Monsieur Hire  –  Patrice Leconte  –  1989

Fiche générale

Affiche
  • Durée : 91 minutes
  • Producteur :Philippe Carcassonne
    René Cleitman
  • Production :Cinéa
    Hachette Première et Compagnie...
  • Distribution : U.G.C.
  • Réalisateur :Patrice Leconte
  • Interprètes : Michel Blanc (M. Hire)
    Sandrine Bonnaire (Alice)
    André Wilms (l'inspecteur)
    Luc Thuillier (Emile)
  • Scénario :Patrice Leconte
    Patrick Dewolf
  • Adaptation :d'après le roman de Georges Simenon "Les Fiançailles de M. Hire".
  • Dialogues :Patrice Leconte
    Patrick Dewolf
  • Directeur de production :Frédéric Sauvagnac
  • Directeur de la photographie : Denis Lenoir
  • Compositeur de la musique : Michael Nyman
  • Monteur : Joëlle Hache
  • Chef décorateur : Yvan Maussion
  • Costumier : Elisabeth Tavernier

Production

  • Producteur :Philippe Carcassonne
    René Cleitman
  • Production :Cinéa
    Hachette Première et Compagnie
    Europe 1 Communication
    FR3 Films Productions
  • Distribution : U.G.C.
  • Directeur de production :Frédéric Sauvagnac
  • Avec le concours de :Soficas : Sofinergie
    Sofimage
    Créations
  • Avec la participation de :Centre National de la Cinématographie

 

Fiche artistique

  • Réalisateur :Patrice Leconte
  • Scénario :Patrice Leconte
    Patrick Dewolf
  • Adaptation :d'après le roman de Georges Simenon "Les Fiançailles de M. Hire".
  • Dialogues :Patrice Leconte
    Patrick Dewolf
  • Scripte :Maggie Perlado
  • Interprètes :Michel Blanc (M. Hire)
    Sandrine Bonnaire (Alice)
    André Wilms (l'inspecteur)
    Luc Thuillier (Emile)

Fiche technique

  • Directeur de la photo :Denis Lenoir
  • Compositeur de la musique :Michael Nyman
  • Ingénieur du son :Pierre Lenoir
  • Monteur :Joëlle Hache
  • Chef décorateur :Yvan Maussion
  • Costumier :Elisabeth Tavernier
  • Photographe de plateau :Jean-Marie Leroy
  • Régisseur :Denis Castel
  • Assistant réalisateur :Etiene Dhaene
  • Mixage :Dominique Hennequin

 

Résumé et notes

  • Durée : 91 minutes

RÉSUMÉ

Monsieur Hire n’a pas d’âge.

Il habite depuis plusieurs années (combien d’années ?...) une chambre dans un immeuble anodin. Pourtant, il n’est pas pauvre. Mais il ne dépense rien. Plus tard, il aura une vie meilleure. Peut-être.

C’est comme s’il vivait dans l’attente de quelque chose. L’attente d’un événement qui ferait irruption dans sa vie pour la faire basculer.

Monsieur Hire n’a pas d’amis. Les gens de l’aiment pas. Mais il est vrai qu’il n’aime pas les gens non plus.

Dans le même bloc d’immeubles habite Alice.

Elle a une vingtaine d’années, travaille comme serveuse à la crémerie du quartier. Sa patronne la loge dans ce petit studio sans charme particulier, situé juste en face de la chambre de Monsieur Hire, de l’autre côté de la cour, un peu plus bas.

Comment pourrait-elle imaginer que depuis des semaines, des mois peut-être, Hire est là, derrière sa fenêtre, immobile, protégé par la pénombre de sa chambre, et qu’il l’observe attentivement.

Hire sait tout d’Alice.

Un soir, il a vu ce qu’il n’aurait jamais dû voir. Mais il se tait, délibérément, laissant monter en lui cet intense désir amoureux qui, justement, va faire basculer sa vie…

D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Prix et distinctions : Sélection officielle Cannes 1989

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

ENTRETIEN AVEC PATRICE LECONTE, REALISATEUR

Aller au Festival de Cannes pour présenter votre film, c’était un rêve d’enfant ?

Longtemps, j’ai dit que je n’irai là-bas que lorsque j’aurai un film sélectionné. Comme c’était l’époque où je tournais la série des « Bronzés » ou « Viens chez moi j’habite chez une copine », je risquais de ne jamais y aller. J’aurai dû tenir bon ! (rires). Mais voilà, je ne pouvais pas imaginer qu’on me permettrait de vieillir un peu et d’évoluer. J’entends par là aussi, que je me le permettrais à moi-même…

C’est la première fois que vous adaptez un roman, en l’occurrence « Les Fiançailles de Monsieur Hire ». Vous êtes un lecteur passionné de Simenon ?

Je connais comme tout le monde. Adolescent, j’ai d’abord lu les Maigret, j’avais une grand-mère qui m’en a donné beaucoup. Ensuite, les autres romans. Je trouvais ça bien écrit, de la littérature facile et soignée. C’est mon prf de philo qui m’a fait comprendre que c’était beaucoup plus que cela, plus important, plus profond. Il tenait Georges Simenon pour le plus grand écrivain contemporain. Il m’y a fait voir des choses que j’ai retrouvées plus tard chez William Irish ou David Goodis. Depuis, je ne l’ai jamais tellement relu. Ce n’est pas l’auteur de chevet que j’aurai rêvé d’adapter. Je n’y aurais jamais pensé !


Alors, quel fut le déclic ?

Julien Duvivier, qui est un des cinéastes français que je préfère, a réalisé en 1946 une adaptation des « Fiançailles de Monsieur Hire » sous le titre « Panique », avec Michel Simon et Viviane Romance. J’ai adoré ce film, et souvent je lançais comme une boutade : « Un jour, je ferai un remake de « Panique » ! Or, n’ayant pas vu complètement le générique, je ne savais pas que c’était une adaptation de Simenon. »…

Dans la première partie du film, son Monsieur Hire est presque effrayant, il fait penser à Nosferatu, avec également quelque chose de Peter Lorre dans « M le maudit ».

Ce n’est pas délibéré. Nous avons composé sa silhouette, ce bloc troublant, impressionnant, parce que je ne voulais pas qu’il soit comme d’habitude, même physiquement. Or « l’image de marque » de Michel est celle de l’homme roux au teint rose, c’est pourquoi j’ai demandé qu’il soit teint en brun, et maquillé très pâle. Pour en faire un personnage en noir et blanc, comme les films de l’époque. D’où ces réminiscences…

Quand même, la première fois que Sandrine Bonnaire l’aperçoit, il lui fait vraiment peur !

Au départ, il était prévu qu’elle se relève l nuit, pour prendre une aspirine par exemple, sans allumer la lumière, et qu’elle le voie brusquement à son poste d’observation. Mais on aurait pu objecter : pourquoi cette nuit-là plutôt qu’à un autre moment ? J’ai eu l’idée de l’orage la veille de tourner la scène, l’effet serait visuel, beaucoup plus clair. On a filmé plan par plan en riant comme des fous, avec Michel derrière sa fenêtre et l’électricien, avec de grosses lunettes noires comme un motard de « Mad Max », qui faisait jaillir de faux éclairs. Et puis une fois monté, sonorisé, c’est devenu terrifiant ! Par la grâce du montage. Je ne pense pas que Monsieur Hire soit quelqu’un qui fait peur, aux enfants par exemple. C’est un homme à qui il est complètement indifférent d’être aimé par des gens qui à ses yeux sont sans importance. On a tous eu des profs comme ça, qui étaient la tête de Turc, la cible de leurs élèves, simplement parce qu’ils ne cherchaient pas à se faire aimer.

Si « Panique » était un film populiste, avec un petit monde de commerçants, la vie d’un quartier, « Monsieur Hire » est intimiste. On ne voit pratiquement que les personnages principaux, et le format du Scope semble les enfermer...

C’est vrai pour les moments forts, qui sont statiques, immobiles, nocturnes, oppressants. Mais ce n’est pas pour autant un huis-clos. C’est beaucoup plus aéré et diversifié qu’on ne le croit, en fait il se passe des tas de choses dans plein de lieux inattendus. J’ai voulu que ce soit un film intense mais pas oppressant.

Cette intensité repose en partie sur les couleurs : le directeur de la photographie, Denis Lenoir, est un adepte des teintes sombres, des couleurs foncées.

Il m’a maudit, au début, parce qu’il venait de tourner « ‘Enfant de l’hiver » d’Olivier Assayas, et il avait terriblement envie de changer, de faire des couleurs très saturées, des rouges, des roses, des bleus comme dans le Technicolor. Impossible ici, le sujet exigeait le contraire. Mais un de ces jours, on fera ensemble un film plein de couleurs vives…

« Monsieur Hire » insiste en tout cas sur la sexualité, aspect primordial qui était éludé dans « Panique ».

Simenon était évidemment beaucoup plus trouble. Je savais que je voulais faire un film très sensuel, charnel, où l’on sente le grain de peau, qui soit à la fois érotique, dérangeant, et le plus pudique qu’on puisse imaginer. C’est ainsi que je l’ai décrit à Sandrine Bonnaire, qui a été d’accord pour travailler dans ce sens, et je pense qu’elle y a réussi – par exemple dans cette scène difficile, très troublante, du combat de boxe. Dès le départ, j’avais plusieurs paris à tenir, celui-là et deux autres : faire un film intemporel, et non situé géographiquement. Pour qu’on ne puisse s’intéresser qu’à l’histoire et aux personnages. Ce n’est pas si simple ! Bien sûr, il ne faut pas d’architecture récente. Mais pratiquement pas d’appareils électriques, pas de pubs, pas d’automobiles, et des vêtements qui ne soient pas datés. Surtout, éviter de faire rétro, tout le côté reconstitution d’époque… Alors c’est devenu un sujet de plaisanterie sur le tournage, avec le décorateur ou l’accessoiriste qui, m’apportant le moindre objet, s’écriait : « Il est délicieusement intemporel ! ».

La scène la plus importante du film est incontestablement celle qui se déroule au sommet de l’église... Au début, d’ailleurs, on ne sait pas où on est, c’est très mystérieux, presque hitchcockien. Comment choisit-on un tel décor ?

C’est très délibéré. On préfère toujours disposer d’un décor qui ait une personnalité forte plutôt qu’anodine, surtout quand il s’agit d’une scène d’explication aussi capitale, qui est un peu la clé de voûte du film. Avec Patrick Dewolf, nous voulions que le lieu de cette scène surplombe la ville, qu’ils soient isolés au dessus de tous les autres qui continuent à vivre. Comme c’est en hauteur qu’on découvre une vile, il ne fallait pas qu’on puisse reconnaître Paris par exemple, et nous avons beaucoup cherché avant de découvrir cette basilique à Bruxelles. Là, en deux secondes, nous avons dit : « Formidable, c’est exactement ce qu’il nous faut ! ». Quant au mystère… Je ne sais pas, il y a toute une part d’inconscient, quand on prépare les films, que je ne renie pas.

Le personnage du policier, joué par André Wilms, est original et touchant. Dans les premières scènes du film, on ne sait pas qu’il est policier, on a même l’impression qu’il est le père de la jeune fille assassiné.

Rien ne peut me faire plus plaisir : c’est exactement ce qu’on a voulu faire ! Jusqu’à la confrontation dans l’atelier de couture, j’ai dit à André Wilms : « Fais-le comme si tu étais le père de la morte ». Quand il la photographie, c’est le comportement du père qui veut garder une dernière image de sa fille disparue. Ce flic est tout sauf un flic, c’est un personnage assez baroque finalement. Je crois que lui et Monsieur Hire sont du même monde, ils sont aussi fêlés l’un que l’autre. Il le comprend assez bien, il aimerait sans doute qu’ils deviennent amis, et puis ça n’arrive pas à accrocher.

Pour la musique, commet vous est venue l’idée de faire appel à Michael Nyman, surtout connu pour avoir travaillé avec Peter Greenaway ?

Je n’avais jamais vu de film de Greenaway, mais j’avais entendu la musique de Michaël Nyman sur cassette, des repiquages, rien que des bribes sans doute, mais parfois il suffit d’une minute… J’étais conquis ! Plus je l’écoutais, plus je me disais que c’était ce que je voulais. Après avoir vu « Drowing by numbers », j’ai rencontré Nyman. C’est un grand compositeur, très lyrique, inspiré et qui a aussi beaucoup d’humour. Il y a aussi un peu de Brahms, c’est un quatuor pour cordes et piano que je connaissais depuis longtemps et qui s’est imposé pour tous les moments où Monsieur Hire regarde Alice. Je voulais qu’il écoute une musique sur son électrophone, toujours la même – qui soit comme une réminiscence, un souvenir heureux de sa vie passée, parce que cet homme a peut-être vécu une grande histoire d’amour… Michael Nyman a très bien accueilli cette indication, ça ne l’a pas gêné du tout, il aime détourner des thèmes classiques, alors qu’il s’est mis avec joie dans les pantoufles de Brahms !

Et le choix de Sandrine Bonnaire ?

C’est une actrice que j’adore depuis toujours. Je me disais : dès que l’occasion se présentera… Et l’occasion s’est présentée ! Il y a d’autres acteurs dont je raffole et pour qui j’attends l’occasion. (…) Elle est d’une justesse prodigieuse, d’une qualité humaine, pleine de vie, de gaieté. Ce film totalement dramatique s’est tourné dans une atmosphère légère, parfois très gaie. Pour Alice, il fallait quelqu’un d’extrêmement simple, proche de la vie, Sandrine est le contraire de la sophistication. Comme elle avait souvent joué des rôles graves, voire âpres, je ne soupçonnais pas qu’elle soit gaie à ce point.


  • Sortie : 24 mai 1989
Date de la publication électronique :29 February 2012
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé ; Fiches du cinéma, Tous les films 1989, p.243