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La production en temps de guerre (1939-1945)

Arrêtée depuis 1936 pour cause de faillite, la production de films, reprend pendant l’occupation, la société étant à nouveau mise à flot. Pathé propose 9 % des films de long métrage français entre 1941 et 1945, renouant avec sa position dominante des années 1929-1936, en seconde position après la Continental. lire la suite...

Au début de l’année 1940, la production est placée sous l’autorité du réalisateur et producteur Raymond Borderie qui amorce le retour sur les écrans. Mais la société, sclérosée comme ses paires au moment de l’exode, abandonne ses tournages. La présentation par le Comité d’organisation de l’industrie cinématographique (COIC), futur Centre National de la Cinématographie, du programme de réorganisation de l’industrie cinématographique en mars 1941 ouvre un second volet de la reprise. En juin, Romance de Paris est le sixième film commencé pendant l’Occupation, mais le premier franco-français, les précédents étant des productions ACE, Tobis ou Continental. Pour l’événement, assimilé à une renaissance, Pathé bénéficie d’un large soutien de la presse et des autorités. Romance de Paris, comme les cinquante-huit films autorisés par le COIC cette année-là, est soutenu financièrement par le Crédit national qui avance 65% du budget avant de se rembourser sur les résultats d’exploitation en salles. Bientôt, les profits de films comme Nous les gosses ou Pontcarral lui permettent de se passer totalement de l’aide du Crédit national, et par extension, de l’influence de l’État sur sa gestion. Parallèlement, il instaure une stratégie de financement propre grâce aux Centrales films, qui rassemblent des sociétés représentées à son conseil d’administration. Les quatre centrales constituées entre 1941 et 1944 concernent quinze des vingt films de la période, depuis Nous les gosses jusqu’aux Enfants du paradis. En 1945, la société reste la plus dynamique des vingt-quatre enseignes françaises encore actives et développe les corpoductions, une pratique qui sera largement étendue après la Libération.

Comme la très grande majorité des firmes autorisées à exercer, Pathé obéit au consensus qui veut que le public s’amuse et s’évade. La musique, la mode et le faste des décors ont leur importance. Pour échapper à la censure, la référence au passé, les comédies amoureuses et les comédies policières sont privilégiées. Certains longs métrages véhiculent des thèmes chers à Vichy, comme Port d’attache et Monsieur des Lourdines, apologies du retour à la terre et au travail. Mais les frontières ne sont jamais nettes : Nous les gosses est tiré d’un scénario de Gaston Modot et de Maurice Hiléro écrit pendant le Front populaire et réalisé par le résistant communiste Louis Daquin. N’échappant pas totalement à l’air du temps, les films témoignent des changements de l’opinion publique, envers le gouvernement en particulier. Il en est ainsi de deux titres emblématiques dont le tournage débute en 1943 : Pontcarral, dans lequel il était impossible de ne pas voir l’acte de « résistance » d’une poignée de vaincus, et la grande fresque Enfants du paradis, apologie de l’amour et de la liberté, dont les dialogues de Jacques Prévert trouvent leur résonance dans le présent :« Dans mon rêve, j’entendais autre chose. Oui, j’entendais : « Marchands d’amis, avez-vous des amis à vendre ? Est-ce que c’est vrai, ce qu’on raconte ? que tu as tes petites entrées à Jérusalem, et que tu vends les amis, Jéricho ? ».

Œuvre magistrale, portée par l’enthousiasme de son équipe, les Enfants du paradis de Marcel Carné est le film le plus connu de la période. Il est initialement produit par les bureaux français de la Scalera, qui appartiennent à un consortium d’intérêts italiens basé à Rome. Le projet, largement soutenu par André Paulvé, à la tête de Discina, participe au programme du COIC favorisant les échanges de films avec l’Italie et la prise d’intérêts italiens dans des sociétés françaises en création (Cimex, Cimep et Cimedis). Le tournage du film commence à Nice le 16 août 1943 sur les plateaux de la Victorine, où le principal décor, le boulevard du Crime, a été créé. Il doit se poursuivre dans les studios Pathé de Francoeur, loués à partir du 18 octobre pour les scènes d’intérieur. Stoppé le 8 septembre 1943 après le débarquement des alliés en Italie, le tournage reprend à Paris en novembre, cette fois sous l’égide de Pathé. Sa désignation comme producteur est justifiée à plusieurs égards : apportant son concours technique par la signature d’un contrat de location, il perdrait des revenus si le film était arrêté et enfin, Pathé est financièrement susceptible de le prendre en charge. La réalisation du projet va mener au plus grand succès public de la Libération. ...replier le texte