Comment j'ai tué mon père  –  Anne Fontaine  –  2001

Fiche générale

Affiche
  • Pays de production :France
    Espagne
  • Durée : 100 minutes
  • Producteur :Philippe Carcassonne
  • Production :Ciné B
    Cinéa...
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Réalisateur :Anne Fontaine
  • Interprètes : Michel Bouquet (Maurice)
    Charles Berling (Jean-Luc)
    Natacha Régnier (Isa)
    Stéphane Guillon (Patrick)
    Amira Casar (Myriem)
    Hubert Koundé (Jean-Toussaint)...
  • Scénario :Anne Fontaine
    Jacques Fieschi
  • Dialogues :Anne Fontaine
    Jacques Fieschi
  • Directeur de production :Frédéric Sauvagnac
  • Directeur de la photographie : Jean-Marc Fabre
  • Compositeur de la musique : Jocelyn Pook
  • Monteur : Guy Lecorne
  • Chef décorateur : Sylvain Chauvelot
  • Costumier : Corinne Jorry

Production

  • Pays de production :France
    Espagne
  • Producteur :Philippe Carcassonne
  • Production :Ciné B
    Cinéa
    France 2 Cinéma
    P.H.F. Films
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Directeur de production :Frédéric Sauvagnac

Fiche artistique

  • Réalisateur :Anne Fontaine
  • Scénario :Anne Fontaine
    Jacques Fieschi
  • Dialogues :Anne Fontaine
    Jacques Fieschi
  • Scripte :Maggie Perlado
  • Interprètes :Michel Bouquet (Maurice)
    Charles Berling (Jean-Luc)
    Natacha Régnier (Isa)
    Stéphane Guillon (Patrick)
    Amira Casar (Myriem)
    Hubert Koundé (Jean-Toussaint)
    Karole Rocher (Laetitia)
    Marie Micla (La prostituée)
    Nicole Evans (La patiente)
    Philippe Lehembre (Le SDF / patient âgé)
    Pierre Londiche (La père d'Isa)
    Jean-Christophe Lemberton (Cyril)
    Manoëlle Gaillard (La mère d'Isa)
    Etienne Louvet (Le fils de Myriem)
    Claude Koener (L'officiel)
    Thierry de Carbonnières (L'invité de la réception)
    Nathalie Mathis (Magali)
    Emmanuel Booz (Le gérant)
    François Berléand

Fiche technique

  • Photographie :Jean-Marc Fabre
  • Compositeur de la musique :Jocelyn Pook
  • Ingénieur du son :Jean-Claude Laureux
  • Monteur :Guy Lecorne
  • Chef décorateur :Sylvain Chauvelot
  • Costumier :Corinne Jorry
  • Son :SRD
  • Monteur son :Francis Wargnier
  • Maquilleur :Thi-Loan Nguyen
  • Photographe de plateau :Jean-Claude Lother
    Bruno Calvo
  • Régisseur :Marie-Hélène Labret
  • Assistant réalisateur :Thierry Verrier (1er assistant réalisateur)

Résumé et notes

  • Durée : 100 minutes

RÉSUMÉ

Jean-Luc, médecin à qui tout réussit, pense avoir oublié son père. Un père parti il y a si longtemps, qui a donné si peu de nouvelles… Comme si le souvenir – ou le ressentiment – était du temps perdu.

Mais voici que surgit Maurice, de retour d’un long exil. Il n’exprime aucun remord. Sans état d’âme apparent, il regarde autour de lui avec un drôle de sourire.

Il considère la vie, l’univers de Jean-Luc avec une distance qui en devient cruelle. C’est lui qui a l’air de juger. De quel droit ?

Face à ce père qui le séduit, le rebute, le rejette, Jean-Luc ne pourra plus éviter d’affronter sa propre histoire.

D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

ENTRETIEN AVEC ANNE FONTAINE, REALISATRICE

Comment est née l’idée de ce retour du père prodigue?

J’avais à nouveau envie d’explorer le thème de l’intrus, celui qu’on n’attend pas et qui surgit dans un monde constitué, dont il va transgresser les codes. C’était déjà le cas dans « Nettoyage à sec » où un jeune travesti venait infléchir le destin d’un couple de petits commerçants. Ici, le retour impromptu d’un père, exempt du sentiment de paternité, va mettre sous pression son entourage et en particulier son fils aîné dont la vie offre tous les signes extérieurs de la réussite. Je trouvais intéressant de voir comment un père, qui n’éprouve apparemment aucune culpabilité, est amené à se confronter à ses deux fils, qui croient eux aussi avoir refermé le dossier œdipien. C’est cette lutte incessante entre le conscient et l’inconscient, ravivé par ce rapport si tardif, qui va entraîner insensiblement chaque personnage dans une mise à nu, dont personne ne sortira indemne.

Pourquoi deux êtres aussi proches qu’un père et son fils ont-ils toujours des comptes à régler ? Pourquoi faut-il « tuer le père » ?

Parce que c’est le rapport le plus ambigu et le plus complexe. Tous les rapports amoureux, passionnels, génèrent des troubles, des paroxysmes. Mais celui-là est logé au plus profond de vous, il peut vous rattraper comme ça, brutalement…

C’est comme si, par moments, on était ventriloqué par son père ou sa mère. Vous ne savez pas pourquoi, tout d’un coup, vous ressentez sur votre visage l’expression de votre père ou de votre mère, comme s’il y avait quelqu’un d’autre à l’intérieur de soi. Il y a aussi ces sentiments assez primaires et naïfs que l’on aimerait susciter chez ses géniteurs.

On sent bien que Jean-Luc, le personnage du fils, interprété pat Charles Berling, aurait voulu que son père soit fier de sa réussite sociale. Mais Maurice manifeste une ironie critique à l’égard de ce dernier dont l’univers matérialiste est aux antipodes de ses valeurs. Se sentir tout d’un coup sous l’œil implacable de ce père-là (surtout quand c’est l’œil de Michel Bouquet) provoque chez le héros un état grandissant de tension. Plus l’histoire avance, plus Jean-Luc se sent menacé, comme s’il se retrouvait face à son plus proche ennemi… Je tenais à susciter un suspense à travers ces rapports de paternité et de filiation, des rapports qui dépassent la psychologie, parce qu’ils relèvent de la fatalité. (…)

On est tous concernés par ces rapports conflictuels… D’où votre titre « Comment j’ai tué mon père…

Le titre joue avec le caractère freudien du sujet. Mais on aurait pu rajouter : « Et comment j’ai réussi à le ressusciter peu après ». Les deux notions sont inséparables. Bien qu’ils soient étrangers l’un à l’autre, père et fils vont aller au fond du rapport viscéral qui les lie par-delà la mort. On imagine souvent, surtout quand on les a perdus, que l’un de ses parents viendrait, comme un fantôme, s’infiltrer dans sa vie et en révélerait toutes les aberrations. C’est ce qui arrive ici à Jean-Luc. Le dénouement du film constitue l’acte de naissance d’un être qui jusque-là vivait à côté de lui-même. (…)

Ce sujet vous touchait de près ?

Il est évident qu’en écrivant avec Jacques Fieschi, on a puisé dans des expériences personnelles. J’ai toujours été déconcertée à l’idée qu’on soit « naturellement » un père ou une mère. Pour moi ça n’a jamais été quelque chose d’inné. Il y a des êtres qui ont sans doute cela en eux, une sorte de don pour transmettre, éduquer… Mais, pour beaucoup d’autres, c’est infiniment compliqué. Ce sont des rapports qui échappent au jugement moral. Ce père a l’honnêteté de ne pas essayer d’épouser le simulacre des sentiments obligés. Les faux rapports sont insupportables. (…)

Le comportement de ce père, dont on ne sait rien, crée une forme de suspense durant tout le film…

On ne sait jamais ce qu’il vient faire, il arrive, il regarde, il se promène dans une église… Michel Bouquet est un miracle d’ambiguïté, on ne sait jamais ce qu’il pense. Il devait amener un danger, qui n’est jamais de l’ordre factuel, mais une menace diffuse. Ce père va gratter tous les points de faiblesse, ou de mensonges qui se présentent devant lui, mais il ne le fait pas tout à fait sciemment. Je voulais créer un personnage qui est là, tout le temps, dont on ne peut plus se débarrasser, et qui pourtant est prêt à partir de lui-même ! Le temps est dilaté, irréel, on ne sait pas sur combien de temps se passe l’histoire. (…)

Peut-on envisager que Jean-Luc ait imaginé toute cette histoire ?

Vous vous posez la question ? Tant mieux… Il me paraît inutile de verrouiller la compréhension du film, je préfère que les spectateurs sentent que certaines choses leur ont échappé. J’ai essayé de mettre en scène le film avec les deux entrées possibles. On peut penser que Jean-Luc reçoit la lettre au début dans un état de choc intense et qu’il imagine l’arrivée de son père sous le mode de projection mentale : si j’avais revu mon père avant sa mort, comment aurait-il modifié ma vie ? Ou bien, il peut s’agir d’un simple souvenir, de ce qui s’est vraiment passé entre eux, réorganisé par la mémoire. Ou encore, d’un mélange entre le rêve et le souvenir… Trouver l’équilibre a été difficile : à être trop volontariste, on risque l’idée artificielle. Je voulais qu’on ne soit pas sûr, et que la complexité de ce qu’on regarde soit aussi sous ce prisme-là. (…)

Dans chacun de vos films le choix du décor a une signification précise. Le XIIIe arrondissement pour « Augustin roi du kung-fu », la ville de Belfort pour « Nettoyage à sec » et, ici, Versailles avec ses demeures bourgeoises, ses rues vides.

Dans le film, le paysage versaillais est très abstrait, comme s’il était projeté dans le mental de Jean-Luc, comme s’il projetait son père là aussi. La satire sociale ne m’intéresse pas. J’ai préféré le choix d’une banlieue « bourgeoise », un décor plus confiné que Paris. J’aime bien aller vers une lente concentration des rapports entre mes personnages. Dans Paris, les gens sont plus anonymes. Par ailleurs, je voulais que deux mondes s’entrechoquent, même si, dans le film, cela est évoqué de manière subliminale : l’Afrique, le continent Noir (littéralement, et pas seulement au sens freudien), et cette vie, asphyxiée, où l’air ne rentre plus.

Vous approchez les personnages avec une caméra attentionnée, des plans séquences et des travellings circulaires qui permettent de s’approcher lentement du mystère qui entoure leurs vies.

J’ai essayé de chorégraphier physiquement la mise en scène, comme si le regard de Jean-Luc plongeait dans les rapports aux différents personnages. J’avais envie de le suivre de l’intérieur de la caméra. J’ai essayé de maintenir cette caméra en éveil, pour découvrir les personnages tout en les dissimulant. Je voulais que l’on puisse se dire, « qu’est-ce qui m’échappe ? », laisser le spectateur flotter dans son propre imaginaire, superposer sa propre histoire… (…)


  • Sortie : 19/09/2001
Date de la publication électronique :23 March 2012
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé