Mes héros  –  Eric Besnard  –  2012

Fiche générale

Affiche
  • Pays de production :France
  • Durée : 87 minutes
  • Producteur :Richard Grandpierre
    Romain Le Grand (coproducteur)
    Vivien Aslanian (producteur associé)
  • Production :Eskwad
    Pathé (coproduction)...
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Réalisateur :Eric Besnard
  • Interprètes : Josiane Balasko (Olga)
    Gérard Jugnot (Jacques)
    Clovis Cornillac (Maxime)
    Pierre Richard (Jean)
    Magaly Berdy (Sally)
    Anne Charrier (Stéphanie)...
  • Scénario :Eric Besnard
  • Producteur exécutif :Frédéric Doniguian
  • Directeur de la photographie : David Koskas
  • Chef opérateur : Jean-Marie Dreujou
  • Compositeur de la musique : Christophe Julien
  • Monteur : Christophe Pinel
  • Chef décorateur : Bertrand Seitz
  • Costumier : Madeline Fontaine (créatrice de costumes)
    Jette Kraghede (chef costumière)

Production

  • Pays de production :France
  • Producteur :Richard Grandpierre
    Romain Le Grand (coproducteur)
    Vivien Aslanian (producteur associé)
  • Production :Eskwad
    Pathé (coproduction)
    Josy Films (coproduction)
    Malec Production (coproduction)
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Producteur exécutif :Frédéric Doniguian
  • En association avec :Cinémage 6
  • Avec la participation de :Canal+
    Ciné+

 

Fiche artistique

  • Réalisateur :Eric Besnard
  • Scénario :Eric Besnard
  • Scripte :Anne Wermelinger
  • Interprètes :Josiane Balasko (Olga)
    Gérard Jugnot (Jacques)
    Clovis Cornillac (Maxime)
    Pierre Richard (Jean)
    Magaly Berdy (Sally)
    Anne Charrier (Stéphanie)
    Ibrahim Burama Darboe (Tiemoko)
    Joseph Besnard (Enfant Maxime)
    Fejria Deliba (Rachida)
    Samuel Besnard (Bébé Maxime)
    Michelle Godet (Nicole)
    Michel Masiero (Roger)

Fiche technique

  • Photographie :David Koskas
  • Chef opérateur :Jean-Marie Dreujou
  • Compositeur de la musique :Christophe Julien
  • Ingénieur du son :Marc-Antoine Beldent
  • Monteur :Christophe Pinel
  • Chef décorateur :Bertrand Seitz
  • Costumier :Madeline Fontaine (créatrice de costumes)
    Jette Kraghede (chef costumière)
  • Maquilleur :Françoise Andrejka
  • Casting :David Bertrand
  • Régisseur :Benoît Landeroin
  • Assistant réalisateur :Mathieu Howlett (1er assistant réalisateur)
  • Mixage :Jean-Charles Liozu
  • Chef coiffeur :Cédric Chami

 

Résumé et notes

  • Durée : 87 minutes

RÉSUMÉ

Maxime est un chef d’entreprise qui fait des heures supplémentaires pour sauver sa compagnie d’ambulances au risque de sacrifier sa femme et ses enfants. Apprenant que sa mère est en garde à vue, il va la sortir de prison… et se le fait aussitôt reprocher. Olga, sa mère, est en effet une femme de caractère. Il apprend qu’elle s’est à nouveau disputée avec son père et décide de la ramener chez elle. C’est l’occasion pour Maxime de passer un week-end loin de ses responsabilités. Chez ses parents, deux sexagénaires qui, depuis quarante ans, s’aiment autant qu’ils s’engueulent. Cette parenthèse joyeuse dans une vie agitée est l’occasion pour le fils de se rappeler d’où il vient. La vie a beau être éphémère et injuste elle peut aussi être envisagée comme une suite de petits bonheurs. D’autant plus qu’ils ont un invité…

D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

ENTRETIEN AVEC ERIC BESNARD, SCENARISTE ET REALISATEUR

Comment cette nouvelle histoire est-elle née ?

«Maman !». Je voulais finir le film par ce mot. Pas un appel. Pas un cri. Juste le mot. Dit par un adulte à sa mère. De son vivant. Parce que nous vivons tous la crainte de la disparition de nos proches. De nos parents. Donc d’une partie de notre identité. J’en suis donc arrivé à l’idée de construire un film sur la relation mère-fils. En m’inspirant de ma relation avec ma mère. Et comme mes parents vivent ensemble depuis cinquante ans, je me suis vite retrouvé dans une relation triangulaire…

J’avais aussi envie de parler du moment où un fils devient un père. C’est l’autre thème qui s’est imposé. À quel moment bascule-t-on de l’un à l’autre ? Quelles sont les valeurs que l’on transmet ? Que l’on choisit de transmettre ? Faut-il rester fidèle aux valeurs apprises ? Certaines deviennent caduques. La société évolue. Il y a là un dilemme intéressant. Faut-il préparer les enfants à l’avenir ou leur faire passer ce qu’on vous a enseigné ? Définir ce que l’on doit enseigner à ses enfants, ce que l’on transmet, est une question essentielle. Et puis il y a tout ce qui passe à travers nous sans qu’on le contrôle. Le premier enseignement, c’est bien entendu l’exemple…

J’avais aussi envie de faire un film sur l’héroïsme ordinaire. Mes deux films précédents présentaient des héros face à des situations exceptionnelles. J’avais envie de personnages quotidiens. Ce qui n’interdit pas l’héroïsme. J’appelle héroïsme le fait de mettre sa vie dans la balance. Qui sont les héros ordinaires ? Il se trouve que j’en connaissais… (…)

Votre film est une chronique surprenante, intime, avec un vrai regard sur des choses que nous connaissons tous. Comment l’avez-vous écrit ?

Lorsque j’ai commencé à écrire cette histoire, je n’avais pas l’intention qu’elle devienne un film. J’avais juste besoin de poser des sentiments sur le papier. J’ai allumé l’ordinateur pour faire une déclaration d’amour à mes parents. Comme je suis scénariste, ça a tout de suite pris la forme d’une fiction. Peut-être est-ce de la pudeur aussi. Quoi qu’il en soit, j’ai écrit les soixante premières pages en quelques jours, puis je me suis vu sortir la «boîte à outils». Des trucs de scénariste. Alors j’ai arrêté. J’ai fermé l’ordinateur et je suis passé à autre chose. Un an plus tard, j’ai relu ces soixante pages. J’en ai coupé vingt et j’ai écrit la suite. En essayant de ne pas rouvrir la «boîte à outils». J’étais content d’avoir écrit cette histoire. C’était important pour moi. C’était le bon moment. J’ai montré le texte à mes proches et ce sont eux qui m’ont dit qu’il y avait là un film. Du coup, je lui ai donné une forme véritablement scénaristique et je l’ai présenté à deux ou trois producteurs. J’ai été en fait assez surpris que cette petite histoire les intéresse. Richard Grandpierre, avec lequel j’ai beaucoup travaillé, a été le plus enthousiaste. Il a souhaité le faire lire à Pathé. J’avoue que je n’aurais pas eu l’idée de leur faire passer ce texte. Il l’a fait, heureusement.

A quel moment avez-vous choisi vos interprètes ?

Je suis le fils d’une femme qui se réveille chaque matin en colère. C’est quelqu’un qui a mal pour le monde. Il faut donc qu’elle trouve les raisons de tenir la journée, de se battre, de se rendre utile. De résister. Dans le film, il est question de micro-résistance, du devoir que l’on a tous de ne pas laisser faire, chacun à son niveau. Même si je ne la connaissais pas personnellement, j’ai tout de suite pensé à Josiane Balasko. En fait, du moment où le texte est devenu un projet de film, elle s’est tout de suite imposée. Le fait qu’elle existe m’a aidé à croire au potentiel d’un film. J’avais envie de son énergie, de sa puissance, de l’émotion qu’elle dégage quoi qu’elle joue. Je l’imaginais complètement dans le rôle de ce personnage qui mord pour ne pas montrer qu’il pleure. J’avais besoin de la fragilité dans la force. Alors quand elle a dit oui…

À la rigueur, le seul écueil, c’était l’image publique de Josiane. L’image de militante. Je ne voulais pas que ça prenne le pas sur le film. C’est pour ça qu’il fallait créer un personnage. Cela passait par une étude approfondie de la coiffure, du maquillage, des costumes. Ça a été très amusant à faire. Josiane a tout de suite joué le jeu. J’ai une grande admiration pour cette femme.

Vous retrouvez aussi Clovis Cornillac…

Pour le rôle de la mère, dans mon esprit il n’y avait que Josiane. Par contre il y avait plusieurs acteurs susceptibles de jouer le rôle du fils. Il m’en a d’ailleurs été proposé plusieurs. Mais je me suis souvenu d’une conversation avec Clovis, un jour, dans la jungle, sur le tournage de mon film précédent. Il avait envie que j’écrive un film personnel. D’une certaine manière, il m’y a poussé. Il était donc logique que je lui fasse lire. Et puis à partir du moment où j’assumais que le personnage de Maxime m’emprunte certaines problématiques, je trouvais intéressant que l’acteur qui joue ce rôle me connaisse. Il allait pouvoir me voler des choses que je n’aurais pas obligatoirement osé imposer au film. Le film est une fiction. Je ne suis pas ambulancier. Comme metteur en scène, je respecte le personnage et la fiction. Clovis, lui, pouvait me remettre dans le film.

Connaître un acteur vous donne aussi l’envie de l’emmener là où on ne l’a pas vu. Là où vous pensez qu’il peut aller. J’étais convaincu que je pouvais aller chercher la douceur et l’enfance dans le regard de Clovis, bien que ce ne soit pas du tout l’image que l’on ait de lui. C’était une clé importante parce que c’est une histoire que l’on vit en grande partie à travers son regard.

Et puis je ne sais plus quel philosophe, certainement Sénèque ou La Boétie, a dit qu’un ami c’est un autre vous-même. Ça devait donc être lui…

Malgré la connaissance que vous avez de lui, vous a-t-il surpris dans le rôle de Maxime ?

Clovis est un acteur qui cherche, qui prend des risques à chaque fois. Faire ce qu’il n’a jamais fait l’intéresse. Pendant le tournage, plan après plan, je l’ai vu construire ce personnage, ce regard. Mais c’est au montage que j’ai eu la vraie surprise. L’ensemble de ce qu’il avait façonné m’est clairement apparu. J’ai vu l’homme et l’enfant, ensemble. Je l’ai appelé pour le lui dire. Je crois qu’il était heureux que je le lui dise. Il a joué beaucoup de choses – des silences – qui prennent leur sens sur la durée.

Comment avez-vous choisi Gérard Jugnot ?

Dans ce film, le moteur c’est la mère. Le père se définit par opposition. Elle est sur la route. Il est bien chez lui. Elle est la conscience civique. Il désamorce tout par l’humour. Elle est spontanée. Il est bourru. Elle prend beaucoup de place. Il est discret. J’ai envie de dire, elle est de gauche et il est de droite… Enfin, c’est elle qui crée le mouvement. Et il suit en râlant. En définissant ainsi le rôle de Jacques aux producteurs, je me suis entendu esquisser un personnage qui ressemblait pas mal à Gérard Jugnot. En plus, je voulais constituer un couple qui partage tout depuis quarante ans, et l’idée de Gérard me permettait d’avoir deux acteurs qui se connaissent depuis plus de trente ans… Quand j’ai parlé de cette idée à Josiane Balasko, quelque chose est passé dans son regard. J’ai senti que cela dépassait l’idée de bosser avec un copain. Elle avait envie de le voir jouer ce rôle-là. J’ai donc rencontré Gérard en lui disant que je lui proposais un rôle de «gentleman farmer». C’était excitant. Ce n’est pas son emploi habituel. Ensuite, il y a eu la première lecture… et là, la complicité entre les deux acteurs était telle qu’il était évident que c’était le bon casting. En outre, pour l’anecdote, il se trouve que Gérard Jugnot a travaillé avec mon père, il y a quarante ans. C’était un joli signe.

Comment a fonctionné le trio « familial » composé de Josiane, Clovis et Gérard ?

Josiane et Clovis ne se connaissaient pas. Leur plaisir à jouer ensemble est apparu dès le premier jour de tournage. On voit tout de suite lorsque deux acteurs s’accordent. Pour jouer ce fils face à sa mère, j’avais demandé à Clovis d’observer Josiane et de lui voler des choses. Qu’ils se ressemblent. Il ne s’agissait pas de se gratter le nez de la même façon, cela aurait sonné faux. Cela se jouait sur des éléments plus subtils. Je voulais qu’il y ait une filiation. Je crois qu’il a fait du beau boulot.

La relation avec Gérard était différente. Clovis et lui avaient déjà travaillé ensemble. Mais j’espérais beaucoup de leurs différences. À commencer par leurs différences physiques. La distance que cela crée entre eux installe une pudeur qui permet de traiter la problématique de la maladie sans tomber dans le pathos.

On retrouve aussi Pierre Richard…

Je voulais créer un côté “les vieux de la vieille”. Les deux vieux qui font des conneries comme des garnements. Dans mon esprit, Pierre Richard, c’est tout le cinéma d’Yves Robert. Un cinéma que j’aime beaucoup. Un petit souffle anarchisant sur des clochers bien français. Et c’est exactement ce que je voulais. Après, il fallait convaincre Pierre. Et le rôle était modeste. Il a lu. Je crois qu’il a tout de suite aimé le film, mais il avait des doutes sur le rôle. Je suis donc allé le rencontrer dans son domaine viticole du Sud-Ouest. J’avais besoin de le connaître avant de réécrire le rôle pour lui. Je lui ai annoncé un certain nombre d’aménagements. À mon avis, il ne croyait pas trop que j’allais le faire. Quoi qu’il en soit, quelques jours plus tard, je lui envoyais une nouvelle version du script correspondant à ce que je lui avais annoncé. Il a accepté et c’est une chance pour le film.

Comment avez-vous découvert l’enfant qui incarne Tiemoko ?

Avec Josiane, Gérard et Pierre, j’avais fait le choix de trois acteurs réalisateurs. Autant vous dire que tout le monde m’attendait sur le petit. Ils sont tous bien placés pour savoir que ce n’est pas facile. D’abord il faut le trouver, et ensuite… il faut qu’il joue. Ou plutôt qu’il ne joue pas trop. Je tenais à trouver un enfant qui n’avait jamais joué la comédie. David Bertrand a donc commencé un casting sauvage en cherchant des enfants entre 8 et 10 ans et un jour, dans un jardin public, alors qu’il expliquait ce qu’il cherchait à des enfants, une petite tête est apparue dans le groupe et a dit : «Et pourquoi pas moi ?». C’était Ibrahim. Il n’avait que six ans. Mais il avait ce regard. Et puis cette voix un peu éraillée, remarquable. Et surtout un visage expressif même quand il est impassible. C’est l’histoire d’un enfant qui intériorise l’absence de sa mère. Je voulais qu’on sente sa douleur sans qu’il ait trop à l’exprimer. C’est ce qui m’a décidé. Ensuite, j’ai découvert cet enfant. J’ai essayé de passer du temps avec lui. Il est venu jouer avec mes enfants. Et j’ai découvert un petit garçon d’une grande intelligence, avec un exceptionnel souci de bien faire. Quand il a fait le film, il connaissait tous les rôles par cœur… alors qu’il ne savait pas encore lire ! (…)

Où avez-vous trouvé le décor de votre histoire ?

Le budget nous obligeait à rester dans un rayon de 50 kilomètres autour de Paris. J’avais en tête une image de la France éternelle. On a trouvé notre bonheur à Nesles-la-Vallée, dans le Vexin. La maison avait un rôle essentiel dans l’histoire. C’est un cocon, un lieu de bonheur. On a beaucoup cherché et j’avais bien sûr quelque chose de précis en tête. Mais les coups de cœur sont irrationnels ! D’un point de vue architecture, cette maison ne ressemblait pas du tout à ce que j’avais en tête. Mais elle avait une âme. Je l’ai vidée entièrement. Il ne restait pas une allumette à l’intérieur. Nous l’avons complètement remeublée. Et j’ai redessiné le jardin, qui n’était pas du tout celui que vous voyez dans le film. J’ai travaillé comme en studio, mais avec une maison déjà existante. Je savais que je jouais gros. C’est vraiment l’écrin de l’histoire. J’ai appliqué cette façon de procéder à d’autres décors. Par exemple, pour la scène où Josiane entre dans un champ de colza, je voulais ce contraste entre son manteau rouge et des fleurs jaunes, mais il n’y avait pas de colza à la saison où nous tournions. Il a fallu le faire pousser… C’est beau, le cinéma.

Le film est très travaillé visuellement…

J’ai annoncé aux techniciens un film dans une palette de couleurs précise. D’ailleurs, Richard Grandpierre, le producteur, continue de se foutre de moi et de mes «obsessions chromatiques». En fait, je voulais un film automnal. Pour des raisons visuelles mais aussi symboliques. Avec l’idée de faire ensuite arriver Noël, avec ses lampions et ses guirlandes, en automne.

Une part importante du travail de metteur en scène consiste à tenter d’exprimer clairement à vos collaborateurs ce que vous avez en tête. Ce n’est pas si évident. C’est lorsque chaque chef de poste vous propose des choses qui correspondent à votre vision que vous avez l’impression d’avoir réussi à communiquer. Sur « Mes héros », je savais ce que je voulais en termes de lumière mais contrairement à mon dernier film, qui était très technique, j’avais du mal à l’exprimer. Je crois que je cherchais la bonne distance entre le film et moi. Jean-Marie Drejou, le chef opérateur, m’a laissé du temps. Le fait que nous ayons déjà travaillé ensemble nous a, me semble-t-il, beaucoup aidés. On a trouvé progressivement, et je suis très content de l’image du film, à la fois chaude et désuète. Pour illustrer mon propos autrement, j’adore le tablier de Josiane dans le film. Ça paraît anodin, mais à mes yeux il dit beaucoup. C’est exactement ce que j’imaginais. C’est une sensation très agréable. On a réussi à se parler, tous ensemble. Nous faisons un métier collectif.

Comment avez-vous travaillé avec vos comédiens ?

Je n’ai pas de dogme. Mais en général, je ne fais pas beaucoup de prises. En plus, avec un enfant, je crois qu’il ne faut pas multiplier à l’excès. Il perd vite de son naturel. Même si dans notre cas, Ibrahim s’en sortait très bien. Pour le reste, je n’ai pas tellement de mérite. J’avais des modèles assez clairs en tête… alors j’imagine que mes directions ont dû être assez précises.

En tant que réalisateur, ce ne sont jamais les scènes clés qui vous font ressentir les choses les plus fortes, parce que vous les avez déjà idéalisées. Vous attendez énormément, parfois trop. Par contre, d’autres moments vous surprennent. Ce sont souvent les silences, les regards et le quotidien qui apportent cela. J’aime beaucoup, par exemple, le moment où, après la visite des gendarmes, Josiane et Clovis sont assis en silence à boire un café.

En écrivant, vous espériez ces moments ?

Bien sûr. Mais je ne savais pas si je les obtiendrais. Dans ce genre de film, le problème, c’est la distance. Il ne fallait pas reproduire quelque chose que je connaissais. Sous peine de devenir mécanique. D’ailleurs, il n’y a aucune scène autobiographique dans le film. Mais les liens entre les personnages devaient être les bons. Il fallait que je me serve de mes sensations, de mes sentiments, et de mon vécu, pour essayer de les faire passer aux personnages. De retrouver tout ce que j’avais camouflé sous des scènes de fiction quand je les avais écrites. C’est peut-être aussi pour ça que le film est autant construit sur des regards. J’ai inventé des dialogues… mais j’ai essayé de retrouver des regards. Les acteurs m’ont beaucoup aidé.

Votre film joue beaucoup sur la perception de l’enfant qui reste présent dans chaque adulte, et sur la part la plus mûre qui se dessine déjà même chez le plus jeune. C’est une façon de voir la vie ?

C’est une clé importante. Narrativement, il me semblait évident que le personnage de Clovis devait faire un transfert sur cet enfant. Il voit ses parents avec cet enfant. Sa mère le baigne. Son père l’emmène aux champignons. Il se revoit enfant. Quand on le voit s’éloigner avec le cartable du petit sur le dos, d’une certaine manière il nous dit : «J’ai beau être un grand gaillard, j’ai été cet enfant. Et donc je suis toujours cet enfant. Il n’y a pas de changement de condition». C’est une autre raison qui m’a poussé à prendre Clovis pour le rôle. Je voulais que le personnage soit viril. Mais ça n’empêche pas d’avoir des regards pleins d’enfance.

Je crois aussi que je vois le métier de réalisateur comme ça. Il faut être un chef d’équipe, emmener du monde avec soi, lui insuffler beaucoup d’énergie… et essayer de garder un regard frais, sans cynisme.

Le fait d’avoir abordé le cinéma par quelque chose de plus personnel a-t-il changé des choses dans votre façon de raconter ?

Je crois. J’ai mis du temps avant d’oser écrire ce genre de film. Le plaisir que j’ai eu à le tourner m’encourage à recommencer. J’ai passé le pont. J’ai l’impression que j’assume plus l’idée d’être un auteur, quelqu’un qui propose son regard, sa subjectivité, quoi qu’elle vaille.

Maintenant, je ne peux pas tout écrire avec cette plume-là. Or j’écris beaucoup, tous les jours. Parce que je continue à avoir des envies de cinéma dans beaucoup de genres. Et j’aime aussi écrire des films que je ne pourrais pas mettre en scène. Parce qu’ils ne correspondent pas à ce que j’ai envie de vivre comme metteur en scène. Des films pour les autres. Ceux-là, je ne dois pas les «vampiriser». Scénariste, c’est un métier, avec un savoir-faire. Je ne veux pas perdre cette dimension d’artisan. Essayer de comprendre les névroses d’un autre réalisateur ou les attentes d’un producteur. J’aime cette sensation de faire mon métier, avec ma «boîte à outils».

Mais, pour résumer, je crois que j’ai fait sauter un verrou. Mon imagination et mon désir de cinéma restent des moteurs essentiels. J’assume plus d’afficher mes ressentis. Ma sensibilité. J’ai très envie de continuer dans cette voie. Y compris dans des films qui seront narrativement plus loin de moi. En fait, ça va me faciliter la vie. Je n’aurai plus à me demander si je veux mettre en scène ce que je suis en train d’écrire. Ça se fera tout seul…

Qu’espérez-vous apporter au public grâce à ce film ?

Puisqu’en écrivant, je ne pensais pas en faire un film, je n’ai pas tout de suite pensé au public. Je n’ai perçu la dimension «populaire» du sujet que lorsque j’ai recueilli les premières réactions de lecture. On est soit la mère, soit le père, soit le fils, soit la fille de quelqu’un. Cette verticalité, ce rapport aux racines et aux valeurs que l’on transmet, est universelle.

Il y a une autre universalité qui n’était pas au cœur de mon idée de départ, mais sur laquelle j’ai essayé de travailler : c’est la perception de la France, la mémoire identitaire : l’église, la 2CV, la pêche… Un film sur le temps qui passe, c’est aussi un film sur l’identité. Mais il ne s’agit pas non plus de faire un film maurrassien. La France, aujourd’hui, c’est aussi ce petit garçon qu’on veut reconduire à la frontière. L’image de cette France tranquille se télescope avec des vérités sociales contemporaines.

Vos parents ont-ils vu le film ?

Oui… et ils me parlent toujours.


  • Sortie : 12/12/2012
Date de la publication électronique :07 December 2012
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé