Zarafa  –  Rémi Bezançon / Jean-Christophe Lie  –  2012

Fiche générale

Affiche
  • Genre : Animation
  • Durée : 78 minutes
  • Producteur :Valérie Schermann
    Christophe Jankovic
    Vivien Aslanian
  • Production :Prima Linea Productions
    Pathé Production...
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Réalisateur :Rémi Bezançon
    Jean-Christophe Lie
  • Interprètes : Simon Avec les voix de : Abkarian (Hassan)
    François-Xavier Demaison (Malaterre)
    Vernon Dobtcheff (le vieux sage)
    Roger Dumas (Charles X)
    Ronit Elkabetz (Bouboulina)
    Mohamed Fellag (Mahmoud)...
  • Scénario :Rémi Bezançon
    Alxender Abela
  • Adaptation :Rémi Bezançon
    Vanessa Portal d'après une idée originale de Abela, Alexandre (d'après une idée originale de...
  • Dialogues :Rémi Bezançon
    Alxender Abela
  • Directeur de production :François Bernard
  • Compositeur de la musique : Laurent Perez Del Mar
  • Monteur : Sophie Reine
  • Chef décorateur : Igor David

Production

  • Producteur :Valérie Schermann
    Christophe Jankovic
    Vivien Aslanian
  • Production :Prima Linea Productions
    Pathé Production
    France 3 Cinéma
    Chaocorp
    Scope Pictures
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Directeur de production :François Bernard

Fiche artistique

  • Réalisateur :Rémi Bezançon
    Jean-Christophe Lie
  • Scénario :Rémi Bezançon
    Alxender Abela
  • Adaptation :Rémi Bezançon
    Vanessa Portal d'après une idée originale de Abela, Alexandre (d'après une idée originale de
    Rémi Bezançon
    Jean-Claude) Jean
  • Dialogues :Rémi Bezançon
    Alxender Abela
  • Interprètes :Simon Avec les voix de : Abkarian (Hassan)
    François-Xavier Demaison (Malaterre)
    Vernon Dobtcheff (le vieux sage)
    Roger Dumas (Charles X)
    Ronit Elkabetz (Bouboulina)
    Mohamed Fellag (Mahmoud)
    Déborah François (Zarafa adulte)
    Thierry Fremont (Moreno)
    Philippe Morier-Genoud (Saint-Hilaire)
    Clara Quilichini (Soula)
    Max Renaudin (Maki)
    Mostefa Stiti (Le Pacha)

Fiche technique

  • Compositeur de la musique :Laurent Perez Del Mar
  • Monteur :Sophie Reine
  • Chef décorateur :Igor David
  • Monteur son :Sébastien Marquilly
  • Casting :Maya Serulla
    Soria Moufakkir (casting enfants)
  • Assistant réalisateur :Adeline Bonacchi
  • Création graphique :Jean-Christophe Lie
  • Storyboard :Jean-Christophe Lie
    Rémi Bezançon
  • Dévelopement, préparation et références d'animation :Bohlem Bouchiba
    Antoine Dartigue
    Laurent Kircher
    Eric Omond
  • Responsable d'animation :Yoshimichi Tamura
  • Responsable assistanat d'animation :Eric Omond
  • Responsable layout :Jean-Luc Serrano
  • Modèles couleurs d'animation :Emma Mc Cann
  • Responsable compositing :Jean-Pierre Bouchet
  • Mixeur :Fabien Devillers
  • Dessins du carnet de Malaterre :Julien De Man
  • Résumé et notes

    • Genre : Animation
    • Durée : 78 minutes

    RÉSUMÉ

    Sous un baobab, un vieil homme raconte aux enfants qui l’entourent une histoire : celle de l’amitié indéfectible entre Maki, un enfant de dix ans et Zarafa, une girafe orpheline, cadeau du Pacha d’Égypte au roi de France Charles X. Hassan, prince du désert, est chargé par le Pacha de conduire Zarafa jusqu’en France mais Maki, bien décidé à tout faire pour contrarier cette mission et ramener la girafe sur sa terre natale, va les suivre au péril de sa vie. Au cours de ce long périple qui les mènera du Soudan à Paris, en passant par Alexandrie, Marseille et les Alpes enneigées, ils vont vivre mille péripéties et croiser la route de l’aéronaute Malaterre, des étranges vaches Mounh et Sounh et de la pirate Bouboulina… D'après le synopsis publicitaire du film

    En savoir plus

    Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

    LA VERITABLE HISTOIRE DE ZARAFA

    Rappel des faits historiques En 1826, l’envoi d’une girafe de l’autre côté de la Méditerranée est suggéré par Bernardo Drovetti (un Piémontais qui représentait la France en tant que Consul à Alexandrie) au Pacha d’Égypte, Méhémet-Ali. L’idée ne venait pas de lui. Elle lui a été soufflée par l’un de ses serviteurs, un Nubien prénommé Hassan. L’animal ainsi offert à Charles X, roi de France, permettrait d’enrichir la ménagerie royale du Jardin des Plantes, nouvellement ouverte à Paris. Le Sultan a accueilli cette proposition avec joie, d’autant qu’il cherchait un moyen d’améliorer ses relations avec le royaume de France. Zarafa, une orpheline âgée de seulement deux ans, quitte le désert du Kordofan au Soudan. Elle est embarquée sur un navire sarde dont le pont a été spécialement adapté pour qu’elle puisse sortir sa tête et son cou, direction Marseille. À bord, trois vaches laitières font également partie du voyage, afin de la nourrir. Dès son arrivée dans le port français, l’animal fait sensation. Le préfet de la cité phocéenne l’accueille dans sa propriété où elle séjourne plusieurs mois. Au printemps suivant, Zarafa poursuit son périple jusqu’à Paris, mais par voie terrestre cette fois. Geoffroy Saint-Hilaire, alors responsable du Muséum National de France rattaché au Jardin des Plantes, accueille la girafe avant de la présenter officiellement à Charles X le 9 juillet 1827 au château de Saint-Cloud. Le roi est l’un des derniers à pouvoir admirer son cadeau puisque Zarafa n’est pas passée inaperçue en remontant la vallée du Rhône puis la Bourgogne avant d’entrer en Ile-de-France. Mais, selon les codes en vigueur à la cour, c’était à la girafe d’être conduite au roi et non à ce dernier d’aller à sa rencontre. Zarafa devient extrêmement populaire dans toute la France à partir de 1827. Une véritable «girafomania» s’installe. Il faut dire que cet animal si peu connu au début du XIXe siècle passait presque pour être légendaire. Avant de pouvoir l’admirer en vrai, on n’avait de la girafe que des représentations anciennes et approximatives. L’engouement pour Zarafa a duré plus de trois ans. L’animal a vécu dix-huit ans. Sa dépouille naturalisée est actuellement conservée au Muséum d’Histoire Naturelle de La Rochelle.

    L’UNIVERS DES REALISATEURS PAR REMI BEZANCON et JEAN-CHRISTOPHE LIE

    La Genèse du projet Rémi Bezançon : J’ai coécrit le scénario en 2001 avec Alexander Abela, un scénariste-réalisateur anglais. À l’époque j’ai volontairement mis le projet en sommeil parce que je n’avais pas encore réalisé de long métrage. Je ne me sentais pas prêt à me confronter à la mise en scène d’un film d’animation. J’ai tourné mon premier film, « Ma vie en l’air », trois ans après. J’ai ressorti le script en 2008. Je l’ai fait lire à Valérie Schermann, productrice chez Prima Linea Productions, qui a été emballée. Elle ne voulait pas que mon rôle se limite à celui de scénariste. Elle avait déjà en tête l’idée d’associer deux réalisateurs issus de deux univers différents : la prise de vue traditionnelle et l’animation. Comme je n’avais ni l’envie ni le temps d’endosser seul la réalisation de « Zarafa » compte tenu de la mise en œuvre de mon troisième long métrage, Valérie Schermann m’a fait rencontrer Jean-Christophe Lie, un réalisateur rompu à l’art de l’animation afin de mener le projet à deux. Son arrivée m’a rassuré. Entre temps j’avais retravaillé le scénario en collaboration avec Jean-François Halin (scénariste des deux OSS 117 signés Michel Hazanavicius) et Vanessa Portal (scénariste d’ « Un heureux événement »). Il a rajouté des touches d’humour et m’a persuadé qu’Hassan ne pouvait pas tuer la maman de Zarafa contrairement à ce que j’avais écrit dans la première version car ce geste serait inoubliable et impardonnable pour le spectateur. Jean-Christophe Lie : Je suis arrivé bien plus tard que Rémi sur le projet. Je finissais de réaliser mon premier court métrage d’animation (« L’Homme à la Gordini », sélectionné en compétition au 62e Festival de Cannes et doublement primé à celui d’Annecy en 2010) lorsque Valérie Schermann et Christophe Jankovic m’ont proposé de lire le scénario de « Zarafa ». J’ai tout de suite accroché. J’y ai vu une sorte de road-movie graphique. La traversée du désert rappelle « Lawrence D’Arabie ». Toutes les images étaient claires dans ma tête. Après avoir rencontré Rémi, j’ai été franchement rassuré par son expérience en tant que réalisateur. Et puis le projet était original. Tout partait d’un scénario papier inédit. Que demander de mieux pour une première réalisation ! Autre point important qui m’a séduit dans l’histoire, c’est que Rémi ne voulait pas faire parler les animaux dans le film. Le parti pris c’était que seule Zarafa aurait une voix intérieure à la fin mais on ne lui ferait pas bouger les lèvres, pour renforcer la texture onirique du conte. L’Histoire d’une girafe : du papier à l’écran Rémi Bezançon : Je voulais proposer un conte pour enfants sans mièvrerie d’après la véritable histoire de Zarafa tout en m’éloignant de la réalité historique. Cette girafe est restée quarante cinq jours en quarantaine à Marseille. À l’écran, son voyage jusqu’en France aurait été un peu répétitif et monotone si on s’était limité à cette partie du récit car les protagonistes ne faisaient que marcher. Avec mon co-scénariste on a renforcé l’intrigue pour la rendre plus épique. D’où le voyage en montgolfière. Nos prises de liberté par rapport aux faits historiques passaient sans problème si on transformait l’histoire en conte. Du coup, on a intégré l’idée d’un conteur qui raconte l’histoire à des enfants dans un village africain. On m’a dit que si j’avais su comment on fait un film d’animation jamais je n’aurais écrit cette histoire-là ! Mais c’est justement ce qui la rend singulière. Jean-Christophe Lie : La première fois que je l’ai rencontré, Rémi m’a dit : «On fait ce film en scope ou on ne le fait pas». Il voulait des grands espaces et j’étais tout à fait d’accord. On allait pouvoir définir des cadres de western avec de grands paysages. Puis je me suis dit : «Une girafe en scope ! Mais comment on va s’en sortir à la verticale ?». C’était compliqué vu sa taille. Peut-on la cadrer facilement en présence des autres personnages ? Comment faire bouger toutes les taches de son corps ? Finalement sa locomotion s’est avérée très intéressante à animer. On rejoint l’idée de la grâce absolue avec son côté longiligne et ses déplacements. Les Messages du film Rémi Bezançon : Je voulais montrer que la liberté est la chose la plus importante dans la vie. Des gens se battent encore pour l’obtenir. L’esclavagisme moderne a même défrayé la chronique il n’y a pas si longtemps en France. Le film aborde également des thèmes comme l’amitié, la recherche du père et la promesse donnée mais sans aucun aspect moralisateur. Pour autant, je ne m’interdis pas d’être mordant vis-à-vis de la cour de Charles X. La critique de l’abus de pouvoir est évidente. Au-delà de ça, j’ai glissé des éléments un petit peu plus «pédagogiques» pour les enfants. J’adorerais par exemple, qu’en sortant du film, ils demandent à leurs parents ce qu’est le bouddhisme. À un moment donné tous les enfants prennent frontalement conscience de la vie et de la mort et ces notions ne sont pas toujours faciles à expliquer. Le film permettra peut-être d’entamer le dialogue ouvertement. Mais « Zarafa » n’est pas un cours d’histoire ou de religion ! Certains thèmes sont abordés par petites touches. Jean-Christophe Lie : On est sous la Restauration. La «girafomania» qui s’empare de la France est surprenante, voire absurde. De même, on évoque la question de l’esclavagisme. Ces deux points échapperont sans doute au jeune public qui, lui, s’intéressera plus à l’enfermement de Zarafa au Jardin des Plantes. Par ailleurs, on a souhaité montrer le Paris de l’époque sous son vrai jour : sale, pluvieux et gris. Par conséquent, j’ai choisi de renforcer la matière dans les décors et de rendre le trait charbonneux. Le Storyboard Rémi Bezançon : Jean-Christophe et moi avons commencé notre boulot de réalisateurs en juillet 2009. Le premier jour a été consacré au story-board. Ça nous a pris six mois. Cette période m’a paru très longue même si Jean-Christophe m’a dit que c’était relativement court. Je me suis rendu compte que, pour un film d’animation, tout se passe à ce moment-là à la différence des longs métrages traditionnels. D’habitude le story-board d’un film me demande deux mois. Quand on décide de faire un champ et contrechamp, on les dessine tout simplement. Pour un film d’animation outre la décision d’effectuer ce même champ-contrechamp, on doit aussi imaginer l’acting définitif de tous les personnages. Il est impossible de changer après. On ne peut pas tourner une prise puis une autre et ensuite monter. Le storyboard correspond au film tel qu’il sera monté. C’est très précis. C’est plus qu’un outil de réflexion : c’est la construction du film en entier. Toute la mise en scène est dedans. Techniquement, à partir du scénario, je dessinais les personnages comme des patates et Jean-Christophe revoyait mes idées de plans. Le story-board a été complètement réalisé à quatre mains. En le faisant, on s’est rendu compte que le film reposait énormément sur la relation entre Hassan et Maki, le petit esclave. Pourtant, ce n’était pas si évident à la lecture du scénario. Jean-Christophe Lie : À l’étape du story-board on s’est aperçu que plus on avançait dans le film, plus il y avait de personnages. On part du Soudan, on est à Alexandrie assiégée par les Turcs, on traverse la Méditerranée en ballon, on arrive à Marseille, on remonte jusqu’à Paris. J’ai appris à couper pour arriver à quelque chose de plus condensé mais ce n’était pas facile, surtout qu’il s’agissait de mon premier long métrage. Il fallait tailler dedans, mais où ? C’était un obstacle au départ puis c’est devenu un moteur. Pour des raisons de délais, deux story-boarders nous ont prêté main forte pour les scènes d’action : Laurent Kircher et Bolhem Bouchiba. Ils ont aussi participé au développement graphique de certains personnages, les pirates notamment. J’aurais adoré pouvoir les faire si nous n’avions pas eu de contraintes de temps. Quand on est réalisateur, on n’a malheureusement pas beaucoup le temps d’animer ! La colorisation du story-board a également été fondamentale pour se faire une idée de ce qui allait se passer avant de se lancer dans la création des décors. Pour les scènes de désert par exemple, on a tout de suite décrété qu’il n’y aurait pas de nuages pour donner une sensation de vide. Le minimalisme était de rigueur. Le Choix de la 2D traditionnelle Rémi Bezançon : Travailler en 2D traditionnelle était une réelle envie. Je n’ai jamais souhaité passer ensuite le film en 3D. De toute façon, Jean-Christophe ne dessine qu’en 2D ! J’ai tout de suite voulu faire un conte qui ressemble à un livre dont on tourne les pages. Il était important d’en éprouver la sensation. Jean-Christophe Lie : A priori, je n’ai rien contre la 3D mais je ne crois pas que j’en ferai un jour. À travers ce projet, on a réussi à captiver des animateurs 3D qui avaient besoin de se dégourdir les doigts avec de la 2D, de revenir aux sources. « Zarafa » prouve que la 2D n’est pas morte. J’ai vraiment senti le soutien de toute une équipe derrière nous. Le Style visuel Rémi Bezançon : En termes d’esthétique générale, on voulait une première partie qui se passe en Afrique, sur la Méditerranée puis à Marseille, donc très colorée, très ensoleillée, avec des couleurs vives, un ciel bleu. Pour la seconde partie, l’arrivée à Paris, on souhaitait une tonalité beaucoup plus sombre, plombée, dure et sans ombre ; qui rappelle les descriptions de Victor Hugo ou de Dickens au XIXe siècle et qui soit en accord avec le propos du film : une girafe enfermée dans un zoo. On souhaitait que les personnages de la cour de Charles X soient très colorés, limite criards et que le peuple derrière soit dans des tons beaucoup plus neutres. Du côté des personnages, on retrouve la patte de Jean-Christophe. Il y a une petite influence Chomet avec lequel il a travaillé et un côté Miyazaki pour tout ce qui touche aux enfants. Le roi Charles X pourrait figurer dans un film de Sylvain Chomet car il est plus dans la caricature alors que Maki ou Hassan sont plus empreints de l’univers d’Hayao Miyazaki. Jean-Christophe Lie : Je n’envisageais pas de raconter cette histoire, qui mêle humour et drame, autrement que de manière réaliste. Mes influences personnelles (il a aussi travaillé pour les anciens studios Disney de Montreuil) me poussent à dessiner de la sorte. Mais j’étais conscient qu’il est difficile de traiter le réalisme en animation. J’ai voulu donner une image sauvage et rebelle à Maki en lui dessinant des cheveux hirsutes. Mais c’est difficile de garder ces détails à l’étape de l’animation. Pour autant, certains personnages sont traités de façon plus caricaturale. C’est le cas de Charles X, qui passe pour un roi peu intelligent, et de sa Cour. On a créé un effet de miroir burlesque entre eux et la girafe enfermée derrière ses grilles, afin de se demander qui sont les animaux dans les scènes parisiennes du film. À l’époque, on trouvait aussi des caricatures réalistes de Gustave Daumier dans les journaux. Les Recherches historiques Rémi Bezançon : La «girafomania» n’est pas une légende. On ne l’a pas inventée. Elle a pris une ampleur folle au moment de l’arrivée de Zarafa en France. D’ailleurs ce terme a vraiment existé. On s’en est amusé à l’écran. On a inventé des chaussures à talons très mode avec les pattes de la girafe, une robe, un vélo en girafe ! J’adore jouer avec la réalité et l’imaginaire. Je procède de la même manière dans tous mes films. Toutefois, il faut quand même se replonger dans le contexte de l’époque et envisager l’étonnement du public qui a vu débarquer cette girafe sur notre sol. Jusque-là, personne en France n’avait vu de girafe, un animal complètement extraordinaire, très grand, avec ce long cou et ces couleurs très vives. Lors de son arrivée, Zarafa a fait la une des magazines ! Dans le film, on ne traite pas ce côté monstrueux car c’est encore un bébé. Elle est très mignonne et le reste lorsqu’elle grandit. Jean-Christophe Lie : Outre nos recherches sur internet, un historien, Philippe Mellot, nous a régulièrement apporté de la documentation car il existe assez peu d’images et d’archives sur les villes d’Alexandrie et Paris en 1825. La photographie n’a commencé qu’au milieu du XIXe siècle. Du coup, on s’est inspiré de dessins et de gravures que l’on doit notamment aux peintres orientalistes de l’époque Romantique comme Delacroix. J’ai aussi porté un intérêt particulier au trait de Toulouse- Lautrec que j’adore, même s’il n’est pas de cette époque. Vers 1820-1830, il semblait exister une «exotico-mania». Le process s’était produit en Angleterre et le transfert d’un éléphant du Portugal jusqu’en Autriche avait même eu lieu avant. En France, la «girafomania» nous a beaucoup amusés. Dans le film on se moque un peu de l’aspect mi-beau mi-monstrueux de cet animal pour les gens de l’époque. Il ressemblait à une espèce de dinosaure, avec quand même une forme de douceur et de grâce que n’avaient ni le rhinocéros ni l’éléphant. Le Travail en duo Rémi Bezançon : J’ai voulu raconter cette histoire à l’image de celles que je raconte habituellement dans le cinéma traditionnel d’où je viens. J’ai gardé tout naturellement ma manière de mettre en scène pour ce dessin animé. Mais comme nous sommes deux à réaliser, Jean- Christophe a aussi apporté sa patte, une autre couleur. Cette originalité-là a enrichi le film. Elle était un des souhaits premiers de Valérie Schermann quand elle a voulu produire le film. Avec Jean-Christophe, on a toujours été d’accord sur tous les points, depuis le premier jour du story-board jusqu’à la fin. On avait le même film en tête alors qu’on vient d’univers vraiment différents. Un autre point nous rassemble : on est tous les deux perfectionnistes donc tant que le film n’était pas fini on bossait dessus. Jusqu’au bout on n’a rien lâché. Après deux mois de story-board il m’a fait une révélation : il déteste qu’on le regarde dessiner ! Jean-Christophe Lie : Les contraintes de tournage du troisième film de Rémi nous ont forcés d’emblée à travailler assez vite. En fait, on a un peu brûlé les étapes du process d’animation. Normalement, avant de s’attaquer au story-board, on aurait dû faire un développement des lieux, des croquis de création de personnages mais tout s’est fait en même temps. Et on s’en est bien sortis. L’un comme l’autre, on se retrouvait souvent dans nos envies de cadres. Il est parfois arrivé que je trouve certaines de ses idées trop frontales mais Rémi me faisait très justement remarquer que j’avais choisi des options identiques dans mon court métrage. Il est très difficile en 2D de représenter de façon volumétrique des visages réalistes de face et je craignais que ça ne suive pas derrière, étant donné le nombre d’animateurs que nécessite le long métrage. Ça ne nous a pas empêché de faire ce film entièrement à quatre mains. C’est moi qui ai effectué le travail de recherche des personnages. Je les ai créés et fait évoluer au fur et à mesure du storyboard. Cela est assez rare. Pendant ce temps, Rémi définissait certains cadres, créait les magnifiques ellipses, réfléchissait au placement de gros plans, recherchait de la documentation. Les Voix des personnages Rémi Bezançon : Mon choix s’est davantage porté sur des comédiens de théâtre, avec des timbres impressionnants, que sur des acteurs de cinéma : Simon Abkarian, Thierry Frémont, Roger Dumas, Mohamed Fellag et Philippe Morier-Genoud. Le personnage d’Hassan vient du désert et la question était de savoir s’il avait ou non un accent. Simon Abkarian lui a donné une petite musique arabisante. C’est pareil pour Bouboulina, la pirate grecque qui a réellement existé, jouée par l’actrice israélienne Ronit Elkabetz ; elle a beaucoup inspiré le personnage graphiquement, mais en plus elle a un accent indéfinissable qui donne une personnalité immédiate au personnage. Autre interrogation pour Maki : fallait-il prendre un petit Africain ? On a préféré un comédien avec une voix européenne classique. On n’a montré aucun dessin aux acteurs avant l’enregistrement des voix. Ils se sont seulement basés sur le scénario. Je les ai dirigés comme sur un film traditionnel. Le travail est exactement le même sauf qu’ils sont seuls devant un micro, sans costume ni maquillage et sans le stress du plateau. Jean-Christophe Lie : Nous avons enregistré les voix des personnages à l’américaine, c’est-à-dire avant de commencer l’animation. Cette méthode a beaucoup influencé les traits de caractère de chacun d’entre eux. Pour Moreno, le méchant du film, on a eu des difficultés à les définir correctement au début. On est tombé dans des archétypes de méchant classique avec les sourcils pointus à la Lee Van Cleef. Finalement, en réécoutant et en voyant l’enregistrement de Thierry Frémont, on l’a envisagé différemment. C’est un méchant qui n’a pas une tête de méchant. Hassan lui aussi est ambigu dans sa psychologie. Dès le début il a une mission : accompagner Zarafa jusqu’à Paris. Ensuite il devient un traître aux yeux de Maki, il lui ment. Mais à la fin il devient un père pour lui. Il est le gentil, le héros de l’histoire, alors qu’il a des traits durs qui pourraient le faire passer pour un méchant. Le timbre de voix de Simon Abkarian joue beaucoup en ce sens. Les Défis à relever Rémi Bezançon : La vraie différence entre le cinéma traditionnel et les films d’animation, c’est le rapport aux acteurs. Quand on réalise un dessin animé, aucun comédien ne joue, les voix sont enregistrées après la création du storyboard : c’est à nous de décider des mouvements, des déplacements et des intentions des personnages sur le papier. On doit se mettre dans leur peau. Lorsqu’on dessinait le story-board on se levait souvent, on mimait des gestes, on jouait carrément. De la même manière, les animateurs ont toujours un petit miroir quand ils dessinent. Jean-Christophe Lie : Comme il s’agissait de mon premier long métrage d’animation, ma première envie a été de faire quelque chose de moins ambitieux que le film tel qu’il est aujourd’hui. Mais très vite, et de manière tout à fait naturelle, l’idée d’un style d’animation novateur s’est imposée. Les premiers animateurs qui ont rejoint le projet (Bolhem Bouchiba et Laurent Kircher notamment) étaient des cadors de l’animation. Ils ont commencé à me proposer des choses fabuleuses et ça a été l’engrenage. Par la suite, tous les animateurs ont eu envie d’en faire autant. La Musique Rémi Bezançon : Il y a deux couleurs musicales dans le film. Comme c’est un périple, les nappes évoluent au fur et à mesure de l’avancée des personnages. Le travail a été le même que pour la lumière. Pour la partie parisienne, on avait vraiment envie d’une musique de chambre comme à l’époque qui mélange clavecin et alto. Pour la première partie, à Alexandrie, le compositeur a appris à jouer de plein d’instruments africains, égyptiens, grecs. La tonalité est beaucoup plus symphonique. Jean-Christophe Lie : Suite aux premières recherches couleurs que j’ai effectuées, en me basant sur un style réaliste et d’après la narration de l’histoire, la référence première a été « Lawrence D’Arabie ». Ensuite, l’idée était que la musique soutienne le genre du film, à savoir un road-movie d’aventure pour enfants. Pour ce qui est de la partie africaine, on ne voulait pas d’une couleur trop world music ou trop ethnique.


    • Sortie : 08/02/2012
    Date de la publication électronique :16 January 2012
    Sources :

    Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé