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Le temps des grandes coproductions (1946-1969)

A partir de 1946, jusqu’en 1963, Pathé connait le temps de grandes coproductions. Cette période s’achève progressivement au milieu des années 1960 à 1970. lire la suite...

Le paysage de la production des films change en Europe du fait d’une plus forte compétitivité ; le cinéma s’adapte aux nouvelles règles et aux changements. Les accords Blum Byrnes, signés en mai 1946, rapprochent les cinémas américain et français. Avec ces accords, on liquidait une partie de la dette française envers les Etats-Unis offrant un nouveau prêt et des remboursements avantageux. En contrepartie la France s’engageait à abandonner le quota de films américains projetés sur son territoire, ouvrant la voie à la diffusion de l’ « American way of life ».

En cela, l’après-guerre est pour Pathé une période de changement de la production et du montage financier de films. Elle pratique massivement la coproduction comme toutes les sociétés cinématographiques françaises de l’époque, avec des firmes aussi bien françaises qu’étrangères. La P.A.C. (Production artistique et cinématographique) d’André Hunebelle, fondée en 1941|, peut-être la plus proche, coproduit des dizaines de films : Millionnaire d’un jour| (André Hunebelle, 1949), Monsieur Taxi (André Hunebelle, 1952), Les trois Mousquetaires (André Hunebelle, 1953), Cadet Rousselle (André Hunebelle, 1954), Quais des Blondes (Paul Cadéac, 1954), Mannequins de Paris (André Hunebelle, 1956), Casino de Paris (André Hunebelle, 1957), Le Miracle des Loups (André Hunebelle, 1961).

Entre 1946 et 1960, 75 % des films produits par Pathé sont des coproductions, la moitié avec des sociétés étrangères, l’autre avec des firmes françaises.

Raymond Borderie, qui fut engagé en 1940 pour diriger le service de production de Pathé, poursuit sa collaboration avec celle-ci après l’avoir quittée en 1946. Sa société, la Compagnie Industrielle et Commerciale Cinématographique (CICC), produit et coproduit des films avec Pathé distribués ensuite par le Consortium : La Môme Vert-de-Gris, 1953, Le Tiphon sur Nagasaki, 1957 et Les Sorcières de Salem, 1957, exemple d’un cinéma coproduit à 4 (Films Borderie, C.I.C.C., Société Nouvelle Pathé et Defa (Allemagne).

Bernard Borderie, son fils, signe six films coproduits par CICC et Pathé Cinéma. Son premier long-métrage, Les Loups chassent la nuit| (1952), fut distribué, comme la plupart de ses films, par Pathé Consortium Cinéma. Avec Fortune carrée (1955), d’après le roman de Joseph Kessel, la CICC Les Films Borderie et Pathé s’associent avec Titanus et Noria films. De même deux autres grands succès de la maison Pathé, Les Femme s’en balancent (Bernard Borderie, 1954) et Ces dames préfèrent le Mambo (Bernard Borderie, 1957) sont coproduits avec la CICC.

Pathé s’associe à la RKO, qui peut garantir une aide de la production mais aussi dans la distribution à l’étranger. Le Silence est d’or, qui signe, en 1946, le retour de René Clair en France, après cinq ans passés aux Etats-Unis, est le résultat de cette rencontre qui ne durera pas longtemps. Le réalisateur français aurait du réaliser un deuxième film, comme prévu dans son contrat, avec Pathé et RKO qui fut résilié à l’amiable. L’aventure entre les deux firmes ne durera pas longtemps. RKO prend ses distances : la création du Centre National de Cinématographie (CNC) en remplacement du Comité d’Organisation de l’Industrie Cinématographique (COICC) engendre scepticisme chez les Américains qui se méfient de la « nationalisation ». Titanus, en Italie, est un autre référant: Le Désordre de Franco Brusati et Le Guépard de Luchino Visconti, coproduits avec la maison napolitaine et sortis en 1963, sont les exemples les plus réussis d’un cinéma d’auteur européen ; Sodome et Gomorrhe de Robert Aldrich et Sergio Leone et Les Dents du Diable de Nicolas Ray, modèles, ces deux derniers, d’un cinéma qui aspire à l’internationalité.

La Dolce vita, tourné en 1959 par Federico Fellini et coproduit avec Gray Film et Riama-Film, représente l’exemple le plus abouti de coproduction avec l’Italie, un film incontournable dans la filmographie Pathé. Portrait sans concession de la société italienne, il suscita, au moment de sa sortie, d’aigres polémiques.

On regarde de l’autre côté des Alpes, où la production de films et la fréquentation de salles sera la plus importante de toute l’Europe pendant l’après-guerre. L’Italie est un référent primaire car la culture française et celle italienne sont proches. On veut aussi se réconcilier avec un passé qui brûle et qui est encore trop proche. C’est qu’un aspect d’un effort de rapprochement post-guerre entre les deux pays.La collaboration avec l’Italie débute chez Pathé avec la création de Pathé Italia, une société dont la durée est brève (1949 -1953) mais qui produit néanmoins (Orage d’été, Jean Gehret| 1949). Une autre firme de référence, cette fois-ci en Allemagne, est la DEFA (Deutsche Film AG), avec laquelle Pathé produit Les Misérables de Jean-Paul Le Chanois et Les Sorcières de Salem, de Raymond Rouleau en 1957. Mais dès le milieu des années 1960, Pathé abandonne peu à peu la production de cinéma, pour cesser complètement au début des années 1970, dans une stratégie de limitation des risques.

Sous la direction de Pierre Cabaud, arrivé à la tête de la maison en 1966, puis de Pierre Vercel, qui lui succède en 1969, le groupe choisit de se concentrer sur l’exploitation des salles, la distribution et la production de films de fiction et documentaires pour la télévision.

En 1947 a été créée par Pathé et Gaumont la Société française de studios cinématographiques, qui devient Franstudio et réunit dans une gestion unique les studios de la rue Francoeur, de Joinville, de Saint-Maurice et des Buttes-Chaumont ainsi que les laboratoires des deux firmes (GTC). Même si l’essor des tournages en extérieur freine le succès des nouveaux studios, 25 % des films français y sont cependant tournés chaque année. Grâce à ses ateliers de recherche et de montage, Pathé, avec la Société Commerciale et Industrielle Pathé (SCIP, anciennement Société française de Pathé-Baby), reste un des leaders du cinéma d’amateur. Des modèles comme la caméra Pathé Webo sont adoptés par les professionnels. Quant au Pathé-Journal, il continue à enrichir une cinémathèque qui, avec un million de mètres de films édités, représentera une des plus importantes mémoires audiovisuelles du XXème siècle. ...replier le texte