L'Homme sans âge   –  Francis Ford Coppola  –  2007

Fiche générale

  • Titre original : Youth without youth
  • Pays de production :Etats-Unis
    France
    Allemagne
    Roumanie
    Italie
  • Durée : 125 minutes
  • Producteur :Francis Ford Coppola
  • Production :American Zoetrope
    SRG Atelier (coproduction)...
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Réalisateur :Francis Ford Coppola
  • Interprètes : Tim Roth (Dominic Matei)
    Alexandra Maria Lara (Laure / Veronica / Lupini)
    Bruno Ganz (le professeur Stanciulescu)
    André M. Hennicke (le docteur Joseph Rudolf)
    Alexandra Pirici (la femme de la chambre 6)
    Adrian Pintea (Pandit)
    Marcel Lures (le professeur Tucci)
    Florin Piersic Jr. (le docteur Gavrila)...
  • Scénario :Francis Ford Coppola
  • Adaptation :d'après une nouvelle de Mircea Eliade (1956)
  • Producteur exécutif :Anahid Nazarian
    Fred Roos
  • Directeur de la photographie : Mihai Malaimare Jr.
  • Compositeur de la musique : Osvaldo Golijov
  • Monteur : Walter Murch
  • Costumier : Gloria Papura

Production

  • Titre original : Youth without youth
  • Pays de production :Etats-Unis
    France
    Allemagne
    Roumanie
    Italie
  • Producteur :Francis Ford Coppola
  • Production :American Zoetrope
    SRG Atelier (coproduction)
    Pricel (coproduction)
    Bavaria Atelier (coproduction)
    BIM (coproduction)
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Producteur exécutif :Anahid Nazarian
    Fred Roos

Fiche artistique

  • Réalisateur :Francis Ford Coppola
  • Scénario :Francis Ford Coppola
  • Adaptation :d'après une nouvelle de Mircea Eliade (1956)
  • Interprètes :Tim Roth (Dominic Matei)
    Alexandra Maria Lara (Laure / Veronica / Lupini)
    Bruno Ganz (le professeur Stanciulescu)
    André M. Hennicke (le docteur Joseph Rudolf)
    Alexandra Pirici (la femme de la chambre 6)
    Adrian Pintea (Pandit)
    Marcel Lures (le professeur Tucci)
    Florin Piersic Jr. (le docteur Gavrila)
    Zoltan Butuc (le docteur Chirila)
    Adriana Titieni (Anetta)
    Mircea Albulescu (Davidoglu)
    Theodor Danetti (le docteur Neculache)
    Roxana Guttman (Gertrude)
    Dan Astilean (le professeur)
    Andrei Gheorghe (le chauffeur de taxi)
    Matt Damon (l'agent de la CIA)
    Dragos Bucur
    Mihai Niculescu
    Christian Balint
    Hodorog Anton Mihail
    Dorina Lazar
    Gelu Netu
    Anamaria Marinca
    Rodica Lazar
    Mirela Oprisor
    Alexandru Repan
    Dan Sandulescu
    Andi Vasluianu

Fiche technique

  • Photographie :Mihai Malaimare Jr.
  • Directeur artistique :Ruxandra Ionica
    Mircea Onisoru
  • Compositeur de la musique :Osvaldo Golijov
  • Ingénieur du son :Mihai Bogos
  • Effets spéciaux :David Vana (effets visuels)
  • Monteur :Walter Murch
  • Costumier :Gloria Papura
  • Maquilleur :Dana Roseanu
  • Casting :Florin Kevorkian
    Karen Lindsay-Stewart
  • Assistant réalisateur :Anatol Reghintovschi (1er assistant réalisateur)

Résumé et notes

  • Durée : 125 minutes

RÉSUMÉ

1938. En Roumanie.

Dominic Matei, un vieux professeur de linguistique, est frappé par la foudre et rajeunit miraculeusement.

Ses facultés mentales décuplées, il s’attelle enfin à l’œuvre de sa vie : une recherche sur les origines du langage.

Mais son cas attire les espions de tout bord : nazis en quête d’expériences scientifiques, agents américains qui cherchent à recruter de nouveaux cerveaux.

Dominic Matei n’a d’autre choix que de fuir, de pays en pays, d’identité en identité.

Au cours de son périple, il va retrouver son amour de toujours, ou peut-être une femme qui lui ressemble étrangement... Elle pourrait être la clé même de ses recherches. À moins qu’il soit obligé de la perdre une seconde fois.

D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

L’HOMME SANS AGE est à la fois une histoire d’amour poignante, un thriller politique et une quête philosophique mouvementée. L’action se déroule d’abord en Roumanie et en Suisse de 1938 à 1956. Le film conjugue péripéties d’un homme en cavale et spéculations sur le temps, la conscience et le rôle du langage dans leur évolution. Il pose la question suivante : “Qu’est-ce qui est le plus important, l’amour ou le savoir ?” L’HOMME SANS AGE marque le retour de Francis Ford Coppola à un cinéma plus personnel, et il n’est pas étonnant de découvrir des parallèles entre le cinéaste et son personnage principal. Ils ont tous deux l’occasion de retrouver l’homme qu’ils étaient dans leur jeunesse tout en restant eux-mêmes dans le présent, et en profitant de la sagesse que procurent l’expérience et la maturité. Pour Dominic, cela arrive par le biais d’un coup de foudre. Coppola en a eu un pour... la nouvelle de Mircea Eliade. “L’histoire m’a touché. J’avais 66 ans et je me sentais au bout du rouleau. Je n’avais pas tourné depuis 8 ans et refusais de réaliser un énième film qui ressemblerait à ceux que j’avais déjà faits. J’étais frustré par mon incapacité à finaliser le scénario du projet de mes rêves, MÉGALOPOLIS.” Après avoir été frappé par la foudre, le personnage principal de L’HOMME SANS AGE “renaît”, comme un avatar ou un papillon, selon les références culturelles et les croyances religieuses de chacun. Et ce n’est que le début des péripéties qui attendent notre héros, perpétuellement en fuite “J’ai adoré dans la nouvelle la façon dont les rebondissements se succèdent sans temps mort.” déclare Coppola. “On peut voir le film comme un récit faustien : un vieillard rajeunit, se voit offrir l’occasion d’achever l’oeuvre de sa vie, retombe amoureux mais ne peut achever sa tâche à cause de son nouvel amour. C’est le sacrifice ultime.”

  • A PROPOS DU FILM

L’Orient et l’Occident

L’Homme sans âge, publié pour la première fois en anglais en 1980, reflète le syncrétisme culturel de notre monde contemporain. Allégorique dans sa forme, l’histoire renvoie aux traditions religieuses, culturelles et historiques de l’Orient et de l’Occident - association récurrente dans l’œuvre de Mircea Eliade.

Né en Roumanie en 1907, mort à Chicago en 1986, Eliade était un chercheur et un aventurier qui a embrassé certains préceptes de l’hindouisme sans jamais rejeter l’héritage chrétien dont il était issu. Ses expériences en Inde, où il vécut de nombreuses années durant sa jeunesse, lui laissèrent une marque indélébile. Il fut également séduit pas les théories de Carl Jung. Il le connaissait personnellement et collabora avec lui en Suisse pendant quelque temps.

Bien que L’Homme sans âge soit une fiction et non une autobiographie, le roman fait référence à certains événements-clés de la vie d’Eliade et reflète certaines de ses obsessions. Comme Dominic, Eliade était un intellectuel qui avait une soif inextinguible de savoir et qui écrivait systématiquement ce qu’il apprenait dans des livres ou des journaux (plus de 1300 au cours de sa vie). L’amour était dans ses écrits un thème omniprésent.

Après avoir quitté Bucarest, Eliade a parcouru l’Europe comme attaché culturel, enseignant et conférencier, avant de s’installer aux États-Unis en 1956. Il ne retourna jamais vivre en Roumanie, même si la fin de L’Homme sans âge laisse entendre qu’il en aurait rêvé.

Eliade adopte un style fluide, très cinématographique, dans beaucoup de ses nouvelles, dont L’Homme sans âge. Il adorait le cinéma et Wendy Doniger est certaine qu’il aurait apprécié l’adaptation de Coppola pour son innovation technique, sa distribution essentiellement roumaine, - c’était un patriote fidèle - et la fluidité des transitions temporelles.

Symboles et motifs

Comme il sied à une allégorie, L’HOMME SANS AGE est truffé de symboles visuels forts. On ne voit le premier de ces symboles qu’une seule fois mais il est crucial : un éclair. Scientifiquement, un éclair est simplement une décharge électrique mais métaphoriquement, il symbolise souvent un message de l’au-delà. “C’est mystérieux et divin, puissant et effrayant à la fois” commente Wendy Doniger qui pense qu’Eliade a utilisé ce symbole comme une mise en garde : la main de Dieu empêche Dominic de se suicider. Dominic doit vivre, il ne peut mourir.

La culture occidentale utilise souvent l’image de l’éclair et plus particulièrement celle du coup de foudre pour symboliser le catalyseur d’un changement soudain : une occurrence unique qui métamorphose quelque chose ou quelqu’un sur-le-champ. Dans L’HOMME SANS AGE, le coup de foudre entraîne la régénération et le rajeunissement de Dominic. Ce dernier met à profit ce sursis inespéré pour étendre ses connaissances et recueillir des données pour les générations à venir.

Présente dans deux scènes importantes, la rose possède une valeur symbolique dans le christianisme, si l’on se réfère à l’expression “la rose qui fleurit sur la tombe du Christ”. Une rose avec ses différentes rangées de pétales ouverts évoque un processus d’illumination, comme dans le bouddhisme. Il y a trois roses dans le film : le double de Dominic en fait apparaître deux pour lui prouver qu’il est bien réel et non un ectoplasme ou le fruit de son imagination. La troisième rose a une signification plus profonde : elle symbolise un état de grâce. Coppola explique : “Je voulais traduire l’idée que Dominic meurt dans une espèce de grâce. Il aimait cette jeune fille et a sacrifié l’oeuvre de sa vie pour elle. Si l’on a aimé et été aimé en retour, alors, on mourra dans la grâce.”

L’image du double, comme symbole de la dualité humaine, se retrouve dans presque toutes les traditions : grecque, chrétienne, bouddhiste, hindoue. Le double du héros de L’HOMME SANS AGE est complexe. À la base, il incarne un autre visage de Dominic, qui lui permet de converser avec lui-même. “Le double suscite une interaction avec le personnage qui fait surgir des questions philosophiques complexes.”, explique le professeur Doniger qui a écrit trois livres sur le sujet. “Le double de ce film porte la charge philosophique du récit. Il représente la déchirure dans la personnalité de Dominic entre le scientifique qui veut une explication à tout - son côté glacial - et l’homme qui rencontre une femme et veut rester vivant pour l’aimer - son côté chaleureux.” Pour Coppola, le double a une utilité philosophique et cinématographique à la fois.

“C’est un moyen formidable de montrer les conflits intérieurs et la prise de conscience de soi.” déclare-t-il. “Les questions relatives à la dualité sont très liées aux religions indiennes.”

L’ensemble de la structure allégorique de L’HOMME SANS AGE repose sur le concept de réincarnation, aussi appelée renaissance ou métempsycose. “Il y a une différence fondamentale entre les façons d’interpréter la vie en Orient et en Occident”, explique Coppola. “Le philosophe indien n’est pas troublé quand il parle du passé, du présent et de l’avenir. La réincarnation fait partie des philosophies indiennes et quand on en connaît les grandes lignes, on a une vision plus large de ce qu’est l’existence ou le rêve.”

“Pour ma part, je pense que nous devons être capable de séparer le bien du mal pour vivre dans le monde réel. Mais il est aisé de comprendre que ce que nous, Occidentaux, appréhendons comme le monde réel n’est qu’une béquille commode qui nous permet de vivre notre vie. Mais l’existence ne peut se limiter à cela une fois qu’on a assimilé le concept de dualité.”

Le professeur Doniger commente : “Dans la philosophie indienne, la limite entre passé, présent et avenir ou entre rêve et existence matérielle peut être facilement gommée car le temps et l’espace ou la nature physique et mentale sont tous incarnés dans la substance profonde de l’univers, qui est Dieu ou Brahma. L’ensemble de la matière fait simplement partie de notre conscience, c’est pourquoi nous pouvons concevoir le passé et l’avenir et naviguer de l’un à l’autre. Notre conscience, qui fait partie de la conscience divine, est une sorte de pont entre les deux.”

“J’ai appris beaucoup de Mircea Eliade, en marchant simplement sur ses traces”, déclare Coppola. “J’ai toujours pensé que si on prépare un film qui aborde des thèmes qu’on aimerait approfondir, le simple fait de se mettre au travail garantit que l’on apprendra des choses sur la question. Quand j’ai lu l’histoire, je savais que si j’en faisais un film, je trouverais un équivalent cinématographique au temps et aux rêves. Faire un film, c’est comme poser une question. Quand on a terminé, le film constitue la réponse.”

Langues anciennes, langues modernes

Les nombreuses langues archaïques qu’on entend au cours de L’HOMME SANS AGE sont authentiques, certaines d’entre elles tellement anciennes qu’elles ont nécessité des recherches ardues. Pour une séquence, une langue a dû être créée de toutes pièces mais avec une telle rigueur que l’on pourrait s’en servir de base pour un nouvel idiome.

Le langage est le moteur de L’HOMME SANS AGE. Dominic a passé sa vie à étudier les langues parce qu’il est persuadé que c’est là que réside la clé qui permettrait de comprendre comment la conscience s’est développée. Son but ultime est de remonter jusqu’au proto-langage - les premières articulations humaines destinées à communiquer une pensée, une idée ou un sentiment.

Pendant la pré-production, Coppola a demandé à son assistant-réalisateur, Anatol Reghintovschi, de faire des recherches. Quand les acteurs sont arrivés pour répéter, Reghintovschi avait réuni une équipe de linguistes très pointus. Chacun avait sa spécialité. Ils ont traduit leurs dialogues respectifs et appris aux acteurs à prononcer le sanscrit, le babylonien, l’égyptien ancien, le chinois etc... Parmi ces érudits, on compte le Dr Radu Bercea de Roumanie, le professeur Harry Falk de l’Université Libre de Berlin, le professeur Wendy Doniger de l’Université de Chicago et le professeur Fabio Scalpi de l’Institut Oriental de Rome. Les langues modernes furent enseignées par des professeurs d’écoles locales, comme l’Institut des Études Orientales de Bucarest.

“L’étude des langues anciennes nous éclaire sur notre culture.” affirme Reghintovschi. “L’origine du langage - comme l’énoncent le scénario, le roman d’Eliade et des milliers d’autres ouvrages - est l’origine de l’homme. Tout langage, y compris l’anglais, a évolué vers sa forme actuelle en nous portant des messages de notre lointain passé. Ces messages sont cachés dans sa structure profonde, dans ses intonations, dans ses rythmes. La musique de la langue, les spécificités phonétiques, la texture des mots... tout cela nous parvient depuis les temps préhistoriques, façonné par des générations et des générations.”

Le sanscrit est la langue principale utilisée dans le film parce que c’est l’un des grands langages classiques de l’Inde. “C’est une merveilleuse langue ancienne, dans laquelle on peut conter les plus belles histoires du monde, histoires qui ont inspiré Les Fables d’Esope, Les Contes des Mille et une Nuits et tant d’autres.” explique le professeur Doniger. La littérature sa nscrite comprend aussi des textes scientifiques, techniques, philosophiques et religieux. Loin d’être moribond, le sanscrit continue à vivre dans de nombreux dialectes indiens et da ns beaucoup de livres publiés chaque année. Il existe une émission quotidienne d’information en sanscrit diffusée à travers l’Inde.

C’est le Dr Bercea qui supervisait le sanscrit mais il a aussi enseigné à Tim Roth les vers en latin extraits de l’Enéïde de Virgile.

Quand le personnage de Veronica passe d’une époque à l’autre au cours de ses transes, elle parle le sanscrit, l’égyptien ancien et le babylonien. Les érudits n’ont pu qu’émettre des suppositions éclairées quant à la prononciation de ces deux dernières langues, après avoir examiné les racines des mots, les phonèmes, etc. Ils ont aussi étudié les hiéroglyphes et l’écriture cunéiforme. Toutes les langues du film ont des alphabets et s’appuient sur des textes préservés depuis l’Antiquité.

Le besoin d’une langue artificielle se fait ressentir quand Dominic, convaincu que le monde court à sa perte, décide de prendre ses notes dans une langue qu’il a lui-même inventée, que seul un ordinateur perfectionné pourra déchiffrer dans un avenir lointain. Cette langue artificielle a été créée par David Shulman, professeur à l’Université Hébraïque de Jérusalem. “Cela ne m’a pas pris beaucoup de temps”, dit-il, “seulement quelques heures. Tout ce qu’il me fallait, c’était une base grammaticale et assez de vocabulaire pour pouvoir exprimer des idées. J’ai dû inventer divers niveaux d’abstraction sur la base de quelques mots. J’ai cherché à créer un langage ludique et inventif, avec des sonorités intéressantes et originales.”

Né dans l’Iowa, Shulman s’est installé en Israël à l’âge de 18 ans, entre autres parce qu’il voulait apprendre l’hébreu. Diplômé d’études islamiques, il parle couramment l’arabe, bien qu’il n’enseigne que le sanscrit et divers autres dialectes indiens. “Dans une langue, le système verbal est toujours le coeur de l’organisation de la réalité : ce qui décrit le temps, les processus, les événements...” explique-t-il. C’est la raison pour laquelle le langage qu’il a créé ne contient que deux groupes de verbes, l’un réservé à l’univers de l’imagination (états d’âme, rêves, sentiments), l’autre à celui de la réalité objective.

Le langage artificiel de Shulman est axé sur le présent, c’est-à-dire qu’il ne fait pas de distinction entre le passé et le futur, seulement entre les actions qui sont en train de se dérouler et les actions qui sont terminées au moment où l’on parle. La production a fait parvenir à Shulman les répliques qu’il devait traduire dans la nouvelle langue et il les a renvoyées avec les mots inventés écrits en dessous. Il y a joint les règles de base de la prononciation en enregistrant lui-même les sons dans un studio de l’Université Hébraïque. Il a aussi dessiné un diagramme de la structure du langage. On voit d’ailleurs ce diagramme dans le film, sur le tableau noir derrière Tim Roth, au cours de la scène dans laquelle il s’exprime dans cette nouvelle langue.

Coppola et ses comédiens

Dès l’instant où il a posé le pied en Roumanie, Coppola était résolu à réaliser L’HOMME SANS AGE dans l’esprit de ses débuts. “Nous sommes tous des étudiants sur ce film”, a-t-il annoncé aux acteurs et à l’équipe technique, les encourageant à prendre des risques et à s’amuser. Le compositeur de la bande originale, Osvaldo Golijov se souvient : “Il m’a dit qu’il aimait vivre en s’amusant et j’ai le sentiment qu’il y parvient. Il crée autour de lui une atmosphère ludique, enjouée et créative qui incite ceux qui travaillent avec lui à donner le meilleur d’eux-mêmes.”

Tim Roth confirme : “C’est une véritable aventure de travailler avec Francis. On arrive sur le plateau en ayant étudié la scène et en connaissant son dialogue sur le bout des doigts pour découvrir une pièce sens dessus dessous, avec des miroirs au plafond. Il n’a peur de rien. Il propose des idées complètement insensées au pied levé, c’est vraiment motivant pour les acteurs.”

Quand il était débutant à Londres, Roth admirait Coppola et lui avait envoyé deux ou trois lettres manuscrites. “J’aime beaucoup vos films et si jamais vous avez besoin d’un acteur anglais, je suis votre homme.” Mais après s’être installé aux États-Unis, Roth n’a rencontré professionnellement Coppola qu’une seule fois : pour un entretien en vue d’obtenir le rôle de William Burroughs dans SUR LA ROUTE, projet qui a depuis été reporté. Lors de cet entretien, le réalisateur a sorti l’une des lettres de Tim Roth qu’il avait conservée. “Il me l’a montrée puis l’a reprise”, se souvient Roth avec regret.

Quand, en 2005, Tim Roth entend sur son répondeur un message de Coppola, il n’en croit alors pas ses oreilles. “J’étais en Italie sur un tournage et j’ai cru qu’un ami me faisait une blague. J’ai fini par appeler le numéro. C’est Eleanor qui m’a répondu. Elle m’a dit que Francis était sous la douche et qu’il me rappellerait. Et il a rappelé. Il m’a envoyé le scénario puis est venu me rendre visite à Sienne.” À aucun moment du tournage, Roth ne s’est rendu compte qu’il interprétait une espèce d’alter ego de Coppola. “Il n’a jamais parlé de lui, ni de la crise artistique qu’il traversait et qui l’avait amené à découvrir le livre. Francis parlait ouvertement du langage cinématographique personnel qu’il recherchait mais considérait qu’il était fidèle au roman.”

Le travail commence par de longues répétitions, qui se terminent souvent en improvisations. Roth reconnaît qu’elles lui ont été d’un grand secours une fois que le tournage a débuté. Il se souvient que Coppola a mentionné Alec Guinness parce que le rôle de Dominic est très intériorisé. Comme Dominic vieillit de 26 à 101 ans, Roth a subi de longues séances de maquillage. “On a fait des moulages de ma tête, il y avait des photos numérisées de moulages de moi en pied. Ces types - les maquilleurs Peter King et Jeremy Woodhead - ont fait un boulot incroyable. Ils ne voulaient pas que je disparaisse sous le maquillage. Il y avait des petits bouts de fausse peau, des rustines, des faux crânes et beaucoup de peinture pour que Francis puisse placer sa caméra où il le souhaitait.”

Alexandra Maria Lara a aussi été contactée directement par Coppola. “Il m’a écrit une merveilleuse lettre et m’a envoyé le scénario. Nous nous sommes rencontrés à Londres”, se souvient l’actrice. “En tant qu’actrice, ce fut un plaisir d’explorer de nouveaux registres. Travailler avec un cinéaste qui a réalisé tant de grands films est très enrichissant. Cela dit, il vous met tout de suite à l’aise et on oublie très vite le mythe.” Parmi les défis à relever, la jeune actrice a dû apprendre à parler plusieurs langues anciennes : le sanscrit, l’égyptien ancien, le babylonien. Des chercheurs sont venus sur le plateau pour enseigner à Alexandra, à Tim Roth et à d’autres acteurs la prononciation de ces langues. “C’était très difficile et parfois un peu frustrant”, reconnaît-elle.

Au départ, Coppola n’avait pas pensé offrir plusieurs rôles à la même actrice. La décision exigeait d’ailleurs une réécriture du scénario. Mais il fut tellement impressionné par le talent d’Alexandra qu’il sentit qu’elle en était capable. Le thème de la réincarnation n’en serait que plus clair. “Je me suis rendu compte qu’avec Alexandra, j’avais un vrai trésor”, raconte-t-il. “J’étais aussi très ému à l’idée que le vieil homme songe à Laura quand il meurt. Les hommes, tout au long de leur vie, n’aiment qu’une seule femme même si elle a différents visages. Au fond, toutes les femmes à qui l’on tient ne sont qu’une seule et même personne. C’est pourquoi j’ai décidé de faire jouer les deux rôles de Laura et Veronica par la même actrice. En définitive, c’est Alexandra qui m’a ouvert les yeux sur ces deux personnages.”

L’autre grand rôle féminin de L’HOMME SANS AGE est celui de la femme de la chambre 6 - un agent double qui trahit Dominic et l’oblige à s’exiler. “Il y a eu beaucoup de concurrence pour jouer la belle espionne nazi. Mais en fin de compte, Fred Roos et moi sommes tombés d’accord sur Alexandra Pirici.” Alexandra Pirici est née et a grandi à Bucarest. L’actrice, qui crève l’écran, est aussi chorégraphe. “Je lui ai donné des piles de magazine de mode pour qu’elle les feuillette et découpe les photos qu’elle trouvait sexy. Il est intéressant de demander à une femme sa vision de ce qui est sexy parce que culturellement, tout est dans la façon de s’asseoir, de regarder l’autre, de lui parler. Je ne voulais pas aller trop loin dans les scènes érotiques, c’est mon habitude. Mais je voulais que le personnage soit sexy aux yeux de tous.”

Le tournage en Roumanie

En février 2005, Francis Ford Coppola s’est rendu en Roumanie pour déterminer s’il serait possible de tourner là-bas L’HOMME SANS AGE. Le cinéaste fut enchanté par ce qu’il découvrit. Grâce à la diversité de la topographie et des paysages roumains, à la présence du Danube et à la proximité de la Mer noire, il était possible de tourner aussi en Roumanie des scènes censées se passer en Suisse et en Inde, comme l’exigeait l’histoire. Finalement, une seule séquence fut tournée dans un autre pays, la Bulgarie voisine.

Le tournage a débuté en octobre 2005 et a duré 84 jours. L’équipe a tourné dans différents lieux mais pour l’essentiel, les extérieurs ont été filmés à Piatra Neamt et dans la clinique d’Ana Aslan à Bucarest. Dans l’histoire, Piatra Neamt est la ville natale du personnage principal, Dominic, chère à son coeur. Située dans l’une des régions les plus anciennement peuplées du pays, Piatra Neamt est une petite ville pittoresque (110 000 habitants), entourée de lacs et de montagnes dans l’est des Carpates.

La clinique d’Ana Aslan, centre spécialisé en chirurgie esthétique et techniques de rajeunissement, situé à la périphérie de Bucarest, a servi de lieu de tournage pendant les quatre premières semaines. Certaines chambres furent transformées pour ressembler à l’hôpital où Dominic est transporté après avoir été frappé par la foudre. Le lieu a aussi servi de décor à la maison de repos dans laquelle Dominic est envoyé pour des raisons de sécurité après son séjour à l’hôpital.

Ana Aslan a une histoire fascinante. La clinique fut fondée par Ana Aslan, gérontologiste de renom (1897-1988) et fut célèbre en son temps à cause des célébrités qui y séjournèrent (parmi elles, Mao Tsé-toung, Charlie Chaplin, John F. Kennedy). Le professeur Ana Aslan a inventé le Gerovital H-3, traitement gériatrique que l’on peut se procurer sur Internet.

Lorsque le tournage fut achevé, le monteur Walter Murch rejoignit Coppola à Bucarest pour entamer la post-production, suivi du compositeur Osvaldo Golijov. Ce dernier a des origines roumaines du côté de sa mère et se sentit comme chez lui dans la capitale.

Coppola et ses collaborateurs

Le montage

Francis Ford Coppola et Walter Murch se retrouvent régulièrement sur des projets communs depuis plus de trente ans. Murch a été plusieurs fois nommé pour des récompenses et a remporté trois Oscar pour des films de Coppola (LE PARRAIN I et II et APOCALYPSE NOW). Ils auraient sûrement été couronnés ensemble à de nombreuses autres reprises si la carrière de Murch n’avait pas décollé, réduisant considérablement sa disponibilité. “Je lui demande toujours s’il peut travailler sur mon nouveau film”, déclare Coppola. “C’est moi qui lui ai suggéré de passer du montage son au montage image et son. C’était à l’époque de CONVERSATION SECRÈTE.”

“Le grand talent de Walter, c’est qu’il est vraiment un cinéaste complet : scénariste, réalisateur et créateur qui entrevoit toujours des moyens de raconter une histoire de façon plus satisfaisante, plus efficace ou moins conventionnelle.”

“Quand il arrive sur un projet, il s’y immerge totalement et finit par connaître par coeur tout ce qui a été filmé. Son esprit fonctionne bizarrement, comme le mien. Il voit deux choses qui ne semblent avoir aucun rapport et il suggère : “Tiens, si on les associait ?”

“Je considère donc Walter comme un collaborateur à part entière. Il est capable de faire des suggestions de montage totalement excentriques auxquelles personne d’autre n’aurait songé. Quand on travaille ensemble, c’est une véritable effervescence et on dispose ainsi d’innombrables possibilités de faire avancer le récit, de le rendre plus lisible à un niveau, plus aventureux à un autre, plus cinématographique en somme, puisque nous associons des images dans un contexte métaphorique.”

“Le cinéma ressemble plus à la poésie qu’à la littérature narrative. La poésie fonctionne sur plusieurs niveaux de métaphores. On essaie d’atteindre l’essence d’une idée en invoquant des images. On obtient du grand cinéma quand on réussit à exprimer une émotion ou une idée sans être littéral mais en l’illustrant par un exemple ou en associant deux plans qui apparemment ne sont pas liés mais résument parfaitement ce que l’on veut dire. Walter est très doué pour ça. Le grand défi du cinéma, c’est de transcender la narration. Quand on y parvient, cela ressemble à de la poésie.”

“Walter est très méticuleux et réfléchi. Moi, je suis comme un moteur à explosion, je fourmille d’idées mais je passe très vite à autre chose. Walter est plutôt comme une turbine, stable et régulier. Il est très organisé, très méthodique et cohérent dans sa démarche.”

La musique

Le compositeur Osvaldo Golijov reconnaît qu’il fut d’abord écrasé par le défi à relever après avoir vu un premier montage de travail. “Le film fourmille d’idées, de possibilités, de digressions et de différentes strates de sens. Je tiens à remercier Walter Murch qui a pris une feuille de papier et a clarifié pour moi les grands thèmes et sous-thèmes du film, qualifiant le reste de mises au point et de variations. Et le film est bien ainsi qu’il me l’a décrit.”

Golijov et Coppola ont commencé leur collaboration dès l’écriture du scénario, soulignant les aspects “borgésiens” de l’histoire : la frontière invisible entre rêve et réalité. “J’ai ébauché des thèmes et écrit tout un morceau au piano qui évoquait cette frontière invisible avec des harmonies ambiguës, un morceau qui avance sur des sables mouvants. Je voulais trouver l’équivalent musical de l’histoire que raconte Dominic : la légende du roi qui croyait être un papillon qui croyait être roi etc...” L’idée de circularité. Golijov voulait exprimer à la fois le romantisme et la mélancolie - le regret d’un amour perdu, d’une vie qui aurait pu prendre une toute autre direction.

L’autre grand thème est intitulé “Pouvoirs mystiques de l’Orient” et se divise en sous-thèmes qui illustrent les apparitions du double, la réincarnation de Rupini et le langage artificiel inventé par Dominic. “Le milieu du film représente pour Francis la partie “action”, c’est-à-dire la menace nazi. Pour cela, j’ai composé un thème dans le style des grands classiques de Bernard Hermann (comme SUEURS FROIDES par exemple). Francis l’aimait bien mais il souhaitait quelque chose qui évoquerait l’esprit roumain. Il fredonna une petite rythmique accompagnée d’une danse des épaules. Je me suis dit : “On est mardi soir et il faut finir l’enregistrement pour vendredi et on a encore tous ces morceaux à enregistrer...” Mais Francis a le chic d’exiger des choses impossibles avec la plus désarmante gentillesse. Le lendemain matin, à 7h du matin, dans ma chambre d’hôtel, j’ai écrit un thème pour cymbalum et accordéon. Nous l’avons enregistré à 10h puis nous l’avons mixé avec le thème “à la Bernard Hermann” que j’avais écrit auparavant. C’est devenu un de mes morceaux préférés et je dois avouer que, bien que je sois habitué aux délais serrés, c’est la première fois qu’il s’écoule si peu de temps entre la composition d’un de mes morceaux et son enregistrement.”

Golijov est né et a grandi en Argentine mais sa famille maternelle est originaire de Roumanie et il avait déjà travaillé avec des musiciens roumains. “Je me suis senti chez moi en Roumanie et j’étais ravi d’y retourner pour travailler sur la bande originale et enregistrer avec le Bucarest Metropolitan Orchestra, dirigé par Radu Popa.”

Le maquillage et la coiffure

Peter King et Jeremy Woodhead sont tous deux maîtres dans leur art et travaillent tantôt en solo tantôt en équipe. King est arrivé sur L’HOMME SANS AGE sur recommandation du réalisateur Philip Kaufman pour qui il avait travaillé sur QUILLS, LA PLUME ET LE SANG. “Francis et moi nous sommes rencontrés à Londres et le courant est passé tout de suite. J’ai été engagé pour superviser tout le maquillage du film mais quand j’ai vu l’ampleur de la tâche après lecture du scénario, j’ai demandé à Jeremy de venir m’aider.”

Tandis que Jeremy terminait un autre film, Peter s’est lancé dans les premières ébauches pour le maquillage de Tim Roth avec l’aide de la société “Animated Extras”. Ensemble, ils ont pris la décision de créer l’illusion du vieillissement en utilisant de nombreuses petites touches plutôt que de couvrir entièrement le visage de l’acteur. Quand le tournage a commencé, c’est Jeremy qui a posé les différentes prothèses - une opération qui prend deux ou trois heures. Peter s’est occupé des deux Alexandra - Alexandra Maria Lara qui joue Laura et Alexandra Pirici qui joue la femme de la chambre 6. “C’était très amusant de travailler avec Francis et son équipe. Ce fut aussi un défi car il avait parfois des idées de dernière minute qu’il fallait concrétiser sur le champ.”

  • Sortie : 14 novembre 2007
Date de la publication électronique :27 March 2013
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé