Voyage à travers le cinéma français  –  Bertrand Tavernier  –  2016

Fiche générale

  • Producteur :Frédéric Bourboulon
  • Production :Little Bear
    Gaumont...
  • Réalisateur :Bertrand Tavernier
  • Scénario :Bertrand Tavernier
  • Directeur de la photographie : Jérôme Almeras
    Simon Beaufils ...
  • Compositeur de la musique : Bruno Coulais
  • Monteur : Guy Lecorne
    Marie Deroudille

Production

  • Producteur :Frédéric Bourboulon
  • Production :Little Bear
    Gaumont
    Pathé Production
  • Un film écrit et réalisé avec la complicité de :Thierry Fremaux
  • Et la collaboration de :Jean Olle-Laprune
    Stéphane Lerouge
  • Une coproduction avec la participation de :Canal+
    Ciné+
    SACEM
  • Et le soutien du :CNC et de la Région Ile de France (En partenariat avec le CNC)

Fiche artistique

  • Réalisateur :Bertrand Tavernier
  • Scénario :Bertrand Tavernier

Fiche technique

  • Photographie :Jérôme Almeras
    Simon Beaufils
    Julien Pamart
    Camille Clément
    Garance Garnier
  • Compositeur de la musique :Bruno Coulais
  • Ingénieur du son :Fanny Weinzaepflen
    Olivier Do Huu
  • Monteur :Guy Lecorne
    Marie Deroudille
  • Photographe de plateau :Etienne George
  • Assistant réalisateur :Emmanuelle Sterpin
  • Textes lus par :André Marcon
  • Montage de Guy Lecorne assisté de :Juliette Alexandre
    Mathilde Forissier
  • Et Marie Deroudille assistée de :Emmanuel Jego
    Maxence Loubeyre
  • Graphisme :François Goderniaux

Résumé et notes

RÉSUMÉ

« Ce travail de citoyen et d’espion, d’explorateur et de peintre, de chroniqueur et d’aventurier qu’ont si bien décrit tant d’auteurs, de Casanova à Gilles Perrault, n’est-ce pas une belle définition du métier de cinéaste que l’on a envie d’appliquer à Renoir, à Becker, au Vigo de L’ATALANTE, à Duvivier, aussi bien qu’à Truffaut ou Demy. À Max Ophuls et aussi à Bresson. Et à des metteurs en scène moins connus, Grangier, Gréville ou encore Sacha, qui, au détour d’une scène ou d’un film, illuminent une émotion, débusquent des vérités surprenantes. Je voudrais que ce film soit un acte de gratitude envers tous ceux, cinéastes, scénaristes, acteurs et musiciens qui ont surgi dans ma vie. La mémoire réchauffe : ce film, c’est un peu de charbon pour les nuits d’hiver. »

Bertrand Tavernier

En savoir plus

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

  • RENCONTRE AVEC BERTRAND TAVERNIER

COMMENT COMMENTER OU ANALYSER CE QUI EST UNE ANALYSE, UN COMMENTAIRE, DES ÉLANS DE PASSION....

Prévenir des cinéastes qui n’y sont pas, mais c’est se donner des verges pour se faire battre... expliquer qu’on n’a pas mis UN DE LA LÉGION pour des questions de matériel et qu’on l’a remplacé par MACAO ? Difficile de parler de la manière dont le film s’est élaboré, éclairé peu à peu, pris une forme plutôt qu’une autre, a découvert sa vie propre au fur et à mesure que l’on revenait sur des extraits, qu’on se heurtait au matériel, aux droits (ce qui m’a forcé à explorer de nouvelles pistes, exigé de nombreuses réécritures) mais est-ce à moi de l’écrire ou à quelqu’un comme Emmanuelle Sterpin (1ère Assistante à la réalisation et documentaliste), Guy Lecorne (monteur), qui peuvent témoigner de l’absence d’œillères, de préjugés, de la liberté de ton. Et aussi des flambées d’enthousiasme.

VOUS VOULIEZ PARLER DU CINÉMA FRANÇAIS DONC VOUS SAVIEZ À L’AVANCE LES AUTEURS QUE VOUS DEVIEZ ÉLIMINER, CEUX QUE VOUS ALLIEZ LOUER ?

Eh bien non, je l’avoue humblement, non. J’ai exploré, revu, découvert et j’ai laissé les films et les cinéastes s’imposer, trouver leur espace. Un nom en a entrainé un autre. Carné a fait surgir Jaubert et Renoir, Kosma. Oui évidemment je savais que j’allais dire mon admiration pour Renoir, pour Becker, Gabin, et brusquement mon ami Edmond T. Gréville a surgi et Jean Sacha. Et ce film de Grangier avec cet extraordinaire éclair autobiographique. Montrer que chez des cinéastes très différents, on retrouve la même passion, la volonté d’expérimenter, le même respect du public, le même désir de les considérer comme des adultes. Et réagir en cinéaste à ce qui me touche dans des films, chez des auteurs très différents, évoquer la profondeur de champ chez Renoir, la manière dont Carné s’approprie une formidable idée dramaturgique de Trauner, l’influence de Welles chez Jean Sacha. Je m’identifie à la stupeur de Greville face à une exigence d’acteur (jouer un cul de jatte) qui risque de totalement perturber le tournage. Je veux que ce voyage soit ludique, vivant, qu’il donne envie de revoir des centaines de films ; je veux montrer que l’exigence, on la trouve chez des cinéastes très différents, chez le Carné du JOUR SE LÈVE mais aussi chez le Delannoy de MACAO, du GARÇON SAUVAGE, dans certains plans de CET HOMME EST DANGEREUX. Je veux arriver à faire sentir la fièvre créatrice qui régnait au 9 de la rue Kepler. J’y côtoyais pendant plus de trois ans Varda, Demy, Godard, Chabrol, Schoendoerffer, Rozier. Essayer de tracer un portrait de Melville qui fut avec Claude Sautet mon parrain dans le cinéma. De Melville et des studios de la Rue Jenner. Bienheureux ceux qui ont découvert le cinéma dans ces studios.

UN SOUVENIR

C’était sur un plateau du Studio Jenner. Un plateau complètement vide à part quelques immenses agrandissements photographiques de façades américaines qui allaient servir de découverte aux fenêtres du DOULOS. Et devant ces maisons aux escaliers de fer, nous parlions de Jean Cocteau, JeanPierre Melville et moi et je l’entends encore me dire : « Cocteau, il était d’abord ce que devrait être tout créateur français : un ambassadeur de France en France ». Magnifique déclaration que j’ai envie de reprendre à mon compte pour ce VOYAGE À TRAVERS LE CINÉMA FRANÇAIS, cet exercice d’admiration et de reconnaissance comme disait Victor Hugo, « il y a dans l’admiration un je ne sais quoi de réconfortant. »

Extraits du dossier de presse du film, collection de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

  • RENCONTRE AVEC DANIELE THOMPSON

COMMENT ET D’OÙ EST VENUE VOTRE ENVIE DE FAIRE CE FILM QUI SEMBLE À PART DANS VOTRE FILMOGRAPHIE, PLUTÔT MARQUÉE JUSQU’ICI PAR LES COMÉDIES ?

Il y a une quinzaine d’années, j’ai lu un article qui racontait l’amitié depuis l’enfance de Cézanne et Zola, puis leur éloignement. Je dois avouer que je n’avais jamais entendu parler jusque-là de cette brouille et que cela m’a intriguée. J’ai alors commencé à lire des biographies de l’un et de l’autre, à relire des textes de Zola que j’avais oubliés, à voir des tableaux de Cézanne que je ne connaissais pas. Il y avait dans cet épisode-là, dans cette fâcherie, une certaine dramaturgie qui dépassait la simple anecdote. À chaque fois que je �nissais un �lm, j’avais envie d’aborder cette histoire mais lorsque j’en parlais autour de moi, on me disait : « Mais non, fais une comédie, c’est ce que tu sais faire. » Je faisais donc une comédie, puis une autre, puis une autre. Jusqu’à DES GENS QUI S’EMBRASSENT, qui n’a pas été le succès que j’espérais et dont l’accueil m’a un peu déstabilisée. J’ai alors décidé de prendre du temps et je me suis plongée pour le plaisir dans la vie de Cézanne et de Zola, sans savoir si j’y trouverais la matière d’un �lm. J’ai lu, j’ai lu, j’ai pris des tonnes de notes, j’ai noirci des tas de cahiers. J’étais complètement fascinée par tout ce que je lisais, par tout ce que j’apprenais.

POURQUOI ?

Parce que j’entrais dans le cœur de la vie de ces gens, dans leur jeunesse. Quand on évoque Cézanne, Zola, Victor Hugo ou Renoir aujourd’hui, on voit tout de suite des vieillards chenus et impressionnants. Là je découvrais des hommes jeunes, en plein devenir, dans une intimité, un quotidien qui, justement, n’étaient pas impressionnants. Ce n’étaient pas des légendes, pas des icônes, juste des jeunes gens avec leurs copains, avec leurs problèmes et leurs rêves, leurs faiblesses et leurs espérances... D’autant qu’on n’est pas si loin de cette époque et qu’il existe beaucoup de textes et de témoignages qui forment une matière incroyablement riche et vivante. Grâce à Jean-Claude Fasquelle, dont le grand-père était l’éditeur de Zola, j’ai rencontré Martine Leblond-Zola, l’arrière-petite-�lle d'Emile. Je me suis immergée dans ce que Zola et Cézanne ont écrit et dans ce qu’on a écrit sur eux, j’ai suivi les chemins qu’ils avaient parcourus, au sens propre et au sens �guré. J’ai consulté à la Bibliothèque Nationale les manuscrits de Zola – émouvants avec leurs ratures ! J’ai arpenté les musées, observant d’un œil neuf les œuvres qui me connectaient à mes lectures. J’ai pris des photos de tous les tableaux qui me parlaient, sur les murs, dans les livres, sur internet. J’ai constitué des albums avec toutes ces images et tous ces documents. J’avais l’impression de vivre au dix-neuvième siècle. Cézanne et Zola étaient devenus ma famille. Et un jour, je me suis sentie prête à tenter l’aventure. J’ai décidé d’essayer de raconter leur histoire telle que je l’imaginais. Mes piles d’albums ont soudain pris vie. Et je me suis mise à écrire. Au départ, je voulais simplement faire un synopsis mais, très vite, je me suis aperçue que j’étais en train d’écrire le �lm !

QU’EST-CE QUI VOUS TOUCHE LE PLUS DANS CETTE HISTOIRE-LÀ, DANS CETTE RELATION DE CÉZANNE ET ZOLA ?

Tout ! Il y a de nombreuses strates dans cette histoire, et c’est justement cela qui m’a passionnée. C’est d’abord l’histoire de deux amis qui vont essayer toute leur vie de rester les amis d’enfance qu’ils ont été, mais qui ne vont pas y arriver. C’est aussi fort qu’une histoire d’amour – voire plus. Comme il est dit dans le �lm, l’amitié c’est encore plus dif�cile que l’amour car il n’y a pas de balises, pas de règles, pas de dé�nition précise. Les histoires d’amitié peuvent être très profondes, très douloureuses, très ambigües aussi... D’autant qu’il y a, après l’adolescence, le partage de l’argent, des femmes, des préoccupations, de l’ambition, de la dif�culté de vouloir devenir un artiste. C’est le deuxième aspect qui me touche. C’est vraiment le cœur du sujet. Comment on vit son destin d’écrivain ou de peintre, et parallèlement une histoire d’amitié. Comment on vit le succès de l’un et pas de l’autre, comment on vit l’un qui admire l’autre et l’autre qui n’arrive pas à admirer le premier... Ce qui est intéressant, en�n, ce sont ces destins croisés : un �ls de pauvres qui devient un bourgeois installé, établi, reconnu, et un �ls de bourgeois qui va �nalement sombrer dans une sorte de marginalisation, menant une vie de bohême avec très peu d’argent, ne gagnant pas un sou avec sa peinture, vivant avec une femme qu’il n’épouse pas, ne s’intéressant à rien d’autre que son art... Et puis au moment où l’un se demande si son inspiration n’est pas tarie, l’autre commence – en�n !– à faire parler de lui, à attirer l’attention sur lui. L’un dont l’œuvre majeure est écrite entre 25 et 50 ans, et l’autre qui ne va véritablement trouver sa voie, qui ne va devenir le précurseur de l’art contemporain, qu’à partir de 50 ans... Dans leur vie, tout est donc tout le temps à contre-sens.

LORSQU’ON ABORDE UN FILM DONT LES PERSONNAGES SONT DES PERSONNALITÉS CÉLÈBRES AYANT EXISTÉ, N’ESTON PAS PRISONNIER DE LA « VÉRITÉ » ?

Si, bien sûr... Pendant mes recherches, je me demandais d’ailleurs si je pouvais prendre suf�samment de libertés avec cette histoire pour en faire un �lm. Or, il se trouve que l’une des raisons les plus plausibles de l’éloignement de Cézanne et Zola est la parution de L’Œuvre. Si dans ce livre Zola s’est beaucoup inspiré de Cézanne, de leur jeunesse, de leur amitié, de leurs préoccupations et de leurs discussions, il a aussi fait son travail de romancier sur la vérité, en prenant des libertés sur leur vie à tous les deux et sur le milieu de l’art, en recréant des situations qui n’étaient pas forcément ou pas entièrement vraies. S’il avait pris certaines libertés, je pouvais en prendre à mon tour ! Je me disais : « Tiens, Cézanne a présenté à Zola celle qui est devenue sa femme et on dit qu’elle a peut-être été auparavant sa maîtresse, eh bien pour moi, c’est sûr, elle l’a été !»

LE FIL ROUGE DU FILM EST CETTE « DERNIÈRE » RENCONTRE À MÉDAN ENTRE CÉZANNE ET ZOLA EN 1888... A-T-ELLE VRAIMENT EU LIEU ?

Peut-être ! Rires. Il s’est passé quelque chose d’insensé lorsque je travaillais sur le scénario... Bien que L’Œuvre, ce livre qui a en quelque sorte scellé leur rupture, date de 1886, et que la dernière lettre de Cézanne à Zola qu’on connaît, celle qui est lue dans le �lm, dans laquelle il le « remercie » de L’Œuvre, est aussi de 1886, j’avais décidé de situer le �l rouge du �lm en 1888. C’est pour eux une année charnière. Il s’est passé beaucoup de choses dans la vie de l’un et de l’autre cette année-là. 1888, c’est la mort du père de Cézanne – et ça compte parce que tout d’un coup, il a de l’argent – et quelques mois auparavant, il a �nalement épousé Hortense. 1888, c’est l’arrivée de Jeanne, la jeune lingère, dans la maison de Zola, et c’est un cataclysme : lui si rangé va en tomber amoureux et �nir par mener une double vie presque of�ciellement... J’ai donc imaginé, contrairement à ce que tous les historiens pensaient, qu’ils s’étaient revus en 1888, et que Cézanne était venu à Médan une dernière fois pour une dernière explication. Le scénario quasiment terminé, je décide alors d’aller à Aix voir les lieux que j’avais décrits sans vraiment les connaître. Je rencontre là-bas Michel Fraisset, le conservateur du dernier atelier de Cézanne, celui de ses quatre dernières années que le monde entier vient visiter, et qui est un lieu extrêmement émouvant avec ses paniers (seules les pommes sont d’aujourd’hui !), sa veste tachée de peinture... Et là, il me dit : « Vous connaissez la dernière lettre de Cézanne à Zola ? – Celle dont tous les historiens parlent ? Oui. – Non, une lettre qui s’est vendue chez Sotheby’s il y a trois mois. » Je me liqué�e sur place. « Non, je ne la connais pas. – On a retrouvé une lettre qui a été vendue chez Sotheby’s pour 17 000 € il y a 3 mois (c’était donc il y a deux ans). Une lettre datée de 1887, dans laquelle Cézanne remercie Zola pour La Terre, le roman qu’il a écrit après L’Œuvre, lettre qui se termine par : « Je vais venir te voir. » En 1887 ! Un an après la dernière lettre connue jusque-là ! C’est quand même extraordinaire, non ? La licence romanesque que je m’étais autorisée devenait soudain extrêmement plausible. Ce que j’avais imaginé avait peut-être vraiment eu lieu ! Après, s’ils se sont vus, on ne sait pas ce qu’ils se sont dit, et c’est là qu’intervient l’imagination du scénariste. En�n, l’imagination... Une imagination qui doit beaucoup aux textes de Zola, aux lettres de Cézanne, aux réponses de Zola, aux témoignages des uns et des autres, aux mémoires de Vollard, le marchand d’art qui a beaucoup fait pour la réputation de Cézanne... C’était passionnant de tout mêler, de jongler ainsi avec l’histoire réelle, de mélanger mes propres dialogues avec ceux qu’on leur prêtait.


  • Sortie : 12/10/2016
Date de la publication électronique :28 April 2016
Sources :

Matériel publicitaire de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé