Julieta  –  Pedro Almodovar  –  2016

Fiche générale

  • Producteur :Agustin Almodovar
    Esther Garcia
  • Production :El Deseo
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Réalisateur :Pedro Almodovar
  • Interprètes : Emma Suarez Adriana Ugarte
    Daniel Grao Inma Cuesta
    Dario Grandinetti Michelle Jenner
    Rossy de Palma
  • Scénario :Pedro Almodovar
  • Directeur de la photographie : Jean-Claude Larrieu
  • Compositeur de la musique : Alberto Iglesias
  • Monteur : José Salcedo

Production

  • Producteur :Agustin Almodovar
    Esther Garcia
  • Production :El Deseo
  • Distribution : Pathé Distribution

Fiche artistique

  • Réalisateur :Pedro Almodovar
  • Scénario :Pedro Almodovar
  • Interprètes :Emma Suarez Adriana Ugarte
    Daniel Grao Inma Cuesta
    Dario Grandinetti Michelle Jenner
    Rossy de Palma

Fiche technique

  • Photographie :Jean-Claude Larrieu
  • Compositeur de la musique :Alberto Iglesias
  • Monteur :José Salcedo

Résumé et notes

RÉSUMÉ

Julieta s’apprête à quitter Madrid définitivement lorsqu’une rencontre fortuite avec Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antía la pousse à changer ses projets. Bea lui apprend qu’elle a croisé Antía une semaine plus tôt. Julieta se met alors à nourrir l’espoir de retrouvailles avec sa fille qu’elle n’a pas vu depuis des années. Elle décide de lui écrire tout ce qu’elle a gardé secret depuis toujours. Julieta parle du destin, de la culpabilité, de la lutte d’une mère pour survivre à l’incertitude, et de ce mystère insondable qui nous pousse à abandonner les êtres que nous aimons en les effaçant de notre vie comme s’ils n’avaient jamais existé.

D’après le synopsis publicitaire du film

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Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

MATRIARCAT

Le film commence par un gros plan d’un morceau de tissu rouge. Très vite, on découvre que, dessous, un cœur palpite, le cœur de Julieta. La deuxième image correspond à une sculpture de texture et de couleur de terre cuite représentant un homme nu assis (jambes et torse robustes et compacts). Julieta pose la statuette sur un carton et l’emballe soigneusement dans du papier bulles. La statuette ressemble à un bébé que sa mère est en train d’habiller. Nous sommes en 2016. On reverra la sculpture plus tard, c’est-à-dire avant, en 1985, dans l’atelier de la sculptrice qui l’a créée. La sculptrice s’appelle Ava, probablement en hommage à Ava Gardner. Ava est très belle et aussi libre que l’actrice qui interpréta Vénus dans Un caprice de Vénus (One Touch of Venus). Vénus est la déesse de l’amour, de la beauté et de la fertilité. Les trois qualités sont présentes dans l’atelier d’Ava. La jeune Julieta de 1985 prend dans ses mains la sculpture de l’homme assis. De nouveau, la statuette ressemble à un bébé entre les mains des deux femmes qui parlent de son poids et de la texture de sa peau. Dans la séquence suivante, Ava modèle une nouvelle statuette à l’aide d’argile sous le regard de Julieta. La terre prend la forme de fesses et de jambes masculines. « Les dieux ont créé l’homme et d’autres êtres avec de l’argile et du feu », lui dit Julieta, Ava l’écoute attentivement sans cesser de modeler. Julieta est prof de lettres classiques, elle continue à lui parler de la Création comme si c’était un conte et finit par lui avouer qu’elle est enceinte...

Les trois séquences montrent le pouvoir des femmes : la femme en tant que créatrice de l’homme. L’homme représenté par la sculpture est minuscule comparé aux mains des deux femmes (la même proportion que la blonde prisonnière dans les mains de King Kong). Elles se le passent (dans le cas d’Ava et de Julieta, le va-et-vient est littéral). Non seulement la femme donne la vie, mais elle est aussi plus forte pour affronter, gérer, subir et apprécier tout ce que la vie apporte. Seul le hasard est plus fort qu’elle.

L’INCONNU DU NORD-EXPRESS. DESIRS HUMAINS

Les trains me fascinent, qu’il s’agisse des jouets ou de ceux que l’on voit dans les films. J’avais toujours rêvé de tourner dans un vrai train. De tous les moyens de transport formant l’iconographie cinématographique (en plus des diligences et des chevaux, qui ont leur propre genre, le western), le train est mon préféré. Le train traverse tous les genres, mais les scènes de train dont je me souviens le mieux appartiennent à Hitchcock (Une femme disparaît, L’Inconnu du Nord-Express, La Mort aux trousses) et à Fritz Lang (Désirs humains). Quand je suis entré dans un des compartiments d’un vieux train des années 80 pour répéter avec les acteurs, j’ai pris conscience de la difficulté que représenterait le fait de travailler dans un espace où la caméra et le chef-op tiendraient à peine. Tout naïf que j’étais, je n’imaginais pas que l’espace réel de ces trains de 1985 était si exigu. Un enfer plein d’acariens. Mais on savait tous que ces séquences étaient cruciales pour la narration car le destin de Julieta se trouve à bord du train. J’ai construit le scénario de Julieta autour des séquences du train de nuit. C’est dans ce lieu si métaphorique et significatif que Julieta entre en contact avec les deux pôles de l’existence humaine : la mort et la vie. Et l’amour physique comme réponse à la mort. Les deux fois où l’on voit Julieta faire l’amour de façon torride avec Xoan, quelqu’un vient de mourir. C’est leur réponse à eux deux à l’idée de la mort.

LE REGARD DE L’ADIEU

En 2003, Antía, la fille de Julieta et Xoan, a 18 ans. Elle est majeure et part faire une retraite spirituelle de trois mois dans les Pyrénées aragonaises. Julieta est affligée à l’idée de se séparer de sa fille. Jusque-là, elles ne s’étaient jamais quittées. Julieta voit sa fille passer le seuil de la porte et disparaître dans l’escalier. Elle cache son désarroi du mieux possible. La scène lui fait revivre deux autres adieux dont elle ne s’est jamais remise et dont elle n’a jamais parlé à Antía. L’un de ces adieux est arrivé dans le train. Dans le voyage de nuit de 1985, la nuit même où Julieta a conçu Antía. Un homme au regard humide s’est assis en face de Julieta et a essayé d’engager la conversation. L’homme était laid et d’une amabilité mielleuse à laquelle Julieta a réagi avec froideur. Julieta était mal à l’aise et n’avait aucune envie de parler. Elle s’est levée et l’a laissé seul dans le compartiment. Profitant d’un arrêt en gare, l’homme a fini par se jeter sous les roues du train, il avait certainement prévu de se suicider avant de monter, mais Julieta regrette d’avoir été froide avec lui et ne peut oublier le regard de l’homme au moment où elle est sortie du compartiment. Le second regard qui la torture est celui de Xoan, le pêcheur qu’elle a connu dans ce même train, cette nuit-là. Julieta et Xoan ont fondé une famille et vivent à Redes, un village de bord de mer galicien. Alors que treize années se sont écoulées depuis qu’ils se sont connus, Julieta et Xoan se disputent au sujet du passé de Xoan ; Julieta a découvert quelque chose qui la déçoit beaucoup. Elle décide de sortir faire un tour, Xoan la prie de rester pour parler, mais elle se réfugie dans le silence et sort de la maison. Xoan la regarde passer la porte, déconcerté et quelque peu suppliant. Julieta revient chez elle le soir avec l’envie de reprendre la conversation interrompue, mais Xoan n’est pas là et elle n’aura plus jamais la possibilité de terminer cette conversation. Peu après qu’elle fut sortie, Xoan est parti pêcher et, l’après-midi, une tempête soudaine et très violente a mis fin à la vie du pêcheur. Plantée face à la porte de son appartement et regardant Antía disparaître dans l’escalier, Julieta se souvient du regard des deux hommes qui ont trouvé la mort peu après qu’elle les eut laissés seuls.

  • Sortie : 18/05/2016
Date de la publication électronique :28 April 2016
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé