Nettoyage à sec  –  Anne Fontaine  –  1997

Fiche générale

Affiche
  • Pays de production :France
    Espagne
  • Durée : 97 minutes
  • Production :Cinéa
    Films Alain Sarde...
  • Distribution : A.M.L.F.
  • Réalisateur :Anne Fontaine
  • Interprètes : Miou-Miou (Nicole Kunstler)
    Charles Berling (Jean-Marie Kunstler)
    Stanislas Merhar (Loïc)
    Mathilde Seigner (Marylin)
    Nanou Meister (Yvette)
    Noe Pflieger (Pierre)...
  • Scénario :Anne Fontaine
    Gilles Taurand
  • Adaptation :d'après une idée originale de Anne Fontaine
    Claude Arnaud
  • Dialogues :Anne Fontaine
    Gilles Taurand
  • Producteur délégué :Philippe Carcassonne
    Alain Sarde
  • Directeur de production :Michèle Arnould
  • Directeur de la photographie : Caroline Champetier
  • Chef opérateur : Julien Hirsch (assistant opérateur)
    François Mestoudjian (assistant opérateur)
  • Monteur : Luc Barnier
  • Chef décorateur : Antoine Platteau
    Françoise Rabut (assistant décorateur)...
  • Costumier : Elisabeth Tavernier (créatrice des costumes)

Production

  • Pays de production :France
    Espagne
  • Production :Cinéa
    Films Alain Sarde
    Maestranza Films
  • Distribution : A.M.L.F.
  • Producteur délégué :Philippe Carcassonne
    Alain Sarde
  • Directeur de production :Michèle Arnould
  • Avec la participation de :CNC
    La Région de Franche Comté Canal+
    Sofinergie 4
    Sofigram
  • Producteur associé :Antonio P. Periez

 

Fiche artistique

  • Réalisateur :Anne Fontaine
  • Scénario :Anne Fontaine
    Gilles Taurand
  • Adaptation :d'après une idée originale de Anne Fontaine
    Claude Arnaud
  • Dialogues :Anne Fontaine
    Gilles Taurand
  • Scripte :Maggie Perlado
  • Interprètes :Miou-Miou (Nicole Kunstler)
    Charles Berling (Jean-Marie Kunstler)
    Stanislas Merhar (Loïc)
    Mathilde Seigner (Marylin)
    Nanou Meister (Yvette)
    Noe Pflieger (Pierre)
    Michel Bompoil (Robert)
    Christopher King (Steve)
    Gérard Blanc (Bertrand)
    Betty Petristy (Madame Bertrand)
    Bobby Pacha (Patron Ranch)
    Corinne Nejman (Josiane)
    Thérèse Gehin (Maryse)
    Joëlle Gregorie (Travesti Banane)
    Pascal Allio (danseur)
    Caroline Galiani (danseuse)
    Thomas Seiler (danseur)

Fiche technique

  • Directeur de la photo :Caroline Champetier
  • Chef opérateur :Julien Hirsch (assistant opérateur)
    François Mestoudjian (assistant opérateur)
  • Ingénieur du son :Jean-Claude Laureux
    Jean-Pierre Laforce
    Brigitte Taillandier (assistant son)
    Denis Guilheim (assistant son)
  • Monteur :Luc Barnier
  • Chef décorateur :Antoine Platteau
    Françoise Rabut (assistant décorateur)
    Jean-arc Fiess (assistant décorateur)
  • Costumier :Elisabeth Tavernier (créatrice des costumes)
  • Son :Dolby SR
  • Monteur son :Cécile Ranc
    Marie-Christine Ratel
  • Chorégraphie :Blanca Li
  • Maquilleur :Joel Lavau
  • Assistant réalisateur :Laurent Laubier (1er assistant réalisateur)
  • Chef coiffeur :John Nollet
  • Consultant musical :Edouard Dubois
  • Administratrice Générale :Brigitte Faure
  • Direction de la préparation :Romain Bremond (pour Iris Films)

 

Résumé et notes

  • Durée : 97 minutes

RÉSUMÉ

Autrefois on appelait cela des lieux de perdition : c’est tout simplement une boîte de nuit dans une ville de province. Pas très loin de la gare, avec des « hôtesses » et des numéros de strip-tease. C’est là qu’un soir, un groupe de copains en goguette, tous commerçants dans la même rue, viennent faire la java. Parmi eux, Jean-Marie et son épouse Nicole. Quinze ans d’amour et de fidélité dans un pressing du centre ville. Une vie de galérien consacrée à éliminer les moindres taches. Jamais de vacances, jamais de sorties…

Et puis, un soir, tout va basculer…

Sur la scène de « La nuit des temps », un jeune garçon pour le moins troublant fait un numéro de travesti avec sa sœur. Il s’appelle Loïc, il a une gueule d’ange et joue à l’occasion les entraîneuses…

Alors commence pour Nicole et Jean-Marie une nouvelle vie, entre nettoyage de jour et dérapages de nuit… Au début, ils se laissent prendre au jeu, pour le plaisir des sensations fortes, pour le frisson…

Et puis, avec le temps, des sentiments plus profonds apparaissent.

Des sentiments inconcevables…

D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Prix et distinctions : Sélection officielle Festival de Venise - en compétition

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

ENTRETIEN AVEC ANNE FONTAINE, REALISATRICE

« Nettoyage à sec » impressionne, dérange, met sous pression : avec ce film, vous avez voulu entrer dans un contact fort avec le spectateur, le faire passer en quelque sorte par un « nettoyage à sec » ?

Oui, j’ai toujours pensé que si le film était réussi, il serait décapant. J’ai d’ailleurs trouvé le titre très vite, et on peut évidemment le lire à différents niveaux. Il était clair pour moi qu’une des vertus de ce projet était de déranger fortement le spectateur, dont la première réaction est de s’identifier au couple ordinaire que forment Nicole et Jean-Marie. Je voulais provoquer un malaise, mais de façon progressive, sans jamais forcer aucune des situations. Je pense que les choses sont d’autant plus fortes qu’on ne les exacerbe pas. J’espère que « Nettoyage à sec » n’est pas un film hystérique, mais violent, de manière sobre et pernicieuse, car au départ le dispositif est relativement ludique. Il fallait que le spectateur se laisse emporter par le film, comme les personnages eux-mêmes, se laisse entraîner par cette aventure impossible : la rencontre de deux petits commerçants sans histoire avec deux oiseaux de nuit. Jean-Marie et Nicole sont des personnages dont la droiture et la banalité ne donnent matière à aucune transgression possible au départ. Que ce couple uni décide un jour d’installer dans son foyer un ex-travesti avait tout d’improbable. C’est justement ce qui m’intéressait : rendre cette situation crédible.

Au départ, Loïc et sa sœur n’attirent pas la méfiance mais plutôt la curiosité…

Ce sont des amateurs, mais qui font des numéros de cabaret plutôt soignés, et c’est important car cela permet à Nicole et à Jean-Marie d’être d’abord frappés, à juste titre, par la qualité de leur show. Et lorsqu’ils se retrouvent un peu plus tard à quatre dans une chambre d’hôtel, c’est alors une situation relativement classique. Loïc et Marylin sont là pour faire leur boulot et Jean-Marie pour régler l’addition. Cette scène qui ne devrait déboucher sur rien provoque en fait chez Jean-Marie et Nicole un mélange ambigu d’attraction et de répulsion. C’est précisément cette ambiguïté qui va cristalliser leur désir. (…)

L’histoire singulière qui arrive à Jean-Marie donne le sentiment que vous voulez combattre tout ce qu’il y a d’ordinaire dans le domaine de l’identité sexuelle?

Ce qui m’intéressait à travers le personnage de Jean-Marie, c’était de prendre en compte l’idée que la sexualité est la plupart du temps très catégorisée, avec d’un côté l’hétérosexualité, de l’autre l’homosexualité, comme s’l fallait à tout prix se définir socialement par rapport à l’un ou à l’autre : je n’ai jamais compris comment un hétéro ne pouvait être qu’hétéro et qu’une vie psychologique et sexuelle puisse se dérouler sur le même rail. « Nettoyage à sec » n’est pas un film sur l’homosexualité, mais plutôt sur les limites de l’hétérosexualité ! L’idée qu’on puisse basculer de l’autre côté, avec tout ce que cela peut impliquer, m’a toujours fascinée. En cela le sujet me ressemble. Je ne voulais donc pas mettre de barrières de protection : Loïc échappe à toutes les catégories, c’est un vrai mec mais il est androgyne ; il n’est pas homo, mais il a une ambiguïté évidente. On sait qu’il a fait des passes dans son métier d’ancien gigolo, mais son homosexualité n’est mise à jour que par les sentiments qu’il éprouve pour Jean-Marie. « Nettoyage à sec » repose sur le fantasme qui nourrit l’imaginaire de tous les couples : le fantasme de la troisième personne, le fantasme du manque. (…)

Les personnages sont sur une pente de plus en plus raide, mais vous suggérez ces glissements par petites touches, comme dans la scène où Nicole danse dans le pressing avec la robe de Loïc, ou comme avec ce plan sur le tambour d’une machine à laver qui met tout sens dessus dessous.

Tout part d’une situation très concrète : une robe à paillettes qu’il faut nettoyer. En même temps, un décalage s’installe très vite : Nicole n’a aucune raison d’essayer cette robe qui lui a été confiée, mais elle se fond dans ce vêtement comme dans la métaphore de ce qui va se passerpar la suite. Le couple entre sans le comprendre dans une déprogrammation sexuelle. Avec le spectacle de cette fausse Sylvie Vartan qui cache un vrai garçon, et de ce faux Johnny Hallyday qui cache une vraie fille, quelque chose d’hypnotique se met en place et cela devient peu à peu un tourbillon dont les personnages ne peuvent plus se sortir. Le plan de la machine procède d’une image mentale : Jean-Marie vit comme à l’intérieur d’une machine à laver, il ne pense qu’à son travail, c’est ce qui le structure (comme beaucoup d’hommes), mais dans sa tête, quelque chose se passe qu’il ne maîtrise plus. « Nettoyage à sec » est un film sur le décontrôle, si le mot existe. Les gens deviennent émouvants quand ils sont confrontés à une vraie perte ou à une mutation d’identité, c’est-à-dire en fait, à une vraie histoire.

Comment avez-vous eu l’idée du pressing, et de cet univers qui paraît d’abord simplement cocasse et devient étrange, presque envoûtant ?

Ma grand-mère tenait une parfumerie à Créteil, et je suis partie sur l’idée des petits commerçants que je connais depuis l’enfance. Lorsque je suis entrée dans un pressing à Belfort, cet univers m’a tout de suite inspirée, d’un point de vue cinématographique. Le métier de maître-teinturier est le plus souvent exercé par des hommes, mais il est d’une féminité et d’une sensualité fascinantes : ces hommes passent leur vie à caresser des pantalons, des tissus, il y a de la vapeur, et le vocabulaire est souvent étonnant, on parle par exemple de la braguette qui gonfle. Jamais l’idée que Jean-Marie soit un obsédé de la tache, comme beaucoup que j’ai rencontrés dans cette production, pour qui le blanc n’est jamais assez blanc. Avec Loïc, c’est le désordre de la vie qui bouleverse un univers où tout doit être parfaitement net. On peut alors imaginer le déchirement intérieur de ce couple qui a dépensé tant d’énergie à appliquer la loi du propre.

Comment avez-vous choisi votre trio de comédiens, Charles Berling, Miou-Miou et Stanislas Merhar, que l’on découvre ?

Je n’ai pas écrit en pensant à des comédiens en particulier. Miou-Miou s’est imposée très vite à moi : c’est une actrice que j’admire beaucoup, elle est émouvante et vraie, elle a en même temps quelque chose de populaire, de juvénile, qui rendait crédible l’attirance de Nicole pour Loïc. Miou-Miou a beaucoup apporté à son rôle, c’est une véritable travailleuse, extrêmement précise dans sa manière de s’approprier un personnage.

La plus grande difficulté, a été de trouver Jean-Marie. Je ne voulais pas faire jouer ce personnage par quelqu’un d’inconnu, car il me semblait que le public se méfierait moins d’un acteur familier et pourrait mieux s’identifier. J’ai rencontré plusieurs acteurs qui se sont tous montrés intéressés par la projet, mais qui ont tous résisté devant le personnage de Jean-Marie comme s’il touchait à quelque chose en eux de très intime. Ils essayaient de me faire changer la fin du film. J’ai été très étonnée par cette peur de porter atteinte à l’identité sexuelle. L’idée de Charles Berling est arrivée de manière assez impromptue : je le connaissais pour l’avoir vu dans « Ridicule », mais je pouvais difficilement alors imaginer qu’il puisse être mon Jean-Marie. Quand je l’ai rencontré, une chose m’a tout de suite plu chez lui : j’ai compris que Charles était un vrai caméléon, j’ai senti que je pouvais lui donner une apparence anonyme, mais qu’il avait aussi un charme et une sensibilité fébrile qui convenaient au personnage de Jean-Marie, dont je ne voulais surtout pas faire un beauf franchouillard. Charles Berling est un acteur qui ne craint jamais de se mettre en danger.

Pour le personnage de Loïc, j’ai vu énormément de jeunes acteurs, mais aucun ne provoquait en moi un réel sentiment de désir, ce qui était capital, puisque je devais faire passer du désir en filmant Loïc. Quand j’ai vu Stanislas, que Dominique Besnehard et Sylvie Meyer avaient repéré par hasard dans la rue, j’ai été séduite et émue par ce qu’il avait de fragile et de troublant. Stanislas était alors doreur sur bois et il était loin de penser au cinéma, et même d’être sûr d’en avoir envie. J’appréhendais son inexpérience, mais j’ai vu qu’il était d’un naturel incroyable. J’ai beaucoup travaillé avec lui avant le film, j’ai tenté de le préparer au rôle en respectant l’évidence de sa présence, de son don d’acteur. (…)

La fin du film est un choc, on est particulièrement déstabilisé par l’attitude de Nicole. Comment comprenez-vous le personnage à ce moment-là ?

Nicole ne condamne pas son mari, elle est au-delà du jugement moral, elle ne peut qu’épouser ce qu’ils ont provoqué ensemble tous les trois. Elle passe la serpillière pour faire disparaître les traces et en même temps, elle est dans un état de transe qui la dépasse. Je crois que la vraie folie se greffe sur des choses concrètes et précises. Quand on est confronté à un tel événement, la violence expressive me semble convenue parce qu’on est au-delà de l’expression de la violence, on est emmuré en soi-même, comme si on vous avait lavé le cerveau. Nicole est dans cet état-là. Sans ce dénouement, je pense que le film ne serait pas abouti. Cette histoire ne devait pas donner matière qu’à des variations plus ou moins ludiques : il fallait absolument aller jusqu’au bout. C’est un constat noir sur le couple, mais uni sur une confrontation hors du commun, qui transfigure les personnages. (…)


  • Sortie : 24/09/1997
Date de la publication électronique :22 March 2012
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé