Supercondriaque  –  Dany Boon  –  2014

Fiche générale

  • Titre original : Supercondriaque
  • Durée : 107 minutes
  • Producteur :Jérôme Seydoux
    Patrick Quinet (coproducteur)
    Romain Le Grand (producteur associé)
  • Production :Pathé Production
    Les Productions du Ch'timi...
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Réalisateur :Dany Boon
  • Interprètes : Dany Boon (Romain Faubert)
    Alice Pol (Anna Zvenka)
    Kad Merad (Dr Dimitri Zvenka)
    Jean-Yves Berteloot (Anton Miroslav)
    Judith El Zein (Norah Zvenka)
    Marthe Villalonga (la mère de Dimitri)
    Valérie Bonneton (Isabelle)
    Bruno Lochet (le flic de l'immigration)...
  • Scénario :Dany Boon
  • Dialogues :Dany Boon
  • Producteur exécutif :Stéphane Quinet
  • Producteur délégué :Eric Hubert
  • Directeur de production :Bruno Morin
  • Directeur de la photographie : Romain Winding
  • Compositeur de la musique : Klaus Badelt
  • Monteur : Monica Coleman (chef monteuse)
  • Chef décorateur : Alain Veissier
  • Costumier : Laetitia Bouix (créatrice des costumes)

Production

  • Titre original : Supercondriaque
  • Producteur :Jérôme Seydoux
    Patrick Quinet (coproducteur)
    Romain Le Grand (producteur associé)
  • Production :Pathé Production
    Les Productions du Ch'timi
    TF1 Films Production
    Artemis Productions
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Producteur délégué :Eric Hubert
  • Producteur exécutif :Stéphane Quinet
  • Directeur de production :Bruno Morin
  • En association avec :Fortis Films Fund
    Casa Kafka
    Tax Shelter Films Fund
  • Avec le soutien de :La Région Wallonne
  • Avec la participation de :Canal+
    Ciné+
    TF1

Fiche artistique

  • Réalisateur :Dany Boon
  • Scénario :Dany Boon
  • Dialogues :Dany Boon
  • Scripte :Isabelle Perrin Thevenet
  • Interprètes :Dany Boon (Romain Faubert)
    Alice Pol (Anna Zvenka)
    Kad Merad (Dr Dimitri Zvenka)
    Jean-Yves Berteloot (Anton Miroslav)
    Judith El Zein (Norah Zvenka)
    Marthe Villalonga (la mère de Dimitri)
    Valérie Bonneton (Isabelle)
    Bruno Lochet (le flic de l'immigration)
    Jérôme Commandeur (Guillaume Lempreur)
    Jonathan Cohen (Marc)
    Vanessa Guide (Manon)
    Marion Barby (Nina Zvenka)
    Laetitia Lacroix (une des voisines)
    Gudule (une des voisines)
    Virginia Anderson (une des voisines)
    Christelle Delbrouck (une des voisines)
    Samy Comte de Bouderbala (le GIPN)
    Alexandre Carrière (le GIPN)
    Stéphane de Groodt (l'avocat de Romain)

Fiche technique

  • Directeur de la photo :Romain Winding
  • Compositeur de la musique :Klaus Badelt
  • Monteur :Monica Coleman (chef monteuse)
  • Chef décorateur :Alain Veissier
  • Costumier :Laetitia Bouix (créatrice des costumes)
  • Casting :Pierre-Jacques Benichou
  • Photographe de plateau :Jean-Claude Lother
  • Assistant réalisateur :Nicolas Guy (premier assistant)
  • Supervision post-production :Virginia Anderson (directrice de post-production)
  • Collaboration artistique :Yaël Boon
  • Chef maquilleuse :Flore Masson
  • Chef coiffeuse :Juliette Martin
  • Cadreurs :Rodolphe Lauga
    Eric Bialas
  • Chef opérateur du son :Lucien Balibar
  • Mixeur :Thomas Gauder
  • Storyboard :Michel Doré (storyboard des séquences d'actions et de cascades)

Résumé et notes

  • Durée : 107 minutes

RÉSUMÉ

Romain Faubert est un homme seul qui, à bientôt 40 ans, n’a ni femme ni enfant. Le métier qu’il exerce, photographe pour dictionnaire médical en ligne, n’arrange rien à une hypocondrie maladive qui guide son style de vie depuis bien trop longtemps et fait de lui un peureux névropathe. Il a comme seul et véritable ami son médecin traitant, le Docteur Dimitri Zvenka, qui dans un premier temps a le tort de le prendre en affection, ce qu’il regrette aujourd’hui amèrement. Le malade imaginaire est difficilement gérable et Dimitri donnerait tout pour s’en débarrasser définitivement. Le Docteur Zvenka pense avoir le remède qui le débarrassera en douceur de Romain Faubert : l’aider à trouver la femme de sa vie. Il l’invite à des soirées chez lui, l’inscrit sur un site de rencontre, l’oblige à faire du sport, le coach même sur la manière de séduire et de se comporter avec les femmes. Mais découvrir la perle rare qui sera capable de le supporter et qui par amour l’amènera à surmonter enfin son hypocondrie s’avère plus ardu que prévu...

D’après le synopsis publicitaire du film

En savoir plus

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

  • ENTRETIEN AVEC DANY BOON

Il faut avant tout partir de votre cas, celui d’un très grand malade ! SUPERCONDRIAQUE en fait, c’est vous…

Ce sujet de l’hypocondrie est en effet très personnel. Étant désormais majeur et responsable de mes actes et de mes névroses, je dois reconnaître que je suis très angoissé par l’idée de la maladie, comme pas mal d’artistes… Dès que je présente le moindre symptôme, je suis persuadé que c’est extrêmement grave et définitif : à 38°5 degrés, je suis à l’article de la mort ! J’appelle donc mon médecin très régulièrement. Il s’appelle Roland, il apparaît d’ailleurs dans le film et au bout de 20 ans c’est devenu un ami. Je précise que je connais le numéro de son cabinet par cœur et qu’en plus, j’ai celui de son domicile dont le combiné est posé sur sa table de nuit ! Il a beaucoup regretté de me l’avoir donné celui là…

Au-delà de ce généraliste, vous consultez aussi des spécialistes ?

Ah oui, je fais très régulièrement des examens, souvent en compagnie d’amis qui ont le même problème que moi ! Récemment, j’ai découvert le «body-scan», une sorte de scanner beaucoup plus poussé, et j’en ai déjà fait deux ! Plus sérieusement, l’hypocondrie est une pathologie assez éprouvante pour mon entourage, ma femme ou mes enfants. En revanche, c’est très rassurant pour les assureurs ! Je fais tellement attention de ne pas tomber malade que j’ai changé mon mode de vie: je fais beaucoup de sport, je fais attention à mon alimentation. D’ailleurs, ça génère d’autres névroses car je repense du coup à mes parents qui achetaient la nourriture la moins chère possible !

Est-ce que le sujet du film part de ces inquiétudes ? Est-ce pour vous un moyen d’exorciser votre hypocondrie ?

Il y a avant tout l’idée de m’en moquer grâce à l’autodérision. On fait mieux rire les autres à travers soi… Plus une histoire est sincère, personnelle, plus les scènes de comédie seront fortes et plus on peut aller loin dans le délire ou la folie. Comme dans le film, j’ouvre les portes avec les coudes et je me lave les mains après avoir composé un numéro sur un digicode. Je crois que je préfèrerais tomber dans un escalier plutôt que de me tenir à la rampe !

L’idée d’écrire et réaliser SUPERCONDRIAQUE s’est en quelque sorte imposée à vous car au moment du tournage du film UN PLAN PARFAIT, vous étiez parti sur autre chose…

Oui, le projet s’appelait UNE JOLIE CH’TITE FAMILLE. Mais comme vous le savez, je suis pas mal attendu, observé et quelquefois critiqué ! Donc j’écoute les conseils de mon entourage proche et certains m’ont fait remarquer que c’était encore un projet sur le Nord. Même si j’aimais vraiment mon histoire et que j’adore ma région, j’ai entendu tout cela et peu à peu, SUPERCONDRIAQUE, (que j’avais en tête depuis un bout de temps), est revenu à la surface.

Le film parle aussi de cette tendance très actuelle de s’auto-médicamenter via internet…

C’est vrai qu’il suffit de taper sur Google et on trouve immédiatement des images et des explications de ce dont on croit souffrir ! Sur les forums, vous pouvez lire des témoignages et des récits absolument dramatiques et ahurissants ! Mon cher ami médecin généraliste m’a même dit que dans les colloques professionnels aujourd’hui, il y avait des débats exclusivement consacrés à cette question de l’automédication. Les docteurs doivent maintenant faire face à des patients qui viennent, non plus avec une maladie mais avec un diagnostic !

Ce qui est très intéressant avec SUPERCONDRIAQUE, c’est que l’on part de ce thème de l’hypocondrie pour ensuite aller en aborder d’autres, comme celui de l’identité par exemple ou des relations homme-femme…

Oui et c’est pourquoi ce projet a mis du temps à se concrétiser car en soit, l’hypocondrie n’est pas un thème de comédie puisqu’il génère des idées ou des personnages assez négatifs et qu’on en fait vite le tour… Mon idée était donc de montrer comment vit un hypocondriaque, à travers ce que mon épouse ou ma mère avant elle a vécu à mon contact ! Je voulais montrer les difficultés des rapports humains en société pour un type malade comme Romain, qui plus est photographe pour dictionnaire médical ! Sur le fond, je trouve que l’hypocondrie est un phénomène très bourgeois, en ce sens qu’il faut avoir le temps et l’argent d’en souffrir ! Bref, ça m’intéressais de voir comment ce gars-là arriverait à trouver l’amour malgré sa névrose… C’est là où le personnage de Kad, entre en jeu. Romain pense, (à tort), que c’est son meilleur ami mais Dimitri lui ne pense qu’à lui trouver une femme pour en être débarrassé et qu’il aille mieux… C’est donc un film sur la maladie mais également sur la séduction et l’image que les hommes renvoient aux femmes. Quand Romain prend la place et l’aspect d’Anton Miroslav, il joue sur l’apparence et ça, nous l’avons tous fait, au travail comme dans l’intimité, notamment au début d’une relation… À partir de ce moment, l’histoire de la révolution au Tcherkistan aidant, Romain peut passer pour un héros et ça l’aide à s’affirmer dans la vraie vie. Au passage, il va aussi changer l’existence d’Anna qui s’ennuie dans son couple et dans son quotidien. Elle tombe sous le charme de ce «héros» qui la renvoie en plus à ses origines, à son identité slave…

Jouer sur ces registres multiples, qui sont un peu plus sombres et renvoient d’ailleurs à vos spectacles, j’ai l’impression que ça prend un peu plus de place à chaque film…

Oui, SUPERCONDRIAQUE est clairement plus proche de mon univers que les précédents. Je m’autorise à aller plus loin… La première explication, c’est que je ne suis plus sur scène depuis un bout de temps et que je n’y reviendrai pas avant fin 2016, début 2017. Ça me désespère mais c’est un mal nécessaire ! Quand j’ai fait LA MAISON DU BONHEUR, les CH’TIS ou RIEN À DÉCLARER, je jouais encore régulièrement en spectacle mais là, je suis arrivé sur mon plateau avec une frustration. Cela s’est traduit par un besoin viscéral de faire rire ! Je pense donc avoir été plus inventif et créatif que d’habitude. J’ai même parfois changé des choses pendant que je les tournais, comme la scène entre Alice et moi lorsqu’elle veut ne plus me parler qu’en Tcherkistan. C’est la nuit avant le tournage que j’ai eu l’idée des noms de légumes, au point de réveiller mon chef déco pour qu’il me fabrique un bouquin avec les images et les traductions adéquates… Tout cela a d’ailleurs abouti à un scénario qui s’allongeait au fur et à mesure et nous avons tourné des choses que je n’ai pas gardées au final !

Sur la forme du film, il y a évidemment les scènes de pure comédie que vous maîtrisez depuis longtemps, mais là où le public ne vous attend peut-être pas, c’est dans les domaines du romantisme ou de l’action. Là-aussi, c’est extrêmement abouti au niveau de la mise en scène…

Je prends cela comme un vrai compliment et c’est vrai que SUPERCONDRIAQUE est mon film de réalisateur le plus maitrisé. Le fameux film de la maturité sans doute ! Je voulais réussir à emmener mon personnage principal dans des situations qui le poussent à se transformer et cela passait par des genres cinématographiques différents. Alors ça n’a pas été toujours simple : j’ai mis des mois par exemple à trouver la raison pour laquelle Miroslav retourne dans son pays afin de sauver Romain. Il fallait déjà imaginer une rencontre qui tienne la route entre les deux… Pour les séquences plus spectaculaires, nous avons beaucoup travaillé en amont, notamment en «story-boardant» la séquence de l’attaque de la prison par exemple et en prenant bien garde à ne pas cadrer la porte qui est en dessous du mur que l’on escalade ! Tout ce qui a été tourné en Hongrie a nécessité des mois de repérages et de casting parce que je voulais des «gueules slaves»…

Ces scènes d’action, vous avez pris du plaisir tout simplement à les tourner ?

Ah oui, j’ai adoré. Nous avons tourné ça sur une semaine avec deux nuits pour la prison. Ça se passe en fait dans un ancien abri anti-atomique construit à l’époque soviétique et dans une partie de Budapest, une incroyable ville dans la ville, uniquement constituée d’usines qui tournent 24h sur 24 ! Je dois rendre hommage au travail sur la lumière de Romain Winding, dont j’avais remarqué le travail sur LES ADIEUX À LA REINE de Benoit Jacquot, et qui a fait un travail magnifique.

Cette idée que le film va surprendre et peut-être aussi ceux qui ne sont généralement pas tendres avec vous, ça fait partie de l’excitation liée au projet ?

Franchement, ce n’est pas la motivation principale ! J’ai fait ce film-là d’abord pour le public et tant mieux s’il est réussi… Vous savez, honnêtement, je n’ai jamais douté de mes capacités à réaliser, tout simplement parce que mes films marchent et pas seulement par chance ou par hasard ! Faire un film, c’est une succession de choses très aléatoires auxquelles il faut ajouter l’expérience sûrement. Une fois le film terminé, je le projette devant un vrai public en me cachant dans la salle et selon la façon dont ça réagit ou pas, je repars au montage pour améliorer les choses. C’est un réflexe d’homme de scène…

Puisque vous parlez du public, il y avait une gageure liée à ce projet : ne pas décevoir l’attente de vos retrouvailles avec Kad Merad à l’écran…

Bien sûr et je peux vous dire que ça a été de vraies retrouvailles. J’avais oublié à quel point c’était jubilatoire de jouer avec Kad et à quel point ça fonctionnait bien entre nous. C’est un excellent comédien et j’aime beaucoup le diriger et même le martyriser un peu. Dès les premières scènes que nous avons tournées, j’ai ressenti cette complicité qui nous lie, c’était redevenu évident… Alors il ne fallait pas tomber dans la redite mais se baser sur des personnages incarnés pour que cela fonctionne à nouveau à l’écran. Dimitri correspond à ce que Kad est dans la vie… C’est pareil pour Judith El Zein, (Norah son épouse dans le film), qui est une femme que j’adore et qui est d’une formidable justesse dans le film. Leur couple fonctionne parfaitement et en tant que comédienne, elle parvient à distiller ce doute sur l’homosexualité latente de la relation entre Dimitri et Romain !

Autre élément essentiel de votre casting : Alice Pol. Elle joue Anna, la soeur de Dimitri, qui va tomber amoureuse de vous, pensant que vous êtes en fait Anton Miroslav, révolutionnaire en fuite…

On me dit en effet que l’histoire d’amour entre Anna et Romain fonctionne vraiment bien : on y croit. Mais ces scènes, qui marchaient parfaitement à l’écriture, sont également portées grâce au rire, déclenché avant ou après par Alice Pol. Elle a une capacité dingue à faire rire, avec ce côté réellement maladroit dans la vraie vie ! Je suis ravi d’avoir rencontré une actrice de son talent car la difficulté du film est qu’à un moment, notre duo prend le pas sur celui que nous formons avec Kad et il fallait qu’elle soit à la hauteur. Si l’on parle aussi du personnage d’Anton Miroslav, je voudrais dire un mot de Jean-Yves Berteloot, qui avait un peu peur du côté caricatural des choses au début. Mais il a travaillé très dur, notamment sur l’accent de Miroslav, avec une ukrainienne. Le résultat est formidable et il parvient à lui donner de l’épaisseur… En plus on se ressemble beaucoup : nous sommes nés à quelques kilomètres l’un de l’autre et je vais d’ailleurs lancer des recherches génétiques dans ma propre famille !

Tous vos comédiens, du plus important au 3e rôle, insistent sur l’extrême attention que vous leur avez portée…

Simplement parce que c’est essentiel à mes yeux. Je trouve insupportable de voir des personnages moins incarnés ou moins importants être délaissés ou maltraités dans les films : ça me sort de l’histoire ! Je déteste les faire valoir au cinéma…

Pour terminer Dany, chacun de vos films, (grâce ou à cause du succès du précédent), est très attendu. C’est encore le cas de SUPERCONDRIAQUE. Est-ce que cela rajoute de la pression à la pression du projet ?

Je pars du principe qu’un film fait les entrées qu’il mérite ! Celui-ci aura donc la vie qu’il doit avoir… Cette pression dont vous parlez, je la connais depuis les CH’TIS mais cela ne m’a jamais empêché de me sentir libre et heureux dans le travail. Mon but principal c’est de faire rire les gens et de divertir mon public. Je le fais avec d’autant plus de sincérité que je pourrais arrêter de travailler ! Je suis dans l’envie, pas dans le besoin… Le métier que je fais me passionne depuis toujours, quelle que soit l’échelle de ce que j’entreprends : un gros budget ou une équipe de 250 personnes ne change rien à l’affaire. Ensuite, vient la critique et les critiques. Je respecte leur métier et leurs avis sauf quand ça dévie sur des choses plus personnelles ou sur des histoires d’argent. Là, ça n’a tout simplement aucune raison d’être, ni d’importance sur le fond. Je peux entendre tout ce que l’on a à me dire sur un de mes films, au moins ça prouve qu’on s’y intéresse mais le plus important restera toujours la relation avec le public…

  • ENTRETIEN AVEC KAD MERAD

Est-ce que l’idée des retrouvailles avec Dany Boon au cinéma, 6 ans après BIENVENUE CHEZ LES CH’TIS faisait partie de vos motivations à tourner SUPERCONDRIAQUE ?

Pour moi oui, évidemment et je pense que c’était aussi le cas pour Dany. Après, il fallait qu’il y ait le bon sujet, les bons personnages et les bonnes situations pour aboutir à un bon film ! Je crois que jusqu’à SUPERCONDRIAQUE, Dany n’avait pas écrit l’histoire qui nous permettait de nous retrouver. On a donc attendu le bon moment et c’est vrai que notre tandem fonctionne bien : on aime jouer ensemble et je crois que ça se voit une fois encore à l’écran…

La conséquence de votre complicité, c’est aussi que le public du coup espère beaucoup de ces retrouvailles… Ça rajoute de la pression avant cette sortie très attendue ?

D’abord, je suis certain que cet espoir ne sera pas déçu ! Ensuite, bien entendu quand vous avez été associé à un film comme les CH’TIS, (qui a fait autant de bruit et d’entrées et dont on parle toujours des années après), et que vous proposez à nouveau à l’écran le duo qui a déjà si bien fonctionné, c’est une sorte de pression. Le public je pense a vraiment envie de nous retrouver… j’espère ! Mais il faut aussi résonner : c’est autre chose, une proposition différente. On n’a pas repris les mêmes pour servir la même recette…

Votre personnage est le docteur Dimitri Zvenka, le médecin de Romain, le personnage de Dany Boon. Un médecin très compréhensif mais qui n’en peut plus de son encombrant patient…

Il y a une expression qui dit : «bon fond, bon con» et c’est exactement ça ! Dimitri est un type foncièrement gentil. Quand il finit par se faire avoir dans cette histoire, il reste positif, agréable même s’il a un fond de mauvaise foi que j’aime bien ! À un moment du film, sa relation avec Romain prend une telle ampleur qu’elle menace sa vie personnelle avec sa femme. Comment peut-il accepter ça ? Pourquoi choisit-il son patient au détriment presque de son couple ? Les réponses résident dans l’astuce du scénario, qui crée une vraie profondeur dans le rapport entre Dimitri et Romain. Ce dilemme que vit mon personnage est très intéressant à jouer…

Il a des points communs avec vous ce Dimitri ?

Oui, j’ai ce côté «bon gars» ! Mais il ne faut pas non plus trop me marcher sur les pieds… Comme Dimitri, je me laisserai toujours embarquer par les sentiments, la fidélité. Et puis la barbe nous réunit également !

Et des «amis» un peu envahissants comme Romain, vous en avez connus ?

Ah non ! À ce niveau-là, ce n’est pas possible. Des gens comme ça ne peuvent pas rester dans votre entourage normalement… J’aime trop mes amis et ils sont suffisamment agréables pour ne pas m’encombrer de types comme Romain !

De quelle façon construisez-vous un personnage comme Dimitri : au-delà du scénario, de quoi avez-vous besoin ?

En fait j’ai plusieurs «techniques» mais en général, je cherche toujours à m’inspirer de gens que je connais et qui sont autour de moi. C’est souvent mon grand-frère, Karim : quelqu’un de discret, réservé, ancré dans la vie réelle : la classe moyenne pavillonnaire de banlieue. C’était le cas pour mon rôle d’assureur dans JE VAIS BIEN NE T’EN FAIS PAS de Philippe Lioret… Je n’ai pas besoin d’aller passer du temps avec un médecin pour en incarner un, j’en connais dans la vraie vie ! Ce sont toujours les «monsieur tout-le-monde» qui m’inspirent… Et puis au final, c’est surtout le metteur en scène qui décide quelle personnalité donner à nos rôles.

SUPERCONDRIAQUE est intéressant à plus d’un titre et notamment parce que, même si c’est une comédie où l’on rit beaucoup, elle aborde aussi des sujets plus profonds comme l’amitié, la famille et d’abord l’hypocondrie, une maladie grave…

Il faut d’abord savoir que Dany est un grand malade de l’hypocondrie et il a voulu faire un film de cette obsession maladive… Ensuite, dans la vie, c’est quelqu’un qui attache énormément d’importance aux amis. Il est très fidèle à ses copains d’enfance par exemple et je ne vous parle pas de sa famille ! Mais au-delà de ces deux aspects principaux, il est aussi question de l’exclusion dans le film, du racisme d’une certaine façon quand on aborde la question des clandestins. Ça parle aussi de la générosité que l’on peut mettre au service des autres… Tous ces thèmes-là sont très chers à Dany. En lisant le scénario, j’ai d’ailleurs eu la même impression que lorsque j’avais lu celui de BIENVENUE CHEZ LES CH’TIS : j’ai beaucoup ri mais j’ai également compris qu’il nous racontait sa vie… J’ai en fait toujours pensé que chacun des films réalisés par Dany étaient des films d’auteur très personnels.

D’un strict point de vue de direction d’acteur, la façon dont Dany Boon vous filme est vraiment remarquable… Dimitri est sans doute l’un de vos rôles les plus aboutis…

Je crois que je suis son instrument : il m’appelle son stradivarius ! J’adore être dirigé par lui car il connait à la fois mon potentiel et mes limites. Nous prenons beaucoup de temps ensemble à travailler sur un personnage et quand, en plus, nous jouons tous les deux, ça devient très intéressant car notre complicité est évidente à l’écran. Dany est un réalisateur très précis et c’est extrêmement agréable pour moi de travailler en cherchant des choses… Je trouve en effet qu’il a pris une réelle dimension de réalisateur avec SUPERCONDRIAQUE. Ses acteurs sont très très justes et c’est lui qui maintient le cap car il arrive parfois que les comédiens soient un peu perdus au fil des prises. Dany trouve l’exact équilibre entre la drôlerie et la sincérité : c’est ce qu’il y a de plus difficile…

On le ressent particulièrement dans le rapport que son personnage, Romain, entretien avec Anna, «votre soeur», jouée par Alice Pol… Il y a évidemment un côté vaudeville mais on n’est pas seulement dans la gaudriole !

J’adore d’ailleurs la scène où je débarque à la maison et où je le découvre en slip planqué derrière la vitre ! C’était tellement drôle et efficace sur le papier que ça en devenait angoissant à tourner : avec un tel moment de comédie, nous n’avions pas droit à l’erreur… Et là encore, il fallait que l’on rie mais aussi que l’on sente que Dimitri ne veut absolument pas qu’Anna sorte avec ce type-là !

Alice Pol, comme Judith El Zein d’ailleurs, sont de véritables piliers du film…

Pour moi, Alice c’est LA révélation du film. Je ne la connaissais pas et je l’ai vue arriver toute timide à la première lecture du scénario, sans être même certaine de faire le film. C’est là où Dany est un type formidable : je sais maintenant qu’il voulait nous faire partager sa rencontre de cinéma avec cette jeune comédienne qu’il avait connu sur UN PLAN PARFAIT et il a tenu bon, contre l’idée de mettre des «vedettes» à tous les niveaux de l’affiche ! Dès le début, Alice a démontré sa fraîcheur, son envie et son charme. Elle est en plus extrêmement drôle ! Quant à Judith, je l’avais fait tourner dans mon premier film de metteur en scène, MONSIEUR PAPA et nous sommes en train d’écrire un scénario. C’est elle d’ailleurs qui avait signé l’adaptation de «Rendez-vous», la comédie musicale que j’ai joué sur scène. Le peu de fois où on la voit dans le rôle de Norah, ma femme dans SUPERCONDRIAQUE, je trouve qu’elle apporte immédiatement une justesse comique, notamment quand elle sous-entend que je pourrais avoir une liaison avec mon patient ! Ces deux actrices, ces deux femmes apportent du poids à l’histoire…

Il y bien entendu votre duo avec Dany Boon mais également un casting très riche avec des personnages secondaires, on vient d’en parler, qui existent vraiment. Est-ce que la notion de troupe était réelle sur le plateau, car cette unité transparait vraiment à l’écran ?

Dany a cette capacité de se transformer en chef de bande qui imprime de suite l’ambiance ! En plus, il est très fidèle à ses acteurs et il les retrouve au fil de ses films même si c’est pour une simple apparition : Guy Lecluyse ou Bruno Lochet par exemple… Au final, cela donne une jolie troupe qui se respecte et se connait !

SUPERCONDRIAQUE sort en 2014, année particulière pour vous puisque vous fêtez votre demi-siècle ! Quel regard portez-vous sur les cinquante années écoulées et notamment sur vos rencontres de cinéma ?

Honnêtement, je ne me retourne pas trop vers le passé… pour l’instant ! Tout ce que j’ai pu traverser, au cinéma mais aussi sur scène ou à la télévision, je crois avoir pris le temps d’en profiter pleinement. Ce qui m’intéresse, c’est d’essayer de toujours progresser, de ne jamais me dire «ça y est, j’ai assez prouvé»… Je ne suis pas déjà ce vieux comédien qui s’extasie sur son parcours ! J’ai fait énormément de choses et j’ai eu énormément de chance. J’ai croisé beaucoup de gens de qualité, quel que soit au final le succès ou l’échec de mes films. J’assume d’ailleurs ma part de responsabilité quand les choses sont moins bonnes ou se passent moins bien… Ce demi-siècle dont vous parlez est très riche, très puissant : un peu comme un élastique qui continuerait de se tendre depuis les années 80 ! Je garde en tout cas les yeux ouverts et les pieds sur terre : quand on me dit que je ne change pas, c’est un vrai compliment…


  • Sortie : 26/02/2014
Date de la publication électronique :20 February 2014
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé