Carrington  –  Christopher Hampton  –  1995

Fiche générale

  • Pays de production : Angleterre, France
  • Durée : 120 minutes
  • Producteur : Ronald Shedlo
    John McGrath
  • Production : Freeway / Shedlo
  • Distribution : Pan-Européenne
  • Réalisateur : Christopher Hampton
  • Interprètes : Emma Thompson (Carrington)
    Jonathan Pryce (Lytton Strachey)
    Steven Waddington (Ralph Partridge)
    Samuel West (Gerald Brenan)
    Rufus Sewell (AMrk Gertler)
    Penelope Wilton (Lady Ottoline Morrell)
    Janet McTeer (Vanessa Bell)
    Peter Blythe (Phillip Morrell)...
  • Scénario : Christopher Hampton
  • Adaptation : d'après le livre "Lytton Strachey" de Michael Holroyd
  • Producteur exécutif : Francis Boespflug
    Philippe Carcassonne
    Fabienne Vonier
  • Directeur de la photographie : Denis Lenoir
  • Compositeur de la musique : Michael Nyman
  • Monteur : George Akers
  • Chef décorateur : Caroline Amies
  • Costumier : Penny Rose

Production

  • Pays de production : Angleterre, France
  • Producteur : Ronald Shedlo
    John McGrath
  • Production : Freeway / Shedlo
  • Distribution : Pan-Européenne
  • Producteur exécutif : Francis Boespflug
    Philippe Carcassonne
    Fabienne Vonier
  • en association avec : Cinéa
    Orsans
    Le Studio Canal+
  • Producteur associé : Chris Thompson
  • Développé en association avec : Euston Films Ltd
  • Avec le concours de : l'European Co-Production Fund Ltd (Londres)

 

Fiche artistique

  • Réalisateur : Christopher Hampton
  • Scénario : Christopher Hampton
  • Adaptation : d'après le livre "Lytton Strachey" de Michael Holroyd
  • Scripte : Penny Eyles
  • Interprètes : Emma Thompson (Carrington)
    Jonathan Pryce (Lytton Strachey)
    Steven Waddington (Ralph Partridge)
    Samuel West (Gerald Brenan)
    Rufus Sewell (AMrk Gertler)
    Penelope Wilton (Lady Ottoline Morrell)
    Janet McTeer (Vanessa Bell)
    Peter Blythe (Phillip Morrell)
    Jeremy Northam (Beacus Penrose)
    Alex Kingston (Frances Partridge)
    Sebastian Harcombe (Roger Senhouse)
    Richard Clifford (Clive Bell)
    David Ryall (le Maire)
    Stephen Boxer (Le représentant militaire)
    Annabel Mullion ( Mary Hutchinson)
    Gary Turner (Duncan Grant)
    Georgiana Dacombe (Marjorie Gertler)
    Helen Blatch (L'infirmière)
    Neville Philipps (L'huissier)
    Christopher Birch (Le Dr. Starkey Smith)
    Daniel Betts (Le portier)
    Simon Bye (Le conducteur du fiacre)
    Marzio Idoni (Le gondolier)

Fiche technique

  • Directeur de la photo : Denis Lenoir
  • Directeur artistique : Frank Walsh
  • Compositeur de la musique : Michael Nyman
  • Ingénieur du son : Peter Lindsay
  • Monteur : George Akers
  • Chef décorateur : Caroline Amies
  • Costumier : Penny Rose
  • Monteur son : Dennis McTaggart
  • Chorégraphie : Stuart Hopps
    William Hobbs (maître d'armes)
  • Maquilleur : Chrissie Beveridge (création maquillages et coiffures)
  • Casting : Fothergill & Lunn Casting
  • Régisseur : Tori Parry
  • Assistant réalisateur : Guy Travers (1er assistant réalisateur)
  • Supervision post-production : Chloe Sizer (superviseur post-production et assistante de M. McGrath)
  • Opérateur steadicam : Peter Robertson
  • Régisseur d'extérieurs : Nick Daubeny
  • Artistes peintres : Jane Gifford
    Fred Gray
    Nick Fergusson
  • Artiste décorateur : Christopher Evans
  • Monteur synchro et bruitages : Jupiter Sen A.M.P.S.
  • Chef habilleuse : Jill Avery
  • Chef habilleur : Adrian Simmons
  • Maquillages et coiffures : Norma Webb
    Elaine Davis
  • Générique : Peter Watson Associates
  • Conseiller à la production : John L. Hargreaves

 

Résumé et notes

  • Durée : 120 minutes

RÉSUMÉ

1915.

La guerre fait rage à travers l’Europe, mais les artistes et écrivains de la Bohème londonienne continuent à vivre et festoyer comme si de rien n’était, défiant allègrement les mœurs victoriennes, raillant les déclarations pompeuses des hommes politiques et le conformisme des peintres et sculpteurs bourgeois.

Par un bel après-midi d’hiver, l’écrivain Lytton Strachey, célibataire endurci, et manifestement « gay », part pour le sud de l’Angleterre, rendre visite à la sœur de Virginia Woolf, Vanessa Bell, et à son mari, Clive.

Tandis que le soleil couchant illumine de ses derniers rayons le jardin des Bell, Lytton tombe en arrêt devant une silhouette androgyne. Il admire les cheveux dorés et bouclés, les immenses yeux bleus, le teint pâle de ce ravissant éphèbe… qui se révèle être une jeune artiste : Dora Carrington, célèbre pour son tempérament fantasque et non-confomiste. Cette rencontre inopinée scelle le début d’un profond amour, qui marquera les dix-sept prochaines années de leurs vies.

Tandis que Lytton poursuit diverses aventures avec de beaux jeunes gens, Carrington se refuse à tous ses prétendants. Le plus obstiné d’entre eux, le peintre Mark Gertler, voyant son admiration pour Lytton, charge celui-ci d’ « éduquer » la jeune femme. Carrington n’en ressent que plus d’amour pour l’écrivain, et lui en fait l’aveu, au grand dam de ses amis Lady Ottoline et Philip Morrell.

Lytton et Carrington se mettent alors en ménage, louent un moulin pou écrire et peindre, vivre en toute liberté, en toute sincérité, un amour qui fait fi des tabous de la vieille Angleterre.

Lorsqu’un jeune invité de Carrington, Ralph Partridge, séduit Lytton, Dora choisit de l’épouser afin de préserver leur étrange ménage à trois et de garder l’écrivain auprès d’elle.

Le meilleur ami de Partridge, le poète Gerald Brenan, devient l’amant de Carrington, encouragé par Lytton, qui n’y voit aucun mal, et par les infidélités de Ralph, qui se montre un mari tolérant. La vie continue ; Carrington ne prend toujours aucun homme au sérieux, hormis Lytton.

Dans les années 1920, Lytton, qui a acquis une réputation sulfureuse avec son livre « Eminent Victorians », achète une grande maison de campagne, multiplie les aventures et fait la conquête du jeune et séduisant Roger Senhouse. Ralph tombe amoureux d’une douce jeune femme, Frances. Carrington, délaissée, se consacre à sa peinture, s’occupe de Lytton et prend son plaisir avec divers amants de fortune, dont le yachtsman Beakus Penrose.

En 1932, Lytton tombe malade. Son état empire brutalement, et il meurt après avoir fait une dernière et inoubliable déclaration d’amour à sa compagne. Ne pouvant se résoudre à vivre sans lui, Carrington ne tardera pas à la suivre…

D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Prix et distinctions : Festival de Cannes - Sélection officielle / en compétition

Filmé en extérieurs en Angleterre, à Venise et aux Studios Shepperton, Middlesex

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

NOTES DE PRODUCTION

« Carrington » raconte la vie flamboyante et tragique du peintre anglais Dora Carrington et ses relations avec l’éminent Lytton Strachey. Entre la Première guerre mondiale et le début des années 30, tous deux mirent en pratique un mode de vie très en avance sur les conventions de leur époque, rompant ainsi, dans un désir absolu de liberté et d’honnêteté, avec les tabous de la vieille Angleterre.

Du scénario à l’écran

Depuis le scénario des « Liaisons dangereuses » (récompensé en 1988 par un Oscar et un BAFTA Award), Christopher Hampton n’avait plus travaillé pour le cinéma. Après cinq ans d’absence, il fait son retour avec « Carrington », un projet dont l’histoire fut jalonnée d’espoirs et de déceptions.

Le film s’inspire de « Lytton Strachey », biographie par Michael Holroyd du célèbre écrivain, membre, avec d’autres intellectuels et artistes, du fameux « groupe de Bloomsbury ». Hampton lut l’ouvrage à la fin des années 60. Outre le personnage de Strachey (biographe réputé, homme d’esprit iconoclaste, pacifiste et homosexuel militant), il fut attiré par la personnalité brillante et originale de celle qui fut sa fidèle compagne pendant 17 ans, le peintre Dora Carrington.

Christopher Hampton : « Par certains traits, Lytton ressemble à Oscar Wilde, mais Dora Carrington me semblait encore plus intéressante. Cette femme extraordinaire tombe amoureuse d’un homme plus vieux qu’elle de quinze ans, homosexuel de surcroît ; elle décide de vivre avec lui et après sa mort, ne peut se résoudre à lui survivre. Cette relation est une des plus étranges et des plus inoubliables histoires d’amour que je connaisse. » (…)

« La Warner, qui s’intéressait à l’époque au cercle de Bloomsbury, m’a commandé le scénario en 1976. J’ai reçu une avance de 30.000 dollars, somme qui m’apparut alors mirobolante. Je décidai donc de me consacrer au sujet pendant toute une année. (…) Douze mois plus tard, lorsque j’ai remis le scénario à la Warner, l’enthousiasme était retombé. Mon commanditaire avait été renvoyé et personne ne savait quoi faire de mon script. »

Le projet de tourner le film avec Herbert Ross comme metteur en scène n’aboutit pas. Pendant dix ans, le scénario passa de main en main jusqu’à ce que Thames TV l’achète pour sa branche cinéma, Euston Films, laquelle songea à confier la réalisation à Mike Newell. Mais lorsqu’en 1992 Thames perdit sa franchise audiovisuelle, « Carrington » sombra dans l’oubli.

C’est alors qu’entra en scène le producteur Ronald Shedlo. (…) Ronald Shedlo et John McGrath contactèrent Channel 4 et divers financiers français dans la perspective d’un film avec Mike Newell comme metteur en scène. Le projet échoua mais renaquit peu après, cette fois avec l’appui français de Philippe Carcassonne et Francis Boespflug de Cinéa et Pyramide. Il fallut encore dix mois de négociations à Dora Productions pour obtenir d’Euston Films une option de 18 mois sur les droits du scénario. A la suite de Mike Newell, Emma Thompson et Jonathan Pryce donnèrent leur accord.

Avec l’apport de vedettes, le projet semblait en bonne voie. Pourtant, en février 1993, McGrath apprit que le montage financier était tombé à l’eau. In extremis, Carcassonne proposa « Carrington » à la société hollandaise Polygram Filmed Entertainment qui accepta de financer l’entreprise. (…)

Et c’est ainsi qu’après 17 années de délais, le tournage de « Carrington » débuta à Venise le 26 juin 1994 et se poursuivit pendant neuf semaines aux Studios de Shepperton et dans divers lieux d’Angleterre.

Les acteurs et les personnages

CARRINGTON

Le secret du casting de « Carrington » fut de capter la nature profonde des êtres qui entouraient Dora. Les responsables du film jouirent en cela de la même liberté que Dora lorsqu’elle transposait de diverses façons la réalité dans son art. Mais il fallait d’abord trouver l’actrice susceptible d’incarner l’insaisissable Dora Carrington. Une seule semblait posséder les qualités requises : Emma Thompson.

Christopher Hampton : « Pour moi, ce choix était évident. Emma possède la candeur et la spontanéité de Dora tout en étant fort différente. Elle a abordé le personnage avec une telle simplicité que l’on ne sent pas du tout son jeu. Elle est devenue Dora, et je trouve cela très émouvant. »

Emma Thompson : « La lecture du scénario fut pour moi une sorte de voyage dans l’inconnu. J’ai été tout de suite fascinée par Dora, dont les émotions constituent le fil conducteur d’une histoire par ailleurs très complexe. Elle unifie les éléments épars de cette mosaïque grâce à un flot continu de sentiments et, plus précisément, d’amour. (…) Dora est une personne extrêmement compliquée, pleine de contradictions, très marquée par ses origines et par sa famille. Elle manifeste à la fois une grande confiance en elle, un charisme et une sensualité certaine, mais aussi une sorte de dégoût d’elle-même, en particulier sur le plan physique. Elle est en outre une artiste qui cherche à sortir des sentiers battus, et sa vie est une perpétuelle révolte contre toutes les idées reçues concernant les femmes. Elle est très difficile à cerner et la plupart des gens la jugent d’après une idée préconçue. Plus qu’une personnalité cohérente, elle est une sorte de force vitale. Son comportement est resté confus jusqu’au bout, ce qui la rend d’autant plus intéressante. Naturellement, cela lui causait une énorme souffrance, car il n’est pas facile d’affronter la vie tant qu’on n’a pas consolidé son psychisme. On ne sait pas où l’on va, on ne peut s’appuyer sur rien et, dans son cas, Lytton était la dernière personne sur laquelle elle aurait pu s’appuyer.»

LYTTON STRACHEY

Dès l’origine du projet, John McGrath songea, pour ce personnage très particulier, à Jonathan Pryce qu’il connaissait depuis longtemps pour lui avoir écrit son premier rôle à sa sortie de la Royal Academy of Dramatic Art.

Christopher Hampton : « Lytton était un être vraiment bizarre et la préoccupation principale de Jonathan était de déterminer jusqu’où il pouvait aller dans l’excentricité. Je pense qu’il a trouvé la juste mesure. Il a joué Lytton comme un homme à la fois réel et fantasque et tous les petits détails qu’il a ajoutés font de son interprétation un grand moment de cinéma. »

Jonathan Pryce : « Lytton Strachey était un homme passionnant qui a vécu une histoire extraordinaire à une époque particulièrement intéressante. Sa personnalité à multiples facettes et la quantité d’éléments dont on dispose sur lui permettaient de traduire sa nature profonde et diverse. Son côté excentrique était un plaisir supplémentaire : Lytton est un grand rôle et un personnage fabuleux à jouer ; je n’ai eu aucun mal à me couler dans sa peau. (…) »

Le style du film

Caroline Amies (chef décoratrice) : « Faire une film sur un peintre de cette époque était pour moi une expérience inhabituelle, non seulement en raison du sujet, mais aussi par la liberté de traitement qu’autorisait cette artiste en particulier. Carrington n’appartenait pas vraiment à son temps et avait créé son propre environnement artistique. Partant de cette constatation, le film lui-même devait ressembler à un tableau de Carrington. On peut dire qu’en quelque sorte, c’est Dora qui en a déterminé le « look ». (…) Les scènes de Tidmarsh Mill sont d’une tonalité plus vive et franche, alors que nous avons utilisé beaucoup plus de gris dans celle de Ham Spray. Dans le premier cas, nous avons l’ambiance chaleureuse et ensoleillée de pique-niques insouciants que l’on trouver aussi dans les photographies d’époque. Toutefois, nous tenions à ce que l’impression d’ensemble ne soit pas trop romantique, mais conserve une certaine noirceur sous-jacente. (…) En fin de compte, notre but n’était pas de copier servilement le passé, mais de se mettre à la place de Carrington et de comprendre ses goûts. (…) »

Franck Walsh (directeur artistique) : « Carrington adorait amasser les objets. Elle aimait beaucoup le mode de vie rustique et combinait avec un talent surprenant le style « cottage » avec d’autres éléments hétéroclites. Ses multiples centres d’intérêts concernaient aussi bien la décoration des cheminées que la peinture des carrelages, et nous nous sommes efforcés de traduire cet éclectisme. Des céramiques, des assiettes, des vases, des meubles peints et du papier mural ont été spécialement réalisés dans la manière inimitable de Carrington afin de récréer l’orgie de formes et de couleurs dont elle s’entourait. Même la façon dont les objets sont cadrés vise à reproduire l’arrangement d’une nature morte telle qu’aurait pu la peindre Carrington. »

La photographie

De même que Christopher Hampton et Caroline Amies, Denis Lenoir estimait indispensable d’éviter le côté trop joli et séduisant de la campagne anglaise et de ses ravissantes demeures : « Il m’aurait été difficile de ne pas être influencé par la « lumière anglaise ». Toutefois, mon principal souci était de traduire par la photo le passage du temps, les dix-sept ans qui s’écoulent entre le commencement et la fin du film.

Il fallait que l’atmosphère légère et insouciante du début s’assombrisse peu à peu et conduise imperceptiblement à la tragédie. Pour cela, j’ai utilisé le procédé bien connu en France du « flashing » grâce auquel les premières séquences sont baignées d’une sorte d’aura veloutée qui s’atténue progressivement jusqu’à donner, dans la dernière partie, une image contrastée et très dure.

En revanche, le bonheur du couple Carrington/Lytton s’épanouit au fur et à mesure de l’histoire, et c’est à Ham Spray, à la fin de leur vie, qu’ils sont les plus heureux. J’ai donc donné à leurs scènes ensemble une tonalité de plus en plus chaude, culminant dans une lumière de fin d’après-midi ensoleillée, le genre de lumière que l’on voudrait retenir et qui vous émeut parce que l’on sait que la fin du jour est proche. »


              

Les décors

« Carrington » a été tourné dans 39 lieux différents, les deux principaux étant Tidmarsh Mill et Ham Spray, les deux maisons habitées par Carrington et Lytton. Ces habitations ayant beaucoup changé avec le temps, elles furent remplacées par d’autres demeures, plus conformes à l’original et à l’image qu’en a laissée Carrington.Bolebroke Mill, un « bed and breakfast » dans le Sussex, devint Tidmarsh Mill et Norney Grange, à Godalming dans le Surrey, figura Ham Spray. Tidmarsh Mill étant quasiment à l’état de ruine lorsque Carrington en entreprit la réfection, Bolebroke Mill fut partiellement détruit puis reconstruit dans toute sa splendeur. Plusieurs pièces (en particulier la chambre de Lytton) furent en outre recréées dans les studios de Shepperton. (…)

En revanche, il fut possible de tourner dans la propriété même de Lady Ottoline Morrell, Garsington Manor, dont les jardins et l’intérieur servirent de décor à plusieurs scènes. (…)

Les costumes

Penny Rose (chef costumière) : « Carrington ne se préoccupait pas beaucoup de son apparence et avait, en matière de mode, des idées plutôt bizarres. Mais Emma s’est montrée prête à relever le défi et à offrir de son modèle une image authentique, même si cela devait lui donner une allure étrange.

Je me suis essentiellement appuyée sur des photos de Carrington et de ses amis, mais il m’a fallu également tenir compte du physique propre à chaque acteur. Jonathan Pryce, par exemple, n’est pas aussi grand et maigre que Lytton. Les costumes de tweed qu’il porte dans le film sont en réalité en soie afin de le faire paraître plus élancé. (…) »

Coiffures et maquillages

Chrissie Beveridge (responsable des coiffures et des maquillages) : « Le type de travail que j’ai eu à faire sur « Carrington » est celui que je préfère. Il s’agit de recréer l’apparence de gens ayant vraiment existé et pour cela, il suffit de très peu de chose. Avec un peu de lumière et d’ombre on dessine, sur le visage de l’acteur, le portrait que l’on veut.

Pour Dora, il fallait mettre l’accent sur son teint coloré et sur sa coiffure blonde et courte. Emma a accepté de se couper et de se teindre les cheveux avec des teintures végétales pour leur conserver un aspect naturel.

Lytton avait un visage très étrange, il ressemblait un peu à un bouc, avec des yeux brillants derrière des lunettes épaisses, un gros nez et de grandes oreilles. Avec une perruque et une barbe postiche, la ressemblance de Jonathan Pryce avec son modèle était parfaite. »

Les peintures

Comme il n’était pas possible d’utiliser les œuvres originales de Carrington (dispersées dans des collections privées ou des archives de galeries), des copies d’une douzaine de tableaux et autant de dessins furent exécutées par Jane Grifford. Il ne s’agissait pas littéralement de copies, mais plutôt de pastiches, puisque, dans le cas de portraits en particulier, il fallait tenir compte de l’acteur interprétant le sujet portraituré. (…)

Les renseignements sur la technique et le style de Carrington étant rares, Gifford se reporta aux œuvres elles-mêmes et utilisa les mêmes matériaux que l’artiste : crayon, encre, et peintures à l’huile de qualité moyenne. (…)

En s’inspirant de photos prises à Tidmarsh Mill, des descriptions que donne Carrington dans ses lettres, de ses tableaux et des souvenirs de ses amis, Evans recréa à Bolebroke Mill les peintures dont l’artiste avait recouvert murs, plafonds, meubles et cheminées. Dans ces « pastiches » (au nombre de 300 environ) il resta fidèle à la palette de Carrington, des teintes de fresques « à la Giotto » que l’on retrouve aussi à Ham Spray.

La musique

Pour la musique, Christopher Hampton fit appel à Michael Nyman, dont il avait notamment admiré le travail sur « La Leçon de piano ».

Michael Nyman (compositeur) : « Parler musique avec un profane est toujours difficile et imprécis. Afin d’avoir une idée de ce qu’il désirait, j’ai donc demandé à Hampton de choisir, parmi les morceaux que j’avais déjà composés, ceux qui lui semblaient convenir à son film. Il était particulièrement attiré par un choral que j’avais écrit pour un documentaire de la BBC sur le tremblement de terre en Arménie et que j’avais ensuite développé en quatuor à cordes pour célébrer la révolution roumaine de 1989. Mon intention était de composer une nouvelle partition de la même veine, mais c’était toujours ce Quatuor N° qui semblait le mieux adapté. Je l’ai donc utilisé à plusieurs reprises dans le film. (…) »

Le livre

Le biographe le plus prisé d’Angleterre – son Bernard Shaw est tenu pour un chef d’œuvre – se coule ici dans la silhouette dégingandée du maître de la biographie moderne. A l’instar de Strachey (enquêteur littéraire et auteur à succès), outre un infatigable esprit d’investigation, Holroyd sonde les âmes en magicien. Et d’un coup de stylo, à la manière de Strachey transfigurant sa Reine Victoria, il métamorphose les auteurs pétrifiés par les ans en amants transis ou duellistes fougueux.


  • Sortie : 22 mai 1995
Date de la publication électronique : 19 mars 2012
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé