La Fille seule  –  Benoît Jacquot  –  1995

Fiche générale

  • Durée : 90 minutes
  • Producteur :Philippe Carcassonne
  • Production :Cinéa
    La Sept Cinéma
  • Distribution : Pyramide
  • Réalisateur :Benoît Jacquot
  • Interprètes : Virginie Ledoyen (Valérie)
    Benoît Magimel (Rémi)
    Dominique Valadie (La mère)
    Vera Briole (Sabine)
    Virginie Emane (Fatiah)
    Michel Bompoil (Jean-Marc)
    Aladin Reibel (Mr Sarre)
    Jean-Chrétien Sibertin-Blanc (Patrice)...
  • Scénario :Benoît Jacquot
    Jérôme Beaujour
  • Producteur exécutif :Brigitte Faure
  • Directeur de production :Daniel Bascheri
  • Directeur de la photographie : Caroline Champetier
  • Chef opérateur : Julien Hirsch (1er assistant opérateur)
  • Monteur : Pascale Chavance

Production

  • Producteur :Philippe Carcassonne
  • Production :Cinéa
    La Sept Cinéma
  • Distribution : Pyramide
  • Producteur exécutif :Brigitte Faure
  • Directeur de production :Daniel Bascheri
  • Assistant de production :Roland Vallet (administrateur de production)
  • Avec la participation de :Centre National de la Cinématographie
    Canal+

 

Fiche artistique

  • Réalisateur :Benoît Jacquot
  • Scénario :Benoît Jacquot
    Jérôme Beaujour
  • Scripte :Virginie Barbey
  • Interprètes :Virginie Ledoyen (Valérie)
    Benoît Magimel (Rémi)
    Dominique Valadie (La mère)
    Vera Briole (Sabine)
    Virginie Emane (Fatiah)
    Michel Bompoil (Jean-Marc)
    Aladin Reibel (Mr Sarre)
    Jean-Chrétien Sibertin-Blanc (Patrice)
    Long Khac Nguyen (Mr Tranh)
    Guillemette Grobon (Mme Charles)
    Guila Urso (Femme italienne)
    Antonio Cecchinato (Homme italien)
    Jean-Claude Frissung (Homme buttes)
    Catherine Guittonneau (Femme chambre 243)
    Hervé Gamelin (Homme chambre 243)
    Alain Roland (Patron café)
    Jean-Claude Masson (Serveur café)
    Matéo Blanc (Fabien)

Fiche technique

  • Directeur de la photo :Caroline Champetier
  • Chef opérateur :Julien Hirsch (1er assistant opérateur)
  • Ingénieur du son :Michel Vionnet
    Vinca Vermesse (assistante son)
  • Monteur :Pascale Chavance
  • Monteur son :Emmanuelle Baude
  • Maquilleur :Evelyne Byot
  • Casting :Frédérique Moidon
  • Assistant réalisateur :Antoine Santana (1er assistant mise en scène)
  • Chef coiffeur perruquier :Christian Gruau
  • Ingénieur du son / mixage :Jean-Pierre Laforce

Musique

  •  :Quatuor en La mineur
    Opus 2 d'Anton Dvorak
  • Interprété par le :Kvarteto Mesta Prahi
  • Disque :Supraphon

 

Résumé et notes

  • Durée : 90 minutes

RÉSUMÉ

Valérie est enceinte. Elle l’annonce à Rémi dans un café, très tôt le matin. Il est indécis, elle semble décidée – à quoi ? On dirait qu’elle-même ne le sait pas encore. Ils conviennent de se retrouver une heure plus tard.

Valérie travaille pour la première fois au room service d’un grand hôtel. Au long des couloirs sans fin, les portes s’ouvrent et se ferment sur les réveils et les départs des clients comme autant de visions ou d’énigmes.

Valérie rejoint Rémi où elle l’avait laissé : quand elle retournera à l’hôtel, elle lui aura dit qu’elle veut son enfant mais sans lui, seule…

D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

ENTRETIEN AVEC BENOIT JACQUOT, REALISATEUR

L’idée originale du film était de jouer avec le temps réel.

Je souhaitais trouver une histoire où le temps représenté à l’écran soit le même que celui de la projection. La durée réelle représentée et la représentation de ce réel devaient être homogènes. (…)

Alors apparaît une fille… seule. Vous lancez votre récit en plaçant Valérie, votre héroïne, dans un moment particulièrement critique. Elle est en plein doute, doit-elle ou non annoncer à son petit copain qu’elle est enceinte ? Elle commence aussi un nouveau job sans grand plaisir.

Il fallait que d’emblée le moteur parle. Valérie questionne son ami, Rémi, puis elle va travailler, elle se libère au bout d’une heure – pour respecter la durée du film – et elle revient au café faire part à Rémi de sa décision. Avec une forme aussi fixée, les questions deviennent pressantes.

Valérie, veut-elle, comme dit la chanson de Goldman, « faire un bébé toute seule » ?

Je crois qu’au départ, Valérie est dans un état de décision, mais sans savoir vraiment quelle sera sa décision. Le temps du film passé à l’hôtel est un peu le chemin qui la conduit vers sa décision. A l’hôtel elle marche, elle ouvre des portes, elle rencontre des gens, elle affronte des situations très différentes. Puis, forte de tout cela elle parlera à Rémi qui l’attend au café. Mais peut-être que toutes les filles dans cette situation doivent se poser cette question, « ai-je besoin de lui pour élever cet enfant ? ». C’est très curieux d’ailleurs comme souvent, après la naissance, le père se sent exclu, de trop. Il a tout un travail à faire qu’il ne fait pas toujours. (…)

Quels sont ses traits de caractères les plus forts ?

Valérie ne s’est pas présentée comme une question, pour moi Valérie est une réponse en actes. Une réponse à une sorte d’énigme qu’elle pose sans arrêt. J’ai du mal à la définir schématiquement, à la dessiner d’un trait. Elle est peu cubique, on la découvre sous différents angles qui d’une certaine façon brouillent la perception d’elle tout en la rassemblant.

Elle est particulièrement touchante par son côté volontaire et libre, « j’fais c’que je veux » dit-elle.

Oui, elle est très affirmative, très vivante. Elle semble rétive à tous les liens. Elle ne veut pas d’attachements qui pourraient l’asservir. Ses réactions face à sa situation de serveuse où elle est confrontée à des scènes rudes, violentes, renforcent ces traits de son caractère.

Valérie piétine dans ses sentiments, elle semble en tout cas convaincue que son couple avec Rémi ne représente pas forcément son idéal de bonheur.

Je ne sais pas si ce couple est représentatif de l’humanité masculine et féminine, mais à l’évidence le garçon est beaucoup plus « ordinaire » que la jeune fille. Rémi est à la fois beaucoup plus indécis et plus simple. Il a la réaction d’un garçon de son âge à qui sa copine annonce qu’elle attend un enfant de lui. Il est à la fois désemparé, inquiet, ému, ne sachant pas très bien comment faire, se posant la question de savoir s’ils doivent garder cet enfant ou pas ?

Si Valérie décidait de le garder, Rémi s’y ferait, de façon hésitante mais… Si Valérie n’était pas ce qu’elle est, ils formeraient un petit couple normal sans histoire, un couple qui ne donnerait pas forcément envie de faire un film, en tout cas, pas à moi !

Valérie fait penser aux jeunes filles de sa génération qui semblent de plus en plus lucides et sceptiques face à leurs histoires d’amour.

C’est très paradoxal… Aujourd’hui, il me semble que les filles sont beaucoup plus sentimentales que celles de la génération des années 70. Elles croient au grand amour, à l’amour unique, à l’amour toujours. Elles ont cet amour idéalisé comme horizon, mais comme tout horizon, il recule à mesure que l’on s’approche. Elles ont les yeux fixés sur cet amour sublimé, mais elles savent très bien qu’il a quelque chose de miraculeux et qu’il est impossible à atteindre. Ce qui explique que le garçon soit toujours dans cette position de lui répéter, « Mais qu’est-ce que tu veux ? ». Il pourrait lui dire, « Je sens bien que tu aimerais que je sois le Prince charmant qui t’enlève et qui te garde toute la vie, et en même temps, je sais que tu n’y crois pas ! ».

Dans cet entre-deux, la fille finira par choisir vraiment alors que le garçon restera toujours dans cette position un peu bancale, à ne jamais comprendre. (…)

Vous avez choisi de tourner dans un hôtel, un monde clos avec ses codes, son personnel souriant en surface mais impitoyable en coulisses, sa clientèle aux « fantaisies » douteuses…

L’hôtel était le lieu idéal pour installer ce principe de temps condensé et il permettait de faire cheminer Valérie dans un lieu qui l’amène à ouvrir et à fermer des portes sur des aperçus du monde. Une sorte d’itinéraire initiatique au terme duquel il y a forcément une révélation, qu’elle imposera au jeune homme quand elle va le retrouver.

En servant les petits déjeuners aux clients, Valérie assiste aux situations des plus cocasses aux plus rudes. Une succession qui est un peu de l’ordre de ce qu’on imagine être la condensation d’une vie chez quelqu’un qui serait en train de la perdre. Derrière chaque porte, il y a une énigme qu’elle doit déchiffrer, et qui est pourtant indéchiffrable, comme le monde la plupart du temps. Cela l’amène forcément à se découvrir elle-même.

Une des autres volontés essentielles du film est de montrer le travail, filmer par exemple les va et vient de Valérie dans le labyrinthe des couloirs de l’hôtel.

A l’hôtel, je souhaitais être au plus près de tout ce protocole, tous les gestes, les rituels que Valérie doit intégrer. Ses longues marches solitaires dans les couloirs de l’hôtel fabriquent une sorte d’espace mental. Cette volonté de montrer le travail en temps réel tient de ma passion pour le documentaire aux origines du cinéma, la sortie des usines Lumière, le train arrivant en gare de la Ciotat… Le document brut, photo-graphique de ce qu’on appelle la réalité. Ce qui m’intéresse c’est d’être à ce point documentaire qu’on voit surgir la fiction. On commence par la réalité pour atteindre la fiction puis de cette fiction on passe au réel. Voilà, réalité, fiction, réel. (…)

Le film se termine sur une scène très émouvante entre Valérie et sa mère au Jardin du Luxembourg. Deux ans ont passé…

Pour cet épilogue, il fallait que la mère soit là. Le monde du film est un monde où les hommes sont de trop, où les hommes sont, soit faibles, soit répugnants, soit émouvants, mais où les hommes s’absentent. C’est quelque chose que je constate. Les femmes « vivent », les hommes, eux, s’absentent on ne sait pas trop où, dans les affaires, dans leurs petites entreprises… (…)

  • Sortie : 29/11/1995
Date de la publication électronique :22 March 2012
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé