.J’ai mis du temps à admettre que les faits me résistent, que l’histoire persiste à se dissimuler. Je sortais de « Joyeux Noël » où j’avais traqué la vérité. Je voulais être le plus juste possible sur les fraternisations ayant eu lieu entre camps ennemis en décembre 1914. Je voulais que les gens sachent tout ce qui avait été censuré à l’époque, notamment par les Français. Avec « L’Affaire Farewell », j’ai compris que ce serait différent. J’ai pensé à une des dernières phrases du film de Ford, « L’homme qui tua Liberty Valance » : quand James Stewart explique à un journaliste qu’il n’a pas tué Liberty Valance alors que tout un pays l’a cru, le rédacteur en chef du journal rétorque qu’entre la vérité et la légende, il préfère imprimer la légende…

  
                  

Justement, quel est le point de vue que vous avez voulu privilégier ?

Je me suis librement inspiré des faits connus ou supposés, sans trahir l’essentiel à mes yeux : la portée historique de cette affaire. Par exemple, le personnage de Farewell a, dans la réalité, tenté d’assassiner sa maîtresse et tué un milicien témoin de la scène. On ne connaît pas les raisons profondes de cette tentative d’assassinat. Cherchait-elle à le faire chanter ? Est-elle devenue trop envahissante dans sa vie d’homme marié ? A-t-il essayé de la supprimer pour se faire arrêter pour homicide et échapper ainsi à l’enquête Farewell menée par le KGB ?J’ai préféré ne traiter dans le scénario que la mort du milicien, et je l’ai filmée. Mais, au montage, cette scène n’a pas trouvé sa place. Elle brouillait la compréhension des faits et du personnage.Le cinéma objectif n’existe pas. Choisir un cadre, un plan plutôt qu’un autre, c’est proposer une vision, un point de vue. Dès lors, il n’y plus d’objectivité, et donc de vérité. Le point de vue, justement, j’en ai fait le principe de construction du film. Par exemple, j’avais lu que Reagan aimait beaucoup regarder des westerns après des séances de travail, pour prendre de la distance et méditer sur ce qu’il devait faire : j’ai choisi de montrer la scène célèbre du duel dans la nuit de « L’homme qui tua Liberty Valance », car le spectateur est placé d’abord du point de vue de James Stewart, puis depuis celui de John Wayne, ce qui change tout évidemment.Dans « L’Affaire Farewell », on ne cesse de traverser le miroir, de changer de côté, on est donc amené à comprendre des choses différentes. C’est le point de vue américain qui prend le dessus à la fin. D’abord sur le plan historique, avec la «guerre des étoiles», ensuite sur le plan individuel, avec le destin de Farewell.

  
                  

Dans quelle direction avez-vous travaillé les personnages ? Comment vous les êtes-vous appropriés ?

Tout d’abord, je n’ai gardé que les noms de Mitterrand et Reagan dans le scénario, une façon de prendre de la distance et de larguer les amarres. Je me suis efforcé de dénicher chez chaque personnage, y compris les présidents, la dimension humaine qui pouvait trouver un écho chez moi et le spectateur. Mais on ne s’approprie jamais un personnage… C’est même parfois l’inverse qui se produit !

  
                  

Les deux protagonistes doivent faire face à un dilemme : ils sont tous deux pris en étau entre leur «mission» et la loyauté envers leur femme…

Même s’ils prennent incontestablement des risques, ils ne sont pas des «héros» pour autant. Ils se trouvent embarqués dans une histoire qui les fascine et leur échappe aussi. Ils agissent de manière très égoïste d’ailleurs, vis-à-vis de leurs proches. Mais il me semble que c’est un travers assez répandu au sein de la gente masculine…

  
                  

Le personnage de Guillaume Canet est une sorte de «monsieur tout le monde» qui se prend au jeu de l’espionnage – un personnage auquel le spectateur s’identifie très facilement…

On sait de source sûre qu’au moins deux Français ont successivement pris contact avec Farewell à Moscou. L’un d’eux était effectivement ingénieur chez Thomson. J’ai centré le film sur cette seule personne car son amateurisme me plaisait beaucoup. Mais les services secrets s’appuient souvent sur des «civils», difficilement repérables, pour rendre de menus services… Il est monnaie courante que des journalistes renseignent la DST ou les RG. Ils obtiennent en contrepartie des scoops. Cette pratique existe toujours, bien entendu.

  
                  

Emir Kusturica campe un personnage romantique et fougueux, entièrement dévoué à sa cause. Comment avez-vous eu l’idée de sa passion pour la poésie et Léo Ferré ?'

Farewell avait été en poste à Paris à la fin des années 60 et il appréciait la culture française. J’ai imaginé qu’il aimerait un artiste tel que Léo Ferré. J’ai eu envie très tôt de voir danser le couple russe sur « La Mélancolie », une chanson sublime…Quant à la poésie, j’ai potassé le Lagarde et Michard de mon adolescence et j’ai redécouvert le poème : « La Mort du loup » d’Alfred de Vigny. Il m’a profondément ému et m’est apparu comme une évidence.Pour moi, Farewell est un homme terriblement seul. Un loup solitaire, pourrait- on dire. La «mission» qu’il s’est donnée lui permet de supporter cette solitude.

  
                  

Les deux protagonistes évoluent dans un monde de faux-semblants, de duplicité et de mensonges, alors qu’ils sont tous les deux sincères et droits, même s’ils mentent à leurs femmes …

Tout le monde ment, tout le monde est un peu lâche. Chacun patauge avec plus ou moins d’élégance entre ce qu’il devrait faire et ce qu’il est finalement capable de faire. Mais on se doit de respecter la sincérité. J’ai toujours eu le sentiment de me perdre lorsque je n’agissais pas avec sincérité. C’est peut-être la qualité qui me touche le plus chez les autres.

  
                  

Le cinéma français ne représente presque jamais des hommes politiques ayant existé, surtout lorsqu’ils sont encore présents dans la mémoire collective. Avez-vous hésité à représenter Mitterrand et Reagan ?

Je me suis engagé sur ce projet parce qu’il me permettait, justement, de filmer les deux présidents ! J’aime la politique. Je ne rate aucun scrutin, sauf cas de force majeure. J’admire le cinéma anglosaxon qui n’hésite pas à réaliser des films ancrés, sans faux-semblants, dans leur monde politique. Un film comme « Nixon » d’Oliver Stone, tourné du vivant de ce président, n’a aucun équivalent en France.J’ai aussi adoré « The Queen » de Stephen Frears car on avait vraiment l’impression d’être dans les coulisses du pouvoir britannique, en pleine tempête. C’est aussi après avoir revu ce film que j’ai vraiment décidé de chercher une certaine ressemblance dans la représentation de Mitterrand et Reagan à l’écran.

  
                  

Vous êtes-vous appuyé sur d’authentiques conversations entre Mitterrand et Reagan pour leurs échanges, à la fois au téléphone et pour la scène du G7 au Canada ?

Les deux présidents se sont appelés assez souvent. Mitterrand aimait cultiver un lien direct avec ses homologues en général. La discussion au sujet de l’avenir du Parti Communiste en France se déroula à Paris, entre Bush père, alors vice-président, et Mitterrand en juin 1981. Puis, c’est au sommet du G7 en juillet que Mitterrand donna les premiers éléments de Farewell à Reagan. J’ai rassemblé ces deux faits à Montebello dans un face-à-face entre les deux présidents, une sorte de duel.

  
                  

On est totalement plongé dans le contexte de l’époque. Comment avez-vous choisi et travaillé les décors ?

Le film se passe essentiellement à Moscou. Nous sommes donc allés en repérage là-bas, durant de longues semaines. Avec Jean-Michel Simonet, le chef décorateur, nous avons visité beaucoup d’appartements moscovites qui sont restés totalement dans l’esprit de l’ère Soviétique. On a pris énormément de photos des meubles, des tapisseries, des tapis, des cadres accrochés au mur etc.… On a réussi à se procurer d’authentiques papiers à tapisser de l’époque ainsi que pas mal de meubles «soviétiques». Je suis très pointilleux sur les décors, sur chacun de mes films.J’ai gardé en mémoire ce que m’a dit Michel Serrault avant de commencer « Une hirondelle a fait le printemps » : «Nous, les acteurs, nous avons besoin d’être bien dans les vêtements que nous portons et les décors que nous arpentons. Si tout ça sonne juste, alors le film le sera peut-être, lui aussi».

  
                  

Comment avez-vous travaillé les gammes de couleurs, dans les marron-orange pour Moscou et dans des tons un peu plus chauds pour Paris ?

On a récupéré beaucoup de photographies du quotidien des Russes à l’époque. Toutes nos idées occidentales d’un Moscou gris, terne, en noir et blanc, ont volé en éclat. Le fait est qu’il n’y avait pas de publicités, d’enseignes lumineuses dans la ville, bien sûr. Mais les gens ne s’habillaient pas de manière triste ! Ils portaient des vêtements manifestement bon marché, mais très colorés, osant parfois des couleurs assez hallucinantes.On s’est lavé la tête de notre gris clair, gris foncé et on a cherché à respecter l’époque soviétique, en se plaçant depuis leur point de vue, là aussi… Quant aux scènes occidentales, nous avons simplement filmé les lieux tels qu’ils étaient. Ce sont les vêtements et les coiffures qui signent l’époque.

  
                  

Le travail de reconstitution est extraordinaire. Où avez-vous tourné les scènes d’extérieurs ?

J’ai eu la chance de collaborer avec une équipe exceptionnelle. Ils avaient non seulement du talent mais aussi et surtout, un appétit énorme pour recréer ce monde disparu.On a tourné à Kiev et Kharkov en Ukraine pour la partie estivale, et à Helsinki et sur le cercle polaire en hiver. Nous n’avons pas tourné à Moscou pour es raisons compliquées que Christophe Rossignon, mon producteur, explique dans son interview. On a retrouvé dans les villes d’Ukraine notamment des quartiers, des places, qui sont vraiment restés dans l’esprit soviétique des années 80 ! C’était fascinant...

  
                  

On n’a jamais représenté le bureau ovale de la Maison Blanche dans un film français. Comment avez-vous procédé ?

On a trouvé un lieu très vaste, une usine désaffectée à Ivry-sur-Seine dans laquelle on a reconstruit le bureau ovale, grandeur nature, mais aussi les prisons du KGB et les intérieurs russes.

  
                  

Comment s’est passé le casting ?

J’ai vraiment écrit en pensant à Guillaume Canet, dès le début. J’avais très envie de refaire un film avec lui et je trouvais qu’il apporterait la nervosité et la fébrilité à ce personnage un peu perdu dans cette histoire.Quant à Emir, c’est la défection de l’acteur russe qui m’a amené à penser à une solution «non-russe». Susie Figgis, ma directrice de casting, m’a suggéré Emir et j’ai trouvé cette idée géniale…

  
                  

Et les deux comédiennes qui incarnent les épouses des protagonistes ?

Ingeborga Dapkunaïte avait, à mes yeux, illuminé « Soleil trompeur » de Nikita Mikhalkov. Sa sensualité, la subtilité de son jeu, m’avaient beaucoup touché. Nous nous sommes vus à Moscou : une rencontre et une évidence. Elle amène beaucoup de profondeur aux scènes qu’elle partage avec Emir. Les filmer dansant sur Léo Ferré fut un moment très fort sur le plateau. J’ai découvert Alexandra Maria Lara dans ce grand film allemand qu’est « La Chute ». J’ai eu envie qu’elle interprète la femme de Pierre Froment dans mon film car je sentais qu’elle pouvait apporter un regard angoissé sur cette histoire.

  
                  

Philippe Magnan et Fred Ward sont crédibles, sans jamais verser dans la caricature, si bien qu’on en oublie presque le vrai visage des deux présidents. Comment les avez-vous choisis et dirigés ?

J’ai toujours trouvé que Philippe Magnan avait quelque chose de Mitterrand dans son regard, son attitude aussi. J’ai néanmoins rencontré d’autres acteurs, une sorte de casting Mitterrand, et Philippe m’est apparu comme une évidence. Dès lors, avec Dominique Colladan, notre maquilleur, on a commencé à «travailler» le visage de Philippe pour l’approcher vers celui de Mitterrand. Magnan a regardé beaucoup de documents relatifs au Président et écouté aussi des enregistrements sonores, notamment les entretiens avec Marguerite Duras qui sont formidables ! Pour Fred Ward, qui avait été présélectionné par Susie Figgis, je suis allé le voir à Los Angeles car il ne voulait pas jouer Reagan. Il m’a expliqué que pour les Américains, ce Président était certes une sorte d’icône, un monument qui fut enterré très solennellement, en présence de tous les Présidents en vie réunis. Mais de sensibilité démocrate, Fred avait une réticence à interpréter ce personnage…On a parlé des heures durant et il a fini par accepter. J’étais fou de joie car je sentais qu’il serait formidable. Il a travaillé de son côté avec une coach, sur la voix et la démarche notamment. Lorsqu’il est arrivé à Paris, Dominique Colladan l’a légèrement «retouché» mais tout était déjà là…

  
                  

Quel travail avez-vous effectué sur la musique ?

Sur mes deux précédents films, j’ai travaillé avec Philippe Rombi qui a composé deux magnifiques partitions. Mais pour « L’Affaire Farewell », je voulais quelque chose de différent, notamment vis-à-vis des musiques diffusées dans le film : Simple Minds, Joe Jackson, Pink Floyd et Queen surtout.Je me suis tourné vers Clint Mansell, qui compose les musiques des films d’Aronofski, car sa culture pop-rock correspondait à ce que je cherchais. Je suis très admiratif de son travail car il a su, en un temps record, proposer une musique très personnelle qui apporte au film une ambiance, un parfum qui nourrit la bande-son sans la dévorer. La musique joue un rôle très important dans le film. Se côtoient des airs «soviétiques» avec des standards de la musique occidentale de l’époque. Il y a comme une rivalité sur la bande son…Je pense qu’une des raisons pour lesquelles le bloc soviétique a sombré est que la jeunesse soviétique voulait avoir accès aux loisirs occidentaux.La scène où Igor danse au milieu des fougères en écoutant « We will rock you » symbolise parfaitement ce qui va se produire : la digue va lâcher et la musique, le cinéma, le Coca-cola aussi, vont déferler sur les pays du Pacte de Varsovie… Aucun mur ne peut contenir cette envie-là. Aujourd’hui, c’est la Chine qui essaie de canaliser la déferlante interne.


  • Sortie : 23 septembre 2009


    Date de la publication électronique : 10 novembre 2011
    Sources :

    Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé