Indications générales

Les films Pathé Exchange édités aux Etats-Unis

Les films référencés sous cette rubrique occupent une place à part dans la filmographie Pathé. Ils n’ont pas été retenus par Henri Bousquet dans le Catalogue des années 1896 à 1914 et De Pathé frères à Pathé Cinéma (1915-1927), car ils n’ont pas été édités en France. En revanche, ils sont référencés par The American Film Institute Catalog pour avoir été diffusés par Pathé sur le territoire américain. Ce sont ainsi près de 200 titres qui complètent la filmographie. Ils sont en fait des distributions et les liens que Pathé Exchange, la société américaine, entretient avec chacune des 22 maisons de productions représentées dans la liste est de nature diverse.

Conformément aux accords signés, quelques unes de ces sociétés produisent des films pour le compte de Pathé Exchange : Balboa Feature Film Co. à partir de décembre 1914 et Thanhouser Film Corporation d’août 1916 à octobre 1917, pour la série Gold Rooster Plays. Plus tard, tous les films Anderson-Brunton Co. (1918-1919) sont distribués par Pathé et emploient des acteurs prestigieux tels que John Gilbert, Bessie Love, Franck Keenan et Mildred Davies.Theodore and Leopold Wharton quant à eux produisent pour diverses sociétés : Pathé Exchange, mais aussi Feature Film, Star Film, International Film Service et Warthon Inc. Balboa Feature Film Co., fondée à Hollywood en 1913, emploie des réalisateurs et des acteurs sous contrats comme Henry B. Wathall, Ruth Rolland, Henry King, William Desmond Taylor. Elle tourne plusieurs séries pour Pathé Exchange dans ses importantes structures de Long Beach, notamment Who Pays ?, la série patriotique Neal of the Navy, et Red Circle, avec Ruth Roland. Sa pleine période d’activité est étroitement liée à la firme au coq. En 1915, sur les dix à douze titres hebdomadaires, Pathé édite deux Balboa. Cette pose problème à ce dernier lorsque le marché connaît une crise en 1916. Pathé Exchange, le distributeur, et Balboa se séparent alors.Le studio de Balboa, une grande halle de verre, illustre la mutation des tournages de l’Est à l’Ouest des Etats-Unis, en direction de Los Angeles et sa banlieue. Ainsi, Astra Film Corp. commence à tourner dans le New Jersey et, à la suite de Kalem et Diando Film Co. dont Pathé Exchange distribue les films, investit un studio à Glendale à partir de 1919, où sont tourné beaucoup de séries, notamment The Tiger’s Trail de Paul Hurst, avec Ruth Roland (Le Tigre du Bengale). Les infrastructures sont importantes, les plateaux, bureaux et laboratoires couvrant vingt-deux hectares. Leur déclin entraîne leur fermeture en 1922. Les rapports d’Astra Film avec la branche américaine de Pathé sont étroits : elle est créée par Louis Gasnier en 1916. George B. Seitz en est le responsable des productions et s’occupe aussi des films avec Pearl White.D’autres sociétés, dont l’envergure semble avoir été plus modeste, sont vraisemblablement consacrées à la production d’un acteur ou d’un réalisateur. C’est le cas de Henry W. Savage Inc., de Franck Keenan Productions, active en 1916 pour les films des vedettes homonymes, mais encore de Robert Burton Company, dont le principal réalisateur Ernest C. Warde emploie beaucoup Warren Kerrigan en 1919-1920. La jeune comédienne Marie Osborne trouve un cadre de production avec Lasalida Film Corp., puis en 1919-1921 avec Diando Film Co., dirigé par Douglas Osborne, à la fois proche de l’actrice et de Pathé Exchange. Les films de la seconde société sont réalisés par William Bertram, dans les studios de Glendale, qui s’étendent bientôt au site naturel de Verdugo Road, dans la grande banlieue de Los Angeles. William Russel Productions Inc. coproduit avec American Film Company six films de Henry King entre 1918 et 1919, tous distribués par Pathé Exchange.Pour d’autres sociétés, le lien avec Pathé Exchange est sommaire, ses distributions représentant un mince épisode de la totalité de leur production (Arrow Film Corp., Robert Warwick Film Corp.).

Plusieurs raisons permettent d’expliquer que ces films n’aient pas été distribués en France, malgré que, sur ce territoire, le groupe Pathé peinait à produire depuis l’entrée en guerre et avait, en conséquence, volontairement favorisé ses affaires sur le territoire américain. Une première hypothèse tient aux coûts, principalement ceux de l’exportation de la pellicule et ceux des redevances (réglées au mètre par la société-mère française à la société américaine pour l’usage des copies). La seconde tient au manque de points de projection, la France étant beaucoup moins dotée en écrans que les Etats-Unis, et même que l’Allemagne et l’Angleterre. Ce point est particulièrement sensible dans la politique de Pathé après l’Armistice. Il est possible qu’un choix de diffusion du catalogue américain s’opérait, plutôt en estimant le succès des titres, qu’à la faveur des contrats passés avec les producteurs.