David et Madame Hansen  –  Alexandre Astier  –  2012

Fiche générale

Affiche
  • Durée : 89 minutes
  • Producteur :Alexandre Astier (producteur associé)
    Agathe Sofer (producteur associé)
  • Production :Pathé
    Regular...
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Réalisateur :Alexandre Astier
  • Interprètes : Isabelle Adjani (Madame Hansen-Bergmann)
    Alexandre Astier (David)
    Julie-Anne Roth (Clémence)
    Victor Chambon (Hugo)
    Jean-Charles Simon (Docteur Reiner)
    Daphné Bürki (Perrine)...
  • Scénario :Alexandre Astier
  • Producteur exécutif :Eric Hubert
    Jean-Christophe Hembert
  • Producteur délégué :Romain Le Grand
  • Directeur de production :Daniel Chevalier
  • Directeur de la photographie : Pascal Chantier
  • Chef opérateur : Fabrice Moindrot
  • Compositeur de la musique : Alexandre Astier
  • Monteur : Alexandre Astier
  • Chef décorateur : Seymour Laval
  • Costumier : Carine Sarfati

Production

  • Producteur :Alexandre Astier (producteur associé)
    Agathe Sofer (producteur associé)
  • Production :Pathé
    Regular
    France 3 Cinéma
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Producteur délégué :Romain Le Grand
  • Producteur exécutif :Eric Hubert
    Jean-Christophe Hembert
  • Directeur de production :Daniel Chevalier
  • Avec la participation de :Canal+
    Ciné+
    France Télévisions

 

Fiche artistique

  • Réalisateur :Alexandre Astier
  • Scénario :Alexandre Astier
  • Scripte :Clémentine Oudot
  • Interprètes :Isabelle Adjani (Madame Hansen-Bergmann)
    Alexandre Astier (David)
    Julie-Anne Roth (Clémence)
    Victor Chambon (Hugo)
    Jean-Charles Simon (Docteur Reiner)
    Daphné Bürki (Perrine)
    Sébastien Lalanne (Gilles)
    Elodie Hesme (Hélène)
    Cindy Cayrasso (Sophie)
    Pauline Moingeon (Karine)
    Stéphanie Heiser (Secrétaire Docteur Reiner)

Fiche technique

  • Directeur de la photo :Pascal Chantier
  • Chef opérateur :Fabrice Moindrot
  • Compositeur de la musique :Alexandre Astier
  • Ingénieur du son :Lucien Balibar
    Yoann Veyrat
    Louis Molinat
  • Monteur :Alexandre Astier
  • Chef décorateur :Seymour Laval
  • Costumier :Carine Sarfati
  • Régisseur :Sylvain Bouladoux
  • Assistant réalisateur :Stéphane Moreno Carpio (1er assistant réalisateur)
    Cécile Denis (2ème assistant réalisateur)
  • Supervision post-production :Virginia Anderson (directeur de post-production)
  • Mixage :François-Joseph Hors

 

Résumé et notes

  • Durée : 89 minutes

RÉSUMÉ

David est ergothérapeute. Il exerce depuis peu dans une riche clinique suisse. Alors que, un matin, il manque une de ses collègues à l'appel, on lui confie une patiente à accompagner pour une course en ville : Madame Hansen-Bergmann.

D'abord prudent et respectueux du protocole médical, David se montre procédurier. Mais au fur et à mesure qu'il côtoie sa patiente, sa curiosité grandit : tant de provocation et d'insolence, mêlées à de si soudaines vagues de détresse et de chagrin inexpliquées, ne peuvent cacher qu'un grand traumatisme. Ils ne reviendront pas à l'heure prévue…

D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

ENTRETIEN AVEC ALEXANDRE ASTIER, REALISATEUR

Tournage top secret

Avant même de connaître Isabelle Adjani, j’ai eu l’impression qu’il lui fallait de la discrétion pour travailler. Et je ne suis pas contre ! En sortant de "Kaamelott", je voulais faire un film avec peu de gens, une boîte à savon, une allumette et deux bouts d’élastique… même si cela n’y ressemble pas vraiment (rires) ! Je l’imaginais comme une cour de récré, un bac à sable tout propre dans lequel je pourrais jouer avec quelqu’un.

Inventer, c’est impudique pour moi : je n’aime pas qu’on me regarde faire, ce qui était aussi le cas sur "Kaamelott" où je m’isolais pour réécrire. Une idée reste fragile jusqu’à ce qu’elle soit réalisée. C’est particulièrement le cas sur ce film : il fallait que les gens soient bienveillants et précautionneux avec ces idées. Tout est possible lorsqu’un tournage est élégant et il le devient par le silence, la discrétion et les gens qui déposent leur savoir-faire dans le pot commun. Fermer un tournage permet cela. C’est vrai qu’à l’inverse, l’attente peut être décuplée. Mais il va bien falloir en créer une, à un moment donné. Par contre, cela n’était pas mon but : il ne s’agit pas d’«un film à barouf», il ne s’est rien passé d’incroyable, on a juste tourné un long métrage ! Maintenant, Isabelle Adjani joue dedans et, quand on lui fiche la paix, il y a une alchimie qui, selon moi, mérite de rester un peu secrète.

Projections privées

Tourner ce film sur un sujet aussi délicat, c’est me mettre en danger : je ne suis pas là où l’on m’attend et je ne voulais pas tenter de faire rire, même si certaines situations s’y prêtent. Il y a des thèmes qui reviennent sans cesse dans mon écriture et je ne cherche pas à comprendre pourquoi : mon boulot consiste à en fabriquer des fictions. Après une saison entière de "Kaamelott" sur les enfants, la pièce "Que ma joie demeure" et ce film-là, je sais que je tourne autour de la paternité. L’adolescence de l’art, c’est balancer ses obsessions brutes au nez de tout le monde, mais avec l’âge, cela a changé : j’ai envie que la comédie soit le vernis des choses, pas le fond. Faire rire, c’est un peu de la prostitution. Je ne le promets jamais, pas par provocation mais par humilité. Avec «David et Madame Hansen», c’est l’humanité des personnages qui m’a intéressé.

Cette histoire remonte bien avant "Kaamelott" : elle tient à la fois de l’intime et du visionnage d’un documentaire allemand, "Une journée disparue dans le sac à main". On y fait la connaissance d’une vieille dame, à un stade très avancé d’Alzheimer : elle est depuis 17 ans dans un hôpital et se réveille, chaque matin, sans savoir où elle se trouve. Il faut tout lui expliquer. Malgré sa pathologie, elle a des mots magnifiques pour expliquer ce «voile noir» qui s’empare d’elle. On suit son jour de sortie avec un ergothérapeute qu’elle envoie paître… moins violemment que dans le film (rires) ! Elle se rend à son domicile, alors que ses clés n’ouvrent plus son appartement : ce n’est plus chez elle depuis des années et c’est un cauchemar. Cela m’a donné l’idée d’un personnage qui alternerait des phases de conscience aiguë et d’autres où il serait complètement perdu. À l’époque, j’imaginais plutôt une pièce de théâtre sur une femme…

J’ai travaillé avec un psychiatre pour comprendre toutes les pathologies liées aux défaillances de la mémoire. Je ne voulais pas qu’il y ait «l’excuse» de la sénilité et surtout, je tenais à faire passer une idée qui n’est pas habituelle : même s’ils perdent l’essentiel, les malades de la mémoire gagnent de petites choses. Privés de la capacité d’anticipation, ils ne sont plus atteints par l’inquiétude et le regret. Ils sont dans le moment présent. Ils quittent un monde – le nôtre – mais ont accès à un autre, plus serein : ils peuvent se mettre à pleurer, en s’émerveillant sur un rayon de soleil, ou s’extasier sur un goût, parce qu’ils le redécouvrent à chaque fois. Bien entendu, cela n’enlève rien à la souffrance extrême des familles, mais celles-ci expliquent aussi que leur proche peut atteindre un apaisement surprenant.

Ce qui m’anime depuis mes débuts est une colère contre la conformité. Je suis un peu connu grâce à une série très personnelle, sur laquelle je n’ai jamais triché et lorsque l’on regarde "Kaamelott" dans son intégralité, je m’y livre beaucoup. Arthur arrive toujours dans un pays où il combat des règles comme la torture ou l’esclavage. Il est progressiste dans un monde barbare et c’est pour cela qu’il s’en prend plein la gueule. De la même manière, Madame Hansen est désignée comme étant malade, alors que c’est elle qui apprend des choses aux autres. Si je n’avais pas eu ce parcours avant le film, je n’aurais pas pu le réaliser. Peut-être aussi que je n’aurais pas eu envie de le faire. À l’instant où j’ai écrit le scénario, je savais que mon baptême de cinéma serait «David et Madame Hansen». Quoi qu’en pense le reste du monde. On ne peut jamais regretter d’avoir fait quelque chose où l’on se sentait à sa place. En général, les gens vous laissent refaire ce que vous avez accompli avec succès. Il faut se battre contre ça et le fait d’écrire est un atout pour y parvenir. J’aime beaucoup quand Molière dit que son métier, c’est de plaire. Mais il existe deux sortes de séduction : devenir celui que l’on imagine que les autres attendent ou être soi-même en toute occasion. Personnellement, je préfère suivre mes envies : cela finit toujours par payer et la vie est bien plus jolie !

Madame Hansen…

Isabelle Adjani est une virtuose, au sens musical du terme : elle prend possession de la partition et la rend unique, la signe. En toute modestie, j’ai essayé d’écrire ça pour elle, avec un personnage qui change abruptement d’attitude, capable de verve et de style, puis en détresse totale. Il fallait quelqu’un qui soit à l’aise dans tous les accidents du personnage et qui élargisse la palette du rôle, au-delà de ce qui est écrit.

Ma mère m’a toujours dit qu’un texte est dangereux, parce qu’il contient la somme de clichés et de freins au rôle. Il faut que ce cadre existe mais le métier n’est pas de jouer ce qui est écrit. Isabelle Adjani connaît son texte au mot près mais tout est dans le «comment», dans une interprétation si personnelle qu’elle n’est pas copiable.

Écrire un texte à quelqu’un est aussi une déclaration, une manière de lui dire «Je vous adore puisque vous m’inspirez et je vous crois capable de le jouer». Isabelle Adjani dit qu’un film fait par un acteur, même s’il a d’énormes défauts, n’est jamais faux. Je pense que, dans son esprit, elle parle d’une œuvre portée par la volonté de jouer. Je crois effectivement que lorsqu’un film est conçu autour du jeu, il est empreint d’une vraie sincérité.

À partir du moment où un acteur a tourné les plus belles histoires avec les plus grands, on peut penser qu’il est difficile de le séduire. Beaucoup de cinéastes se demandent comment y parvenir : je ne m’étais pas trompé en pensant qu’Isabelle Adjani viendrait si elle pouvait y prendre du plaisir. Je n’avais pas les moyens de «l’amuser» avec autre chose que le texte. Je savais aussi que sur le tournage, je ne pourrais pas me contenter de suivre le planning à la lettre et de poser la caméra là où c’était prévu. J’ai toujours cherché à injecter de la vie dans une scène, à réagir en fonction du moment, et c’est ce qui nous a réunis autour du film.

… et David

Ma mère m’a appris ce métier en me montrant des films de Funès. C’était lui aussi un virtuose dans les ruptures, la vitesse d’exécution et les changements d’état. Ma mère m’expliquait qu’aucun de ses partenaires n’était arythmique face à lui. C’est le même principe avec Isabelle Adjani : on ne peut pas avoir peur des virtuoses parce qu’ils vous sauvent de tout, même s’il ne faut pas être une tôle (rires) ! Le plus dur pour un comédien, c’est de se retrouver face à un mauvais ! Quand on aime le ping-pong – et le film est écrit de cette manière – les scènes s’enchaînent sans souci. Il n’y a rien de plus agréable que de jouer face à Isabelle Adjani.

J’ai toujours pensé que la meilleure façon de diriger un comédien était de jouer avec lui. C’est pour cette raison que je voulais absolument incarner David. Il est comme un orphelin dans son environnement : c’est un Français en Suisse ; il est nouveau dans la clinique ; il a une gueule différente. C’est pour cela que Madame Hansen le repère... Je ne filme pas des histoires ou des personnages, mais des acteurs. Même lorsque je ne suis pas dans la scène, je vais toujours parler aux comédiens, je vais me mettre dans la peau de ceux qui jouent et chercher la dynamique. J’avoue que lorsqu’une scène sonne juste à l’oreille, il faut vraiment qu’il y ait un gros problème technique pour que je la retourne.

La scène-clé du film pour moi, c’est celle de la station-service avec ce monologue, filmé champ contrechamp avec une table et un café. Point. J’ai eu envie de cette scène avec Isabelle Adjani avant tout le reste. C’est le moment où David bascule dans ses certitudes et laisse sa curiosité l’emporter. L’un de mes films préférés est «Garde à vue» : un bureau, un néon, deux personnages… mais quels acteurs !

Hauts, bas, fragiles

Les rapports de «force» ne cessent d’évoluer au fil de la narration. Au début du film, on a quelqu’un de malade face à un autre qui ne l’est pas, puis au fur et à mesure, David apprend de Madame Hansen. Dans le reportage que l’on a évoqué, les gens dits «sains» portaient des blouses et des badges, alors que les «malades» étaient en chemise de nuit toute la journée. Cela m’avait déjà choqué. Il y a des établissements où les choses ont changé : par exemple, au Canada, on expérimente le fait que le personnel soignant est en pyjama, comme les malades. Il y a l’idée de se calquer sur leur monde, et non plus d’organiser les soins pour ramener les malades dans un cadre «normal».

Madame Hansen progresse lorsque les gens qui l’entourent donnent du crédit à l’imprévu. Lorsque David l’accompagne avec sa fiancée et son frère à Aix-les-Bains, elle se retrouve en «famille». Célébrer ensemble un anniversaire, c’est un imprévu. Le groupe qu’ils forment agit comme un petit catalyseur pour Madame Hansen. De tous les personnages, c’est l’adolescent qui est le moteur. Ce rôle est écrit pour Victor Chambon : je le connais depuis qu’il est tout petit ; c’est un ancien punk qui a laissé tomber la crête parce que son père lui a tranquillement laissé tenter l’aventure !

À travers son personnage, j’ai aussi voulu faire un film contre la précaution, un encouragement à la témérité. En écrivant, je pense souvent à cette phrase de Freud, très tranchée, qui estime que chaque adolescent est confronté, à un moment de sa vie, au choix suivant : se conformer et mourir ; ne pas se conformer et devenir un héros. Tous les adolescents du monde ont entendu leurs parents leur dire : «Assure tes arrières». Moi-même, je suis un exemple de non-conformité. «Ne pas faire comme…» : c’est l’histoire de ma vie et de ce film.

Allegro ma non troppo

Je suis davantage un homme de sons que d’images. Techniquement, je sais m’y prendre et tout est organisé pour que l’acteur soit mis en valeur. En général, il arrive en dernier sur un plateau et se cale sur les scotches : je déteste ça alors je les ai enlevés (rires). À mon sens, un plaisir de cinoche est intimement lié aux comédiens : même lorsque Spielberg élabore des plans très complexes qui sont riches et plaisants, ils sont toujours en rapport étroit avec ses personnages.

Lorsque je tourne une scène, j’en imagine toujours la musique, mais elle peut ne prendre sens qu’au moment du montage, comme toute la scène de retour en Lamborghini. C’est aussi là que l’on entend le thème musical fondateur, que j’ai ensuite décliné tout au long du film. Il existe depuis longtemps : je l’ai composé et joué chez moi, après avoir vu "Une journée disparue dans le sac à main". Je n’ai jamais pensé à l’utiliser dans un autre projet. Cette musique évoque pour moi le destin ; elle sait davantage de choses que le film et donne des infos que l’on n’a pas à l’écran.

On m’a logiquement encouragé à réaliser «David et Madame Hansen» après avoir tourné un autre film. Ça n’était pas absurde, mais c’est celui-là que je voyais comme mon premier film, alors j’ai tenu bon ! Au fur et à mesure qu’on me suggérait d’abandonner, la motivation grandissait parce que c’était un thème qui me tenait vraiment à cœur. Quand j’étais adolescent, je voulais tout bouffer et je pensais qu’il fallait devenir pointu, se raréfier pour devenir spécialiste. Je dois admettre aujourd’hui que les gens qui restent dans le métier sont ceux qui ont conservé la petite flamme, la passion, même s’ils savent faire moins de choses que le voisin.

Thérapie à grande vitesse

J’assume ce développement de l’histoire. Madame Hansen n’est pas victime d’Alzheimer : elle a une maladie de la mémoire post-traumatique et ne se souvient pas de certains événements, parce que son psychisme ne le supporterait pas. C’est comme si un plomb de sécurité avait sauté, ce qui ne l’empêche pas de marcher et de vivre. Dans certaines thérapies, comme celle dont on parlait au Québec, il s’agit de faire avec ce qui reste au patient, et non pas en fonction de ce qui leur manque. Le psy va accepter le monde du patient et s’y promener avec lui. L’histoire du film, je suis capable de la défendre : même si la pathologie de Madame Hansen est fictive, j’ai vérifié qu’elle peut exister. Le «soin» que lui apporte David est évidemment romancé, mais il y a des réalités : lorsqu’un patient est soumis à une conformité de soins, aussi classes soient-ils, le blocage s’installe. Et puis, au bout d’un moment, ce qui fait le niveau d’un établissement c’est son hôtellerie, et non plus le génie de la thérapie.

J’ai choisi un directeur de clinique qui fasse marcher sa boutique, tout en étant capable de repérer quelqu’un comme David, un peu «foufou» et hors des conventions. Le point qui peut être bénéfique à Madame Hansen, c’est le changement, une rupture dans le «rituel» médical. En plus, David n’installe pas une méthode de thérapie : il n’est qu’ergothérapeute et il agit de manière empirique, maladroitement et sans panache. Par exemple, l’épisode de la piscine lui donne juste l’idée de pousser Madame Hansen dans ses retranchements et il y va finalement trop fort. C’est un gars qui est ouvert au moment, disponible à l’instant, aussi coincé soit-il entre sa hiérarchie et sa fiancée.

À bientôt 38 ans et avec ce que j’ai, bien modestement, compris de la vie, j’espère que si je me retrouve plus tard à faire de la poterie dans un hôpital, j’aurais la lucidité de me rebeller !

Reflets dans un clin d’œil

Quand Isabelle Adjani a des répliques comme «Vos fleurs, vous avez pensé à vous les coller au cul ?» ou «Vous en avez de la chance, avec votre tête de pizzaïolo», je me suis vraiment fait plaisir. Ces phrases sont raccord avec sa personnalité : Madame Hansen ne supporte pas les gens que Michel Audiard aurait appelé les «demi-sel» ou les «pousse-mégots» (rires) ! Audiard a souvent saisi l’occasion de s’en prendre aux couillons, à ceux qui sont étriqués, reclus dans leur petit monde. Comme dans LA TRAVERSÉE DE PARIS. C’est un grand bonheur d’auteur d’écrire ce genre de répliques, surtout lorsqu’elles sont adressées au personnage que j’incarne dans le film !

Lorsque l’on voit pour la première fois Madame Hansen, dans l’ombre et avec ses lunettes noires, on pourrait penser à un jeu sur l’image d’Isabelle Adjani, mais ça n’est pas le cas ! Ce premier plan de Madame Hansen est une métaphore de l’araignée, tapie dans l’ombre où elle observe l’environnement. En revanche, quand on travaille avec Isabelle Adjani, on apprend à gérer son regard car le montrer, c’est provoquer quelque chose à l’écran. Le bleu de ses yeux est incroyable et son attitude habituelle pour regarder le monde et les gens, c’est de porter des lunettes. Elle le fait dans son quotidien et pour beaucoup d’acteurs, ça n’est pas pour éviter qu’on les reconnaisse mais pour que l’on ne voit pas où ils regardent. C’est une protection, et c’est vrai pour Isabelle Adjani. Elle et Madame Hansen ont en commun du panache, de la classe et une incroyable répartie. Avec les très grands acteurs, il y a toujours des points communs avec leurs personnages : ils s’investissent tellement qu’ils sont, quelque part, le rôle.

Il y a aussi la scène où David retrouve Madame Hansen au fond de la piscine et joue avec elle, lui choisissant une épée et elle une baguette de fée. On va penser au clip de «Pull Marine» : ça n’est pas volontaire mais c’est conscient ; on en a pas mal rigolé avec Isabelle Adjani ! Et la baguette de fée, ça peut être la Dame du Lac face à David qui brandit l’épée comme Zorro, comme un chevalier, comme… voilà (rires) !

Quant à la théorie des parfums de glaces qui clôt le film, je l’adore : les gens qui prennent chocolat sont tristes et ont besoin de câlins ; ceux qui prennent vanille sont doux et ne veulent pas de changement ; enfin, ceux qui la prennent aux fruits ont besoin de s’amuser. Il n’y a aucune référence là-dedans : c’est une théorie personnelle, mais qui ne demande qu’à être contredite cet été !


  • Sortie : 29 août 2012
Date de la publication électronique :25 July 2012
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé