Jacky au Royaume des Filles  –  Riad Sattouf  –  2014

Fiche générale

  • Titre original : Jacky au Royaume des Filles
  • Durée : 90 minutes
  • Producteur :Anne-Dominique Toussaint
    Romain Le Grand (coproducteur)
    Florian Genetet-Morel (coproducteur)
    Frédérique Dumas (coproducteur)
  • Production :Les Films des Tournelles
    Pathé (coproduction)...
  • Réalisateur :Riad Sattouf
  • Interprètes : Vincent Lacoste (Jacky)
    Charlotte Gainsbourg (La colonelle)
    Didier Bourdon (Brunu)
    Anémone (La générale)
    Valérie Bonneton (La chérife)
    Michel Hazanavicius (Julin)
    Noémie Lvovsky (Tata)
    Laure Marsac (La mère)...
  • Scénario :Riad Sattouf
  • Directeur de production :Oury Milshtein
  • Directeur de la photographie : Josée Deshaies
  • Compositeur de la musique : Riad Sattouf
  • Monteur : Virginie Bruant
  • Costumier : Olivier Ligen

Production

  • Titre original : Jacky au Royaume des Filles
  • Producteur :Anne-Dominique Toussaint
    Romain Le Grand (coproducteur)
    Florian Genetet-Morel (coproducteur)
    Frédérique Dumas (coproducteur)
  • Production :Les Films des Tournelles
    Pathé (coproduction)
    Orange Studio (coproduction)
    Alvy Distribution (coproduction)
    France 2 Cinéma (coproduction)
  • Directeur de production :Oury Milshtein
  • En association avec :Cofimage 24
    Soficinéma 9
    La Banque Postale
    Image 6
    Cinémage 7
  • Avec la participation de :France Télévisions
    Canal+
    Ciné+
  • Avec le soutien de :La Région Île-de-France

 

Fiche artistique

  • Réalisateur :Riad Sattouf
  • Scénario :Riad Sattouf
  • Scripte :Magali Frater
  • Interprètes :Vincent Lacoste (Jacky)
    Charlotte Gainsbourg (La colonelle)
    Didier Bourdon (Brunu)
    Anémone (La générale)
    Valérie Bonneton (La chérife)
    Michel Hazanavicius (Julin)
    Noémie Lvovsky (Tata)
    Laure Marsac (La mère)
    William Lebghil (Vergio)
    Anthony Sonigo (Juto)
    India Hair (Corune)
    Béatrice de Staël (L'épicière)
    Fred Neidhardt (Franku)
    Anamaria Vartolomei (Zonia)
    Riad Sattouf (Mit Kronk)
    Valeria Golino (Bradi Vune)
    Emmanuelle Devos (La présentatrice)

Fiche technique

  • Directeur de la photo :Josée Deshaies
  • Compositeur de la musique :Riad Sattouf
  • Monteur :Virginie Bruant
  • Costumier :Olivier Ligen
  • Son :Yves-Marie Omnes
    Valérie Deloof
  • Décors :Alain Guffroy
  • Maquilleur :Silvia Carissoli
  • Casting :Juliette Denis
  • Régisseur :Henry Le Turc (régisseur général)
  • Assistant réalisateur :Alain Corno (premier assistant)
  • Supervision post-production :Christina Crassaris (directeur de post-production)
  • Mixage :Jean-Pierre Laforce
  • Coiffure :Pierre Chavialle

 

Résumé et notes

  • Durée : 90 minutes

RÉSUMÉ

En république démocratique et populaire de Bubunne, les femmes ont le pouvoir, commandent et font la guerre, et les hommes portent le voile et s’occupent de leur foyer. Parmi eux, Jacky, un garçon de vingt ans, a le même fantasme inaccessible que tous les célibataires de son pays : épouser la Colonelle, fille de la dictatrice, et avoir plein de petites filles avec elle. Mais quand la Générale décide enfin d’organiser un grand bal pour trouver un mari à sa fille, les choses empirent pour Jacky : maltraité par sa belle-famille, il voit son rêve peu à peu lui échapper...

D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

  • NOTES DE PRODUCTION

Jacky le Cendrillon

Jacky au royaume des filles s’inspire d’une histoire courte publiée en 2005 dans ma série de bande dessinée Pascal Brutal, et de Cendrillon.


La première fois que j’ai entendu ce conte, je devais avoir 6 ou 7 ans et j’habitais encore en Syrie.

Comme tous les enfants, je me suis demandé : mais pourquoi est-ce que Cendrillon ne se rebelle pas contre sa famille qui la maltraite ?


Pourquoi est ce que, quand elle finit par s’enfuir, elle cherche quand même à aller au bal comme tout le monde ? Pourquoi y-a-t-il plein de filles à la disposition d’un seul Prince Charmant ?

Pourquoi le Prince préfère-t-il Cendrillon, soumise et molle, aux demi-sœurs, qui pourtant ont l’air vachement plus vives et avec de plus fortes personnalités ?

Pourquoi Cendrillon pardonne à sa famille à la fin ?

Pourquoi l’histoire se finit-elle par un mariage ?


Quand je posais ces questions, on me répondait : mais c’est parce que c’est comme ça, c’est la vie.

Il existe 12 000 versions différentes du conte de Cendrillon dans le monde, c’est un des contes les plus célèbres de l’humanité.

J’ai donc eu envie de faire ma propre version de Cendrillon, mais en y transférant le pouvoir des hommes aux femmes, afin de voir ce qu’elle pouvait raconter sur le patriarcat et le conditionnement culturel des sexes.

Le pouvoir des filles

Quand j’étais ado, je n’étais pas ce qu’on peut appeler un mâle dominant (ou un Prince Charmant). Cela m’a donné une vision particulière des rapports sociaux humains, qui est plus celle du singe qui vit en frontière du groupe et peut bien tout observer sans en faire partie...

Evidemment, les garçons qui avaient le plus de succès étaient les plus forts et les plus beaux, et les filles aux formes les plus marquées, étaient celles qui dominaient. On ne voyait pas vraiment de filles musclées et à l’aise dans leurs corps avec de petits mecs maigres. Quel étrange phénomène dirigeait tout cela ? Pourquoi donc la force physique était l’apanage des garçons et pas des filles ? Certaines filles, très mal à l’aise dans leur corps, étaient pourtant bâties comme des montagnes mais semblaient molles et incapables de quoi que ce soit. Quel sortilège les retenait ? Certains petits mecs maigrelets, étaient de vrais fauves, alors qu’une de ces filles grandes et molles aurait pu les balayer d’une main si elle avait été élevée pour cela. Et pourquoi donc, dans les boîtes de nuit, voyait-on des nuées de garçons danser autour de la même jolie fille, semblant rejouer le balai des spermatozoïdes et de l’ovule ?

Cela semblait normal à tout le monde, mais était-ce vraiment normal ?

La question que pose mon film n’est pas «Comment serait devenu le monde si les femmes avaient le pouvoir depuis 3000 ans ?», mais plutôt «Comment nous apparaît notre monde à nous, si on intervertit les rôles ?».

Dans mon film, ce sont les hommes qui sont les objets sexuels aux yeux des femmes. Michel Hazanavicius est un peu «la fille à poil du film».

J’ai également tenu à ce que les hommes soient plus sensibles et doux : ils ont le droit de laisser sortir leurs émotions, ils sont «fragiles». Jacky pleure souvent, c’est un grand romantique transporté par sa sensibilité.

J’ai voulu ainsi utiliser les «codes virils» des films : compétitions entre hommes, poursuites armées entre hommes, bagarres entre hommes, protection des femmes faibles et sensibles, happy end final et glorification du mariage conservateur... En inversant tout.

Jacky au royaume des filles est une comédie romantique qui questionne les apparences...

Blasphèmerie et la langue

Les mots importants et autoritaires sont féminisés dans le monde de Bubunne. Par exemple «Blasphème» devient «Blasphèmerie», et les mots dégradants et ridicules son masculinisés : « Culotte » devient « Culotin » …

Il était important d’illustrer la domination sexuelle par le langage.

J’ai voulu également un alphabet spécifique, utilisé aussi bien sur les affiches dans le film, que dans l’écriture manuscrite des personnages. Comme l’alphabet gothique, qui fait peur, l’alphabet bubunne impose une uniformité, une violence et une ambiance. Fanette Mellier, la graphiste, a travaillé autour de l’araignée, de la toile. C’était important pour la cohérence de cette société.

Lorsqu’Anémone prononce le mot «couillon», il fait sourire, mais il prend également un sens terrifiant dans cette société ! Les femmes qui le prononcent s’accaparent avec fierté l’expression hautaine de leur domination.

Par exemple, une des pires insultes en français canadien est «gros chien sale». Je voulais jouer sur ce relativisme de perception du langage qui peut être très comique.

Jacky le conservateur

Je suis très intéressé par l’adolescence et la remise en question (ou pas) des valeurs traditionnelles et familiales par les jeunes générations. C’est passionnant de voir comment les systèmes conservateurs oeuvrent pour empêcher ces remises en question.

C’est ce que vit Jacky dans cette société totalitaire. Les gens y rêvent tous de la même chose. Ils veulent tous vivre la même vie, en pensant que les quelques variantes de comportement qu’ils adoptent en font des êtres individués. Jacky lui-même est un collaborateur candide du régime. Il a les même rêves que les autres. Sa relation avec Julin, sa bonne fée qui peine à lui donner une autre vision du monde, ne lui sert à rien.

Mais dès que Jacky se retrouve éjecté du système, ces valeurs de rébellion sont les seules qui vont le sauver. Et l’amener à changer la société en entier.

La rébellion adolescente est la clé du changement et du progrès des sociétés humaines.

Surtout lorsqu’elle vient remettre en cause «les vérités parentales». Jacky en est l’illustration. La colonelle, qui se révolte contre sa mère, en est une autre. Rien ne devrait nous obliger à ne pas juger nos parents.

Mais comment faire quand nous vivons dans un mythe où le 4e commandement est «Tu honoreras ton père et ta mère» ? Comment faire si ce sont deux salauds ?

La religion et les voileries

Dans mon film, la voilerie n’est pas différente des robes. Elle sépare les sexes et uniformise.

L’Islam et le monde musulman font partie de ma vie et par là même, de mon imaginaire : j’ai grandi dans un village paysan sunnite, en Syrie dans les années 80 où la famille de mon père vivait de la même manière qu’au XVIIe, XVIIIe, XIXe siècle, avec quelques heures d’électricité par jour en plus. J’ai abordé ce sujet dans mon livre «ma circoncision», publié en 2004.

Toutes mes tantes et cousines étaient voilées ; les femmes avaient moins de droits que les hommes, qui eux décidaient de toutes choses ; et oui, la majorité d’entre elles étaient heureuses de cet état de fait et le défendaient avec ardeur.

Tout cela n’est pas spécifique au monde musulman ! Il correspond à une organisation sociale et juridique des rapports humains que l’on trouve partout sur terre et qui s’appelle le patriarcat : l’autorité des hommes sur les femmes. C’est le sujet de mon film.

Vincent Lacoste

Vincent jouait un garçon moche dans «Les beaux gosses» et c’était son premier rôle. J’ai souhaité l’avoir dans ce second film et lui donner le rôle du plus beau parti du village. Après ce premier film ensemble, on est devenus copains et on se comprend sans avoir besoin de trop expliciter les choses.

Vincent a une sensibilité et un sens du timing comique que j’aime beaucoup. Il possède une singularité qui n’appartient qu’à lui. Et puis j’adore l’engueuler pour le faire pleurer.

Mes acteurs chéris

Retrouver Vincent Lacoste, Anthony Sonigo, Noémie Lvovsky, ou encore William Lebghil qui avait commencé avec moi dans des films publicitaires, m’a semblé d’emblée une évidence. Je ne me suis même pas posé de questions : je voulais refaire des choses avec eux.

Pour le reste de la distribution, tout s’est passé assez simplement. J’ai pris Michel Hazanavicius dans le rôle de la «bonne fée» car je le trouve très beau, candide et protecteur.

Didier Bourdon, avec Les Inconnus, fait partie de mes idoles d’enfance. C’est un acteur exceptionnel et d’une immense sensibilité. J’étais fasciné par sa façon de décrire le monde à travers ses sketchs. Il a contribué à l’envie que j’ai eue plus tard de décrire la société à travers le prisme de l’humour.

Quant à Charlotte Gainsbourg, elle est non seulement l’une des plus jolies filles du monde mais aussi quelqu’un qui appartient à une sorte de noblesse dans l’esprit des gens.

La première fois que je suis allé la rencontrer, elle m’a fait attendre cinq minutes devant sa porte, sans ouvrir, alors que j’entendais des bruits dans l’appartement. C’était parfait : elle allait faire une colonelle géniale !

Valérie Bonneton a une dualité très amusante : elle oscille toujours entre le rire et l’étrangeté. Elle est très belle mais aussi a quelque chose de menaçant. Elle était parfaite pour la chérife, cette femme flippante et souriante.

Quant à Anémone je l’adore depuis toujours, et j’ai toujours été touché par ses rôles de filles moches. Il y avait quelque chose de très cruel avec elle dans les films du Splendid, alors qu’elle était très jolie. Puis un jour j’ai lu une interview d’elle, ou elle disait regretter d’avoir fait des enfants. Elle était parfaite pour devenir ma dictatrice !

La Géorgie et les décors réalistes

Le choix de la Géorgie s’est imposé par la nécessité d’avoir des décors réalistes : je voulais que tout soit le plus vrai possible. Ce pays possède de nombreux vestiges communistes, au milieu d’une nature très présente. Idéalement j’aurais aimé tourner en Corée du Nord !

Le palais de Gori, ville natale de Staline, a servi de décor au Palais de la grande bouilleuse. Le village de Tserovani, dans lequel ont été tournées les scènes du village du film, est un vrai village en grande banlieue de Tbilissi. Ce sont les habitants qui ont joué les figurants du village où habite Jacky. Ils s’intéressaient beaucoup aux thèmes abordés par le scénario et à l’histoire. Certaines femmes du village ont même porté pour la première fois de leur vie des pantalons dans mon film ! Elles riaient et prenaient leur rôle très au sérieux, se moquaient de leurs maris d’un coup si soumis...

Pour les intérieurs, seuls les intérieurs maisons durent être tournés en studio. J’ai dessiné l’ensemble des décors, ainsi que les rajouts 3D, la petite bouilleuse, la grande bouilleuse...

Les costumes de soumis

Au départ, j’avais imaginé que les hommes porteraient un casque avec une ampoule perpétuellement allumée sur la tête, mais cela a été impossible à concrétiser pour des raisons techniques.

Lorsque j’ai conçu l’idée de la voilerie des personnages, c’était dans le but de minimiser leur virilité. Les acteurs étaient plutôt impressionnés et les regarder a été un pur bonheur : le costume soumet l’homme qui le porte, modifie sa gestuelle en l’obligeant à se courber et le visage ressort tellement que cela modifie complètement sa personnalité !

L’amour

Quand une société sépare hommes et femmes d’une façon aussi franche que dans JACKY..., elle affirme que la sexualité ne sert qu’à la conception. Ce qui mène évidemment tout le monde à une frustration sexuelle absolue ! C’est ce qui arrive au personnage de Corune (la fille de l’épicière), qui fantasme sur un bout de mollet de Jacky, ou de Valérie Bonneton qui craque en l’agressant dans la forêt, ou encore à Jacky lui-même qui se masturbe en grand secret devant l’image de la colonelle. Les croyances et les superstitions sont des moyens d’imposer le pouvoir d’un sexe sur l’autre. Elles empêchent toute liberté de l’esprit, et surtout entravent la sexualité libre, ce cauchemar absolu des sociétés conservatrices.


  • Sortie : 29/01/2014
Date de la publication électronique :03 February 2014
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé