Rock the casbah  –  Laïla Marrakchi  –  2013

Fiche générale

Affiche
  • Durée : 100 minutes
  • Producteur :Romain Le Grand (coprod.)
    Souad Lamriki (coprod.)
    Bénédicte Bellocq (coprod.)
    Jonathan Blumenthal (prod. associé)
    Alexandre Aja (prod. associé)
    Matthieu Prada (prod. associé)
    Eric Névé (coprod. associé)
  • Production :Estrella
    Pathé
  • Distribution : Pathé
  • Réalisateur :Laïla Marrakchi
  • Interprètes : Morjana Alaoui (Sofia)
    Nadine Labaki (Miriam)
    Lubna Azabal (Kenza)
    Hiam Abbass (Aicha)
    Adel Bencherif (Zakaria)
    Fatima "Raouia" Harandi (Yacout)...
  • Scénario :Laïla Marrakchi
  • Producteur délégué :Stéphanie Carreras
  • Directeur de production :Albert Blasius
  • Directeur de la photographie : Pierric Gantelmi d'Ille
  • Compositeur de la musique : Rob
    Laurent Garnier
  • Monteur : Jennifer Augé
  • Costumier : Ayda Diouri

Production

  • Producteur :Romain Le Grand (coprod.)
    Souad Lamriki (coprod.)
    Bénédicte Bellocq (coprod.)
    Jonathan Blumenthal (prod. associé)
    Alexandre Aja (prod. associé)
    Matthieu Prada (prod. associé)
    Eric Névé (coprod. associé)
  • Production :Estrella
    Pathé
  • Distribution : Pathé
  • Producteur délégué :Stéphanie Carreras
  • Directeur de production :Albert Blasius

Fiche artistique

  • Réalisateur :Laïla Marrakchi
  • Scénario :Laïla Marrakchi
  • Scripte :Clémentine Schaeffer
  • Interprètes :Morjana Alaoui (Sofia)
    Nadine Labaki (Miriam)
    Lubna Azabal (Kenza)
    Hiam Abbass (Aicha)
    Adel Bencherif (Zakaria)
    Fatima "Raouia" Harandi (Yacout)
    Omar Sharif (Moulay Hassan)
    Assia Bentria (Lalla Zaza)
    Lyes Salem (Youssef)
    Hassan El Ganouni (Ahmed)
    Mohammed Ayad (Dr Berrada)
    Hadi Alaoui (Mamoun)

Fiche technique

  • Photographie :Pierric Gantelmi d'Ille
  • Compositeur de la musique :Rob
    Laurent Garnier
  • Ingénieur du son :Alexis Place
    Cédric Deloche
    Marc Doisne
  • Monteur :Jennifer Augé
  • Costumier :Ayda Diouri
  • Décors :Benoît Barouth
  • Maquilleur :Ghizlaine Nejjar
  • Casting :Constance Demontoy
    Rakel Taxi
  • Régisseur :Driss Laraki
    Rabii El Bakki
    Gilles Benchetrit
  • Assistant réalisateur :Ali Cherkaoui (1er assistant réalisateur)

Résumé et notes

  • Durée : 100 minutes

RÉSUMÉ

C’est l’été à Tanger. Une famille se réunit sur 3 jours dans la maison familiale suite au décès du père, pour se remémorer les souvenirs et partager sa perte, comme le veut la tradition musulmane. Il faut quitter les plages, les maillots de bain pour se vêtir de djellabas, réunir tout le monde et donner à la maison des allures d’enterrement. L’agitation est à son comble d’autant plus que cet homme n’a laissé derrière lui que des femmes. Tout va basculer avec l’arrivée de Sofia, la dernière des filles, celle qui a fait sa vie ailleurs. Actrice n’interprétant que des rôles de terroristes dans des séries américaines, elle arrive de New York après plusieurs années d’absence. Son retour va être le moyen de régler ses comptes avec ses sœurs et bouleverser l’ordre établi depuis toujours par ce patriarche. Entre rire et larmes, une hystérie collective va mener chacune de ces femmes à se révéler à elle-même...

D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

  • ENTRETIEN AVEC LAILA MARRAKCHI, REALISATRICE

Comment est née l’idée du film ?

Il y a quelques années, j’ai perdu mon vieil oncle. C’était peu après la sortie de MAROCK, mon premier long-métrage. Cet homme était une figure très importante dans ma famille. Une sorte de patriarche assez fantasque et plein de poésie. J’ai vécu trois jours de funérailles très émouvants durant lesquels j’ai découvert les femmes de ma famille sous un autre jour : fragiles, mais n’ayant pas peur de se dévoiler… J’ai pensé qu’il y avait un film à faire par lequel je pourrai raconter nos traditions, très différentes de celles du monde occidental. Mais je redoutais aussi qu’il soit trop lourd de travailler sur un film autour d’un enterrement, d’autant que le sujet avait été beaucoup traité au cinéma.

ROCK THE CASBAH s’articule autour de la disparition d’un chef de famille. Peut-on voir dans cette mort une métaphore de la situation du monde arabe aujourd’hui ?

Absolument. Ce décès symbolise la fin d’une époque. À présent que le chef a disparu, on sent la révolte qui gronde. Sa mort agit sur les femmes comme un révélateur. Durant trois jours de funérailles, elles peuvent enfin s’exprimer librement, voir péter les plombs pour certaines d’entre elles. À force d’être constamment dans la retenue, contraintes de se taire et d’encaisser, les femmes orientales sont forcément dans le trop. (…)

Les quatre femmes du film évoquent celles de la chanson « Four Women » de Nina Simone : la première docile et douce, la seconde délurée, la troisième vaincue, mais digne, la dernière décidée à tout renverser.

Avant que Rob ne compose la BO, l’introduction du film était la chanson « Wild is the Wind » interprétée par Nina Simone. Son répertoire m’a accompagnée tout au long de l’écriture du scénario. Je cherchais à trouver le bon équilibre entre les différents caractères de ces quatre héroïnes pour donner un instantané qui soit représentatif des femmes dans la société marocaine d’aujourd’hui.

Parmi elles, le personnage interprété par Nadine Labaki (Miriam) est le plus surprenant : de bimbo écervelée au début, on la découvre par la suite bouleversante.

Miriam est constamment dans l’exubérance et la surenchère, jusque dans son apparence. Elle incarne ces femmes marocaines très sophistiquées qui pensent que l’émancipation passe d’abord par leur allure, plutôt que par une quête intérieure. Ce qui me touche chez elles, c’est leur profonde solitude. Elles peuvent arborer tous les apparats de la femme libérée, elles ne vivent pas réellement leur statut de femme. On a beau être éduquée, paraître émancipée, il est toujours dur d’être une femme à part entière dans cette société. D’autant que nous n’avons pas d’exemples à partir desquels nous construire. Souvent, on ne trouve que des mères ou bien des femmes qui ont réussi professionnellement, laissant leur épanouissement personnel passer au second plan.

Sofia est la seule qui ait osé s’affranchir de l’autorité paternelle en partant vivre aux Etats-Unis.

Sofia a trouvé dans le départ le seul moyen d’exister. Elle a immigré aux États-Unis qui représentent, dans ces pays, la quintessence du rêve – ou bien le diable incarné. Mais tout n’est pas simple pour autant : elle s’est mariée, est devenue actrice, mais son couple s’est écroulé. Sofia est presque dans le déni de sa famille et de son pays. Comme les autres, elle est rattrapée par la mort de ce père avec lequel elle était brouillée. Ce retour aux sources est indispensable dans sa construction intérieure.

Durant ces trois jours de deuil où boire et fumer est strictement interdit, vous montrez que personne ne se prive pour transgresser les règles. Jusqu’au fantôme du patriarche qui sirote un whisky.

Dans cette société sous contrôle, la transgression est leur seul moyen de s’exprimer. C’est comme si les gens étaient en permanence coincés dans une cocotte-minute : ils disent le contraire de ce qu’ils pensent, ils font le contraire de ce qu’ils disent, ils sortent dans les bars se cacher pour fumer et boire. C’est une société en permanence déchirée par les contradictions. Ce qui donne parfois lieu à des situations très drôles et rend ces personnages aussi très attachants !

Quel est le problème majeur de cette société, selon vous ?

La sexualité. La frustration que l’on éprouve est énorme. Le poids de la tradition et de la religion pèse constamment sur tout. De fait, pour ces femmes, entre le voile et la mini-jupe, le juste milieu est difficile à trouver. Toutes cherchent à s’épanouir. Mais par quelle voie ? Certaines portent le voile par conviction religieuse, d’autres parce qu’elles n’ont pas envie d’être "emmerdées" dans la rue, d’autres encore se sophistiquent à outrance. Enfin certaines choisissent de s’investir politiquement, quand les dernières fuient et choisissent de partir faire leur vie ailleurs.

Les hommes sont dans leur majorité montrés comme des lâches, des profiteurs, des hypocrites, des misogynes.

Dans ces sociétés, les hommes naissent avec la tradition de leur côté. Du coup, ils sont moins animés de contradictions que les femmes, voir moins animés tout court ! Dans le monde arabe, on retrouve souvent ce schéma : un patriarche qui gère tout, et des hommes infantilisés ou bien brisés qui, comme Zakaria, cherchent leur identité. Mais dès que le patriarche n’est plus là, les femmes prennent la parole et le statut de l’homme est remis en question.

Zakaria est la clé du film. Lui est très différent des autres hommes.

C’est un écorché vif, un révolté. Il a reçu la même éducation que les quatre filles, mais il a finalement été rejeté par ceux qui l’avaient élevé. Il porte la douleur de cette trahison et n’assume pas non plus la classe sociale à laquelle appartient sa mère, la bonne de la maison. Zakaria n’a pas sa place. En ce sens, il est très proche de Sofia. C’est d’ailleurs par eux deux que la vérité éclate.

Quels référents aviez-vous en tête lorsque vous écriviez son personnage ? (pour ne pas révéler la fin du film)

Les films de Francis F. Coppola, dont je suis une fan totale, et à TETRO en particulier. J’aimais que ce personnage soit du côté des fantômes, de ceux qu’on n’a pas envie de voir : la sœur suicidée, le père… À la fin du film, il est réhabilité. Il représente l’avenir avec toute la liberté et les incertitudes que cela implique.

ROCK THE CASBAH présente un casting panarabe : Hiam Abbass vit en Israël, Nadine Labaki au Liban, Lubna Azabal en France et en Belgique, Morjana Alaoui aux Etats-Unis.

Tout est parti de mes envies et de mes rencontres avec ces actrices. Depuis le début, je ne voulais pas m’enfermer dans un casting 100% marocain. L’idée d’un casting panarabe me permettait d’élargir mon sujet à l’ensemble du monde arabe. Ensuite, lorsqu’on a fait davantage connaissance, les comédiennes et moi, on s’est rendu compte qu’on possédait beaucoup de points communs. On a toutes grandi dans nos pays d’origine, on y a été confronté aux non-dits, aux tabous, aux difficultés qui y existent de vivre sa vie de femme, avant de partir. Et pour certaines d’entre nous de revenir.

ROCK THE CASBAH a été tourné en seulement trente-trois jours. Cette contrainte ne se ressent pas.

J’avais envie de faire vivre ces trois jours au spectateur dans un état d’apesanteur, comme hors du temps. Je voulais qu’on soit plongé dans un paradis perdu où tout est suspendu. J’en ai marre de la vitesse à tout prix ! Au cinéma, on nous pousse sans arrêt à provoquer, à choquer, à filmer caméra à l’épaule… Je voulais revenir à ce cinéma qui m’avait fait rêver, jeune, quand il était possible de prendre le temps de faire de beaux plans, de proposer de longs plans séquences, de raconter une histoire, d’observer les personnages.

C’est un film très écrit. L’improvisation a-t-elle tenu un rôle ?

Comme on disposait de peu de temps de tournage, il fallait que le scénario soit réglé, précis. Les actrices sont intervenues assez tard sur le projet. Comme elles ont toutes des personnalités incroyables, je les ai laissées improviser sur le texte durant les répétitions qu’on a faites autour des scènes clés du film. Parfois, ça a donné des choses formidables que j’ai par la suite injectées dans le scénario final.

Le ton dominant du film est une lumière dorée. On a l’impression de baigner constamment dans le halo du fantôme.

C’était une façon de traduire la mélancolie liée à la ville où nous avons tourné : Tanger, là où j’ai réalisé mon premier court-métrage. Cet endroit est plein de fantômes : Paul Bowles, William Burroughs, Francis Bacon, Jimi Hendrix, Henri Matisse, beaucoup d’artistes y ont trouvé leurs inspirations… Dans le film, cette lumière traduit la nostalgie que j’éprouve vis-à-vis du Maroc. Je n’y vis plus depuis des années, même si je m’y rends souvent. C’est devenu mon paradis perdu. Cette lumière le résume.

Pourquoi le choix de Tanger ?

À l’origine, ROCK THE CASBAH devait se dérouler à Casablanca, mais je n’y ai pas trouvé la maison que je désirais. J’étais à la recherche d’une grande demeure coloniale qui renvoie aux vestiges du passé. Lorsque j’ai découvert cette maison à Tanger, située au sommet de la Vieille Montagne, la ville s’est imposée comme un choix logique. Tanger incarne un passé glorieux où soufflait un vent de liberté. C’était aussi une ville de plaisir, notamment fréquentée par les homosexuels européens.

Le film est raconté du point de vue du fantôme du patriarche. Ce parti pris s’est-il imposé dès le début ?

Oui. J’adorais cette idée du mort qui flotte et qui regarde les siens, mais sans intervenir. Depuis le départ, je tenais à ce dispositif. Ça m’a permis une liberté dans la narration que j’ai adorée. De plus, ce personnage me permettait de montrer combien le rapport à la mort est différent dans la culture musulmane. Dans les grandes fratries, les gens apprennent à vivre avec les morts. Ils avancent avec une conscience de la mort qui n’a rien d’angoissant. On n’expédie pas le deuil, dans le monde arabe. Au contraire. On prend le temps de se retrouver autour de longs rituels grâce auxquels les membres de la famille se soutiennent les uns les autres.

Dans sa dernière partie, le film bascule vers la gravité lorsque l’identité de Zakaria est révélée. Néanmoins, vous avez privilégié une fin heureuse.

C’est un choix d’auteur. Dès le départ, j’ai voulu ce ton tendre et un happy end. Je voulais également montrer ce qui se produit dans les familles marocaines lorsqu’une crise éclate. Dans cette culture, c’est la cellule familiale qui prime. Les clans vivent constamment dans le non-dit et quand ça "pète", enfin on peut "dire". C’est un moment de guérison. Dans cette société, on n’aime pas le conflit. Lorsqu’un drame surgit, tout est fait pour calmer les choses, trouver un terrain d’entente et préserver la survie du clan.

ROCK THE CASBAH se raconte en trois langues : arabe, français et anglais.

En passant de l’une à l’autre langue, je désirais montrer que cette famille possède des atouts qui devraient lui permettre un regard élargi sur le monde. Au contraire, on découvre ses membres fermés, psychologiquement bloqués. Employer ces trois langues, c’était montrer la schizophrénie qui existe dans cette famille où on pense en français, où on communique en arabe, où on fantasme en anglais. Enfin, le français et l’anglais, sont bien sûr symboliques de l’héritage culturel colonial auquel est confronté cette génération de femmes. Leurs enfants étudient à l’école française ou américaine, et en même temps vivent dans un pays très ancré dans les traditions. Il est donc difficile pour ces gens de trouver une juste identité.


  • Sortie : 11/09/2013
Date de la publication électronique :29 August 2013
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé