La Fille du puisatier  –  Daniel Auteuil  –  2011

Fiche générale

Affiche
  • Pays de production :France
  • Genre : Drame ; Romance
  • Durée : 107 minutes
  • Producteur :Alain Sarde
    Jérôme Seydoux
  • Production :A.S. Films
    Zack Films...
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Réalisateur :Daniel Auteuil
  • Interprètes : Daniel Auteuil (Le puisatier)
    Kad Merad (Félipe)
    Sabine Azema (Mme Mazel)
    Jean-Pierre Darroussin (Mazel)
    Nicolas Duvauchelle (Jacques)
    Astrid Bergès-Frisbey (Patricia)...
  • Adaptation :Daniel Auteuil d'après l'oeuvre de Marcel Pagnol
  • Directeur de production :Gérard Gaultier
  • Directeur de la photographie : Jean-François Robin (AFC)
  • Compositeur de la musique : Alexandre Desplat
  • Monteur : Joëlle Hache
  • Chef décorateur : Jean-Marc Pacaud
  • Costumier : Pierre-Yves Gayraud (créateur de costumes)
    Karine Charpentier (chef costumière)

Production

  • Pays de production :France
  • Producteur :Alain Sarde
    Jérôme Seydoux
  • Production :A.S. Films
    Zack Films
    Pathé
    TF1 Films Productions
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Directeur de production :Gérard Gaultier
  • Avec la participation de :Canal+
    Cinécinéma
  • En association avec :La Banque Postale Image 4
    Cofimage 22
    Unietoile 8
    Banque Populaire Image II
    Cinémage 5
  • Avec le soutien de :La Région Provence Alpes Côte d'Azur

 

Fiche artistique

  • Réalisateur :Daniel Auteuil
  • Adaptation :Daniel Auteuil d'après l'oeuvre de Marcel Pagnol
  • Scripte :Marie Leconte
  • Interprètes :Daniel Auteuil (Le puisatier)
    Kad Merad (Félipe)
    Sabine Azema (Mme Mazel)
    Jean-Pierre Darroussin (Mazel)
    Nicolas Duvauchelle (Jacques)
    Astrid Bergès-Frisbey (Patricia)
    Emilie Cazenave (Amanda)
    Marie-Anne Chazel (Nathalie)
    Coline Bosso (Isabelle)
    Chloé Malarde (Marie)
    Brune Coustellier (Léonore)
    Ilona Porte (Roberte)
    Jean-Louis Barcelona (Le commis)
    Patrick Bosso (La garçon)
    François-Eric Gendron (Le capitaine)
    Michèle Granier (La Bonne Mélanie)
    Gérard Montel (L'homme terrasse)
    Salvatore Caltabiano (Doublure puisatier)
    Zachary Auteuil (Amoretti)

Fiche technique

  • Directeur de la photo :Jean-François Robin (AFC)
  • Directeur artistique :Bernard Vezat
  • Compositeur de la musique :Alexandre Desplat
  • Ingénieur du son :Henri Morelle
    Jean Goudier
    Thomas Gauder
  • Monteur :Joëlle Hache
  • Chef décorateur :Jean-Marc Pacaud
  • Costumier :Pierre-Yves Gayraud (créateur de costumes)
    Karine Charpentier (chef costumière)
  • Maquilleur :Joël Lavau
  • Casting :Elodie Demey
  • Photographe de plateau :Luc Roux
  • Régisseur :François Menny
  • Chef machiniste :Gérard Buffard
  • Assistant réalisateur :Alain Olivieri-Afar (1er assistant mise en scène)
  • Cadreur :Berto
  • 1er assistant opérateur :Olivier Fortin
  • Chef coiffeur :Laurent Bozzi
  • Chef électricien :Olivier Rodriguez
  • Bruiteur :Pascal Chauvin

 

Résumé et notes

  • Genre : Drame ; Romance
  • Durée : 107 minutes

RÉSUMÉ

En coupant à travers champs pour aller porter le déjeuner à son père, Patricia rencontre Jacques. Elle a dix-huit ans, il en a vingt-six. Elle est jolie, avec des manières fines de demoiselle ; il est pilote de chasse et beau garçon. Un peu de clair de lune fera le reste à leur seconde rencontre. Il n’y aura pas de troisième rendez-vous : Jacques est envoyé au front.

Patricia attendra un enfant de cette rencontre. Les riches parents du garçon crieront au chantage, Patricia et son père, le puisatier, auront seuls la joie d’accueillir l’enfant. Une joie que les Mazel leur envieront bientôt et chercheront à partager, car Jacques est porté disparu…

D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

ENTRETIEN AVEC DANIEL AUTEUIL, REALISATEUR

Aviez-vous depuis longtemps l’envie de passer derrière la caméra ou est-ce le sujet qui vous a donné envie ?

C’est le sujet. En fait, je ne me sentais pas tout à fait concerné par la mise en scène, parce que la vie allait trop vite, qu’il y avait trop de rencontres, que j’étais trop gâté comme acteur… Et puis, dès que l’idée de « La Fille du puisatier » est arrivée et qu’il s’est agi d’envisager un metteur en scène, je n’ai pas hésité un centième de seconde pour dire que non seulement je voulais jouer le rôle mais que je voulais mettre le film en scène ! Il y a eu dans ma tête comme une espèce d’évidence et aussi de logique. Comme si l’un n’allait pas sans l’autre.


Est-ce vous qui avez eu l’idée d’adapter « La Fille du puisatier » ?

Non, c’est la famille Pagnol. Depuis « Jean de Florette », on était restés en contact. Il se trouve que parallèlement, nous évoquions avec Alain Sarde des rôles que je pourrais jouer, des projets qu’on pourrait monter. Je tournais pas mal autour des films que Marcel Pagnol a réalisés à partir des romans de Jean Giono parce que ce sont des histoires et des personnages qui me parlent, qui me touchent, mais c’est un peu compliqué pour des problèmes de droit. Et puis, un jour, la famille Pagnol a dit à Alain : «Et « La Fille du puisatier », ça n’intéresserait pas Daniel ? Il a l’âge aujourd’hui…» J’ai sauté sur l’idée immédiatement – le puisatier est l’un des plus beaux personnages de Pagnol – et lorsque Alain m’a dit : «Tu penses à qui comme metteur en scène ?», j’ai répondu «Moi !». Alain n’a pas toussé, il y a juste eu un blanc d’une seconde, puis il m’a dit «Pourquoi pas ?». Il m’a tout de suite fait confiance, comme si cela allait de soi. Puis il est allé voir Jérôme Seydoux, qui, lui aussi, m’a fait confiance.


Qu’est-ce qui vous touche dans cette histoire ?

Tout ! Avec Pagnol, on est dans le sentiment tout de suite. À chaque lecture, il vous cueille avec la même force. Là, au départ, il y a d’abord eu l’envie de me coltiner le texte, de jouer le rôle. Le désir de refaire entendre aujourd’hui ces mots-là, ces sentiments-là, comme s’ils étaient dits pour la première fois. D’autant que, en dehors de son titre, « La Fille du puisatier » n’est quand même pas l’œuvre de Pagnol la plus connue. Ensuite, ce qui me touchait le plus profondément, c’est que j’allais pouvoir m’accaparer totalement cette histoire, que j’allais pouvoir parler de gens qui m’étaient familiers, que je connaissais ou que j’avais connus, de sentiments et de valeurs qui me sont proches, qui ont fait de moi ce que je suis, et qui, parfois, sont presque tabous aujourd’hui. C’est ce qui fait toujours la force et la beauté du texte de Pagnol. C’est une magnifique histoire d’amour, de tendresse, de chagrin et de pardon…


Lorsqu’on voit le film – et c’est ce qui, d’une certaine manière, en magnifie l’émotion qu’il dégage – on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit sinon d’une dette en tout cas d’un hommage que vous rendez à la fois à Pagnol, à Ugolin, à Claude Berri, et également à vos parents…

C’est clair que le film est aussi adressé à mes parents, et au jeune homme que j’ai été, à la vie que j’ai pu avoir grâce à l’éducation que j’ai reçue. Il parle d’autrefois avec le regard d’aujourd’hui. C’est sûr, mes parents sont partout. Dans les images, dans les paysages, dans les airs d’opéra que chante Caruso et que chantait mon père, dans les personnages… Mme Mazel, c’est ma mère. Quand elle explique pourquoi elle n’a pas donné la lettre de Jacques à Patricia, elle dit : «Elles voulaient toutes me prendre mon fils.» C’est ma mère tout craché ! Ce qui est beau, d’ailleurs, c’est que, chez Pagnol, il n’y a pas de jugement… Rendre hommage à Pagnol bien sûr… Mais, pour le reste, je ne crois pas. « La Fille du puisatier » n’est pas du tout la même histoire que « Florette », les enjeux ne sont pas les mêmes, la Provence même n’est pas la même… C’est la mienne, celle où j’ai grandi, celle où j’ai vécu… En même temps, c’est vrai, ce film n’existerait sans doute pas si je n’avais pas fait « Jean de Florette », sans mes liens avec la famille Pagnol depuis, sans tout ce que le film de Claude Berri m’a apporté, la reconnaissance et la liberté de tracer ma route, mais je dirais qu’il est plus là en écho que comme référence.


Comment avez-vous travaillé à l’adaptation ?

J’ai revu le film, puis je suis parti du texte que Pagnol a écrit après la sortie du film à partir de la même histoire. C’était une chance puisqu’il y a dans ce texte de nombreuses indications supplémentaires, des scènes que Pagnol n’avait pas tournées dont je me suis servi. J’ai passé tout cela au tamis et n’ai récupéré que les pépites. Ce qui, chez Pagnol, est universel, ce qui fait que 70 ans après on est encore amusés et émus. Quelles que soient les époques, les sentiments sont toujours les mêmes, les amoureux sont toujours les mêmes, les parents sont toujours les mêmes, les riches et les pauvres aussi. J’ai beaucoup travaillé à partir du texte pour lui donner un rythme d’aujourd’hui ou plus exactement mon rythme à moi…


Qu’est-ce qui était le plus difficile dans l’écriture ?

C’était de sentir jusqu’où je pouvais aller, jusqu’où j’avais le droit de m’approprier cette histoire. Ça m’a pris plusieurs semaines avant d’oser, puis j’ai commencé à enlever des choses, doucement, puis à en enlever d’autres. Après j’ai commencé à en rajouter, à faire revivre la mère par exemple quand les filles écoutent une chanson en parlant d’elle… Et j’ai fini par me l’approprier complètement, tellement d’ailleurs que j’ai parfois le sentiment que ces personnages se sont échappés de la littérature pour devenir vivants.


Comment définiriez-vous le puisatier et qu’est-ce qui vous touche le plus chez lui ?

Ce qui me touche le plus, c’est le rapport quasi maternel qu’il entretient avec ses filles. C’est à la fois un père et une mère.


Vous aviez donc décidé de jouer le puisatier. Qu’est-ce qui vous a fait penser que Kad Merad était l’acteur idéal pour jouer Félipe Rambert, son ouvrier amoureux de sa fille ?

J’ai pensé très vite à Kad parce qu’il a cette faculté d’être tout de suite ce qu’on lui demande d’être et que, surtout, il peut être immédiatement identifiable comme un gentil. Ce qu’est fondamentalement Félipe : un garçon totalement incapable de faire du mal. Et puis je savais que Kad apporterait cette touche d’humanité et de drôlerie – et de force aussi – que je recherchais.


Dans le film de Pagnol, ces deux personnages étaient interprétés respectivement par Raimu et par Fernandel. N’est-on pas écrasé par de telles légendes lorsqu’on commence à penser à ce qu’on va faire des rôles ?

Bien sûr, on y pense mais on s’en libère très vite parce que c’est un autre projet, une autre époque et qu’on a des personnalités différentes. Et surtout, on se dit que ces rôles-là sont faits, comme les grands rôles du répertoire, pour être joués et rejoués. Que c’est trop dommage de s’en priver… De la même manière qu’on rejoue sans cesse Marivaux, Molière, Feydeau, Shakespeare… Pour moi, c’est exactement la même démarche que lorsque je joue Scapin.


Et pour le reste du casting, comment avez-vous procédé ?

J’ai cherché des gens que je connaissais ou que j’aimais, et qui paraîtraient tout de suite évidents dans leurs rôles. J’aime bien cette idée qu’on identifie tout de suite les personnages et ce qu’ils sont. Pour le jeune Mazel, j’ai pensé assez vite à Nicolas Duvauchelle. D’abord parce que c’est un magnifique acteur. Ensuite, parce qu’il est beau et qu’en même temps, il dégage quelque chose d’un peu rebelle, d’un peu dangereux. Immédiatement, il donnait à Jacques Mazel ce côté un peu voyou d’un fils de famille qui pense avec insolence que tout lui est permis.

Après, j’ai cherché ses parents et j’ai proposé les rôles à Sabine Azéma et Jean-Pierre Darroussin, à la fois pour leur potentiel comique et leur puissance d’émotion, ça me semblait évident. Pour la petite Patricia, cela a été un peu plus compliqué mais on a fait des castings. Et on a eu la chance de rencontrer Astrid Bergès-Frisbey. Elle a une grâce, une poésie, une manière d’élever les sentiments qui sont très rares… En plus, le couple qu’elle forme avec Nicolas est magnifique. Ces deux jeunes gens ensemble, c’est miraculeux. Un rôle qui était aussi un peu difficile à distribuer, c’est celui d’Amanda, la soeur de Patricia. Je ne voulais pas tomber dans les clichés et j’ai eu beaucoup de chance de découvrir lors d’une audition une jeune actrice avec autant de charme, de talent et de personnalité qu’Emilie Cazenave. Enfin, pour jouer ma soeur, j’ai pensé à Marie-Anne Chazel. Il y avait là encore une sorte d’évidence, ne serait-ce que par cette proximité que nous donnent notre âge, notre vécu, nos débuts…


Comment avez-vous appréhendé la mise en scène ?

J’ai d’abord fait un très long travail de préparation. Pendant de longs mois, j’ai cherché les décors, j’ai arpenté la Provence de mon enfance… Les Alpilles, Saint Rémy, Eygalières, où j’allais me promener avec mes parents. Très vite, j’ai demandé à Jean-François Robin d’être mon directeur de la photo. On se connaît depuis longtemps, depuis « Quelques jours avec moi » de Claude Sautet. Je savais qu’il serait un complice idéal. J’ai un peu composé mon équipe technique comme dans « Les 7 mercenaires », en choisissant des gens que, depuis le temps que je fais ce métier, j’ai eu le plaisir de côtoyer et avec lesquels j’avais envie de repasser du temps. Des gens avec qui je me sentirais en confiance et par qui je me sentirais épaulé pour fabriquer, tous ensemble, ce film que je voulais comme un bijou ! Que ce soit Pierre-Yves Gayraud pour les costumes, Bernard Vezat pour les décors, Joëlle Hache pour le montage… Avec Jean-François, on a beaucoup parlé, beaucoup discuté, visité beaucoup de décors avant de se poser le problème de la mise en scène pure. Comme si, pendant que je travaillais à l’adaptation du scénario, pendant que je préparais le film, je ne voulais pas anticiper ce passage à l’acte à l’image. Comme si c’était quelque chose qui, au fond, était encore tabou, voire interdit ! D’ailleurs, ce qui est amusant, c’est que, jusque-là, en tant qu’acteur, jamais, mais vraiment jamais, je ne m’étais posé la question : «Et moi, où est-ce que je mettrais la caméra ?» En fait, je crois simplement que je ne voulais pas fabriquer artificiellement les images. Je voulais que le sens de la caméra vienne du texte. C’est comme ça que j’ai préparé le film. Chaque plan est né des mots, de la situation, des émotions…


Concrètement, comment ça s’est passé ?

En fait, j’ai beaucoup travaillé en amont sur les décors avec Jean-François. On y est allés par toutes les saisons, par tous les temps. On partait avec Gérard Gaultier, le directeur de production, et mon fabuleux premier assistant, Alain Olivieri. Ils ont tous eu une patience d’ange avec moi, ils ont été extraordinaires. Quand ils me posaient des questions par rapport à la technique, la seule réponse que j’avais, en tout cas au début de nos repérages, c’était de leur jouer les scènes en inventant une caméra ! Car si, acteur, je ne m’étais jamais posé la question de où mettre la caméra, je sentais en revanche quand elle n’était pas bien placée sur moi. Procéder ainsi m’a permis de décanter les choses, de préciser mes envies, d’affiner le découpage qu’on n’a cessé de faire et de refaire. En arpentant les décors, je cherchais un mouvement, un rythme, j’avais une idée générale de ce que je voulais mais ça m’a permis de mieux la préciser. Je voulais quelque chose de fluide, je voulais du mouvement, mais je ne voulais pas d’effets, ni grue ni steady-cam… Je voulais à la fois le lyrisme et la simplicité, je ne voulais pas être empesé ni maniéré. Je savais aussi que la simplicité, c’est le plus dur à obtenir. On s’est ainsi fixé plein de challenges – et ça plaisait à l’équipe technique ! On a fait des kilomètres de travelling, on a décidé de filmer les amoureux toujours ensemble dans le même cadre – la vie allait les séparer, moi je ne voulais pas les séparer ! J’avais demandé à Berto, avec qui j’ai travaillé de nombreuses fois, de faire le cadre. D’habitude il est à l’épaule, pas là. Il est pour beaucoup dans la fluidité que je voulais… C’est quelqu’un avec qui je suis en confiance, je sais que je peux faire peu de prises et qu’il ne manquera rien de ce qu’il faut filmer. Tous ces savoirs, toutes ces expériences m’ont énormément apporté. Mais chaque fois que j’avais envie d’imaginer un plan, ou que j’avais un problème de mise en scène, je revenais au texte et c’est lui qui m’apportait toutes les réponses. La mise en scène est en effet portée par la force des sentiments.


Qu’avez-vous dit à Jean-François Robin pour définir la lumière que vous vouliez ?

Je lui ai dit : «Je voudrais quelque chose qui me rapproche le plus de la vie, je veux ressentir la lumière dehors et l’obscurité dedans, je veux voir la peau des acteurs, je veux pouvoir sentir l’actrice rosir et rougir…» Et il a fait tout ça ! Mon obsession sur ce film avec les techniciens comme avec les acteurs, c’était la vie. La vie, la vie, la vie ! Tout ce qui nous faisait sortir de la littérature et de la reconstitution… C’était ça notre challenge. Il fallait que la littérature soit un outil, pas un poids. Mes obsessions étaient liées à la vie, à la vérité, à la justesse des sentiments, à la nature…


Justement, la nature est présente de manière à la fois très vivante et très lyrique…

Là aussi, si j’avais fait venir des ventilateurs, ça n’aurait pas fait pareil ! Sur le film, il se trouve qu’on avait prévu quatre ou cinq semaines d’intérieurs, sauf qu’on a dû les faire au début du tournage, contrairement à ce qui était prévu, parce qu’il n’a pas arrêté de pleuvoir ! Un jour, on a eu terminé tous les intérieurs et il a bien fallu sortir. Heureusement, la pluie s’est arrêtée et comme il avait plu pendant cinq semaines, le vent s’est mis à souffler, mais comme il souffle dans le Midi ! C’était compliqué pour l’ingénieur du son, mais moi, je ne m’en rendais pas compte, j’étais poussé, j’étais porté, je trouvais que ce Mistral que le ciel nous envoyait était une bénédiction, je trouvais que les cheveux de l’actrice qui volaient au vent, c’était magnifique, je trouvais que l’image de ces roseaux en train de plier, de ces platanes centenaires en train de frémir, c’était magnifique… C’était important pour moi, ces roseaux et ces platanes au vent, c’était mon enfance, mon adolescence qui remontaient…


Vous êtes aussi toujours très près des personnages, et donc des acteurs…

Ah oui, j’y tenais. Je voulais être au plus près des sentiments et donc au plus près des acteurs parce qu’au fond, la seule chose que je connaissais bien dans le cinéma, c’étaient les acteurs. Même si, le premier jour, je me suis aperçu que je ne savais pas ce qu’on disait à un acteur car j’en ai moi-même tellement entendu. Et des choses tellement paralysantes ! En revanche, je sais qu’un acteur a toujours peur et qu’il faut le rassurer, le mettre en confiance. Une fois qu’il est rassuré et en confiance, il donne les plus belles choses. Ma préoccupation première était donc de me demander comment, malgré mon côté un peu impatient, un peu brusque, parce que pressé et pas tranquille, j’allais pouvoir prendre sur moi pour arriver à ça. Il m’a fallu passer à la réalisation pour découvrir, après tout ce temps, que travailler avec les acteurs, c’est à la fois beaucoup plus magique et beaucoup plus facile qu’on ne le pense. Enfin facile… Il faut être porté par une histoire. Et puis, je dois dire qu’il y avait sur ce film une énergie chaleureuse, une concentration naturelle, une forme de grâce… En tout cas, j’ai vu à quel point les acteurs étaient de vrais cadeaux et que les metteurs en scène avaient toutes les raisons d’être sympas avec eux et de leur être reconnaissants ! Cela a été un de mes grands plaisirs sur ce tournage.


Vous avez pour habitude d’entretenir des rapports assez proches avec vos réalisateurs. Sur ce film, lorsque vous jouiez, ne vous a-t-il pas manqué ce regard extérieur ?

Non, c’était Spartacus qui se retrouvait libre, c’était la révolte des esclaves ! Mon étonnement dans ce nouveau métier a été d’arriver à quelque chose que je pensais totalement impossible : l’abandon de soi-même. Je ne pensais pas qu’un jour, sur un plateau, l’acteur que je suis passerait à ce point pour moi au second plan. Quand c’était à moi de jouer, j’y allais, je faisais quelques prises et puis je revenais à la mise en scène. C’est comme si je n’avais pas de temps à perdre avec moi ! C’est la première fois que je m’intéressais si peu à moi. Tout d’un coup, j’ai découvert le plaisir de diriger les autres, de faire naître des plans et des images, de créer des rires et des émotions qui ne dépendaient pas que de moi. J’ai découvert aussi la fascination de filmer des visages, et certains paysages qui sont comme des visages… Je ne pensais pas qu’on pouvait prendre autant de plaisir, juste à filmer un visage…


Ce qui n’empêche que votre puisatier a une intensité, une vérité, une puissance d’émotion, un mélange de retenue et d’abandon qui en fait un de vos plus beaux personnages… C’est comme si l’on découvrait quelque chose de vous qu’on n’avait encore jamais vu…

Peut-être parce que, même si j’ai déjà joué des pères, c’est la première fois que la paternité est au cœur même du film… Peut-être aussi parce que ce rôle souligne un changement d’emploi, un passage d’un âge à un autre… J’étais tellement immergé dans l’histoire, que tout s’est fait presque inconsciemment. C’est d’ailleurs toujours à peu près comme ça que je travaille… Sauf que là, il y a eu plus, beaucoup plus, de maturation. En fait, c’est le temps qu’il faut sur les grands rôles. Ce qui est amusant, c’est que dans le plan de travail, on avait prévu de me laisser une semaine juste à la mise en scène pour pouvoir m’adapter et que je ne fasse l’acteur qu’ensuite. Mais la météo ne l’a pas voulu. On a été obligé de commencer par une scène d’intérieur où je jouais. Au fond, c’était mieux. Dés le premier plan du premier jour, j’ai attaqué, j’ai joué et j’ai mis en scène en même temps. Au moins, j’ai tout de suite été à fond dedans.


Y avait-il une scène particulière que vous appréhendiez pour vous en tant qu’acteur, ou pour les autres comédiens ?

Je les appréhendais toutes parce que… c’est moi qui les mettais en scène ! Ce que je peux dire aujourd’hui, c’est que rien n’était simple mais que tout a été facile… Si, ce qui a été un peu plus compliqué, mais côté mise en scène, ce sont les scènes à la rivière. C’est par elles qu’on devait commencer et… c’est par elles qu’on a fini ! Parce que la rivière était en crue et que, dans ma conception des plans, malgré mes repérages, je ne tenais pas compte que l’eau n’est pas un élément solide ! Et que je voulais, toujours pareil, être au plus près des acteurs et installer des travellings sur l’eau. C’était « Le Pont de la Rivière Kwai » !


Avez-vous ressenti pendant le tournage l’influence de certains des metteurs en scène avec lesquels vous avez travaillé ?

Au fond, je n’ai pas eu d’influence de mise en scène parce que, avec eux, j’étais avant tout acteur mais sur un plan amical, j’ai pensé bien sûr pendant le tournage à Claude Sautet, à Claude Berri, à Francis Girod… J’ai pensé que j’aurais aimé leur montrer mon film…


Qu’avez-vous dit à Alexandre Desplat qui a composé la musique ?

Que je voulais que la musique ne soit pas là juste pour accompagner les images mais pour qu’on l’écoute. La musique, pour moi, ce n’est pas un bruit de fond, c’est vraiment un acteur à part entière. Et c’était magique d’aller dans son studio pour écouter ses compositions qui portent si bien les sentiments du film.


Au bout du compte, qu’est-ce qui vous a le plus surpris en tant que metteur en scène ?

La force de l’obsession. Pendant deux ans, je peux dire que je n’ai pensé qu’à ça. Je dormais quatre heures par nuit, je me réveillais à 2h du matin et je refaisais une fois encore le découpage. C’est comme si cela avait libéré quelque chose en moi. Je ne me savais pas aussi têtu, aussi déterminé. Mais, bizarrement, peut-être parce que tout résonnait tellement en moi, tout m’était si familier, tout me ramenait à des choses si personnelles, à des gens que j’ai connus, à des sentiments que je connais, à des rapports que je connais, à des paysages que j’aime, j’ai rarement pensé tout au long de cette aventure que c’était un premier film. J’ai toujours eu le sentiment qu’il venait à la suite de ceux que j’avais faits comme acteur, qu’il s’inscrivait dans une suite logique, qu’il était leur prolongement…


  • Sortie : 20 avril 2011
Date de la publication électronique :23 novembre 2011
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé