La Dame de fer  –  Phyllida Lloyd  –  2012

Fiche générale

Affiche
  • Titre original : The Iron Lady
  • Genre : Biographique ; Drame
  • Durée : 104 minutes
  • Producteur :Damian Jones
    Anita Overland (coproducteur)
    Colleen Woodcock (coproducteur)
  • Production :Pathé
    Film4...
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Réalisateur :Phyllida Lloyd
  • Interprètes : Meryl Streep (Margaret Thatcher)
    Jim Broadbent (Denis Thatcher)
    Susan Brown (June)
    Alice Da Cunha (L'employée)
    Phoebe Waller-Bridge (Susie)
    Iain Glen (Alfred Roberts)...
  • Scénario :Abi Morgan
  • Producteur exécutif :Cameron McCracken
    Tessa Ross
    Adam Kulick
  • Directeur de production :Sarah Wheale
  • Directeur de la photographie : Elliot Davis
  • Compositeur de la musique : Thomas Newman
  • Monteur : Justine Wright
  • Chef décorateur : Simon Elliott
  • Costumier : Consolata Boyle
    Marion Weise (supervision des costumes)

Production

  • Titre original : The Iron Lady
  • Producteur :Damian Jones
    Anita Overland (coproducteur)
    Colleen Woodcock (coproducteur)
  • Production :Pathé
    Film4
    UK Film Council
    DJ Films
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Producteur exécutif :Cameron McCracken
    Tessa Ross
    Adam Kulick
  • Directeur de production :Sarah Wheale
  • Avec la participation de :Canal+
    Ciné+
  • En association avec :Goldcrest Film Production LLP

Fiche artistique

  • Réalisateur :Phyllida Lloyd
  • Scénario :Abi Morgan
  • Scripte :Sue Hills (supervision du scripte)
  • Interprètes :Meryl Streep (Margaret Thatcher)
    Jim Broadbent (Denis Thatcher)
    Susan Brown (June)
    Alice Da Cunha (L'employée)
    Phoebe Waller-Bridge (Susie)
    Iain Glen (Alfred Roberts)
    Alexandra Roach (Margaret Thatcher jeune)
    Victoria Bewick (Muriel Roberts)
    Emma Dewhurst (beatrice Roberts)
    Olivia Colman (Carol Thatcher)
    Harry Lloyd (Denis Thatcher jeune)
    Amanada Root (Amanda)
    Clifford Rose (James R)
    Michael Cochrane (William)
    Jeremy Clyde (James T)
    Michael Simkins (Peter)
    Nicholas Farrell (Airey Neave)
    John Sessions (Edward Heath)
    Anthony Head (Geoffrey Howe)
    Richard Syms (Orateur Chambre des communes)
    David Westhead (Shadow Minister)
    Julian Wadham (Francis Pym)
    Richard E Grant (Michael Heseltime)
    Angus Wright (John Nott)
    Roger Allam (Gordon Reece)
    Michael Pennington (Michael Foot)
    Angela Curran (Crawfie)
    Michael Maloney (Médecin)
    Pip Torrens (Ian Gilmour)
    Nick Duning (Jim Prior)

Fiche technique

  • Photographie :Elliot Davis
  • Compositeur de la musique :Thomas Newman
  • Directeur musical :Ian Neil (supervision musicale)
  • Ingénieur du son :Danny Hambrook (ingénieur du son plateau)
  • Effets spéciaux :Neal Champion (superviseur effets spéciaux)
  • Monteur :Justine Wright
  • Chef décorateur :Simon Elliott
  • Costumier :Consolata Boyle
    Marion Weise (supervision des costumes)
  • Monteur son :Nigel Stone (supervisuer montage son)
  • Chorégraphie :Kim Brandstrup
  • Maquilleur :Marese Langman (création des maquillages et des costumes)
    J. Roy Helland (maquillages et coiffures Mme Streep)
  • Casting :Nina Gold (distribution des rôles)
  • Régisseur :Camilla Stephenson
  • Chef machiniste :Rupert Lloyd Parry
  • Assistant réalisateur :Guy Heeley (1er assistant réalisateur)
  • Conseiller artistique :Bill Crutcher (superviseur artistique)
  • Supervision post-production :Michael Solinger
  • Conception prothèses :Mark Coulier
  • Consultant :John Campbell
  • Ensemblière :Annie Gilhooly
  • Electricien :Mark Clayton
  • Responsable construction :Dan Crandon
  • Coordinateur des cascades :Julian Spencer
    Tony Lucken
  • Directeur de la photo 2ème équipe / cadreur :Martin Kenzie
  • Mixeur son :Tim Cavagin
    Craig Irving
    Nigel Stone
  • Réenregistré chez :Twickenham Film Studios
  • Effets visuels par :BlueBolt VFX
  • Documentaliste :Peter Scott
  • Musique enregistrée et miwée chez :Abbey Road Studios
  • Chef d'orchestre :Thomas Newman
  • Résumé et notes

    • Genre : Biographique ; Drame
    • Durée : 104 minutes

    RÉSUMÉ

    Margaret Thatcher, première et unique femme Premier ministre du Royaume-Uni (de 1979 à 1990), autrefois capable de diriger le royaume d’une main de fer, vit désormais paisiblement sa retraite imposée à Londres. Agée de plus de 80 ans, elle est rattrapée par les souvenirs. De l’épicerie familiale à l’arrivée au 10 Downing Street, de succès en échecs politiques, de sacrifices consentis en trahisons subies, elle a exercé le pouvoir avec le soutien constant de son mari Denis aujourd’hui disparu, et a réussi à se faire respecter en abolissant toutes les barrières liées à son sexe et à son rang.

    Entre passé et présent, ce parcours intime est un nouveau combat pour cette femme aussi bien adulée que détestée.

    D'après le synopsis publicitaire du film

    En savoir plus

    Prix et distinctions : Golden Globes 2012 : Meilleure actrice ; New York Film Critics Circle 2011 : Meilleure actrice ; Oscar meilleure atrice ( Meryl Streep) ; BAFTA de la meilleure actrice (Meryl Streep) ; Oscar du meilleur maquillage

    Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

    RENCONTRE AVEC PHYLLIDA LLOYD, REALISATRICE

    Comment le projet de « La Dame de fer » est-il né ?

    Le projet a démarré il y a deux ans, lorsque Abi Morgan et Pathé m’ont envoyé le scénario. Margaret Thatcher est la femme la plus influente que le Royaume-Uni ait connu depuis la fascinante Elizabeth Tudor. J’étais ravie de constater qu’il ne s’agissait pas d’un biopic conventionnel. Les films biographiques sont souvent difficiles à réaliser car il faut parvenir à prendre de la distance vis-à-vis d’une chronologie d’événements. Mais le scénario a brillamment évité cet écueil, notamment concernant le personnage de Margaret âgée. Abi lui a inventé un présent tout droit tiré de son imagination.

    
    

    Comment le film s’inscrit-il dans le présent ?

    Le film se déroule sur quelques jours durant lesquels Margaret décide de se séparer des vêtements de son époux Denis. Pour elle, il s’agit d’un moment important. Elle se met à trier ses affaires et les souvenirs l’assaillent. C’est un film qui traite de l’acceptation et de la résignation.

    
    

    Margaret Thatcher est perçue comme une politicienne qui divise. Comment avez-vous traité cet aspect ?

    J’ai immédiatement compris qu’il ne s’agissait pas d’un film politique mais plutôt d’une histoire presque shakespearienne, le destin d’une dirigeante aussi extraordinaire qu’imparfaite. C’est un film sur le pouvoir et la perte du pouvoir. Que se passe-t-il lorsqu’une vie trépidante entièrement consacrée au travail arrive à son terme ? Le récit est universel, il reflète nos vies, même si, dans celle de Margaret Thatcher, tout est plus grand, plus épique. Que nous arrive-t-il à la fin de nos carrières, comment affronter l’âge et le handicap ? Aucun d’entre nous n’a eu la vie publique ni le statut de Margaret Thatcher, mais nous sommes tous capables de comprendre ce que peuvent représenter les relations de travail, la famille, de même que les notions de renoncement, de deuil et de soutien.

    
    

    Pensez-vous que le film surprendra le public par sa façon d’aborder la politique ?

    Je pense que les gens seront surpris de constater combien ce film est apolitique. Ce n’est pas notre propos. Nous sommes-nous un jour demandé si nous approuvions la politique du roi Lear ? Dans « La Dame de fer », le spectateur mesure la force des convictions de Margaret Thatcher et la férocité de son intransigeance, mais il n’est jamais amené à porter un jugement politique.

    
    

    La masse d’informations disponibles à propos de Margaret Thatcher est énorme. Comment avez-vous effectué vos choix ?

    Beaucoup de choses ont été écrites sur Margaret Thatcher, les films et photos abondent. Nous avons rencontré un certain nombre de ses anciens collaborateurs dans le monde politique et la haute administration. Nous avons réuni une somme d’informations, d’opinions et de faits. Abi a choisi de mettre l’accent sur les événements qui ont le plus marqué sa carrière politique. Ses jeunes années sont une lutte pour le pouvoir, qu’elle finit par conquérir contre toute attente. Contrairement à ses homologues masculins, elle n’a pas été éduquée dans l’espoir de devenir un jour Premier ministre, ce qui en fait une personnalité unique. Ses collaborateurs ont cru en elle et l’ont persuadée de relever le défi quand la place est devenue vacante. Après des hauts et des bas, elle finit par s’installer au célèbre 10 Downing Street. Immédiatement controversée, elle résiste aux critiques et conserve le contrôle du Parti conservateur qui craignait que le rythme des réformes ne soit trop soutenu. À cette époque, elle se trouve seule en première ligne. Plus loin dans le film, on la retrouve à nouveau dans une position délicate au moment de la guerre des Malouines. Mais cet épisode va la propulser en un éclair au rang d’héroïne nationale et la faire accéder à la postérité. Trahie, selon elle, par ses collaborateurs, elle finira par quitter ses fonctions. Ce film est une biographie à part car toute l’histoire est narrée de son point de vue. Le public ne sait pas si ce qu’elle dit est précisément la vérité. Il s’agit de sa version des choses. On ne perçoit les événements politiques qu’à travers ses yeux.

    
    

    La nécessité d’être précise et factuelle n’a-t-elle pas entravé votre créativité ?

    Nous avons traité chaque détail de la vie politique avec beaucoup de soin et les événements fictifs sont toujours insérés sciemment, dans le but de clarifier l’histoire. Mais il est évident que ce film est d’abord le fruit du travail et de l’imagination d’Abi.

    
    

    Vos recherches pour mener à bien ce projet ont-elles modifié votre perception de Margaret Thatcher ?

    On ne peut pas rester insensible à l’isolement qu’elle a connu au sein de son propre parti et face aux rudes combats qu’elle a menés, à commencer par sa prise de pouvoir chez les conservateurs, parmi tous ces gens issus de milieux privilégiés. L’un de ses collègues nous a confié que son appartenance à la classe moyenne populaire l’avait probablement davantage desservie que le fait qu’elle soit une femme. Sa solitude est l’un des aspects les plus touchants du scénario d’Abi. C’est une femme seule dans un univers d’hommes. Le poste de Premier ministre étant lui-même extrêmement solitaire, il n’a fait que renforcer ce sentiment.

    L’un des aspects les plus émouvants de sa personnalité est sans doute son manque total de cynisme. Cette particularité la distingue clairement des hommes politiques actuels, qui participent à des groupes de discussion et qui s’intéressent aux sondages. Avant une interview, elle n’aurait jamais posé une question du type : «Quelle est notre position sur ce sujet ?» Elle savait ce en quoi elle croyait et c’était suffisant.

    
    

    Comment Meryl Streep a-t-elle rejoint le projet ?

    Je tenais absolument à travailler à nouveau avec Meryl. Pourtant, lorsque les producteurs de Pathé ont suggéré Meryl pour incarner Margaret Thatcher, j’ai marqué un temps de réflexion. Je me suis dit que tourner un film sur Margaret Thatcher était déjà une provocation, mais que recruter Meryl Streep pourrait en être une autre… Comment les britanniques réagiraient-ils ? Je suis sortie de la pièce, j’ai pris trois grandes inspirations et je suis revenue optimiste. Je savais qu’il nous fallait une actrice de légende pour incarner la légendaire Margaret Thatcher.

    Quelques mois après, j’ai écrit à Meryl pour lui demander de lire notre scénario finalisé et je me suis rendue à New York pour en discuter avec elle. Le défi était gigantesque. Nous avons même sérieusement songé à la possibilité d’engager trois actrices pour incarner Margaret à chaque étape de sa vie car le film se déroule sur une période d’environ quarante ans. Mais Meryl était touchée par la fin de carrière de Margaret Thatcher et elle tenait à incarner jusqu’au bout cette femme arrivée à l’heure du bilan d’une vie entière.

    Dans le film, lorsque Margaret Thatcher regarde son passé, elle se demande si son action, qui lui a valu les foudres d’une génération, a vraiment permis de changer les choses et servira aux générations futures. Selon elle, une révolution sociale a nécessairement un coût et peut faire des victimes mais elle espère qu’un jour, le peuple reconnaîtra son action. Bien sûr, elle se demande si elle sera oubliée. Je suis persuadée que quiconque a essayé de changer le cours des choses en passe par là. Elle se demande si tout partira en poussière et si, au fond,l’Histoire n’est pas qu’un éternel recommencement.

    
    

    Qu’avez-vous pensé des premiers pas de Meryl Streep dans la peau de Margaret Thatcher ?

    À la veille de Noël l’an dernier j’ai reçu un message de Meryl qui disait : «Voici un premier essai de Maggie». J’ai branché mes écouteurs, j’en ai donné un à mon frère et nous sommes restés bouche bée. Nous savions qu’il s’agissait de Meryl mais nous entendions Margaret Thatcher ! À ce moment, j’ai commencé à réaliser la puissance de ce que nous nous apprêtions à entreprendre. Ensuite, nous avons procédé aux essais caméra. Lorsque Meryl s’est présentée maquillée et habillée en Margaret Thatcher âgée, les gens qui attendaient leur audition assis dans le couloir n’en sont pas revenus. Sur le plateau, l’un des acteurs a dit un jour : «Fermez les yeux : Margaret Thatcher est dans la pièce !». Un autre lui a répondu : «Garde-les ouverts, elle est vraiment dans la pièce !». On avait réellement l’impression de l’avoir avec nous. Meryl apporte beaucoup d’empathie et d’humanité au personnage, et un soin du détail incroyablement poussé. Qu’elle soit grimée en Margaret jeune ou vieille, elle est tellement dans le personnage que lorsqu’on la croisait en plateau, on en avait chaque fois le souffle coupé. Meryl possède toute les qualités pour le rôle : c’est une vraie meneuse, elle a plus d’énergie que toute l’équipe réunie, elle ne baisse jamais les bras, elle est toujours la mieux préparée, elle remarque tout, elle est ambitieuse et ne cesse jamais de s’investir.

    
    

    Comment s’est-elle préparée au rôle ?

    Meryl est allée au-delà de la simple imitation. Elle s’est totalement imaginée et glissée dans la peau d’une vieille dame. Sa préparation nécessitait trois longues heures durant lesquelles elle restait assise à la façon d’un bouddha. Margaret ne la quittait jamais vraiment. Ce projet comptait certainement parmi les plus intimidants de sa carrière. Accepter ce rôle 100 % britannique représentait un véritable défi et il y avait un vrai risque. Le premier jour de tournage a été assez éprouvant. En Angleterre, j’étais chez moi et je connaissais la plupart des acteurs présents, et pourtant mon cœur battait la chamade. J’imagine ce que Meryl a dû ressentir en arrivant sur le décor de la Chambre des communes au milieu de 350 hommes qui la dévisageaient… Mais elle s’est rapidement mise toute l’assistance dans la poche. C’était incroyable. Quand elle est sortie, on aurait pu entendre une mouche voler. À la reprise après le déjeuner, tous les participants sur les bancs du Parti travailliste la huaient. Elle avait réussi à s’imposer dans la peau du personnage.

    
    

    D’après vous, comment le public réagira-t-il à une telle interprétation ?

    Je crois qu’il sera impressionné par la performance de Meryl, car il ne s’agissait pas uniquement de jouer Margaret jeune et vieille. Il fallait l’incarner avant qu’elle ne devienne Madame Thatcher, la femme publique, avant qu’elle ne rencontre Gordon Reece. À cette époque, sa voix n’était pas encore travaillée et sa coiffure n’était pas si étudiée. Il fallait également représenter la Margaret Thatcher du présent, sur laquelle Meryl n’avait que peu d’éléments. La prestation de Meryl Streep est d’autant plus impressionnante qu’elle n’est pas britannique. Elle pouvait se sentir aussi isolée que Margaret Thatcher l’était parfois au sein de son propre parti. Comme beaucoup d’autres, ces deux femmes ont dû travailler très dur pour réussir à survivre dans leur milieu. Elles ont dû se préparer dix fois mieux que n’importe lequel de leurs homologues masculins. On ne leur aurait probablement pas pardonné les mêmes erreurs. Dans son travail sur l’accent et dans sa préparation globale, Meryl a dû s’investir avec autant d’énergie et de minutie que Margaret Thatcher en son temps. La chef d’État avait elle-même dû travailler sa voix, sa diction et son intonation. On sent cette tension présente chez Meryl et Margaret. Je crois que si nous avions choisi une actrice anglaise, même excellente, nous n’aurions sans doute pas eu cette même tension entre Mme Thatcher et son cabinet.

    
    

    Que dire de la prestation d’Anthony Head dans le rôle de Geoffrey Howe ?

    J’ai toujours admiré le travail d’acteur d’Anthony Head et je trouve que physiquement, il possède quelque chose de M. Howe, sans doute dans la couleur des cheveux et dans la forme du visage. Il est également très discret, patient, modeste, avec une pointe de timidité et de méfiance. Je pense que, dans la scène où Margaret Thatcher dépasse les bornes en lui passant le savon qui le conduit à démissionner, le public prendra sa défense pour la façon dont il est traité. Cette scène marque l’un des moments clés du film. On sent qu’inconsciemment, Margaret Thatcher est en train de provoquer sa propre chute, comme si elle savait qu’elle avait déjà perdu le contrôle de la situation. Pour les acteurs, la tension était extraordinaire. Avant la scène, tous appréhendaient ce qui allait se passer. L’un des hommes assis à côté d’elle m’a confié après coup qu’il avait été terrifié. Là encore, cela reflète parfaitement le sentiment que pouvaient éprouver les collaborateurs de Mrs Thatcher. La dame de fer exigeait beaucoup de précision et de préparation.

    
    

    Les hommes politiques ont été très curieux de savoir qui les représenterait à l’écran et de quelle façon. Selon Richard E. Grant, son rôle était relativement facile à aborder car le film entier se déroule du point de vue de Margaret.

    Ce film est atypique parce qu’il ne compte qu’une femme : tout est perçu à travers les yeux de Margaret Thatcher. Bien sûr, nous savons qu’il existait un petit nombre de femmes à la Chambre, mais elle avait l’impression d’être la seule. Elle se sentait comme cernée par un océan d’hommes. Dès sa première intervention au Parlement, elle est consciente que tout le monde l’attend au tournant et une part d’elle craint de perdre le contrôle du groupe. Dans une scène où elle se rend à Buckingham Palace, elle est prise à partie par certains collaborateurs de son cabinet qui attendent plus de souplesse et de prudence dans sa façon de mener sa politique. Dans cette séquence, Michael Heseltine arpente la pièce avec fureur, et on sent qu’elle le considère comme dangereux. En revoyant cette scène des années plus tard, elle se souvient que dès ses premiers pas en politique, des prédateurs guettaient la moindre de ses défaillances. Bien sûr, c’est notre imagination qui nous a permis d’illustrer ces rapports. Les choses ne se sont pas précisément déroulées telles qu’elles apparaissent dans le film.

    
    

    Avez-vous visité la Chambre des communes avant de la recréer en plateau ?

    Oui, trois fois avant le tournage. Deux fois en visite privée afin d’observer la Chambre vide, et une fois accompagnée de Meryl lors de la séance de questions au Premier ministre. C’est une coutume politique très différente de tout ce qui existe aux Etats-Unis, une formidable pièce de théâtre. Je tenais absolument à ce que notre plateau de la Chambre des communes soit parfait. Nous avons fait beaucoup d’efforts pour que tout soit reconstitué dans le moindre détail et pour faciliter les mouvements de caméra. Il fallait recréer cette atmosphère de ring de boxe, cette fosse aux lions. C’est l’une des choses dont je suis le plus fière. Le chef décorateur Simon Elliott a accompli un travail extraordinaire. Des membres du gouvernement sont même venus nous aider à façonner les attitudes des Partis travailliste et conservateur. Quand ils sont entrés, ces quatre parlementaires se sont placés au milieu du décor et ils ont dit : «Nous sommes arrivés au bureau !»

    
    

    Les scènes de la conférence de Brighton et de la Chambre des communes avec ses 300 figurants ont exigé un fantastique niveau de détail. Chaque participant est en costume, avec des rouflaquettes, des lunettes… Autant de détails qui varient en fonction des périodes.

    Le travail accompli par Consolata Boyle, J. Roy Helland et Marese Langan sur les costumes et le maquillage est remarquable. Si ces séances de groupes ont pu être mises en place avec autant de succès, c’est aussi parce qu’elles sont d’authentiques moments de théâtre. À chaque fois, une personne seule sort de son banc et affronte la foule de représentants. L’atmosphère de la Chambre des communes est extraordinaire. J’ai vu certains hommes au bord des larmes lors du discours où Meryl annonce la fin de la guerre des Malouines.

    
    

    « La Dame de fer » nous emmène dans un voyage temporel fascinant au sein de la Chambre des communes. D’abord conspuée, nous assistons à un tournant crucial de la carrière de cette femme d’État qui sort renforcée de la guerre des Malouines.

    Nous la voyons débuter aux côtés d’Airey Neave, son mentor, qui l’accueille en plaisantant : «Bienvenue chez les fous !». Trente ans plus tard, on la retrouve assise seule dans la Chambre, songeant à démissionner – une chose qu’elle n’a peut-être jamais faite dans la réalité, mais qui aurait été possible. C’est l’un des moments les plus intenses du film. Elle se souvient de toutes ces années, de ces voix, de ces fantômes qui la hantent et de ces colères qui se sont déchaînées à son encontre.

    
    

    Quelles ont été les principales contraintes techniques de ce tournage ?

    Le chef opérateur, Elliot Davis, m’a aidée à raconter cette histoire du point de vue de Margaret Thatcher. Mais il n’était pas question de se borner à filmer son champ de vision. La difficulté était double : il fallait trouver le moyen de créer une proximité avec elle et de percevoir les événements de son point de vue. Visuellement, je voulais que le présent soit très différent du passé. Le chef décorateur Simon Elliott et moi-même nous sommes inspirés des œuvres du peintre danois Hammershoi. Elles représentent souvent des femmes à l’intérieur de pièces vides. Les couleurs du monde dans lequel évolue Margaret aujourd’hui sont passées, pâles et monochromes. Dans cet univers, les seules touches colorées proviennent des vêtements de ses éventuels visiteurs. Elles sont comme de petits rayons de soleil auxquels elle se raccroche. Mais en général, c’est un monde d’immobilisme et de silence. On entend très peu de bruits extérieurs jusqu’à la fin du film. Un contraste total avec sa vie active trépidante et saturée de couleurs. On retrouve ses célèbres robes bleues et le rouge, blanc, bleu de l’Union Jack, le drapeau du Royaume-Uni. Le jeu des caméras reflète également cet état d’esprit. Je ne voulais pas présenter la vie politique de façon trop guindée et intellectuelle, mais un peu plus «rock’n’roll». Son quotidien devait être aussi excitant que celui d’un astronaute, d’une star du rock ou d’un grand athlète. Je voulais imprimer une énergie qui tranche singulièrement avec son futur. Ainsi, lorsque vous la retrouvez assise dans son fauteuil chez elle à Chester Square, attendant d’aller chez le médecin ou lisant après le souper, vous ressentez cette absence, ce vide.

    Notre chef costumière, Consolata Boyle, ne voulait pas simplement «copier» les vêtements des différentes époques. Elle est parvenue à imprimer une poésie dans l’évolution des styles vestimentaires. La jeune Margaret resplendit en soie bleue. On la voit porter cette teinte à l’opéra avec Denis, et lorsqu’elle dîne à la Dartford Conservative Association. Progressivement, ce bleu pâle devient plus foncé aux côtés de Gordon Reece et d’Airey Neave, jusqu’à devenir bleu roi au moment où elle prend la tête du Parti conservateur. Durant la guerre des Malouines, elle évolue dans un univers de violets et de costumes en tweed. Brusquement, elle apparaît vêtue d’une robe rouge à son cabinet face à Geoffrey Howe. C’est comme un pressentiment, vous sentez que les choses tournent mal. Quand elle quitte le 10 Downing Street dans cette tenue rouge au son de la «Casta Diva» de Bellini, elle semble être devenue l’héroïne d’un opéra tragique.

    
    

    L’utilisation d’images d’archives vous permet d’accroître la tension dramatique de certaines scènes. Aviez-vous dès le départ envisagé l’emploi d’images authentiques ?

    On dit qu’un film se fait en trois temps : écriture, tournage et montage. Le scénario exposait très bien l’histoire, mais nous sentions tous que nous trouverions la structure définitive du film au moment du montage. Cependant, nous n’étions pas encore fixés sur la façon d’intégrer les images d’archives. La monteuse Justine Wright et moi-même ne savions pas encore quelle quantité d’images intégrer, ni comment, car la plupart des scènes que j’avais filmées et story-boardées avaient leur propre réalité intensifiée, romancée. Je ne souhaitais pas filmer l’histoire à la manière brute des images d’archives – images tremblées et caméras portées. Les jeunes à qui nous avons montré le film et qui n’ont pas connu cette période ont été abasourdis par ces images d’archives, en particulier par les émeutes sociales, sorte d’écho à ce qui s’est récemment passé en Angleterre. Les images d’archives apportent une réelle énergie au film et elles permettent de mettre en relief les moments de vie privée que nous passons aux côtés de Margaret Thatcher.

    
    

    Le côté romanesque de ce film risque de surprendre.

    C’est ce qui fait toute l’universalité de l’histoire. Comment résister à la perte de l’être aimé ? À la fin du film, Denis rappelle à Margaret tout ce qu’elle a accompli seule dans sa vie. Elle est effrayée à l’idée de le perdre mais il la rassure en lui disant qu’elle sait qui elle est et que tout ira bien. Elle le laisse donc partir et se persuade qu’elle parviendra à continuer sans lui. C’est une histoire d’amour à laquelle nous pouvons tous nous identifier. Vous perdez un être cher et vous vous dites : «Lui ai-je accordé assez d’attention ? N’ai-je pas été négligente ?». Mais il est trop tard à présent et c’est certainement l’aspect le plus poignant du film.

    
    

    Jim Broadbent a su allier l’humour à une grande performance d’acteur…

    Denis est le personnage auquel les spectateurs se réfèreront sans doute le plus facilement. Il est le seul à mener une vie relativement ordinaire et on s’imagine à sa place dans les coulisses de ces événements d’ampleur. Jim possède beaucoup de cœur, d’humour et de compassion. Il a aussi l’esprit très taquin. L’humour de Denis était réputé détendre Margaret et l’aider à garder les pieds sur terre. Lorsque ses nerfs étaient mis à l’épreuve, Denis arrivait avec un gin et une plaisanterie pour lui éviter de céder au stress. Jim a compris cela instinctivement et ses rapports avec Meryl ont été immédiatement tendres et amicaux.

    
    

    La relation que Margaret Thatcher entretient avec sa fille Carol, jouée par Olivia Colman, est elle aussi extraordinaire.

    Si cette histoire était celle du «Roi Lear», alors Olivia deviendrait Cordelia. Elle campe son personnage avec beaucoup d’humanité et de compassion. Elle est la seule à être toujours présente pour sa mère. On devine les tensions qui existent entre elles mais on sent aussi beaucoup d’amour. Les rapports auxquels on assiste parleront forcément à chacun d’entre nous. Parfois, quand un enfant s’éloigne de sa famille et que l’autre reste, celui qui reste peut se sentir frustré de ne pas susciter autant d’intérêt que l’absent.

    
    

    Les jeunes acteurs qui interprètent Margaret et Denis Thatcher jeunes sont formidables.

    Il était crucial qu’Alexandra et Harry séduisent le public afin que les gens croient en eux et au fait qu’ils soient les personnages publics que l’on connaît, jeunes. Harry Lloyd est aussi chaleureux que loufoque, ce qui rejoignait parfaitement le Denis Thatcher «adulte» interprété par Jim Broadbent. La scène de demande en mariage a permis à Alexandra Roach de poser les fondations du film. Elle prévient Denis qu’elle ne sera pas l’épouse modèle des années cinquante dont il rêve peut-être. Elle est submergée par l’émotion quand il lui avoue que c’est précisément la raison de son attirance pour elle. C’est un homme atypique, qui accepte une vie particulière avec une femme hors norme.

    
    

    La presse a ridiculisé Denis en le qualifiant de «premiser époux» du pays mais il était vraiment volontaire pour rester en retrait.

    Denis est devenu un personnage national non seulement moqué mais aussi aimé. Le bimensuel Private Eye l’a consacré dans l’imaginaire collectif en le caricaturant régulièrement, même s’il était sans doute un homme très différent dans la réalité. Denis était un homme remarquable qui n’a jamais commis d’écart. La presse respectait son attitude face à son rôle difficile.

    
    

    Qu’espérez-vous voir le public retenir de ce film ?

    J’espère que ceux qui ne connaissent pas Margaret Thatcher aimeront ce film. Je n’ai pas voulu réaliser « La Dame de fer » pour les contemporains de cette période mais plutôt pour la nouvelle génération qui ne sait pas comment la Grande-Bretagne a évolué depuis la Seconde Guerre mondiale. Au fond, cette histoire dépasse les clivages politiques, c’est l’histoire d’une belle et grande vie, une histoire qui évoque un constat auquel chacun doit malheureusement se résigner : on naît et on meurt seul.


    • Sortie : 15 février 2012
    Date de la publication électronique :16 janvier 2012
    Sources :

    Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé